- il y a 2 mois
Jeudi 30 octobre 2025, retrouvez Nadia Gharbi (Économiste, Pictet Wealth Management) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00...
00:00Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir, c'est celui des dynamiques économiques qu'on peut observer en Europe
00:18à l'occasion notamment de la publication des premières estimations de croissance pour la zone euro
00:23et les pays qui la composent pour le troisième trimestre.
00:26Nous évoquerons bien sûr dans ce quart d'heure également la décision ou en tout cas la communication de la Banque Centrale Européenne
00:32qui tenait sa réunion, la réunion du Conseil des Gouverneurs aujourd'hui à Florence en Italie.
00:37Et c'est Nadia Garbi qui est avec nous à distance pour évoquer ses sujets économistes chez Pictet Wealth Management.
00:42Bonsoir Nadia, merci beaucoup d'être avec nous.
00:45Comment est-ce qu'il faut comprendre de manière un peu globale cette croissance publiée en première estimation
00:51pour la zone euro au troisième trimestre qui semble-t-il est un petit peu meilleure que prévu ?
00:57Même quand on exclut toujours l'outlier irlandais qui peut, j'allais dire, faire varier le chiffre de manière spectaculaire,
01:05on se retrouve avec un bon 0,2 de croissance quand les économistes attendaient 0,1.
01:10Comment est-ce qu'il faut comprendre ce chiffre Nadia ?
01:12Alors oui, c'est vrai, comme vous le mentionnez, une croissance au troisième trimestre qui est légèrement meilleure qu'attendue,
01:21c'est principalement dû à la France, à la surprise sur la croissance du PIB français au troisième trimestre.
01:28Mais globalement, si on voit la dynamique par pays, on est plutôt positif,
01:34même si on a eu, je dirais, dans les quatre gros pays, une surprise plutôt baissière au niveau de l'Italie.
01:40Oui. Qu'est-ce qu'on peut observer comme différence ou comme point commun derrière ces dynamiques de croissance ?
01:49Alors, l'exemple français est intéressant.
01:52Qu'est-ce qu'on peut dire notamment de la dynamique entre la demande intérieure privée,
01:56la demande finale privée et la demande extérieure qui a visiblement joué un rôle assez important dans le cas de la France, en tout cas ?
02:03Oui, alors tout à fait. Le driver, je dirais, le moteur majeur de la croissance française au troisième trimestre
02:09a été les exportations de matériel de transport dans l'aéronautique.
02:15Donc, on sait, c'est un secteur qui fonctionne bien.
02:19Au niveau de la demande domestique, on a toujours cette consommation des ménages qui reste très faible.
02:25Et on a eu, je dirais, une surprise plutôt positive sur l'investissement des entreprises au troisième trimestre.
02:32Mais soyons clairs, selon nous, un taux de croissance de 0,5% n'est pas soutenable pour la France.
02:39Et on devrait voir un ralentissement dans ces prochains trimestres.
02:43Dans les autres pays, je dirais, par exemple en Espagne, on a vu un ralentissement, c'est vrai, de la croissance au troisième trimestre.
02:49Mais vraiment, les détails sont vraiment bons. On a vraiment cette force de la demande domestique
02:55avec une croissance très forte de la consommation des ménages et de l'investissement.
03:01Donc, voilà, je dirais qu'au niveau des pays, on a des dynamiques plutôt très différentes.
03:06En Allemagne, on n'avait pas beaucoup d'attentes pour le troisième trimestre.
03:10On s'attendait à une stagnation.
03:12Je dirais, la nouvelle positive, alors on n'a pas encore les détails, mais d'après l'Institut statistique allemand,
03:21on a une contribution positive des investissements dans les équipements.
03:27Donc, ça, c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'Allemagne.
03:29Maintenant, voilà, on est tous en train d'attendre le déploiement du paquet fiscal qui va venir dès ce trimestre.
03:38Tout est en place. Le budget 2025 a été approuvé.
03:42Tout ce qui est législation pour mettre en route le fonds sur l'infrastructure a aussi été mis en place.
03:50Le draft budget de 2026 également.
03:53Donc, voilà, on attend le déploiement de cet assouplissement budgétaire en Allemagne.
03:59Est-ce qu'on pourrait être surpris à la hausse par ces efforts de relance historiques
04:03que va déployer l'Allemagne sur plusieurs années, Nadia ?
