00:00 ...
00:21 -Ravie de vous retrouver.
00:24 Une photo a tourné en boucle sur les réseaux sociaux russes
00:28 qui nous rappelle que l'invasion de l'Ukraine menée par Vladimir Poutine
00:32 est aussi une guerre des récits.
00:35 Voici ce que nous présente cette image.
00:38 Un drapeau nazi flottant à côté d'un drapeau ukrainien
00:42 sur un bâtiment officiel.
00:44 Cette photo est apparue sur Twitter en mars 2022,
00:48 juste après l'invasion russe.
00:50 L'idée que l'Ukraine, pays voisin de la Russie, est une menace
00:55 et que Moscou doit intervenir. Mais ce bâtiment avec ses 2 drapeaux
01:00 n'existe pas.
01:01 C'est une photo prise sur le tournage d'un film sorti en 2012
01:05 qui racontait un match organisé par les nazis en 1942
01:10 entre les footballeurs de Kiev et une équipe de soldats allemands.
01:14 Cette guerre des images, tandis qu'un conflit armé se déroule,
01:18 ce n'est pas nouveau. Mais ce qui est nouveau, c'est la technologie.
01:23 L'intelligence artificielle qui donne une puissance décuplée
01:27 et l'usage qu'en font les régimes non démocratiques.
01:31 Sortons nos cartes.
01:33 -Au XXe siècle, la manipulation de l'information
01:36 à des fins stratégiques va se diffuser.
01:39 L'un des exemples les plus emblématiques
01:42 est son exploitation par le régime nazi.
01:45 En 1933, le ministère de l'Education du peuple et de la propagande
01:50 de Goebbels s'attaque à la Lügenpresse, ou presse menteuse,
01:54 pour disqualifier les médias considérés comme juifs ou étrangers.
01:58 Mais le 3e Reich ne se contente pas de fabriquer des ennemis publics.
02:03 Goebbels lance une campagne autour du concept d'espace vital
02:07 avec un programme baptisé "Schéma général de l'Est"
02:11 pour inciter les populations germanophones
02:14 à s'installer sur le flanc est de l'Allemagne nazie.
02:18 Commençons par établir une distinction
02:21 entre les processus informationnels délibérés et involontaires.
02:25 Depuis la pandémie de Covid et la diffusion de fausses informations,
02:30 l'ONU distingue 3 catégories.
02:32 La désinformation, d'abord.
02:35 Elle repose sur des faits faux et vise à nuire délibérément.
02:39 Il s'agit donc d'une manipulation de l'information.
02:43 Exemple au XXe siècle.
02:45 En 1980, le KGB et l'Astasie est-allemande
02:48 lancent l'opération "Infection" pour tenter de faire croire,
02:52 par l'entremise de Jacob Segal, un biologiste est-allemand,
02:56 que le virus du Sida a été créé par un laboratoire de l'armée américaine.
03:00 2e catégorie, la mésinformation.
03:04 Elle se distingue de la désinformation
03:07 par son caractère non intentionnel,
03:09 bien que les informations concernées soient aussi fausses.
03:14 Lorsque le secrétaire d'Etat américain Colin Powell brandit à l'ONU
03:18 une fiole censée contenir de l'anthrax pour justifier l'intervention en Irak,
03:23 selon lui, il ignorait que le dossier fourni était truffé d'erreurs,
03:27 le conduisant à mésinformer l'ONU.
03:30 Enfin, 3e catégorie, la malinformation.
03:34 Elle se distingue par son caractère partiellement véridique,
03:38 avec des informations utilisées pour nuire.
03:41 Elle ne fait pas une présentation volontairement trompeuse d'un fait réel.
03:46 Exemple récent, quand la Russie exploite des images
03:49 de membres du bataillon ukrainien Azov portant des tatouages nazis
03:54 pour affirmer que l'Ukraine, dans son ensemble,
03:57 est gangrénée par le nazisme.
03:59 Ce bataillon existe, mais il n'est pas représentatif de l'armée ukrainienne.
04:04 De façon générale, les Etats s'engageant dans des manipulations
04:09 avec différents outils et techniques d'influence.
