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  • il y a 3 mois
Nous sommes passés des théories de la dissuasion à celles de la persuasion. Désormais, ce ne sont plus les armes qui dictent la stratégie, mais les récits qui justifient l’emploi de la force. Chaque puissance cherche à imposer sa version des faits. Le champ de bataille s’est déplacé : il ne se joue plus sur le terrain militaire, mais d’abord dans les esprits. Les récits sont devenus les nouvelles armes de conquête symbolique et d’influence massive. [...]

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00:00Nous sommes passés des théories de la dissuasion à celles de la persuasion.
00:11Désormais, ce ne sont plus les armes qui dictent la stratégie, mais les récits qui justifient
00:17l'emploi de la force. Chaque puissance cherche à imposer sa version des faits. Le champ de
00:24bataille s'est déplacé, il ne se joue plus sur le terrain militaire mais d'abord dans les esprits.
00:29Les récits sont devenus les nouvelles armes de conquête symbolique et d'influence massive.
00:33Pensez à Poutine, qui invoque la Russie éternelle, gardienne d'une histoire mythifiée face à un
00:41Occident qu'il déclare décadent. Xi Jinping réactive l'imaginaire d'une Chine confucéenne et harmonieuse,
00:46un empire du milieu destiné à redevenir le centre du monde. Trump, lui, a compris avant tout le monde
00:53que l'émotion et la provocation l'emportent sur la vérité. « Make America Great Again » n'est
01:00pas un slogan, mais un récit fondateur. Simple, total, clivant, mais terriblement mobilisateur.
01:07Et l'Europe ? Elle peine à construire son narratif coincé entre repentance et technocratie. Elle ne
01:16raconte plus rien qui mobilise. Ses idéaux, paix, prospérité, droits, se sont dissous dans la
01:21gestion. Elle n'inspire plus parce qu'elle ne sait plus se raconter. Et dans cette guerre mondiale du
01:28sens, l'absence de récits, c'est déjà une défaite. Cette guerre des récits gagne naturellement les
01:35entreprises. Dans un univers saturé de messages, le produit, la technologie ou le prix ne suffisent
01:42plus à se distinguer. Ce qui importe désormais, c'est la capacité à concevoir et à incarner un
01:48récit cohérent, inspirant et crédible. A l'époque où tout le monde copie tout le monde, seule la
01:54faculté à produire des histoires qui diffusent du sens permet de se démarquer vraiment. Un récit
02:00fort, c'est le cœur du capital immatériel. Il attire les talents, les clients, les investisseurs.
02:06Les collaborateurs s'engagent mieux quand ils se reconnaissent dans une histoire. Les clients
02:12achètent davantage quand l'entreprise sait leur parler. Et les financiers parient sur des
02:16entreprises dont le récit est crédible, incarné, cohérent, jusqu'au dans leurs rêves les plus fous.
02:21Prenons des exemples. Apple ne vend pas des téléphones. Elle impose un discours du chic
02:28esthétique et de la simplicité. Hermès, c'est le luxe du temps long, la victoire de la tradition
02:34sur l'éphémère. Décathlon, c'est une utopie joyeuse, celle du sport pour tous. Netflix, enfin,
02:42est devenue la fabrique mondiale de récits. Un empire qui modèle nos émotions et nos valeurs. Un récit ne se
02:50décrète pas. Il ne s'achète pas sur étagère. Mais il se déduit de l'histoire, des métiers,
02:56de l'identité profonde, du rapport au monde. Les entreprises qui singent sans y croire les mots
03:02à la mode, comme durable, inclusif, innovant, ne produisent que du bruit. Et dans la guerre mondiale
03:09du sens et des récits, le bruit, c'est l'insignifiance.
03:13Sous-titrage Société Radio-Canada
03:19Sous-titrage Société Radio-Canada
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