00:00Il est 9h50, nous sommes en direct dans la grande matinale de France Inter et ma nouvelle tête aujourd'hui s'appelle Malik Baudian.
00:05Il est mannequin, photographe, réalisateur.
00:08Pour clôturer cette fashion week historique, il fallait un destin incroyable et le sien, il est cinématographique.
00:14Rien ne le destinait à défiler pour les plus grandes maisons de couture, mais depuis 2018, il a arpenté les podiums plus de 300 fois sa silhouette, mais tout le monde d'accord.
00:23Il y a quelques mois, il montait les marches du Met Gala.
00:25Alors je le rappelle, le Met Gala, c'est le bal le plus célèbre de la mode new-yorkaise.
00:29Un gala caritatif qui finance le département de mode du Met.
00:33Et en 2025, le TEP, c'était « Super fine, tailoring black style ».
00:37Une ode au style des tailleurs noirs, du dandisme afro-américain, de la coupe comme affirmation culturelle.
00:42Alors on fait du sur-mesure sur vous, un appel à rencontrer finalement son histoire par le vêtement.
00:47Cette édition a battu d'ailleurs tous les records, 31 millions de dollars levés.
00:51Malik était invité par la maison Chanel.
00:53Il a choisi son inspiration pour sa tenue, ce sera un prince africain.
00:57Oui, ce prince africain, Eddie Murphy, un prince à New York.
01:02Référence culte, Malik Bodian a été l'un des plus photographiés de la soirée.
01:07Un roi à New York.
01:08Mais derrière les flashs, il y a un regard, celui de Malik, une enfance.
01:11Un garçon qui voulait être footballeur et qui a décidé de raconter la mode à sa façon.
01:15Bonjour Malik.
01:15Bonjour Daphne.
01:16Bienvenue sur France Inter.
01:17Merci.
01:18Ce maître gala, c'est quand même un moment ultime.
01:20Mais pour vous, quels souvenirs vous gardez de ce soir-là ?
01:23Ce soir-là, alors je me rappelle en fait l'attente.
01:27Elle était tellement longue.
01:29Ah bon ?
01:29Oui, elle était tellement, je pense qu'on a passé plus de temps à attendre d'or que dedans.
01:35Et à un moment donné, j'étais avec Bruno, le président de Chanel, Angèle, Jenny, la K-pop.
01:42Et on est sortis de notre voiture.
01:44Ce qui ne se fait pas.
01:45Et on a marché.
01:47On a marché.
01:48Et j'étais vraiment choqué parce que j'étais là.
01:51Ils portent des diamants et tout.
01:53Et on était sans sécurité.
01:54C'était tellement pas prévu.
01:56Et vraiment, moi j'étais paniqué derrière.
01:58Limite, ça ne se voyait pas.
02:00Mais j'étais vraiment, est-ce que je dois être le bodyguard ?
02:04Est-ce que quelque chose se passe ?
02:05Mais voilà, c'était un moment qui m'a vraiment marqué.
02:08C'est deux heures de queue avant de monter quelques marches.
02:10Aujourd'hui, là, vous venez de défiler à New York pour Paris, à Paris pour Hugo Boss, Bottega, Tom Ford.
02:17C'était une fashion week dite historique qui s'est terminée hier soir, les amis, je vous le dis, chers auditeurs.
02:22Parce que tout est en train de bouger.
02:23Est-ce qu'il y a une image que vous avez envie de garder d'ailleurs de cette saison ?
02:26Une image forte ?
02:28Oui, alors je suis aussi allé voir le défilé de Chanel hier et c'est une image qui m'a vraiment, vraiment marqué.
02:37Surtout la fin du défilé, j'ai trouvé ça très, très positif.
02:41En fait, c'est une nouvelle vision qui l'a amenée, de positivité un peu moins sérieuse, de mannequin très stif.
02:52Vraiment, j'ai beaucoup aimé.
02:54Et j'ai beaucoup aimé Tom Ford aussi.
02:56On remonte au tout début.
02:57Vous êtes en Corse.
02:58Vous bossez à la plonge dans un restaurant.
03:01Et il y a un directeur de casting qui vous repère.
03:03Il vous propose de faire un édito pour un grand magazine.
