- il y a 3 mois
La ville du Creusot est l’un des berceaux de l’industrie française. C’est là que ce sont les déroulées les Journées Nationales France urbaine le 16 et 17 octobre 2025. L’occasion pour les acteurs privés et publics d’échanger et de débattre sur la manière dont les deux peuvent coopérer pour dynamiser leurs territoires.
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00:00Smart Trends est donc au Creusot-Monceau, puisque l'événement est organisé par la communauté urbaine Creusot-Monceau.
00:12On est au Journée Nationale France Urbaine, dans ce territoire qui est emblématique de l'histoire industrielle française.
00:19On est donc au bon endroit pour parler de reconversion, pour parler de résilience et d'innovation.
00:25Je vous présente tout de suite mes invités, Benoît Arrivé, le maire de Cherbourg. Bonjour et bienvenue, heureux de vous accueillir.
00:31Clarisse Maillet, bonjour et bienvenue. Vous êtes la présidente de la CPME Saône-et-Loire et vice-présidente de la CPME au niveau national.
00:38Jean-Marc Borrello, bonjour et bienvenue. Le président du groupe SOS. Et David Fofi, bonjour, bienvenue.
00:43Vous êtes le directeur département robotique de Polytech Dijon, c'est l'école polytechnique de l'Université de Bourgogne.
00:50Peut-être d'un mot ce que vous attendez de ces journées nationales. France Urbaine, qu'est-ce que ça représente pour vous, monsieur le maire ?
00:56Écoutez, d'abord, je suis très heureux d'être ici au Creusot. Je salue mon ami le maire David Martin.
01:02Il y a des liens historiques entre cette ville et celle de Cherbourg en Cotentin, notamment sur la question, bien sûr, du métal.
01:09On y reviendra peut-être tout à l'heure, puisqu'on va parler d'industrie et de décarbonation.
01:12Mais les journées de France Urbaine, c'est un moment, c'est les dernières journées de la fin du mandat, un mandat qui a été compliqué, extrêmement compliqué,
01:21entre la Covid, les crises énergétiques et puis maintenant une crise institutionnelle.
01:26Donc, c'est l'occasion de se retrouver, de préparer la suite et d'échanger sur les éléments communs que l'on retrouve au niveau national,
01:32quelle que soit la taille de l'intercommunalité ou de la commune.
01:35Moi, je suis très heureux d'être là. Les débats sont toujours de qualité.
01:37Clarisse Maillet, qu'est-ce que vous attendez finalement des grandes villes, des agglomérations, des communautés de communes ?
01:45Alors, pour le monde de l'entreprise, ce qui est important, c'est cette cohésion entre tous les acteurs économiques,
01:51c'est-à-dire les entreprises, l'État, mais également les collectivités territoriales,
01:57puisque nous avons besoin de tous les acteurs pour pouvoir innover et progresser sur un territoire.
02:03C'est vraiment pour nous très important d'être là aujourd'hui et de montrer que l'entreprise est concernée
02:09et qu'elle a également des idées tant au niveau innovation que d'autres secteurs.
02:13Jean-Marc Borrello, vous avez déjà été invité de plusieurs de mes émissions sur Bsmart.
02:20Et avant qu'on démarre l'enregistrement, vous me disiez que les associations souffrent particulièrement depuis quelques mois.
02:27Donc, cette émission, on va parler d'adaptation aux crises.
02:29À quel point, vous, avec un groupe aussi puissant que le groupe SOS,
02:34vous avez besoin des territoires pour accompagner les associations dans cette période qui est compliquée ?
02:40Bonjour. Nous sommes les partenaires naturels des territoires.
02:44Nous avons besoin des territoires comme les territoires considèrent, pour un certain nombre d'entre eux,
02:49que nous pouvons leur être utiles.
02:51Et on peut leur être utiles en apportant des services aussi essentiels que la gestion des hôpitaux,
02:56ce qui est le cas au Creusot, avec un très bel établissement qui, grâce à une coopération forte avec David Marti et la Commune,
03:03et l'agglo, continue de grandir, continue d'offrir des services nouveaux,
03:07est un bel exemple de ce qu'on peut faire pour lutter contre les déserts médicaux.
03:11Mais nous gérons des crèches, nous gérons des maisons de retraite.
03:14On crée aussi de la revitalisation économique dans un certain nombre de territoires.
