00:00Nous évoquions avec Patrick Roger à 9h07 sur Sud Radio, c'est quoi le problème Félix Mathieu ?
00:05Dans les transports d'Île-de-France, ces agressions d'agents RATP qui explosent, elles ont explosé ces dernières années.
00:14Oui, des coups de seringues ou de cutters, des crachats ces derniers jours encore.
00:18La RATP et ses agents ont comptabilisé 1400 agressions de machinistes ou de conducteurs de bus l'an dernier,
00:25soit 4 par jour dans les transports franciliens, c'est une augmentation de 102%.
00:29Sur 3 ans, et c'est parti pour être encore pire.
00:32Cette année, si la tendance se poursuit, on arriverait à environ 1600 agressions fin 2025,
00:37si ça se poursuit comme sur le premier mois de l'année, rien que sur le premier semestre.
00:41Par exemple, là, la régie a comptabilisé autant d'agressions que sur toute l'année 2021.
00:47Alors, la direction est consciente du problème, c'est ce que nous confiesse un élu de la commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail de la RATP.
00:54A chaque fois, le PDG Jean Castex décroche même son téléphone pour passer un coup de fil aux victimes.
00:59Ça fait beaucoup d'appels.
01:00Oui, ça en fait 4 par jour en moyenne quand même, si vraiment ils les appellent tous.
01:04C'est vrai qu'on se dit que ça fait beaucoup, on va peut-être pouvoir en parler dans un instant.
01:08Un élu qui pour autant ironise sur les consignes qu'on leur donne parfois pour éviter de se faire agresser.
01:13Par exemple, du côté des bus, on leur met des autocollants pour leur dire de fermer leur vitre pour éviter les agressions.
01:19Bon, pas toujours facile quand on roule sans clim et en pleine canicule.
01:23Il faudra sans doute davantage que des autocollants comme ça pour faire face à l'ampleur du phénomène.
01:28Justement d'ailleurs, la RATP comptabilise aussi 50 000 caméras de vidéosurveillance ainsi qu'un millier d'agents assermentés.
01:35Vous savez, une sorte de police des transports à se demander quand même si conducteur de bus ou bien machiniste dans le métro,
01:41ça ne va pas devenir officiellement des professions à risque.
01:44Très bonne question, Félix Mathieu. Bonjour à vous, Ahmed Béral.
01:49Oui, bonjour.
01:49Bonjour et soyez le bienvenu. Vous êtes machiniste, élu à la Commission Santé, Sécurité et Conditions de travail de la RATP.
01:59Ahmed Béral, vous venez d'entendre le récit de Félix Mathieu. Est-ce que vous vivez cette violence vous-même dans votre quotidien ?
02:08Oui, bien sûr que moi, ça fait 22 ans d'aller RATP au centre-bus de Pantin et on sait qu'il y a 20 ans, les agressions ne sont pas autant que maintenant.
02:16À l'époque, c'était des crachats, des insultes. C'était aussi grave que maintenant.
02:20J'ai un collègue à moi dans mon dépôt qui s'est arrêté des coups de seringue à 2h30 du matin parce qu'on a voulu lui voler son empoche.
02:26Il y a 100 euros dedans. Aujourd'hui, bien sûr que les machinistes...
02:30Alors, attendez, Ahmed Béral, c'est très précieux ce que vous nous dites parce que c'est très important de savoir ce qui se passe réellement au quotidien,
02:39ce que vivent, ce qu'endurent les agents de la RATP. On ne le dit jamais assez.
02:44Juste le temps avec vous de régler un petit peu votre direct vidéo parce que c'est très sympa.
02:50On vous voit, on vous entend, mais il y a des petites sautes. Ce sont les aléas du direct. Je pense qu'on va vous reprendre très vite, Ahmed Béral.
02:58Je rappelle ce qu'expliquait Félix Mathieu à l'instant. Des agressions d'agents RATP qui augmentent sans cesse, mois après mois, année après année.
03:10Et puis des préconisations un petit peu étranges. On demande aux chauffeurs de se claquemurer comme dans un blindé, de fermer les fenêtres des bus.
03:18Ce n'est même pas d'ailleurs un problème de climatisation à bord. C'est aussi le principe. On n'est pas dans un blindé.
03:25Je crois qu'on vous retrouve en direct, Ahmed Béral. Vous êtes avec nous de nouveau. On s'entend bien là, ça y est.
03:31Ah, vous m'entendez ?
03:32Ah, c'est super. Ah ben ça y est, on vous entend très très très bien. Je disais avec vous, Ahmed Béral, c'est quelque chose que vous endurez dans votre vie quotidienne.
03:41Oui, bien sûr. Il faut savoir qu'il n'y a pas que moi. Il y a quasiment tous mes collègues. Aujourd'hui, il y a beaucoup de collègues femmes qui vont aujourd'hui la boule au ventre au travail.
03:49Parce qu'on se demande qui c'est qui sera le prochain. Il faut savoir que vu qu'il y a entre 3 et 4 agressions par jour, ça peut tomber sur n'importe qui.