04:13 1er niveau, l'influence étatique dite "blanche",
04:17 avec d'abord le rôle des diplomates,
04:20 à l'image de cet ambassadeur chinois en France,
04:23 qu'on surnommait le "loup guerrier".
04:26 Il n'hésitait pas à nier dans les médias toute exaction de Pékin
04:30 à l'encontre de la minorité musulmane des Ouïghours
04:34 dans la région autonome du Xixiang,
04:37 pays de l'ex-URSS.
04:39 Les médias d'Etat sont aussi des outils
04:42 qu'utilisent les gouvernements autoritaires
04:46 dans leurs opérations, puisqu'ils contrôlent l'intégralité
04:50 du contenu qu'ils diffusent.
04:52 A la différence des médias de service public des régimes démocratiques,
04:57 comme la BBC au Royaume-Uni, RFI en France ou même Arte,
05:01 qui n'hésitent pas à critiquer leur gouvernement respectif.
05:05 Ici, sur la chaîne RT, anciennement Russia Today.
05:08 Après avoir été interdite d'émission en Europe en mars 2022
05:13 avec la guerre en Ukraine, RT cherche à se redéployer en Afrique.
05:17 La chaîne a prospecté au Kenya et en Afrique du Sud
05:21 pour y établir les bureaux de ses versions francophones et anglophones.
05:25 Un nouveau bureau a été ouvert à Alger fin mars 2023
05:29 pour la version arabophone.
05:31 Autre média d'influence russe, Spoutnik,
05:35 qui est influencée par ses publications au ton plus offensif
05:38 et qui est lié au groupe Rossiya Seghodnya,
05:41 l'organisme de communication officielle de la Russie.
05:45 Direction, maintenant, l'Iran.
05:48 Le régime islamique s'appuie sur 2 acteurs médiatiques
05:52 à portée internationale, Pars Today et Press TV,
05:55 détenus et financés par l'organisme de radiodiffusion d'Etat.
06:00 Il faut souligner que Press TV se fait parfois le relais
06:04 de la propagande russe, puisqu'on y retrouve régulièrement
06:08 des contenus récupérés sur RT et Spoutnik,
06:11 notamment du fait des intérêts anti-occidentaux communs
06:15 à la Russie et à l'Iran.
06:17 A présent, direction la Chine.
06:20 L'agence de presse chinoise occupe une place centrale
06:24 dans la stratégie d'influence internationale de Pékin,
06:27 puisque les autres médias chinois ont l'obligation de reprendre
06:32 les données disponibles. Dès 1998, Pékin a par ailleurs
06:36 érigé une grande muraille numérique afin de contrôler l'information
06:40 sur son territoire et limiter l'accès à des sites étrangers.
06:45 Au-delà de cette influence à découvert,
06:48 on parle aussi d'influence étatique grise.
06:51 La guerre de l'info est toujours menée par un Etat,
06:55 mais de façon plus discrète.
06:58 Exemple avec l'opération Ghostwriter,
07:01 menée par des hackers biélorusses alignés sur les intérêts de la Russie
07:06 et dont l'objectif était de pirater des sites de médias
07:10 ou des comptes de personnalités européennes
07:13 afin d'y diffuser l'idée selon laquelle le Covid avait été répandu
07:17 en Europe par les forces américaines de l'OTAN.
07:21 On leur a compris que les stratégies de propagande
07:25 et de désinformation des Etats ne datent pas d'hier.
07:29 Mais on a vu s'appuyer par l'apparition du numérique
07:32 et de l'intelligence artificielle des nouvelles technologies
07:37 dont se sont emparées certains régimes autoritaires.
07:41 Dès les années 2010, Internet est au cœur des préoccupations du Kremlin.
07:46 En novembre 2019, la loi dite du "Runet" prévoit ainsi
07:50 l'installation de logiciels permettant d'analyser les données
07:54 transitant sur le segment russophone d'Internet.
07:58 En juin 2021, grâce à cette loi, l'Etat russe a été en mesure
08:02 de ralentir la plateforme Twitter ou de bloquer l'accès
08:06 à des médias indépendants, considérés comme des agents de l'étranger.