03:18On est présent dans 80 départements français et d'outre-mer, avec des sujets aussi différents que réouvrir des bistrots dans des petites communes de 3 500 habitants.
03:28On a un programme qui s'appelle 1000 Cafés.
03:30400 sont ouverts dans des toutes petites communes.
03:33Et ça permet d'avoir des lieux de convivialité.
03:35Ça permet que les citoyens se rencontrent.
03:37On travaille évidemment beaucoup avec les entreprises.
03:39Nous sommes une entreprise, une entreprise un peu particulière.
03:43De l'économie sociale et solidaire.
03:43Le groupe SOS n'a pas d'actionnaire, n'a pas donc de dividende.
03:48Et donc nous sommes au service de l'intérêt général entre les services publics et les entreprises qui sont depuis toujours des grands partenaires du groupe SOS.
03:57Donc notre place est ici, tant pour travailler sur services essentiels, revitalisation des commerces de proximité.
04:05Dans des villes moyennes, on a inventé des concepts rigolos.
04:08De co-selling, donc des boutiques partagées entre plusieurs commerçants que nous gérons avec les collectivités.
04:15Qui permettent à des jeunes commerçants de se lancer sans avoir à prendre un bail, sans avoir à s'engager trop loin.
04:22On fait des concours.
04:24Mon commerce a un incroyable talent dans les villes avec les collectivités.
04:28Et on aide de jeunes commerçants à s'installer.
04:30On les accompagne.
04:32Et encore une fois, grâce aux collectivités, on fait en sorte que les centres-villes ne soient pas en difficulté.
04:38Alors on va pouvoir donner plein d'exemples pendant cette émission, parce que plus on est concret, mieux c'est.
04:43Je veux bien, David Fovic, que vous nous présentiez un peu votre école, Polytech Dijon.
04:48Et puis à quel point elle est, elle dépend finalement de ce maillage territorial et de cette communauté urbaine dont on parle.
04:59Polytech Dijon, c'est une vieille école qui a une trentaine d'années.
05:02Mais son département robotique, celui qui est aujourd'hui au Crozeau, n'a que cinq ans.
05:06Et depuis un an, il est hébergé par le Technopole, le Lub & Go.
05:11Donc ici même, dans ses locaux.
05:14Vous êtes chez nous.
05:16On forme des étudiants à Bac plus cinq.
05:19On a 113 étudiants, élèves ingénieurs, dont le tiers est apprenti.
05:23On a aussi 50 étudiants internationaux dans nos masters qui sont plus à vocation recherche.
05:28On mène une activité de recherche également en robotique, en perception pour la robotique, en intelligence artificielle.
05:36Et le passage de notre vie qui était universitaire dans les locaux de l'université à une vie qui est dans un technopôle.
05:47C'est symbolique, évidemment.
05:48Et ça change un peu la donne.
05:50Ça ancre aussi nos activités dans un contexte sociétal, dans un contexte économique, dans un contexte politique,
05:57avec lequel on est rarement confronté ou pas toujours confronté quand on est universitaire.
06:02Dans un contexte industriel, on côtoie des start-up.
06:06On côtoie des acteurs qu'on n'a pas toujours l'occasion de côtoyer.
06:09Et c'est d'une richesse incroyable pour nos étudiants, pour nous aussi.
06:14Et ça met en perspective l'impact à la fois de notre activité de recherche et de nos développements en tant qu'ingénieurs.
06:22Et ça permet aussi à nos étudiants de se frotter à une réalité économique, industrielle, et pas simplement être dans une salle de classe.
06:30Et ça, c'est super.
06:32Alors, on va parler de réindustrialisation, on va parler de décarbonation dans cette émission.
06:36Vous le disiez tout à l'heure, il y a des points communs entre la ville de Cherbourg et le Creusot,
06:42notamment en termes de capacité de se réinventer face aux crises.
06:46Si on parle de réindustrialisation, c'est quoi la situation dans votre ville et plus généralement dans la communauté urbaine ?
06:52Si vous m'aviez invité en 2012, je vous aurais parlé d'une ville à 12% de chômage avec un certain nombre de difficultés.
06:59Aujourd'hui, Cherbourg-en-Cotentin est l'agglomération du Cotentin.
07:03C'est le territoire de France qui a créé le plus d'emplois industriels ces cinq dernières années.
07:08C'est aujourd'hui un taux de chômage à moins de 5%.
07:11Et c'est surtout des projets confirmés.
