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  • il y a 9 mois
Martin Jauvat, acteur et réalisateur du film “Baise en ville”, en salles le 28 janvier.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Daphné Burki et sa nouvelle tête.
00:02Et oui, il est 9h50, nous sommes toujours en direct dans le studio de la grande matinale de France Inter.
00:07Et ce matin, ma nouvelle tête s'appelle Martin Jova.
00:10Il est réalisateur, scénariste et acteur.
00:14Il s'est fait grandement remarquer avec son premier film, Grand Paris,
00:17qui avait créé la surprise au Festival de Cannes.
00:19Et il a refait la même chose cette année dans le même festival,
00:22mais cette fois-ci avec Baisenville, qui sort mercredi 28 janvier.
00:25Ce matin, c'est une dendicace à tous ceux qui galèrent à devenir adultes.
00:29Ceux qui n'ont toujours pas le permis.
00:31Ceux qui sprintent pour attraper le dernier RER.
00:33Ceux qui, après un chagrin d'amour, retournent chez leurs parents.
00:36Ceux qui continuent quand même à saluer leurs potes avec des checks interminables.
00:40A tous ceux qui sont amoureux de leur petite ville de banlieue.
00:42A tous ceux qui sont dans cet entre-deux étrange.
00:44On n'est pas un ado, mais on n'est pas encore un adulte.
00:47Mais déjà une personne qui essaye, qui cherche et qui avance.
00:49C'est tout ça, Martin Jova.
00:51Bienvenue sur France Inter.
00:52Oh bah merci, c'était magnifique ça.
00:55Merci.
00:55Comment ça va ?
00:56Bah super.
00:57Bah non, moi je suis très contente de vous présenter ce matin aux auditeurs de France Inter.
01:02Ce film s'appelle Baises en Ville.
01:04Je disais à Sonia, c'est un bonbon de drôlerie.
01:07Est-ce que vous êtes venu ce matin avec votre Baises en Ville ?
01:09Eh bah non, parce que je l'ai perdu.
01:11Je perds tout.
01:12En ce moment ?
01:13Parce que vous n'arrêtez pas.
01:15Vous êtes dans vos avant-premières.
01:16Vous courez partout.
01:17Mais je raconte ce que c'est encore une fois qu'un Baises en Ville.
01:19Il y a des générations qui ne savent pas ce que c'est.
01:20C'est pas une injonction Baises en Ville.
01:23A l'origine, c'est donc une petite sacoche, apparemment pour les hommes, prévue pour transporter l'essentiel quand on passe une nuit ailleurs.
01:30Il y a le sous-vêtement, propre, la brosse à dents, un préservatif.
01:33Ça peut, ouais.
01:34C'est à peu près ça Baises en Ville.
01:36Mais dans votre cas, c'est le point de départ.
01:38Ou peut-être une sorte de constat par rapport à votre film, ce Baises en Ville.
01:41C'est vrai qu'en grandissant, j'ai ressenti pas mal cette injonction à faire des rencontres amoureuses, à consommer sexuellement, surtout pour devenir un homme.
01:52Et cette injonction à la virilité, j'en ai un peu souffert.
01:55Et à un moment, je me suis dit, mais en fait, je m'en fous.
01:57Pourquoi est-ce que je me fais chier avec ça ?
01:59Et c'est vrai que le titre peut sembler assez provocateur, Baises en Ville, mais c'est un film finalement assez fleur bleue.
02:06Et qui questionne ce rapport-là à la consommation sexuelle.
02:10Oui, c'est vrai, on dirait que ce Baises en Ville, il participe à l'éducation sentimentale.
02:14En tout cas, ce film, vous avez besoin d'un job.
02:17Le constat, il est simple.
02:19Il vous faut le permis pour travailler, mais pour payer le permis, mais il vous faut un job.
02:24Donc, vous voilà à sortir avec votre Baises en Ville, prêt à découcher parce qu'on n'a pas toujours le dernier RER, bande annonce.
02:31J'ai trouvé un taf cette nuit.
02:33Bah, bravo.
02:34Bah, c'est super, le travail, c'est super.
02:36Quand je suis arrivée sur Paris, j'habitais Mont-de-la-Jolie.
02:38A chaque fois, je ratais le dernier train.
02:40Et un jour, je me suis acheté ce petit Baises en Ville.
02:42Et tous les jeudis, j'allais dans un bar et j'essayais de faire des rencontres.
02:45Et puis, je m'arrangeais pour dormir sur Paris.
02:47Qu'est-ce que j'ai pu baiser grâce à ça ?
02:49Ouais, je crois que je préfère pas savoir.
02:51Non, mais tu préfères pas savoir, mais c'est quel sac que t'es née.
02:56Taf là, baise là.
