00:00Chaque euro investi dans l'adaptation permet d'éviter des dégâts bien supérieurs à ce qu'on a investi pour les travaux.
00:07Pour les inondations, par exemple, nous on a calculé que ces 1 euro investi permettent d'éviter 3 euros de dégâts.
00:14Donc en fait, ce qu'on fait aujourd'hui, ou ce qu'on ne fait pas plutôt, ce sont aussi des dettes qu'on lègue aux générations futures
00:21et surtout ce sont aussi des problèmes qu'on accumule dans le temps,
00:25parce qu'aujourd'hui c'est encore relativement facile d'investir dans l'adaptation,
00:30mais si on s'y met dans 10 ans, si on s'y met dans 20 ans, ça va devenir encore plus compliqué.
00:42Où est-ce que la France en est par rapport à sa politique d'adaptation ?
00:47Qu'est-ce qu'il reste à faire pour notre pays ?
00:51Merci. Merci beaucoup pour l'invitation et merci d'être aussi nombreuses et nombreux aujourd'hui.
00:59Donc oui, en fait, quand on parle de l'adaptation, on parle vraiment d'un sujet qui peut être vite assez technique
01:04et qui est un peu difficile à comprendre.
01:07Donc il y a les exemples concrets avec Annecy, on vient de l'entendre.
01:10Mais en fait, pour mesurer l'adaptation, on a quand même encore des grandes difficultés.
01:16Donc pour l'atténuation, c'est, j'ai envie de dire, assez simple.
01:20En fait, il faut regarder le thermomètre et on voit à peu près où on en est avec l'atténuation.
01:26On peut mesurer les émissions.
01:28Mais pour l'adaptation, c'est beaucoup plus compliqué.
01:31Donc en fait, chez Oxfam, nous, on suit beaucoup d'indicateurs différents.
01:36On regarde notamment l'évolution des vagues de chaleur, mais l'adaptation, ça peut aussi se mesurer en termes d'impact des inondations.
01:46Est-ce qu'une inondation qui, du coup, est aussi rendue plus fréquente par le changement climatique
01:51cause un peu moins de dégâts qu'avant grâce à des investissements dans l'adaptation ou pas ?
01:59Est-ce que des habitations dans les outre-mer sont mieux protégées contre le risque cyclonique ou pas ?
02:06Et en fait, aujourd'hui, on voit que tous les voyants sont rouges.
02:09Donc c'est vraiment une situation assez alarmante.
02:12Donc oui, il y a des investissements dans l'adaptation,
02:15mais ces investissements, malheureusement, ne suffisent pas du tout pour prévenir les risques
02:20et aussi pour protéger la population.
02:23On a notamment publié un rapport l'année dernière qui montrait en fait tous les impacts du changement climatique en France
02:29et qui montrait que derrière, oui, bien sûr, il y a quelques initiatives qui sont prises,
02:36mais grosso modo, ces initiatives-là ne sont pas suffisantes.
02:40Et si on continue dans la même voie qu'aujourd'hui, en fait, les vagues de chaleur, les sécheresses,
02:46les cyclones vont causer des dégâts énormes et toujours plus importants en fait d'année en année.
02:52Donc peut-être pour donner quelques chiffres,
02:54déjà, ce qui est important de rappeler, c'est que dans les pays du Sud,
02:59c'est encore pire qu'en France.
03:01Donc sur les 50 dernières années, 9 décès sur 10 liés à des catastrophes climatiques extrêmes
03:07sont survenus pas dans les pays du Nord, donc l'Europe, l'Amérique du Nord,
03:11mais dans les pays du Sud.
03:13Donc juste pour remettre en contexte,
03:16mais on le voit aussi qu'en fait, dans les pays du Nord,
03:18donc l'Europe notamment, les décès, les impacts du changement climatique
03:24augmentent d'année en année parce que justement l'adaptation n'avance pas assez.
03:28L'année dernière, d'après Santé publique France,
03:31plus de 3 700 personnes sont morts à cause de la chaleur.
03:36Il y a beaucoup plus d'autres impacts encore.
03:38Il y a par exemple les assurances qui nous disent que chaque année,
03:43maintenant en moyenne, 2 milliards d'euros de dégâts sont causés
03:46par des événements climatiques extrêmes.
03:48Donc c'est notamment la sécheresse, mais ce sont aussi les inondations.
03:52Voilà, je pense d'hiver 2023-2024, on a tous et toutes vu les inondations
03:58dans le Pas-de-Calais, dans le Nord.
04:01Tout ça, en fait, ce sont des dégâts causés par le changement climatique.
04:05Et derrière, il n'y a pas eu encore de sursauts pour vraiment investir dans l'adaptation.
04:12Et ça, c'est encore plus dommage qu'en fait,
04:14on sait que tous les investissements dans l'adaptation sont utiles.
04:20Donc en gros, ce qu'on peut voir, c'est que chaque euro investi dans l'adaptation
04:25permet d'éviter des dégâts bien supérieurs à ce qu'on a investi pour les travaux.
04:29Pour les inondations, par exemple, nous, on a calculé que ces 1 euro investi
04:34permettent d'éviter 3 euros de dégâts.