07:14On va devoir créer 20 000 à 25 000 emplois dans les 15 ans qui viennent.
07:19Et donc, conformément à ce que je viens de vous dire sur le taux de chômage, il faut qu'on fasse venir des gens d'ailleurs.
07:23Donc, c'est donc un territoire qui a redressé la tête autour de plusieurs secteurs.
07:28La construction de sous-marins, notamment avec la bonne santé de Naval Group.
07:32On construit les sous-marins nucléaires français à Cherbourg-en-Cotentin.
07:37Et puis, la question énergétique, et je salue l'ensemble de mes prédécesseurs.
07:40On est aujourd'hui le territoire du mix électrique décarboné, du nucléaire.
07:44Ce n'est pas la peine que je développe.
07:46On vient de mettre en route le PR jusqu'aux énergies marines renouvelables avec de l'éolien offshore.
07:51On a construit une usine en moins de 5 ans qui emploie aujourd'hui 700 personnes,
07:56qui fabrique les plus grandes pales d'éolien offshore, les pales de 107 mètres.
08:00Bientôt, des projets hydroliennes.
08:02Et puis, d'autres projets qui sont complémentaires autour de cette question énergétique.
08:07Donc, on a fait le pari.
08:09C'est aussi un débat national.
08:10Mais nous, on considère que la souveraineté nationale passe par du mix électrique décarboné sans opposer les énergies.
08:17Et puis ensuite, on développe d'autres projets,
08:19puisque nous sommes un territoire qui produit plus d'énergie qu'il en consomme.
08:22Comment on utilise cette énergie ?
08:24Et donc, électrification des navires haquées, lignes de ferroutage que l'on vient de mettre en place.
08:29Et donc, cette question énergétique, plus la question de la navale et la construction de bateaux,
08:33je pense aussi aux constructions mécaniques de Normandie,
08:35fait qu'aujourd'hui, le taux de chômage est extrêmement faible,
08:39que nous avons des projets autour du nucléaire,
08:41ce qu'on appelle le projet aval du futur en partenariat avec Corano.
08:44Et tout ça a permis de recréer de l'emploi, de relever la tête et de redonner de la fierté.
08:50C'est redevenu facile d'attirer des talents dans le nucléaire,
08:52parce que c'est vrai que comme on est passé par une phase où le message, c'était on va abandonner l'énergie nucléaire,
08:58les ingénieurs de talents, ils allaient plutôt voir ailleurs.
09:00Oui, c'est un peu plus facile qu'il y a quelques années,
09:03mais parce que justement, localement, on développe vraiment cette question du mix électrique
09:07sans opposer les énergies les unes aux autres.
09:09Ça a été un pari qu'on a pris, nous, il y a une dizaine d'années,
09:12qui porte ses fruits aujourd'hui parce que la complémentarité est l'essentiel.
09:16On a à la fois notre histoire autour du nucléaire,
09:19et je vous ai dit tout à l'heure, éolien offshore,
09:21bientôt des hydroliennes dans le Rablanchard,
09:23qui est un des plus forts courants au monde.
09:24Et c'est cette complémentarité-là qui permet, je crois, de tirer le territoire vers le haut.
09:28Il y a un mot là-dessus, David Fofi, sur l'attractivité d'un secteur,
09:33le nucléaire ou d'autres.
09:34Est-ce que vous, vous sentez ça des modes ou des tendances chez vos étudiants ?
09:39Alors, des modes, il y en a.
09:41Une mode négative, ces dernières années, c'est l'électronique.
09:46On est passé d'amphi qui ne désemplissait pas à un désert d'étudiants en électronique.
09:54Et on ne sait pas trop pourquoi, parce que l'électronique, il y en a quand même partout.
09:59L'informatique, c'est tout le contraire.
10:02C'est depuis très longtemps à la mode, mais là, c'est...
10:05Encore plus avec l'IA.
10:06C'est l'IA et c'est de la super mode.
10:10On arrive difficilement à gérer les flux.
10:14Pour ce qui nous concerne en robotique, parce qu'on est aussi confronté à l'IA,
10:19l'IA, c'est le cerveau du robot.
10:21Donc, quand on conçoit un robot aujourd'hui, on conçoit le corps et le cerveau.
10:25Et donc, l'attractivité est plutôt bonne, voire très bonne.
10:30Et il y a finalement très peu de formations centrées sur la robotique.
10:35Il y a des formations mécaniques avec une option robotique, des options automatiques avec une option robotique.