02:57Alors, votre père dans le film, vous avez peut-être reconnu sa voix, c'est Michel Azanavicius.
03:03Oui, j'ai eu la chance de l'encontrer, on est devenu pote.
03:07Ça, c'est...
03:07Ouais, et quand j'étais en train d'écrire le film, j'ai pensé assez vite à lui parce que c'est un gars classe, beau gosse, costaud.
03:13Moi, à côté, je ressemble à une endive.
03:14Je me suis dit tiens, c'est vraiment deux types de masculinité qui n'ont rien à voir.
03:18Et ça me permet de montrer un peu cet écart-là générationnel.
03:22Mercredi prochain, il sort ce deuxième long métrage.
03:25Votre film s'appelait Grand Paris.
03:28Et c'est vrai qu'il avait créé la surprise au Festival de Cannes.
03:31Donc, vous jouez dans celui-ci, évidemment aussi.
03:33Vous le réalisez.
03:35Alors que, je le dis aux auditeurs parce que vous êtes hyper inspirants.
03:38C'est pour ça que vous êtes ma nouvelle tête.
03:39Vous n'êtes pas diplômé en école de comédie.
03:41Vous n'êtes pas diplômé en école de cinéma.
03:43J'adore la tête que vous faites à ce moment-là.
03:45J'ai tout raté.
03:46Mais non, au contraire, vous n'avez pas tout raté.
03:49Vous avez fait pourtant le parcours pour décrocher la Fémis.
03:51Vous avez fait le parcours pour décrocher la Fémis aussi à l'oral.
03:54Après six mois de sélection, Sonia, il a fait un test de personnalité.
03:58On lui a donné 11 sur 20.
04:00C'est beaucoup pour une envie.
04:03Alors que votre personnalité, c'est justement ce qui fait tout le film.
04:07Est-ce que finalement, ce n'est pas...
04:09Mais le pire, c'est d'avoir eu 11 sur 20.
04:10Mais oui, c'est nul.
04:12J'aurais préféré avoir trois.
04:13C'est quoi une personnalité à 11 sur 20 ?
04:15Ça ne veut rien dire.
04:16Alors que ce film, pour moi, c'est une réhabilitation, justement,
04:19de tous ceux qui ne rentrent pas dans le système et pas dans la performance.
04:23Oui, c'est vrai.
04:23Je suis tout à fait d'accord.
04:25Ce truc de winner, loser, je trouve ça tellement nul.
04:27Moi, j'essaye de montrer qu'on peut être heureux,
04:29même si on ne coche pas toutes les cases de la vie réussie.
04:31Je suis bien d'accord.
04:32Le casting, il est parfait avec Michel Azanavissus.
04:35Mais il y a aussi William Legbil, Emmanuel Berco, incroyable.
04:38Annaïd Rosam.
04:40Vous êtes facile à vous autodiriger ?
04:42Ah ouais, j'adore, moi.
04:44J'aime bien bosser avec moi-même.
04:47Non, mais je sais bien ce que je veux.
04:48Je le fais.
04:49Je donne le ton aussi pour mes partenaires de jeu.
04:51C'est fluide.
04:52Et puis surtout, je prends du plaisir.
04:53Parce que c'est vrai, je n'osais pas, quand j'étais plus jeune,
04:56me dire que je pouvais être comédien.
04:57Je me disais non, je n'ai aucun talent.
04:58Puis un jour, j'ai essayé, ça m'a plu.
04:59Et maintenant, vu que ça m'amuse énormément,
05:01je m'auto-emploi.
05:03Parce que si je ne jouais pas dans mes films,
05:04je ne jouerais pas dans aucun film.
05:05C'est sûr.
05:06Moi, je ne crois pas, parce que vous jouez quand même dans quelques films.
05:09Et ce qui est génial, c'est qu'il y a deux héros.
05:11Il y a vous et il y a une héroïne.
05:13La véritable star de ce film, c'est la petite ville de Shell.
05:17Une banlieue de Paris.
05:18C'est une ville où vous avez grandi.
05:19Ce qui fait que vous êtes un chélois.
05:21Et vous, filmez Shell comme Spielberg,
05:23filmez les extraterrestres.
05:24Avec du merveilleux.
05:26Il y a du suspense.
05:27Il y a une tendresse incroyable.
05:28Il y a du rose partout.
05:29Mais ouais, mais je pense tout le temps à Spielberg.
05:31C'est drôle que vous disiez ça.
05:32Bah, voilà.
05:34C'est vrai qu'en grandissant,
05:35les films qui me rappelaient le plus ma banlieue natale,
05:39c'était les films américains.
05:40C'était les films de Spielberg.
05:42Avec le petit pavillon.
05:43Ouais, le Truman Show, les Tim Burton.
05:44Eh oui.
05:45Beaucoup plus que le film de banlieue classique,
05:47avec les flingues et machin.
