00:00Bonjour Lucas Planavergne. Bonjour Maxime. Journaliste au GDD, ravi de vous retrouver comme chaque samedi à ce micro.
00:05Et bonjour Brice Socol. Bonjour Maxime. Essayiste et politologue, merci d'être avec nous ce matin.
00:10C'est vrai que quand même cette scène était inattendue, ça n'était pas clairement dans les agendas de nos journalistes politiques ici.
00:16Et je crois en France tout le monde a été un peu surpris de voir ce Premier ministre s'exprimer, le teint un peu blafard et incertain,
00:22pour dire notamment, non je n'utiliserai pas le 49.3, oui bien sûr, nous devons revoir notre système de retraite.
00:31Et on a su en plus que dans les suivantes conversations, en réalité, il y a eu ce débat sur la haute taxation d'un patrimoine financier,
00:39quelque chose de flou pour donner clairement des gages à la gauche.
00:43D'où cette question, est-ce que le Premier ministre a raison politiquement de faire confiance à la gauche ?
00:46Brice Socol.
00:47Alors plus largement, on a vécu quelque chose d'extraordinaire depuis 4 mois, en tout cas d'atypique.
00:56On a eu un ancien Premier ministre qui a demandé un vote de confiance pour partir.
01:01Et on a un nouveau Premier ministre qui décide de renoncer au 49.3.
01:05Il décide de renoncer au 49.3.
01:08Vous savez le 49.3 a été utilisé, usus abusus fructus,
01:11un peu avec beaucoup de violence par le Président de la République,
01:16notamment lors de la réforme des retraites.
01:18Je crois que Mme Borne l'avait utilisé 23 fois.
01:22Alors le record, c'est Michel Rocard.
01:24C'est toujours les deux emblèmes du 49.3, Michel Rocard et Elisabeth Borne.
01:27C'est un outil qui peut brutaliser les institutions et qui peut donner une image très brutale
01:32et porter atteinte pour beaucoup de personnes à ce sentiment démocratique que veulent les gens.
01:38Néanmoins, renoncer comme l'a fait hier le Premier ministre au 49.3,
01:44c'est retourner, ce n'est pas retour vers le futur,
01:46c'est retour vers la Quatrième République.
01:49C'est-à-dire, le général de Gaulle voulait le 49.3 pour avoir de la stabilité.
01:53Pour trancher, en réalité.
01:54Et pour corriger les excès du parlementarisme.
01:57Et là, on redonne, entre guillemets, les pleins pouvoirs au Parlement
02:02à un moment où il n'y a pas de majorité
02:04et à un moment où les partis politiques n'ont jamais été aussi faibles.
02:08Lucas Planey-Bern.
02:10Alors moi, j'aurais la lecture un petit peu inverse.
02:12C'est-à-dire que, finalement, je trouve que Sébastien Lecornu
02:14a fait un petit move, comme on dit aujourd'hui.
02:16C'est-à-dire que ça lui permet à la fois, justement,
02:19de renouer avec cet aspect démocratique,
02:21mais aussi et surtout, il met le Parti Socialiste en face de ses contradictions.
02:26C'est-à-dire que ça fait des semaines, des mois,
02:28qu'Olivier Faure réclame le non-recours au 49.3,
02:31l'abandon du 49.3, notamment sur le volet budgétaire.
02:35Et effectivement, Sébastien Lecornu acte cette rupture.
02:37et donc, met le PS dans l'embarras.
02:40On a contacté au JDD un petit peu de parlementaires socialistes
02:44qui sont aussi surpris que vous, Maxime,
02:47de cette annonce de Sébastien Lecornu
02:48et qui sont assez embêtés dans le cas
02:50où ils voudraient tout de même voter la censure
02:52et comment ils la justifieraient.
02:55Donc voilà, c'est une manière pour Sébastien Lecornu
02:57de pousser la gauche dans ses retranchements.
02:59Effectivement, vous l'avez dit, il a évoqué également la réforme des rosettes.
03:04Mais je vais arrêter un instant sur ce que vous dites.
03:05Quand vous assurez, en effet, que le Premier ministre a essayé de faire un move,
03:09est-ce que, justement, le problème,
03:10et pour essayer, non pas de vous mettre d'accord,
03:12mais de continuer à creuser la tranchée de vos désaccords,
03:14si je puis me permettre, mes camarades,
03:17est-ce qu'il n'y a pas un sujet sur le fait, quand même,
03:19qu'il n'a fait, peut-être, qu'un move ?