10:40Mais une spécialité complètement robotique, il y en a assez peu.
10:44Donc, on est un petit département d'une école moyenne, mais on attire beaucoup, beaucoup d'étudiants et beaucoup de candidatures quand même.
10:51Intéressant, effectivement.
10:52Alors, on parle de réindustrialisation.
10:56On est vraiment au bon endroit pour le faire.
10:58Le Creusot, c'est vraiment un exemple de résistance au choc.
11:02Oui, complètement.
11:03Et c'est surtout aussi parce que le Creusot, c'est un territoire d'industrie.
11:06Et sur les territoires d'industrie, il y a des vrais modes de pensée.
11:11Il y a des vraies interrogations et des mises en pratique de certaines choses.
11:17Donc, sur le territoire d'industrie, on va travailler plusieurs piliers qui sont nécessaires à la réindustrialisation.
11:23Et quand on parle de réindustrialisation, l'objectif, c'est quand même d'augmenter la part de l'industrie dans le PIB de la France.
11:29Alors, nous, on ose le rêver à 12 ou 13 %, même si aujourd'hui, il est en dessous de 11.
11:34Mais on met tout en œuvre sur les territoires.
11:37Pardon, ça passe par des clusters, par exemple, des regroupements d'entreprises sur des secteurs spécifiques ?
11:44Des réunions, ça passe par des échanges avec, encore une fois, les acteurs économiques.
11:50Ça passe par des sites clés en main.
11:52C'est-à-dire que l'entreprise, aujourd'hui, elle a besoin d'être accompagnée puisqu'on est dans un monde très complexe.
11:58Donc, venir l'aider et décomplexifier les procédures administratives,
12:04on a sur le territoire des sites clés en main.
12:06Quand l'entreprise arrive sur un site clé en main, ça lui permet de gagner 18 mois en temporalité.
12:12Donc, quand on construit et qu'on doit faire face à une activité qui repart, par exemple, l'aéronautique qui revient,
12:19c'est un temps qui est vraiment inconsidéré.
12:22C'est une richesse pour l'entreprise d'avoir des sites clés en main.
12:26Jean-Marc Borello, est-ce que la réindustrialisation, ça vous concerne ?
12:30Vous voyez ce que je veux dire ? Parce que vous nous avez donné plein d'exemples d'initiatives locales
12:37qui sont parfois des micro-initiatives, mais qui, démultipliées dans X dizaines ou centaines de communes,
12:43évidemment, prennent beaucoup de place.
12:44Mais est-ce que vous êtes un acteur associé à la réindustrialisation ?
12:49J'allais vous dire, rien de ce qui est humain ne nous est étranger.
12:53Et donc pas la réindustrialisation, évidemment, est un enjeu.
12:56Pour faire venir des talents, pour faire venir de nouveaux habitants,
13:00pour faire en sorte qu'une région puisse être aussi dynamique que ce que l'est le Creusot,
13:06il faut qu'il y ait des hôpitaux, il faut qu'il y ait des écoles, il faut qu'il y ait des logements,
13:10il faut qu'il y ait des crèches et la collaboration avec les collectivités territoriales et les entreprises.
13:16Parce qu'aujourd'hui, tous les chefs d'entreprise prévoient qu'il va falloir loger des cadres,
13:22les faire venir, que ces cadres ont des enfants, qu'il va falloir des écoles,
13:26qu'il va falloir des crèches.
13:27Et on me racontait il y a quelques minutes qu'un chirurgien de talent est arrivé dans notre hôpital au Creusot.
13:33Et grâce à la collaboration avec la ville, la ville lui a trouvé un logement,
13:38des places pour les crèches et pour les écoles de ses enfants.
13:42S'il n'y avait pas eu cet environnement et ses services,
13:45sans doute que ce chirurgien ne serait pas venu.
13:47Donc nous, on observe très concrètement au Creusot, depuis une dizaine d'années,
13:53l'arrivée de talents venus d'ailleurs, le développement d'activités économiques.
13:57Et nous essayons d'accompagner avec la ville, avec David Marty et avec l'agglo,
14:02tous les services qu'ils font autour.
14:04Parce qu'évidemment, tout ça ne peut se faire que si les conditions de vie sont convenables pour les gens qu'on veut attirer.
14:11Est-ce que cette réindustrialisation, elle est compatible avec les objectifs de décarbonation ?
14:20Comment vous réussissez à associer les deux objectifs ?