05:48Je me suis dit, quand j'ai commencé à écrire des histoires,
05:49j'ai envie de montrer aussi cette banlieue-là,
05:51pavillonnaire, résidentielle,
05:53où il ne se passe pas grand-chose.
05:54Mais justement, qui laisse un espace dingue pour l'imaginaire.
05:57Et d'où d'un coup Shell,
05:58il y a du Hollywood dans Shell.
06:00Alors, je vous ai demandé
06:00qui vous vouliez épater avec ce film.
06:02Vous m'avez répondu Valérie Pécresse.
06:04Alors moi, forcément,
06:05je vous ai proposé une carte blanche.
06:10Et je crois bien que votre carte blanche...
06:12Pour Valérie Pécresse.
06:13Pour Valérie Pécresse.
06:14Dédicace, surtout à tous les chélois, toutes les chéloises.
06:16Eh bien, je crois que c'est sur le Grand Paris.
06:18Musique, on vous écoute, Martin.
06:19Le Grand Paris, ainsi,
06:22est plein de points de repères mystérieux
06:24et de stèles difficilement lisibles.
06:25On a l'impression souvent de marcher dans les allées
06:27d'un grand parc à l'anglaise,
06:29rempli de folie et de fabrique romantique.
06:31Mais qui serait pourtant presque tout involontaire,
06:33ou bien sorti du monde bizarrement enchanté
06:34et du monde industriel.
06:36Échangeurs, gares ou antennes,
06:38ce qui a été longtemps considéré
06:39comme de pures constructions utilitaires,
06:41s'est mis à ressembler à des signes venus d'un autre monde
06:42ou à des énigmes archéologiques.
06:45Le XXe siècle,
06:45et toute la modernité avec lui,
06:47n'est peut-être plus qu'une collection de ruines.
06:48Le Grand Paris pourrait être le nom de cette antiquité nouvelle.
06:51Le film prend cette question au sérieux,
06:53avec ses héros picaresques,
06:54qui vont arpenter non pas les limites de Paris,
06:55mais directement questionner son existence,
06:57en traversant la ville,
06:59selon les lignes de force implacables
07:00de ce qui ressemble à un récit de rêve.
07:02Un rêve plus beau de l'airien qu'il n'y paraît,
07:04car cette collection des scènes et de paysages
07:06joue moins dans le registre attendu
07:07d'une opposition entre Paris et sa banlieue
07:09qu'il n'approfondit le mystère
07:10qui unit la ville à son paysage.
07:12Et qui unit les hommes à leur destin
07:13quand les villes sont devenues leur unique paysage,
07:15et que la nature, autrefois autour d'elles,
07:17forme l'aberration optique d'un parc circulaire,
07:20un parc dont on ne pourrait plus sortir,
07:22sinon à se réveiller soudain.
07:24Merci Martin, c'est un texte d'Aurélien Bélanger.
07:26D'Aurélien Bélanger, absolument.
07:29Merci beaucoup.
07:31Sur cette belle petite ville de Chelles,
07:34dont on parlait, ce film,
07:35il porte sur des banlieues
07:37qui ont peut-être été mal regardées et stigmatisées,
07:39sur des métiers aussi qui ont été mal regardées
07:41et stigmatisées, comme agent d'entretien
07:43ou encore moniteur d'auto-école.
07:44Votre film, en fait, c'est une comédie romantique
07:47sur l'amitié.
07:49Alors moi, je crois que l'amour ne sauve pas,
07:50mais l'amitié, oui.
07:51Je crois aussi.
07:52Oui, c'est vrai que si la seule façon
07:54d'être époignée dans ce monde,
07:55c'était d'être en couple,
07:57malheureusement, on serait nombreux à être malheureux.
08:00Mais tous les films, ils se terminent comme ça,
08:03à la fin, à chaque fois,
08:04ils sont ensemble, voilà.
08:05Et maintenant, ils ont plein d'enfants.
08:06Mais qu'est-ce qui se passe en vrai ?
08:07Mais oui !
08:08Non, c'est les amis qui comptent.
08:10Une dédicace sur ce son qui est le son de votre enfance,
08:13évidemment, des Buzz Brothers.
08:15Une dédicace ce matin en une phrase ?
08:17À tous les chélois, toutes les chéloises,
08:19tous les banlieusards de France.
08:21Merci beaucoup.
08:22Merci beaucoup.
08:23Martin Jouva et le film s'appelle Baises en Ville
08:26et il sort mercredi prochain.
08:27Voilà, le seul et unique invité sur France Inter
08:30qui s'est auto-qualifié d'endive.
08:32On ne vous oubliera jamais.
08:33C'est la fin de la grande matinale,
08:35c'est la fin du mag.
08:36À l'irrébéi dans un instant.

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