04:38Donc en fait, ce qu'on fait aujourd'hui, ou ce qu'on ne fait pas plutôt,
04:43ce sont aussi des dettes qu'on lègue aux générations futures.
04:46Et surtout, ce sont aussi des problèmes qu'on accumule dans le temps.
04:51Parce qu'aujourd'hui, c'est encore relativement facile d'investir dans l'adaptation.
04:56Mais si on s'y met dans 10 ans, si on s'y met dans 20 ans,
04:59ça va devenir encore plus compliqué.
05:02Voilà peut-être pour le moment, mais on peut détailler tout à l'heure.
05:07Il y a juste un aspect que je voulais rajouter,
05:10c'est que vous êtes chargé d'adaptation juste.
05:14Parce que l'adaptation, c'est une question de justice sociale.
05:18Il y a un enjeu vraiment à protéger les populations,
05:20et notamment les populations les plus fragiles.
05:23Est-ce que vous pouvez parler un peu de cet enjeu-là ?
05:27Oui, clairement.
05:29Donc en fait, ce qu'on voit, c'est que les personnes les plus aisées
05:33ont des moyens, elles, de se protéger
05:36d'une grande partie des impacts du changement climatique.
05:40Mais les personnes les plus vulnérables, qui sont déjà fragiles,
05:43qui ont peut-être aussi des problèmes de santé,
05:46qui sont plutôt pauvres, qui peut-être n'ont pas de titre de séjour en France,
05:52en fait, ces personnes-là sont souvent les plus exposées au risque climatique
05:56et n'ont pas les moyens de se protéger.
06:00Et en fait, c'est vraiment assez dramatique,
06:02parce que si derrière, les pouvoirs publics ne font rien,
06:05en fait, le changement climatique, il va encore creuser les inégalités en France.
06:09Donc ce qu'on voit, par exemple, par rapport à l'exposition en forte chaleur,
06:13et je pense qu'il y a des exemples aussi dans les médias qu'on connaît de plus en plus,
06:18c'est que les personnes qui vivent dans les quartiers les plus pauvres de la ville
06:24sont les plus exposées aux fortes chaleurs.
06:26Pourquoi ? Parce qu'en fait, ces quartiers-là sont les moins végétalisés.
06:31Les logements sont les moins bien isolés.
06:34Et donc, il y a des études qui sont aussi faites, par exemple, par la Banque de France,
06:39qui disent que dans chaque grande ville en France, aujourd'hui,
06:42les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté
06:45sont surexposées aux fortes chaleurs en ville.
06:49On voit la même chose aussi pour les inondations.
06:51En fait, quand on regarde les statistiques pour les zones inondables en France,
06:55on voit qu'en fait, dans les zones inondables,
06:58le taux de pauvreté, le taux de chômage est bien supérieur
07:01aux zones qui ne sont pas inondables.
07:04Donc, en fait, ça veut dire que s'il y a des inondations dans le Nord,
07:08dans le Pas-de-Calais, dans le Nord ou ailleurs,
07:11en fait, ça touche d'abord les personnes les plus pauvres.
07:15Et ce sont aussi ces personnes-là qui, en fait,
07:16ont moins de moyens derrière pour reconstruire leur maison,
07:20pour aussi éventuellement compenser des pertes de salaires
07:23parce qu'ils doivent prendre des jours de congés non payés
07:26pour réparer des dégâts, etc.
07:28Et donc, je finis avec un dernier chiffre.
07:33On voit aussi qu'au fur et à mesure qu'il y a des crises climatiques comme ça,
07:38c'est, en fait, les fractures territorielles s'aggravent.
07:43Donc, pour rester sur l'exemple avec les inondations,
07:45dans les communes qui sont touchées par des inondations,
07:49les 20% les plus pauvres ont davantage tendance à rester dans la commune
07:54tandis que les autres ont tendance à déménager
07:57et donc à quitter la zone inondable et donc à quitter la zone à risque.
08:01Il faut s'imaginer ça, en fait.
08:03C'est catastrophique parce que ça veut dire que les personnes
08:06qui sont les plus pauvres et donc qui sont les plus vulnérables
08:09vont rester vivre à côté de la rivière malgré le risque d'inondation
08:14alors que les autres vont quitter la zone.
08:16Et donc, si on continue comme ça, en fait,
08:19les personnes les plus vulnérables vont rester exposées au risque
08:23et les autres, non.
08:24Donc, ce sont vraiment des fractures territorielles
08:27qui sont en train de se creuser un peu à l'abri de tous les regards
08:31et il faut absolument investir pour, derrière, bien sûr,
08:35protéger les personnes vulnérables et aussi lutter contre le problème à la racine.
08:41Donc, ça y est, prévenir les inondations grâce à un réaménagement des rivières,
08:48créer des zones d'expansion de crues, planter des ailes, etc.
08:51Donc, en fait, tout ça, il faut le faire, pas uniquement pour s'adapter
08:56parce que c'est un terme assez abstrait,
08:58mais surtout pour protéger les personnes vulnérables.
09:01Donc, ça, c'est effectivement super important.
09:04Donc, voilà, c'est une question de justice sociale, vraiment.
09:07Je pense que c'est un terme très important.
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