Ce mardi 28 octobre, une expérimentation dans certains supermarchés au Japon où ils ont remplacé leurs salariés par des robots pilotés depuis les Philippines a été abordé par Anthony Morel, dans Culture IA, dans l'émission Good Morning Business sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
00:00Vous nous parlez d'une expérimentation assez dingue menée dans certains supermarchés.
00:04Au Japon, ils ont remplacé leurs salariés par des robots qui sont pilotés depuis les Philippines.
00:10Oui, c'est ça. C'est-à-dire qu'on a trouvé le moyen de délocaliser des emplois qui, normalement, sont indélocalisables.
00:16C'est-à-dire que, manutentionnaire dans un supermarché, normalement, il faut être présent physiquement, porter des cartons avec ses petits bras musclés.
00:23Plus maintenant, en fait, on va pouvoir faire ça grâce ou à cause de la robotique et de l'intelligence artificielle à distance.
00:30On pourrait appeler ça de la robot délocalisation.
00:33Et la scène pourrait être tirée d'un film de science-fiction.
00:36C'est incroyable. Donc, on est en fait dans un Konbini.
00:38Les Konbini, c'est des petites super-rettes au Japon qui sont ouvertes 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.
00:42On est donc à Tokyo. On a un robot qui s'occupe du réassort, qui range les rayons, qui range les bouteilles, les sandwiches, etc.
00:49Sauf que ce robot, il n'est pas complètement autonome.
00:51Il est téléopéré à des milliers de kilomètres de là, aux Philippines, où vous avez en fait un opérateur humain qui guide le robot.
01:00Il voit par les yeux du robot. Il est équipé d'un casque de réalité virtuelle.
01:04Il a des manettes dans les mains et tous ses gestes sont reproduits au millimètre près par le robot.
01:10C'est assez incroyable. C'est-à-dire qu'en fait, c'est du télétravail, mais du télétravail manuel à distance par robot interposé.
01:17Il y a plusieurs chaînes de compte bini, de super-rettes qui se sont mises à faire ça.
01:22C'est-à-dire qu'on est vraiment dans un monde où on pensait qu'on pouvait sous-traiter le service après-vente dans des call centers notamment.
01:28Mais maintenant, on est capable de sous-traiter la manutention à des salariés qui coûtent évidemment beaucoup moins cher.
01:33Oui, c'est ça. Ouvert 7 jours sur 7, 10, 20, 24 heures sur 24. C'est une forme de dumping social.
01:37Oui, ça peut l'être. Clairement, c'est télépilote, puisqu'on peut appeler ça comme ça.
01:42C'est des nouveaux métiers. Ils peuvent surveiller une cinquantaine de robots en même temps.
01:45Ils sont évidemment beaucoup moins bien payés qu'un salarié équivalent au Japon.
01:49Là, on parle de 250 euros par mois environ contre un salaire au Japon qui serait largement supérieur à ça.
01:55Et puis, les robots, évidemment, ils ne se plaignent pas. Ils ne s'arrêtent jamais.
01:58Ils peuvent travailler 24 heures sur 24, etc.
02:00Donc, ça va devenir une tendance.
02:03En attendant, peut-être que les robots, un jour, se débrouillent en mode 100% autonome.
02:06Après, il faut aussi se mettre dans le contexte du Japon,
02:09où la robotique, c'est aussi une stratégie nationale pour pallier la dénatalité, notamment.
02:14C'est un problème démographique.
02:16On a maintenant dans le BTP, dans les services, dans l'agriculture.
02:19On a des fermes, par exemple, qui sont complètement gérées par des robots.
02:22Donc, ce n'est pas aussi simple qu'on met des robots pour remplacer les humains et pour les mettre au chômage.
02:27On met des robots pour pallier, en réalité, un manque de main-d'oeuvre dans des secteurs où on a une pénurie chronique.
02:32Est-ce que ça va se développer, Anthony ?
02:33Ça risque de se développer, oui.
02:35D'abord, parce qu'on peut imaginer plein d'autres cas d'usage, un téléopérateur qui pourrait gérer un robot à distance pour de la logistique dans un entrepôt,
02:43un pilote humain qui pourrait piloter un navire à distance, et ça, ça existe déjà.
02:49Et puis, ça va être aussi dans des secteurs à très forte valeur ajoutée.
02:51Alors, c'est un tout petit peu différent, mais je ne peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec, par exemple, des téléopérations médicales, chirurgicales.
02:59L'an dernier, on a eu une première mondiale, on a eu une opération réalisée à 8000 kilomètres de distance.
03:06Le patient était en Chine et le chirurgien à Bordeaux.
03:09Une opération du cancer de la prostate qui a été rendue possible par un robot piloté à distance par le médecin.
03:14Finalement, la révolution, elle est là.
03:16Ce n'est peut-être pas tant l'automatisation que le fait qu'on puisse désormais travailler de n'importe où, sur n'importe quoi, par robot interposé.
03:24Merci beaucoup à tous les deux. Merci Anthony Morel.
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