14:24C'est aussi d'ailleurs le lien entre une ville industrielle, historique,
14:28comme le Creusot et les Cherbourg.
14:31Je vous l'ai dit, il y a plusieurs endroits.
14:33Il y a d'abord des questions de souveraineté.
14:35Je vous ai parlé d'énergie et de défense.
14:37Dans le monde où la géopolitique est aujourd'hui complètement perturbée,
14:40la France réaffirme sa souveraineté industrielle et énergétique.
14:43Il était temps.
14:45Et donc, des villes comme les nôtres y répondent parfaitement.
14:47Et puis, je voulais expliquer le choix de Cherbourg.
14:51Ça a été d'abord de faire un choix, de dire il y a la navale.
14:53Il y a la navale groupe, il y a les constructions mécaniques de Normandie.
14:56Je rajouterai un certain nombre de chantiers qui construisent des fabuleux bateaux de plaisance.
15:02Mais on va axer sur l'énergie.
15:04Et donc, on a recréé de l'emploi, rendu de la fierté, réindustrialisé,
15:08construit des usines autour de cette question énergétique et donc autour de cette question de décarbonation.
15:13Mais il y a des énergies qui provoquent aussi des crispations.
15:16Vous parliez des éoliennes, des éoliennes offshore en l'occurrence.
15:20Ici même, dans une autre émission, on avait le maire d'Aras qui expliquait que les projets d'éolien,
15:27ils suscitaient quand même pas mal de blocages dans sa région.
15:31Donc, il y a aussi une question d'acceptabilité.
15:33Et c'est pour ça que je vous dis que parfois, la réindustrialisation, elle se heurte à un syndrome qu'on connaît tous.
15:38Ça s'appelle le syndrome NIMBY, not in my backyard.
15:40OK, on en veut bien, mais chez les autres.
15:42Oui, mais c'est aussi le rôle des investisseurs, des industriels et des élus.
15:46C'est d'expliquer.
15:48Nous, on vient de relancer une ligne de ferroutage, une des premières en France,
15:52qui permet de relier Cherbourg-en-Cotentin et son port, Transmonche, avec Bayonne.
15:57Ben, Mouguer, exactement.
15:59Ça enlève 25 000 camions de la route par an.
16:02Mais il a fallu expliquer ça aux riverains du port, qui revoient passer un train devant leurs fenêtres.
16:07Quand je repars de la question de production d'électricité,
16:12on est tous d'accord aujourd'hui que l'enjeu numéro un, c'est d'arrêter d'émettre des gaz à effet de serre.
16:17Donc, il faut décarboner.
16:18On est aussi tous d'accord sur le fait qu'il faut de plus en plus d'énergie électrique pour répondre à nos besoins.
16:24Et donc, une fois que vous avez dit ça, vous dites que la solution, c'est de produire de plus en plus d'énergie électrique.
16:30Encore faut-il qu'elle soit décarbonée.
16:32Et donc, vous partez du nucléaire jusqu'à l'éolien offshore.
16:37Moi, je rajoute l'éolien terrestre qui fait aussi un vrai débat.
16:40Mais puis, il faut débattre avec les gens.
16:42Et puis, qu'est-ce qui est beau ou pas ?
16:43Moi, quand on me dit qu'une éolienne terrestre, ce n'est pas beau, est-ce qu'une usine, c'est beau ?
16:47Ce n'est pas le sujet.
16:49Pour certains, c'est le sujet.
16:51Oui, mais d'accord.
16:51Mais à un moment donné, le rôle des maires, des responsables politiques, des chefs d'entreprise, c'est d'expliquer la réalité des choses.
16:59Est-ce que oui ou non, la France, dans le cadre de sa souveraineté, a besoin de plus en plus d'énergie électrique ?
17:04La réponse est oui.
17:05Est-ce que cette énergie doit être décarbonée ?
17:06La réponse est oui.
17:08Et donc, vous avez une partie de la réponse à la question que vous m'avez posée.
17:11Clarisse Maillet, sur le nucléaire, c'est un moteur économique de la région.
17:18Je parlais de Cluster tout à l'heure.
17:19Il y a une nucléaire valet, c'est ça ?
17:21C'est ça.
17:22Ici, donc ça veut dire quoi ?
17:23Ça veut dire que les habitants sont très contents d'avoir des entreprises qui travaillent autour du nucléaire ?