03:05Et vous, vous pensez qu'il plaisante.
03:06Il est un peu ivre d'ailleurs quand il vous en parle.
03:08Alors, vous retournez à l'arrière de la cuisine et puis il revient le lendemain.
03:12Il insiste vraiment.
03:13Et la légende dit que ce serait votre patron de ce restaurant qui vous a convaincu de faire cette première photo.
03:18Oui, c'est mon patron à l'époque, Jean-Pierre, qui était Corse.
03:21Et il était très jeune et en fait, qui m'a vraiment dit, tu n'as rien à perdre, Malik, vas-y.
03:27Et puis moi, franchement, j'étais un peu sceptique parce que je ne connaissais pas ce monde.
03:32Et puis je suis allé.
03:33Et à ce moment-là, en plus, vous deviez commencer une fac de langue étrangère appliquée à Nice.
03:37Vous l'avez fait d'ailleurs, vous allez y rester juste un an et poursuivre vos études à Paris.
03:41Parce que l'édito est sorti et là, c'est l'explosion.
03:43Une jeune agence vous appelle, veut vous représenter.
03:46Ça se passe en novembre 2017 et c'est le début d'une carrière vraiment inattendue.
03:50À quel moment vous avez compris que ça allait changer votre vie ?
03:53Je pense que je l'ai compris en janvier 2018 quand je suis arrivé à Paris et que j'ai défilé pour la première fois pour Valentino.
04:03Et qu'en fait, je me suis dit, qu'est-ce que je fous là ?
04:08Et en fait, j'avais zéro confiance en moi-même et je me suis dit, est-ce que c'est une blague ?
04:13Mais en fait, après le défilé, j'ai compris que tout était sérieux et je me suis rendu compte que je vivais dans un complètement nouveau monde.
04:22Parce que là d'où vous venez, la mode, ça n'existe pas.
04:25Vous avez grandi en Sardaigne, vous étiez le seul garçon noir, vous n'aviez pas confiance en vous.
04:29Vous dites même que vous ne vous trouviez pas très beau, que vous n'aviez même pas le temps de vous regarder dans un miroir.
04:33Vous ne plaisiez même pas aux filles.
04:34La bande-son de votre enfance, à l'époque, c'était ça.
04:44Moi, j'entends ça, je pleure.
04:46Tout de suite.
04:47Vous vouliez faire quoi dans la vie, Malik, en vrai ?
04:50Moi, à l'époque, je rêvais d'être acteur, mais je jouais au foot et je voulais être footballeur.
04:56J'ai joué à Bastia à l'époque, dans les U19.
05:02Ça, c'était vraiment mon objectif.
05:03J'allais à l'école, bien évidemment, mais je n'ai jamais, jamais pensé être mannequin.
05:07Jamais !
05:09La carrière, elle a explosé.
05:11On vous veut sur tous les podiums, dans tous les éditos.
05:13Il y a le Covid qui arrive et qui vous fait poser quelques questions.
05:16Vous vous dites, vous avez presque culpabilisé.
05:19D'ailleurs, vous vous êtes senti coupable de ne pas connaître votre propre pays, le Sénégal, l'Afrique.
05:25Et vous y êtes retourné à ce moment-là.
05:27Vous avez pris votre appareil photo et vous avez un peu agrandi votre vie.
05:32Vous êtes mannequin, mais vous êtes aussi photographe.
05:34Vous y retournez très régulièrement.
05:36Vous vous mettez à photographier votre grand-mère de 17 ans que vous ne connaissiez même pas.
05:41La jeunesse, les cérémonies Dieu-là qu'on entend, ces rituels d'initiation qui n'ont lieu qu'une fois tous les 30 ans.
05:47Il fallait transformer l'exercice.
05:49Bien sûr, absolument. Je pense qu'en fait, le Covid, ça m'a vraiment fait rendre compte que j'avais connu le monde entier sauf l'Afrique.
06:01Parce que la mode ne m'amenait que en Europe, en Asie, aux États-Unis.
06:07Et en fait, on a tous eu un moment, je pense, pendant le Covid où on s'est réveillés.
06:11Et moi, c'était vraiment ça, quoi.