04:07L'Allemagne, je crois, guide, le gouvernement allemand guide sur 1,3% de croissance l'an prochain.
04:12Je dis ça de mémoire, à confirmer.
04:14Mais est-ce que, partant de ce chiffre-là, signalé par le gouvernement allemand ou les instituts,
04:20est-ce qu'il y a matière à être surpris positivement ?
04:24Oui, alors je dirais, bon, avoir 1,3% de croissance après tout de même une année
04:30où on va être autour de 0,3%, 0,5% et des années de contraction,
04:36je dirais que c'est quand même déjà une forte accélération.
04:40Donc oui, on pourrait être surpris à la hausse par la croissance allemande.
04:45Nous, de l'autre côté, on reste relativement prudent.
04:47On sait qu'on a, bien sûr, l'enveloppe totale et le montant total des dépenses.
04:53Mais maintenant, voilà, il y a aussi des contraintes au niveau de la construction, etc.
04:57Donc il va falloir vraiment, je dirais, monitorer de très près l'évolution de ces déploiements.
05:03Déjà en 2025, par rapport au plan, ils sont déjà en retard.
05:07Donc voilà, on a pour l'instant, si vous regardez au niveau des dépenses,
05:11on est à 72% de l'objectif.
05:13Donc ils ont trois mois pour faire le reste.
05:16Donc voilà, il faudra monitorer, à mon avis, chaque mois, l'évolution des dépenses, etc.
05:23Du déploiement de ces investissements dans les infrastructures et dans les thèmes stratégiques,
05:27et notamment la défense.
05:28Si on redit un mot du cas de la France, 0,5% n'est pas soutenable.
05:31On avait déjà fait 0,3% au trimestre précédent.
05:34Le chiffre a été confirmé, Nadia.
05:36Quel degré de ralentissement on peut attendre dans le climat qu'on connaît tous,
05:39qui nous entoure, l'incertitude politique ?
05:43Est-ce qu'il y a un vrai risque de coup d'arrêt ?
05:46Ou est-ce que, encore une fois, tout aussi médiocre soit-elle,
05:50la dynamique de la consommation, des investissements privés,
05:53peut préserver quand même un petit filet de croissance en France pour les prochains mois ?
05:58Oui, je pense vraiment qu'on peut s'attendre à des taux de croissance autour de 0,2%, 0,3% en France.
06:04C'est vrai qu'on a cette incertitude politique qui peut peser un peu sur les perspectives d'investissement et de consommation.
06:12Maintenant, il y a des secteurs qui marchent très bien en France.
06:14On a eu ce matin la preuve du secteur aéronautique, on a aussi le tourisme, on a aussi l'agriculture.
06:22Enfin, on a plein de secteurs qui marchent.
06:24Et enfin, voilà, ça va aussi dépendre du contexte un peu global, au fond.
06:28Si on a vraiment atteint ce pic d'incertitude, au niveau aussi du commerce mondial,
06:34on devrait avoir de meilleures perspectives.
06:38Donc, je dirais que tout non plus n'est pas sombre.
06:40Je pense vraiment qu'on peut s'attendre tout de même à une croissance autour de 0,2%, 0,3% par trimestre l'année prochaine.
06:49Vous parliez du commerce mondial, le choc des tarifs avec l'accord, bien sûr,
06:55ou le compromis trouvé entre l'Union européenne et les États-Unis cet été.
07:00Le choc des tarifs est passé, absorbé.
07:03Il a été moins important que prévu, Nadia ? On peut le dire comme ça ?
07:07Oui, c'est vrai.
07:07On peut le dire qu'au fond, ce que vraiment les pays payent effectivement est quand même moins élevé
07:13que ce qui est annoncé souvent par Trump, parce qu'on a tellement d'exceptions
07:17qu'au fond, on se retrouve vraiment avec des situations où nous, par exemple, en Suisse,
07:23on a un tarif annoncé de 39%, mais effectivement, dans les faits, on est nettement plus bas.
07:30Et c'est essentiellement dû à toutes ces exceptions liées aux décisions de Trump.
07:38Donc, je dirais qu'effectivement, on est quand même dans une situation qui est moins, je dirais,
07:44négative que ce qu'on pouvait craindre en avril dernier, par exemple.
07:48Bon, exactement.
07:49C'est à peu près le sens du message envoyé à nouveau par Christine Lagarde aujourd'hui, Nadia.