17:30Alors, nous, on a travaillé à la CPME sur un livre blanc, justement, sur la réindustrialisation.
17:34On constate quand même qu'il y a 82% de la population qui est pour l'industrie et qui est plutôt en faveur de la réindustrialisation.
17:45Donc, c'est plutôt positif aujourd'hui.
17:46Mais encore une fois, on a le sondage et puis ensuite, on a le projet à sa porte.
17:52Je rejoins quand même ce qui a été dit.
17:55Il faut faire de la pédagogie.
17:56Aujourd'hui, tous les projets, pour qu'ils soient...
17:59Alors, on traite également le sujet de l'acceptabilité.
18:01Pour qu'il y ait une acceptabilité des projets, il faut aller vers le citoyen, vers le voisinage, leur expliquer le pourquoi, du comment.
18:10Et souvent, ils acceptent parce que c'est, et vous l'avez dit tout à l'heure, un emploi dans l'industrie, c'est trois ou quatre emplois indirects.
18:17Donc, il n'y a pas que l'industrie qui est importante.
18:19On voit tous les autres secteurs, services, commerce, médical, tout est vraiment embarqué dans ce monde de réindustrialisation.
18:28Jean-Marc Borrello, il y a aussi un autre mot qu'on peut associer à cette réflexion.
18:33C'est le mot de coopérative.
18:35Et là, ça rejoint certains modèles d'économie sociale et solidaire.
18:40On voit que ce fonctionnement coopératif permet d'associer parfois les riverains, peut-être même d'ailleurs économiquement,
18:48à certains projets de réindustrialisation, d'éoliennes, etc.
18:53Comment vous participez-vous à cette acceptabilité de la décarbonation dont on est en train de parler tous ensemble ?
19:01Le groupe SOS a évidemment un secteur transition écologique avec les fermes d'avenir, avec les moutons de l'ouest, de l'éco-pâturage.
19:10Donc, nous avons des troupeaux de moutons qui font de l'éco-pâturage, etc.
19:14Donc, évidemment, c'est un sujet dans lequel nous sommes investis.
19:18Mais nous avons aussi un lycée technique à Paris où on prépare au métier de l'industrie.
19:23Et quand nous l'avons repris parce qu'il était en grande difficulté, il n'y avait pas une entreprise qui collaborait au lycée.
19:29Aujourd'hui, il y a 30 parrains qui sont des grandes entreprises, qui expliquent de qui ils ont besoin, de quelle formation ils ont besoin.
19:36Ils interviennent dans le lycée et nous préparons des jeunes diplômés en BTS et Master 2 pour travailler dans l'industrie.
19:45Donc, les métiers de l'éducation, enfin, tous ces sujets-là, et éventuellement les messages qu'on est capable de faire passer sur le mix énergétique,
19:53sur la nécessité d'aller du nucléaire à l'éolien, et sur le fait que je ne suis pas persuadé que la Tour Eiffel ait été considérée spontanément
20:01comme un miracle de l'art contemporain, je me souviens de Paye avec la pyramide du Louvre, je me souviens des colonnes de Burin quand Jacqueline les a installées.
20:13Tout ça a commencé par provoquer des polémiques. Et je crois que travailler avec la population, les élus évidemment, mais au-delà, la population,
20:22expliquer les sujets, les faire progresser, en clair, prendre des attitudes qui sont à peu près à l'inverse des mouvements populistes
20:31qui se développent en ce moment, c'est quand même prendre le pari gagnant, prendre le risque, oui, les élus prennent des risques,
20:39oui, on affirme des sujets qui ne sont pas forcément, au moment où on les affirme, qui ne sont pas forcément majoritaires,
20:46mais si on attendait forcément d'être majoritaires, la peine de mort serait toujours en vigueur dans ce pays.
20:53Et si on a amené Banataire au Panthéon, c'est parce qu'à une époque, des hommes politiques ont décidé de prendre des positions
21:01qui n'étaient pas majoritaires, mais qui permettaient à la population de grandir.
21:05Donc encore une fois, notre sujet, nous, société civile, c'est d'essayer de faire avec les grandes entreprises,
21:12les élus et aujourd'hui la population avec laquelle nous passons objectivement beaucoup de temps.
21:17Vous savez, quand nous installions des centres pour accueillir les malades du sida en 85,
21:23l'environnement immédiat n'était pas tout à fait enthousiaste à l'idée que nous installions des centres pour des malades du sida.