06:14Et puis, quand je suis arrivé chez moi, je me suis rendu compte de tellement de choses.
06:19Je voyais les choses un peu différemment aussi.
06:22Et il fallait que je documente ça avec la caméra, je pense.
06:25Vous m'avez dit, on va continuer en musique.
06:26La musique qui vous aide à survivre, d'ailleurs, c'est Alice Coltrane.
06:30Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c'est une grande jazzwoman.
06:32La chanson s'appelle « Going Home », ça veut dire revenir à la maison.
06:35Et c'est ce que vous avez fait, Malik.
06:36Vous êtes retourné à la maison, mais pas pour filmer justement la misère.
06:39Vous dites, je suis fatigué de voir mon continent toujours montré sous l'angle de la pauvreté.
06:43Et du coup, vous allez documenter tout ce qui brille, tout ce qui tient debout, tout ce qui transmet.
06:47Je vous encourage, Charles Odidia, à voir son travail.
06:49C'est un travail sur la lumière, sur l'élégance, la douceur.
06:52Il y a beaucoup de joie.
06:53Qu'est-ce que vous avez découvert ?
06:54Qu'est-ce que ça vous a donné là-bas de redécouvrir finalement votre pays ?
06:57Et qu'est-ce que ça infuse dans votre travail ?
06:59En fait, ça m'a beaucoup...
07:02Ça m'inspire pour moi.
07:04Mon pays, c'est une source d'inspiration.
07:06C'est un équilibre.
07:08En fait, à l'époque, j'y allais tous les deux ans.
07:12Et après le Covid, j'y vais tous les mois.
07:14Et je pense qu'en fait, si je n'y allais pas tous les mois, je ne saurais pas qui je suis.
07:18J'aimerais trop passer encore plus de temps là-bas.
07:22Mais voilà, c'est vraiment une source d'inspiration.
07:25L'énergie, le soleil, la lumière, tout m'inspire.
07:29Et ces photos, vous pouvez les voir à son travail dans des galeries d'art, à Dakar,
07:34dans des magazines les plus prestigieux de Vogue à Perfect Magazine, dans vos inspirations.
07:39D'ailleurs, vous citez aussi souvent Joe Paul Good et Grace Jones.
07:42Alors, le foot maintenant, c'est quand vous avez le temps.
07:47Parce qu'aujourd'hui, ça va.
07:49Vous sortez un livre, ça s'appelle Adolescence sur les jeunes de Dakar et d'Afrique,
07:52après cinq ans de travail.
07:54Et dans la foulée, vous allez faire un court-métrage, un long-métrage dont vous êtes l'auteur et le réalisateur.
07:58Alors, ma question, c'est qu'est-ce que la mode vous a apporté,
08:01que vous aimeriez transmettre, maintenant que vous êtes derrière la caméra ?
08:04Bien sûr, la mode, ça m'a beaucoup apporté.
08:06En fait, déjà, la confiance, ce qui est très, très dur à obtenir pour moi,
08:11c'est la confiance, en fait, ça te permet de pouvoir faire tout ce que tu veux.
08:15En plus de ça, ça m'a apporté le privilège d'aller dans des pays où jamais j'aurais imaginé aller,
08:22de dormir dans des hôtels où jamais j'aurais imaginé dormir.
08:26Tout ça, c'est des inspirations, des styles, de goût, de fréquenter des gens quand même
08:33qui ont extrêmement beaucoup de goût, beaucoup de styles.
08:38Bien sûr, ils ont d'autres défauts aussi, mais aussi, c'est des gens qui ne peuvent que t'inspirer.
08:45Et ça, c'est quelque chose que j'aimerais transmettre dans tout ce que j'ai fait,
08:48même les choses plus basiques.
08:50C'est pas basique, moi je vous le dis, il s'appelle Malik Bodian et vous pouvez le suivre sur ses réseaux sociaux
08:57et sur tout ce qu'il fait.
08:59Merci d'avoir accepté l'invitation aujourd'hui sur France Inter.
09:01Beau et intelligent, je le déteste.
09:04Alors moi, je vais vous dire, immensément beau, immensément humble, vous allez bouffer le monde.
09:10Merci d'avoir regardé cette vidéo !
09:11Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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