03:21C'est-à-dire juste quelque chose pour gagner du temps, Brice Socol ?
03:23Moi, je partage complètement votre avis.
03:26Je pense que la raison principale est de gagner du temps.
03:30Gagner du temps parce qu'il faut bien que nos auditeurs comprennent.
03:33Si, au terme de la discussion budgétaire,
03:35on repart à zéro, c'est-à-dire que les parlementaires
03:37ne se mettent pas d'accord,
03:39on vote ce qu'on appelle la loi spéciale,
03:41c'est-à-dire qu'on a un budget qui est budget de l'année N-1.
03:45Donc, on gagne du temps et on repart de nouveau
03:47sur une discussion budgétaire jusqu'au municipal,
03:50où on peut prendre prétexte des municipales
03:51pour encore gagner du temps.
03:53Et la deuxième solution, c'est qu'on laisse les débats s'éterniser.
03:57Vous savez, c'est 70 jours.
03:58Il faut que dans les 70 jours, le Parlement
04:00ait décidé d'un budget.
04:02Et donc, on peut bloquer, c'est-à-dire qu'on peut déposer
04:04des centaines d'amendements,
04:06et on peut finalement ne pas avoir de budget
04:08après ces 70 jours,
04:10et à ce moment-là, le gouvernement
04:12utilise les ordonnances.
04:14Donc, c'est une manière aussi
04:16pour le gouvernement et pour le Premier ministre
04:18de gagner du temps, et peut-être de protéger
04:21le Président de la République.
04:24Après, il est sûr, comme on l'a dit précédemment,
04:26que ça a au moins le mérite de replacer
04:27le Parlement au centre du jeu,
04:29et à mon avis, c'est les résultats des élections
04:32qui obligent à cela.
04:35Maintenant, jusqu'à présent,
04:37on parle un petit peu de politique politicienne,
04:39si je puis dire,
04:40et si on prend un peu de hauteur,
04:41c'est vrai que nous-mêmes,
04:43en tant que spécialistes,
04:44en tant que journalistes politiques,
04:45on a du mal à se passionner
04:46sur ces tractations.
04:49Alors, j'ai du mal à croire,
04:51à imaginer nos auditeurs, les Français,
04:54devant ce spectacle navrant,
04:56qui, à mon avis, illustre aussi bien
04:57la capacité de dialogue de Sébastien Lecornu
04:59que le cafarnaum politique
05:01dans lequel la France est plongée
05:03depuis maintenant des mois.
05:04Ça, c'est une réalité.
05:06Jamais, les Français,
05:08la parole républicaine,
05:10ne s'est aussi éloignée
05:11de la politique nationale.
05:12Les Français font confiance,
05:13on le disait tout à l'heure,
05:14à leurs élus locaux.
05:15On est à cinq mois
05:16des élections municipales.
05:17L'élu local, on voit ce qu'il fait.
05:19Voilà, on l'entend.
05:20Mais, excusez-moi,
05:21quand je vous entends,
05:24j'ai l'impression d'entendre
05:24les mêmes arguments,
05:26non pas que ce soit faux,
05:26ce que vous dites,
05:27mais quand je vous entends
05:28Brice Cole dire,
05:28en réalité, il gagne du temps
05:29parce qu'il y aura
05:30les discussions budgétaires,
05:31puis peut-être encore après,
05:32les municipales,
05:33c'est déjà ce qu'on disait
05:34avec François Bayrou
05:35et à un moment,
05:35ce qu'on essayait de faire
05:36avec Michel Barnier,
05:37c'est-à-dire de voir
05:37l'emploi du temps
05:38jusqu'au moment
05:39où on pouvait en gagner
05:40encore un peu plus,
05:41encore davantage.
05:43Et quand je vous entends
05:43ensuite, mon cher Lucas,
05:44bon, si les Français
05:45ne sont pas passionnés,
05:46est-ce que là,
05:47on ne vient pas tout simplement
05:47d'arriver à une sorte
05:48de plafond de verre ?
05:49Oui, il faut l'assumer.
05:50Les Français, en fait,
05:51le fait qu'il n'y ait pas
05:51de gouvernement,
05:52dans le fond,
05:53ils s'en fichent un peu.
05:53Sébastien Lecornu,
05:54il est identifié
05:55comme macroniste,
05:55donc ils veulent tourner la page
05:56et qu'on est quand même
05:57un peu dans une situation
05:58plus que délicate.