21:30Et aujourd'hui, quand dans des grandes villes, on crée des lieux pour accueillir des toxicomanes à la rue,
21:35le travail avec les voisins est un travail qui devient majeur si on veut pouvoir ouvrir le lieu en question.
21:41Donc encore une fois, notre métier, c'est de développer l'acceptation de la population aux différences, à l'innovation
21:50et au fait que ça n'est pas si simple et que le nucléaire a quelques inconvénients et beaucoup d'avantages.
21:57Et que de toute façon, quand on vit dans un monde qui va vivre d'électricité, soit on est capable, monsieur le maire,
22:03de faire de l'électricité qui soit propre, soit on renonce et on va creuser des prix pour trouver du pétrole.
22:13Mais je crois que ce n'est pas l'idée.
22:14Je crois qu'on n'en trouvera pas. Et effectivement, ça rejoint les enjeux de souveraineté dont on parlait tout à l'heure.
22:19Il y a eu un mouvement dans un certain nombre d'universités, de grandes écoles, d'étudiants qui remettaient en cause à la fois l'enseignement
22:29sur des critères environnementaux et qui disaient ensuite, finalement, moi, mon diplôme, je ne vais pas rentrer dans des grandes entreprises, etc.
22:36Est-ce que c'est toujours présent ou est-ce que ça s'est un peu estompé ?
22:41Alors, le questionnement est toujours présent. Et ce questionnement, on essaye de le porter et d'y apporter une réponse.
22:49On intègre de plus en plus. Alors, l'ingénierie, c'est très coûteux pour l'environnement. C'est comme ça.
22:57Réindustrialisé, on n'est pas obligé de le faire à l'identique. Donc, on essaye, nous, de porter des modules, des compétences sur la recyclabilité,
23:05le remanufacturing, la robotique verte, l'éco-conception.
23:08C'était des enseignements qui n'existaient pas. Alors, votre école, elle est jeune, je ne l'avais dit, mais qui n'existaient pas il y a une dizaine d'années.
23:14Non, non. Alors, il y a déjà une incitation forte de la commission des titres d'ingénieurs.
23:21Mais il y a aussi le besoin que nous, on ressent par le rapport direct avec les étudiants de leur apporter des réponses sur un questionnement qui peut être.
23:29Mais est-ce que je veux vraiment être ingénieur, en fait ? Je suis intéressé par une technique.
23:32Mais quelles seront les conséquences de mon activité professionnelle sur le monde ?
23:38Et là, il faut apporter des réponses. Et là, il ne faut pas apporter des réponses qui soient purement théoriques.
23:44Il faut leur donner aussi des clés et des armes et des outils pour leur montrer que la réindustrialisation,
23:50l'industrialisation, la robotisation peut être pas propre, mais plus propre que ce qu'ils croient.
23:56Et qu'il y a une voie peut-être médiane entre l'industrie d'il y a 50 ans et le retour à l'État sauvage.
24:08Oui, effectivement. On ne va pas ressortir les amis chers à notre président de la République.
24:14Je ne vais pas faire de politique. Je voudrais qu'on parle d'attractivité des territoires.
24:20Est-ce que vous êtes en concurrence ? Le maire du Creusot était dans la salle il y a quelques minutes.
24:26Parce que vous disiez, nous, on a besoin de recruter quoi ? Je n'ai pas mémorisé le titre.
24:3020 000 personnes.
24:3120 000 personnes. Donc vous êtes forcément en concurrence avec d'autres territoires.
24:34Qu'est-ce que vous le vivez comme ça ?
24:36Moi, ça peut être vécu comme ça. Moi, à titre personnel, et dans mes fonctions locales et nationales,
24:41c'est quelque chose que j'essaye de réfuter.
24:45Puisque finalement, tout le monde parle d'attractivité.
24:48Lorsque vous vous comparez, vous vous dites, ah, ce territoire est plus attractif que le mien.
24:52Et puis quand vous prenez le temps d'aller sur place, rencontrer les élus,
24:55ils vont vous dire qu'ils ne sont pas attractifs, que le voisin est plus attractif.
24:59Je crois que plutôt, et c'est ce qu'on essaye de faire dans le Cotentin,
25:02le vrai sujet, c'est de trouver l'équilibre entre un développement économique massif,
25:07ce qui nous arrive à Cherbourg et dans le Cotentin,
25:10et de maintenir la question de l'équilibre de vie.
