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  • il y a 5 mois
L’histoire de l’industrie de la photographie offre un cas très instructif pour le management contemporain : confrontés à la même disruption numérique, deux géants de l’argentique, Kodak et Fujifilm, ont connu paradoxalement des destins opposés. Kodak, pionnier américain fondé en 1889, dépose le bilan en 2012, tandis que le japonais Fujifilm, créé en 1934, s’est réinventé avec succès et a prospéré dans de nouveaux secteurs. [...]

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00:00L'histoire de l'industrie de la photographie offre un cas très instructif pour le management contemporain.
00:15Confronté à la même disruption numérique, deux géants de l'argentique, Kodak et Fujifilm,
00:22ont connu paradoxalement des destins opposés.
00:24Kodak, pionnier américain fondé en 1889, dépose le bilan en 2012,
00:32tandis que le japonais Fujifilm, créé en 1934, s'est réinventé avec succès et a prospéré dans de nouveaux secteurs.
00:40Cette divergence de parcours révèle bien plus qu'une simple différence de vision stratégique.
00:46Les travaux de deux chercheurs, Luca et Go, ont montré que Kodak avait paradoxalement investi massivement dans la recherche numérique,
00:55en développant notamment le premier capteur mégapixel en 1986.
01:01Mais que l'entreprise fut paralysée en fait par ses propres rigidités organisationnelles.
01:06Contrairement aux idées reçues sur l'aveuglement technologique,
01:11le problème de Kodak résida dans la capacité de ses managers intermédiaires à abandonner leur mentalité argentique.
01:20Et ce, malgré les directives du top management.
01:24L'échec de Kodak relève également d'une tragédie plus complexe qu'il n'y paraît.
01:29L'analyse minutieuse d'Alberic Tellier a montré que l'entreprise américaine avait bien anticipé la révolution numérique dès 2003,
01:39avec un plan stratégique ambitieux de 3 milliards de dollars.
01:44Mais ce plan s'est vite heurté à une opposition féroce des actionnaires,
01:48menés par des fonds comme le Legg Mason Value Trust, représentant 25% du capital.
01:53Ces investisseurs, habitués aux généreux dividendes de Kodak,
01:59ont contraint la direction à abandonner sa stratégie de rupture
02:03au profit d'une transition progressive, mais qui fut vouée à l'échec.
02:10Fujifilm, quant à lui, a su mettre en œuvre une stratégie de diversification intelligente,
02:17reposant sur une analyse fine de ses ressources stratégiques et de ses compétences fondamentales.
02:22L'entreprise japonaise a compris à temps que ses compétences chimiques,
02:28devenues obsolètes en photographie,
02:31conservaient en fait leurs valeurs dans d'autres secteurs.
02:35La maîtrise des processus d'émulsion et d'antioxydation,
02:40acquises dans le développement des pellicules,
02:42s'est révélée précieuse pour la production de cosmétiques et de compléments alimentaires.
02:47Mais surtout, la différence de stratégie entre ce que furent ces deux géants de la pellicule
02:54teint légèrement à leur structure et culture organisationnelle.
03:00D'un côté, chez Kodak, le film représentait avant tout un produit physique,
03:05créant une culture d'entreprise où les managers intermédiaires
03:08étaient incapables de penser le numérique, c'est-à-dire le digital.
03:12De l'autre, Fujifilm, baigné dans une culture japonaise du long terme
03:19et sous l'ombrelle d'une gouvernance stable,
03:22permettant d'investir massivement et ce, sans pression des actionnaires à court terme.
03:27L'histoire de ces deux géants met au jour une leçon fondamentale en stratégie.
03:33L'innovation de rupture ne peut réussir que dans un environnement
03:38où convergent vision stratégique, flexibilité organisationnelle,
03:43culture et gouvernance compatibles avec ses propres exigences temporelles.
03:50Dans cette équation complexe, la capacité à transformer les compétences disruptées
03:55en avantages concurrentiels durables s'avère in fine déterminante.
04:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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