00:00Et l'archive Sud Radio 11 dimanche matin, une archive sous forme d'hommage.
00:05Rares sont les personnalités du cinéma qui, par leur simple voix, leur simple carrure, leur simple présence, incarnent une époque.
00:12Lui, oui. D'ailleurs, on ne prononce jamais son prénom, on se contente de son nom.
00:16Sa seule évocation fait ressurgir un monde disparu, celui du cinéma en noir et blanc, des acteurs qui avaient fait la guerre
00:21et des jeunes femmes venues des cabarets propulser vedettes de cinéma le temps d'une affiche.
00:26Ce temps-là, c'est un temps où l'on joue le bandit ou le Netflix qui défend la veuve et l'orphelin.
00:31Un temps où les mots ont un sens, où l'on défend à l'écran l'honneur de la parole donnée, l'amitié impérissable, la famille imperturbable, les grandes valeurs.
00:39Un temps aussi où le cinéma se fabrique grâce à une petite équipe choisie et choyée.
00:44C'est aussi un cinéma de répliques mythiques, intemporelles, inoubliables, comme celle que le vieux lance à Michel Morgan dans l'illustre Quai des Brumes.
00:54T'as de beaux yeux, tu sais.
00:56Quand j'étais gosse au comme trois pommes, j'en ai bien fort.
01:06Jean Gabin, né Alexis Moncorgé, il y a 49 ans, jour pour jour, on apprenait la disparition dans la nuit de ce monument du cinéma français.
01:14Touchez pas au Grisby, maigré, le clan des Siciliens, le Pacha, un singe en hiver, le chat avec Signoré et tant d'autres encore.
01:20La cave se rebiffe, la grande illusion, la traversée de Paris.
01:24Au cours de sa carrière, c'est plus de 161 millions de spectateurs qui l'attirera dans les salles.
01:29Et pourtant, rien au début ne le prédestinait à un tel destin.
01:33Surtout quand au commencement de sa carrière, on est rattrapé par la guerre.
01:36Sans hésiter, il s'engage en 39-45, marins embarqués, puis en janvier 44, chef de char au régiment blindé de fusillés marins.
01:43Et c'est précisément de cela dont il est question ce matin dans cette archive.
01:47Une interview face à Léon Zitrone, le pape de la télévision française à l'époque.
01:50Nous sommes en 1959, l'homme a déjà les cheveux blancs, mais il semble étonnamment décontracté, heureux.
01:57Il se tient droit comme un pic pour affronter le mitraux qu'on lui tend.
02:00Il raconte aussi son parcours atypique d'acteur d'avant-guerre, cet engagement sans peur au milieu des tranchées
02:05et ce retour où il faut redevenir acteur alors qu'on était soldat.
02:09Vous allez l'entendre, ce qui frappe, c'est sa modestie, sa joie pure de faire ce métier
02:12et cette voix mythique qui raconte un parcours atypique.
02:16Jean Gabin, 1959, micro de Léon Zitrone.
02:19C'est la guerre que vous faites dans les forces navales françaises libres,
02:23le quartier maître Jean Montcorgé, puis vous revenez en France.
02:27Que se passe-t-il alors ?
02:29J'ai eu une éclipse. J'ai eu une éclipse, je vais vous dire pourquoi.
02:32Je crois le savoir maintenant parce que j'étais parti tout de même en pleine forme, si j'ose dire.
02:38Je suis parti à la guerre, j'avais donc 35-36 ans.
02:41Et à ce moment-là, je jouais encore les jeunes premiers.
02:45Je suis revenu avec les cheveux blancs.
02:47Et ça m'a donné des complexes d'avoir les cheveux blancs.
02:51Pourquoi ?
02:52Parce que je ne pouvais plus penser jouer les emplois que je jouais avant la guerre.
02:59Alors je me suis cherché un peu et j'ai fait quelques films qui n'ont pas été très heureux.
03:06Et puis vous savez, le public est parfois exigeant.
03:10Il voulait probablement me retrouver comme il m'avait quitté, mais j'avais 10 ans de mieux.
03:14J'avais 10 ans de mieux et ces 10 ans, je les avais physiquement en plus et sur mon visage.
03:20Alors j'ai tourné, j'ai eu quelques films qui n'ont pas été très heureux.
03:26Et puis j'ai tourné un film avec Clément qui s'appelait Au-delà des grilles, qui a été un succès.
03:34Et puis j'ai eu la grande chance, parce que vous savez, il y a une énorme part de chance d'y trône dans ce métier.
03:40J'ai eu l'énorme chance de tourner Touchez pas au Grisby.
03:43Et touchez pas au Grisby, c'était en quelque sorte une réplique de ce qu'avait été Pepe le Moco dans le temps,
03:52avec si vous voulez 15 ou 20 ans de plus.
03:55Le film a marché et c'est reparti.
03:58Mais je vous dis, là-dedans, il y a une grande partie de chance.
04:00Oui, mais il y a aussi énormément de votre talent, Jean Gabon.
04:04Et je crois que s'il fallait...
04:05Je vous remercie de vous couper les citronnes, mais un beau rôle, ça aide beaucoup à l'acteur.
04:11Beaucoup.
04:12Beaucoup, et puis comme disait le vieux, c'est battre les acteurs, c'est chouette les acteurs.
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