08:11 S'il reste possible de contourner cette censure via des VPN,
08:15 des logiciels dissimulant la localisation d'origine,
08:19 un grand nombre d'internautes russophones sont maintenant
08:23 maintenus dans un environnement informationnel restreint.
08:28 Ils sont autorisés sur la population russe,
08:31 mais aussi contre les territoires occupés en Ukraine.
08:34 Depuis 2014 et l'invasion de la Crimée, les systèmes ukrainiens
08:39 permettant d'accéder à Internet depuis la Crimée
08:42 ont été rattachés au réseau russe.
08:45 Enfin, entre fin mai et début juin 2022, lorsque l'armée de Poutine
08:49 a envahi les régions du sud de l'Ukraine, des techniciens russes
08:54 et des internautes de la région ne peuvent plus s'informer sur Internet
08:58 que par des sources validées par Moscou.
09:01 Les réseaux sociaux sont l'élément le plus exploité
09:05 dans les guerres de l'information. Facebook, Instagram ou Twitter,
09:09 mais aussi YouTube ou encore Reddit, font partie des plateformes
09:14 ciblées par les trolls, c'est-à-dire par des personnes
09:18 créant de faux profils pour semer la discorde ou le doute en ligne.
09:22 En 2019, la Russie et l'Iran ont fait partie des Etats les plus actifs
09:27 sur Facebook et Instagram pour mener ce genre d'opérations.
09:31 Les applications de messagerie, telles que Telegram ou WhatsApp,
09:35 permettent parfois de contourner les suppressions de comptes de trolls
09:40 et de diffuser des infox dans des groupes qui leur servent de relais.
09:44 Pour mener à bien leurs opérations de désinformation,
09:48 certains Etats ont recours à un nouveau type d'acteurs,
09:52 le journaliste russe Evgeny Prigojine.
09:55 Il se fit connaître avec ses milices Wagner,
09:58 mais aussi en étant un spécialiste de la guerre de l'information.
10:03 En juillet 2013, Prigojine crée l'Internet Research Agency
10:07 à Saint-Pétersbourg pour recruter des professionnels
10:11 de la création de contenus et de commentaires à visée politique.
10:15 En 2016, cette agence va s'illustrer en soutenant le candidat
10:20 à 126 millions d'Américains sur Facebook,
10:23 20 millions d'utilisateurs sur Instagram
10:26 et 1,4 million d'utilisateurs de Twitter.
10:30 Cette opération s'inscrivait dans le cadre d'un projet plus global,
10:34 l'ARTA, qui visait tout l'Occident, avec des bureaux ouverts au Ghana,
10:39 au Nigeria et au Mexique, pour complexifier la détection
10:43 de ces usines à trolls. Un entrepreneur d'influence
10:47 a parlé de la monnaie de ses services. En Syrie et en Libye,
10:51 il a mis la main sur des ressources, principalement minières,
10:55 gazières et pétrolières. En Afrique subsaharienne,
10:59 Prigojine a exploité des concessions minières.
11:02 Après sa mort, la marque Wagner va sans doute disparaître,
11:07 mais pas la guerre de l'information que mène Poutine.
11:11 Voilà pour cette guerre de l'information qui se joue
11:15 sur les réseaux sociaux, capables du pire mais aussi du meilleur
11:19 quand on vit en démocratie. Ils donnent à chacun, dirigeant
11:23 et citoyen, un accès direct au monde informationnel.
11:27 Ces réseaux ont permis aux Ukrainiens de contrer le narratif russe
11:31 et de mobiliser l'opinion publique nationale et internationale,
11:35 grâce aux vidéos régulières de Zelensky.
11:39 C'est une spécialiste de la Russie, de l'Ukraine et de la Biélorussie.
11:43 Le journal "Les Guerres de l'information"
11:46 est publié avec Maud Kessar.
11:49 Rendez-vous la semaine prochaine, même endroit, même heure.
11:54 D'ici là, n'oubliez pas arte.tv,
11:57 où vous retrouvez nos vidéos. A bientôt.
12:01 france.tv access
12:06 france.tv access
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