07:56Alors, je regardais, c'est un sondage parmi d'autres,
07:59mais je crois que Bloomberg publiait il y a ces derniers jours un sondage d'économie,
08:02comme ils en font souvent, sur les prochains mouvements de la Banque Centrale Européenne.
08:06Visiblement, une majorité se dégage pour dire qu'il n'y aura pas de mouvement de la BCE
08:10dans les deux prochaines années, ce qui paraît totalement impossible ou impensable, Nadia.
08:15Et donc, qu'est-ce qui fera sortir la Banque Centrale Européenne de sa pause ?
08:20Quelles seront les raisons et les motivations ?
08:22Et par voie de conséquence, quel sera le prochain mouvement de la Banque Centrale Européenne ?
08:27Oui, alors, l'impression en tout cas qu'on a, suite à la réunion de cet après-midi,
08:33c'est vraiment que la barre pour une baisse est très haute à la BCE.
08:39Au fond, c'est vrai que Christine Lagarde avait plutôt, je dirais,
08:42un ton plus optimiste sur la croissance, confiant.
08:46Alors, la balance des risques sur l'inflation, elle reste relativement incertaine.
08:50Mais en tout cas, sur la croissance, on a senti un peu plus de confiance.
08:54Et effectivement, les données sont plutôt en ligne avec leurs projections.
08:58On a aussi les bonnes nouvelles dans les différentes enquêtes au début du quatrième trimestre.
09:06Donc, on sent un peu, au fond, je ne dirais pas, de confiance.
09:10Et au fond, c'est vrai qu'elle a réitéré souvent que la BCE est dans une bonne position.
09:15Maintenant, effectivement, le premier trimestre de l'année prochaine,
09:19on aura l'inflation qui sera en dessous de la cible,
09:23ce qui est dans les projections de la BCE.
09:25Et maintenant, il faudra voir si on a une surprise à la baisse ou non dans ce premier trimestre.
09:32Et si cet undershoot va être temporaire ou, au contraire, on va rester plus longtemps que prévu.
09:39Donc, je dirais que pour la BCE, vraiment, le premier trimestre va être un trimestre très important.
09:44On pourrait potentiellement avoir un ton un peu différent.
09:48Mais maintenant, selon nous, l'undershoot, en tout cas de l'inflation, va être limité.
09:53Et pour nous, en tout cas, le prochain mouvement sera plutôt une hausse.
09:57Alors, on parle plutôt d'une hausse en fin d'année prochaine, plutôt décembre, plutôt qu'une baisse.
10:04Alors, pourquoi l'undershoot sera limité, selon nous ?
10:07Parce qu'on a ces attentes d'inflation qui restent bien ancrées.
10:10On a un marché du travail qui reste robuste, plus de croissance.
10:14Donc, oui, c'est vrai, on a un certain nombre de facteurs qui vont peser sur les perspectives d'inflation.
10:20On a l'euro, on a l'énergie, on a celui qu'on a du mal à quantifier, l'effet des exportations chinoises sur le marché européen.
10:31Toute cette redirection, effectivement, ça peut avoir des pressions à la baisse sur l'inflation.
10:39Mais d'un autre côté, on a une demande domestique qui reste résiliente.
10:42On a, justement, comme je le disais, des attentes d'inflation qui restent ancrées.
10:47On a cet assouplissement quantitatif, pardon, cet assouplissement budgétaire allemand.
10:52Donc, on a un certain nombre de facteurs qui nous conduisent à penser que, en tout cas, l'undershoot de l'inflation sera temporaire.
10:59Raison pour laquelle la BCE pourra regarder à travers.
11:03Le prochain mouvement, selon nous.
11:04Oui, bon, on verra.
11:06Exactement, en fait, il faudra que ça déçoive par rapport à leur prévision.
11:10Oui, je comprends.
11:11Donc, à voir.
11:11Oui, oui, on verra.
11:12La marge de confort n'est peut-être pas énorme.
11:14Et on verra, d'ailleurs, à l'occasion du prochain meeting, les nouvelles projections qui iront jusqu'à la fin de l'année 2028,
11:21qui est l'horizon de projection de la Banque Centrale Européenne.
11:25Merci beaucoup, Nadia.
11:26Nadia Garbi qui était avec nous en visio à distance pour débriefer cette actualité macroéconomique et monétaire autour de l'Europe.
11:34Économiste chez Pictet Wealth Management.
Écris le tout premier commentaire