25:13Et donc le projet industriel, monsieur le SOS parlait tout à l'heure de l'aspect humain,
25:20le discours que je porte moi, c'est l'équilibre entre le développement économique et la qualité de vie.
25:24Le projet industriel, le développement économique doit être au service de celles et ceux qui vivent sur le territoire aujourd'hui
25:32et de celles et ceux qui viendront demain, et pas l'inverse.
25:35Et une fois que vous changez un peu la vision des choses et le paradigme,
25:39vous répondez à une partie de la question que vous posez.
25:44Le territoire, les gens qui arrivent aujourd'hui à Cherbourg ou dans le Cotentin,
25:47ils retiennent la qualité de vie, le faible taux de délinquance,
25:50le fait que l'immobilier soit encore abordable, et ça va être un sujet pour nous.
25:54Comment on fait pour que l'immobilier reste abordable ?
25:58C'est ça les retours que nous disent les gens.
26:00Et les opposants d'ailleurs aux projets, à certains projets industriels,
26:04ou à des projets d'éoliennes terrestres, ou même sur les questions d'éoliennes offshore d'ailleurs,
26:09nous disent qu'on ne veut pas que le projet vienne perturber notre qualité de vie.
26:13C'est la même chose que l'exemple du ferroutage dont je vous parlais tout à l'heure.
26:16Donc je pense que le discours des élus, c'est l'attractivité et viendra de la capacité
26:21à maintenir un compromis acceptable entre un développement économique et l'environnement des habitants.
26:27Un autre sujet qui nous ramène à France urbaine,
26:29il va falloir beaucoup d'argent public pour financer le développement économique.
26:33Qui c'est qui va se payer l'école, le gymnase, la crèche ?
26:37C'est les collectivités.
26:38Et ça nous ramène au débat de France urbaine.
26:40Tout à l'heure, il y avait la table ronde finance,
26:41parce que le gouvernement est en train de nous taper sur la tête
26:45et de voler aux collectivités de l'argent qui leur appartient.
26:49Et c'est aussi ça qu'il faut dénoncer,
26:50puisqu'il n'y a pas de développement économique
26:52sans capacité de la collectivité locale à accompagner le développement économique.
26:56Un dernier mot, et c'est vous qui allez conclure, Clarisse Maillet,
26:58puisque vous êtes chef d'entreprise.
27:00À quel point votre entreprise a besoin de l'attractivité de votre territoire ?
27:04Alors c'est important, en fait, l'attractivité,
27:06elle est globale puisqu'elle est dans l'entreprise,
27:09elle est sur le territoire et nous, on a besoin pour recruter
27:12et avoir une ressource humaine.
27:14Et généralement, les entreprises, elles vont recruter au niveau local.
27:17Elles vont rester au niveau local.
27:19Et l'objectif, c'est d'avoir les personnes qui vont pouvoir travailler,
27:23produire, créer de la richesse pour pouvoir avancer et réindustrialiser.
27:28Un dernier mot là-dessus, peut-être, Jean-Marc Borrello ?
27:31Simplement, comme on parle de recrutement et de développement local,
27:35nous accueillons, nous avons la chance d'accueillir des milliers de talents
27:39venus d'ailleurs, qui ne demandent qu'à travailler, qu'à être formés.
27:45Et l'intégration d'un certain nombre de migrants,
27:47parce qu'on ne fera pas avec la démographie actuelle,
27:51on n'aura pas les forces vives pour faire fonctionner ce pays.
27:55Une intégration intelligente des migrants respectueux de la République
27:59et un ministre de l'Intérieur normal, ce qui vient de se passer,
28:06mais depuis peu, après un intermède farfelu,
28:11ça permet aussi de faire venir des talents qui viennent d'ailleurs,
28:16qui veulent bosser, qui veulent respecter la République,
28:18qui ont envie de se former.
28:20Et encore une fois, nous en accueillons des milliers,
28:23on fait en sorte qu'ils puissent accéder à des droits et devoirs de citoyens,
28:28et nous continuerons à considérer que l'immigration est une chance.
28:32Et bien voilà, on aura fait aussi de la politique.
28:33Merci beaucoup d'avoir participé à ce numéro de SmartTrain.
28:37C'était passionnant.
28:38Merci d'avoir répondu à notre invitation.
28:41On se retrouve évidemment très vite sur l'antenne de BeSmart4Chain.
28:45Merci à toutes et à tous de votre fidélité.
28:48Merci à très vite.
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