06:00Il est identifié
06:00comme macroniste
06:01dans l'ensemble de la population,
06:02je ne suis même pas convaincu
06:03qu'il soit identifié
06:04comme Premier ministre
06:05pour le moment
06:06et comme chef de gouvernement.
06:07Donc ça,
06:07c'est une des premières complications.
06:09Et effectivement,
06:09là, on touche au summum
06:10de la lassitude,
06:11à mon avis,
06:11des Français
06:12envers ce spectacle.
06:15Et voilà,
06:15il est sûr
06:16qu'on s'éloigne clairement
06:17des besoins concrets
06:20de la population
06:21et ce qu'on constate
06:22et ce qu'on peut constater
06:23très clairement,
06:24c'est que ça fait 25 jours
06:25que nous n'avons pas
06:27de gouvernement,
06:27que c'est un record
06:28très largement battu
06:29sous la Ve République
06:29et quelle différence concrète
06:31dans la vie des Français ?
06:33Je me le demande.
06:34On a,
06:35les Français ont le sentiment
06:36qu'en fait,
06:36ils vivent dans un monde parallèle.
06:38Mais il y a un vrai sujet quand même,
06:40c'est-à-dire que
06:40vous avez remarqué quand même
06:42que le taux d'épargne
06:43des Français
06:43n'a jamais été aussi élevé
06:45depuis 1945.
06:46C'est-à-dire qu'il n'y a pas
06:47de confiance.
06:48Vous avez remarqué
06:49que les entreprises
06:49investissent de moins en moins,
06:51que les commandes se ralentissent.
06:52Donc, ce climat politique...
06:54Ça, en revanche, c'est la faute
06:54des politiques,
06:55plus que du climat.
06:56Ce climat politique,
06:58cette non-décision,
07:00en fait,
07:01entraîne
07:01dans le secteur économique
07:03et chez tous les Français,
07:06dans nos ménages respectifs,
07:08du doute
07:08et du manque de confiance.
07:09Et vous savez très bien
07:10qu'en économie,
07:11si vous n'avez pas de confiance,
07:13ça ne fonctionne pas.
07:14Et donc,
07:15le sujet,
07:15il est là aujourd'hui.
07:16C'est que cette crise
07:17qu'on pourrait penser
07:18très éloignée
07:19de nos préoccupations,
07:20finalement,
07:21impacte indirectement
07:22la vie économique
07:23de notre pays.
07:25Bien sûr.
07:25Et puis,
07:25en plus,
07:26avec ce résultat,
07:27on le voit bien
07:28qui est de provoquer,
07:29on va dire,
07:30une cascade d'événements,
07:31que ce soit au niveau économique
07:32ou au niveau politique.
07:33Est-ce que Sébastien Lecornu
07:34a eu raison de faire confiance
07:35à la gauche ?
07:36C'est en tout cas
07:36la question qu'on vous posait,
07:38notamment sur le site Sud Radio,
07:39l'application,
07:40l'application,
07:41et bien sûr,
07:41les réseaux sociaux,
07:42non,
07:42à plus de 92%,
07:44avec notamment
07:45les commentaires suivants.
07:46Patrick qui nous dit
07:46mais enfin,
07:47soyons francs,
07:48la confiance,
07:48ça n'existe pas en politique,
07:50ils n'attendent tous
07:50qu'une chose,
07:51c'est 2027,
07:52et dès qu'ils pourront
07:53appuyer sur le bouton,
07:54ils le feront.
07:55Et puis,
07:55Luper Rion,
07:56par exemple,
07:56qui nous dit
07:57parce que Lecornu
07:57n'est pas de gauche lui-même,
07:58à l'instar de certains
07:59fidèles de Macron,
08:00on pourra aussi se poser
08:01une question,
08:01même s'il faut quand même
08:02rappeler que le Premier ministre
08:03est de droite.
08:04Messieurs,
08:04merci beaucoup
08:05d'avoir été dans ce studio
08:06ce matin,
08:06Brice Socol,
08:07politologue et essayiste,
08:08et Lucas Planavère,
08:09journaliste au JDD
08:10qui doit filer aussi
08:11parce qu'il y a un journal
08:12à boucler d'ici demain,
08:13mon cher Lucas.
08:13Merci beaucoup
08:14d'avoir fait un tour,
08:15exactement,
08:16à faire un tour dans ce studio.
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