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  • il y a 4 mois
À force de vouloir séduire en une formule-choc, la communication politique s’est recentrée sur l’optimisation de l’impact immédiat. L’objectif n’est plus d’exposer une orientation claire ou de structurer un débat, mais de maximiser la portée symbolique et émotionnelle d’un message en un minimum de mots. Les slogans dominent, mais l’action, elle, s’efface. Derrière les punchlines qui claquent, c’est la réflexion qui recule. [...]

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00:00A force de vouloir séduire en une formule choc, la communication politique s'est recentrée
00:13sur l'optimisation de l'impact immédiat. L'objectif n'est plus d'exposer une orientation
00:18claire ou structurer un débat, mais de maximiser la portée symbolique et émotionnelle d'un message
00:24en un minimum de mots. Les slogans dominent, mais l'action, elle, s'efface. Derrière les punchlines
00:31qui claquent, c'est la réflexion qui recule. Autrefois, un responsable politique prenait le
00:37temps d'expliquer, de construire une vision. Aujourd'hui, tout se résume en une formule
00:42virale. En même temps, le chaos ou moi, la start-up nation, faire payer les riches, la France est en
00:48faillite. C'est ce qu'on peut appeler le junkwashing politique. Une communication creuse, calibrée,
00:55pour séduire à l'instant, mais qui ne nourrit ni la réflexion ni le débat.
01:00Les émotions sont devenues des produits. L'unité, l'espoir, l'indignation, tout est scénarisé. Comme
01:09l'a montré la sociologue Eva Illouz, les émotions politiques ne sont plus spontanées, elles sont
01:14prescrites. Mais à force d'être de mise en scène, elles sonnent faux. On épuise le registre du
01:21sentiment sans jamais transformer la réalité. Diversité, écologie, justice sociale, ces causes
01:29légitimes deviennent des slogans creux. On les affiche sur les affiches, mais on évite d'en assumer
01:36les conséquences. Une autre sociologue, Eve Capello, l'a bien résumé. Les valeurs servent souvent à
01:42légitimer, rarement à transformer. Autre astuce, brandir la technologie. IA souveraine,
01:50clôt de confiance, réindustrialisation verte. On projette un futur brillant pour éviter de parler
01:56du présent. Mais derrière le vernis de l'innovation, les problèmes structurels restent entiers.
02:02L'innovation devient un écran de fumée. Le marketing politique a tout envahi. Les partis
02:09deviennent des marques. Les candidats, des logos vivants. Les campagnes, des lancements de produits.
02:14On ne cherche plus à convaincre, mais à capter l'attention. Le citoyen est réduit à un consommateur
02:20d'émotions jetables. La com junkwashing, c'est cette communication qui prend trop souvent le pas
02:28sur l'expertise et l'action. On chasse les acteurs à coups de punchlines, mais sans colonne vertébrale,
02:34sans rigueur intellectuelle. Le fond s'amenuise, le débat se fragmente et la politique glisse vers
02:42un exercice de mise en scène permanente. C'est une évolution structurelle du monde politique,
02:47portée par les logiques médiatiques, la vitesse des réseaux sociaux et la pression de l'instant.
02:52Dans ce nouvel écosystème, le risque n'est pas tant la manipulation que la perte de substance de la
02:58pédagogie vers les électeurs.
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