03:57Et se ramasser des coups de seringue, des coups de balle de baseball. Ce n'est pas normal qu'on arrive à ce point-là. C'est grave.
04:04Aller au travail avec l'estomac noué, la peur de l'agression. Vous avez vu ce que disait à l'instant Félix Mathieu, des préconisations, fermer vos fenêtres.
04:14Vous n'êtes pas à bord d'un blindé, en réalité. Il faut qu'il y ait de l'échange.
04:18L'ERATP, des fois, je ne sais pas à quoi elle joue. Vous mettre des stickers pour nous dire que fermez votre carreau en plein été quand il fait 40 degrés.
04:25Je veux dire, à un moment donné, il ne faut pas déconner. On avait des préconisations en tant que prévention de la sécurité.
04:29Mettre la demi-porte, comme à l'époque où il y avait le Covid, l'ERATP, aujourd'hui, refuse catégoriquement qu'on met le portillon.
04:37Ça réglerait le problème déjà de quelques agressions. L'ERATP ne veut pas faire ça.
04:44Il y a plein de choses qu'on a proposées, de faire accompagner avec des grands frères, comme à l'époque ça se faisait, des machinistes avec l'ERATP.
04:53L'ERATP n'est pas d'accord. L'ERATP se base sur une chose, c'est qu'elle a des caméras et ça suffit.
04:59Et on voit bien que les caméras, ça ne change pas le problème des agressions.
05:02Et comment vous expliquez cette explosion des chiffres ? Parce que quand on voit, par exemple, là, rien que pour le premier semestre,
05:07autant d'agressions que sur toute l'année 2021, plus 100%, comment ça s'explique ?
05:13Est-ce qu'au quotidien, vous voyez les raisons d'une telle explosion de ce phénomène ?
05:18Question de Félix Mathieu.
05:20Aujourd'hui, on sait que les gens sont de plus en plus énervés contre une société.
05:25Ils pensent que nous, l'ERATP, on représente l'État et on représente la police.
05:29Voilà, c'est surtout par rapport à ça qu'on se fait souvent insulper.
05:34Et sur ça, il y a aussi les conditions de travail.
05:36Il y a plein de choses qui rentrent en compte sur les agressions.
05:38On a Jean Cassèze, comme vous l'avez dit, qui appelle quasiment chaque machiniste ou collègue du contrôle,
05:44qui est contre l'ancien qui se fait agresser, qui appelle un par un.
05:46D'un côté, ils les appellent, c'est super gentil.
05:48Mais de l'autre côté, ils font une chasse aux arrêts de maladie au décent de travail
05:52sur toute personne qui se mettra en arrêt de travail.
05:55Et il y a des gens aujourd'hui qui reprennent le travail parce qu'ils se sont fait agresser.
05:58Et ils n'ont pas le choix de reprendre parce qu'on leur coupe leur frustration.
06:02Je veux dire, c'est une double agression.
06:04Eux, ils n'ont pas demandé à se faire tabasser dans un bus.
06:07On se met en arrêt, on les fait reprendre de force au boulot.
06:09Il y en a qui ne peuvent même pas reprendre et on les gérer suite à des agressions.
06:12– Ah oui, donc si je comprends bien, Jean Castex passe sa vie au téléphone avec des victimes.
06:18Mais vous trouvez qu'il n'y a pas grand-chose derrière.
06:20C'est un peu ça que vous êtes en train de nous dire, finalement.
06:22– Oui, oui, bien sûr.
06:23Par contre, c'est bien gentil qu'il appelle.
06:25C'est super sympa pour lui qu'il appelle pour prendre des nouvelles des vachinistes
06:28ou des contrôleurs qui se sont fait agresser.
06:30Mais de l'autre côté, qu'est-ce qu'il met en place pour ces personnes-là ?
06:34Nous, on sait ce qu'il met en place.
06:35Il met une chasse aux arrêts de maladie pour les faire reprendre de force.
06:38Est-ce qu'il est au courant de tout ça ? Je ne sais pas.
06:40Mais en tout cas, il a bien dit publiquement qu'il fera la chasse aux arrêts de maladie
06:44et on a le temps de travail.
06:45– Il faut quoi, dans cette histoire, Ahmed Béral ?
06:47Plus de sécurité, au fond ?
06:51– Non, il y a déjà de la sécurité.
06:53– Il y en a un ?
06:54– Je pense qu'il faudrait plus de dialogue.
06:56Aujourd'hui, on met des caméras et on met des caméras partout
06:58et on laisse des gares vides.
07:00Le chauffeur de bus, il se retrouve plus seul.
07:03Vous allez dans des gares aujourd'hui, il n'y a que des machines,
07:04il n'y a personne autour.
07:06Et à l'époque, il n'y avait plus de monde, de personnel autour.
07:09Et ça aidait plus, il y avait moins d'agressions.
07:11Aujourd'hui, on laisse le chauffeur toute la journée plus seul.
07:13On laisse des bus pleins à craquer parce que ça manque de bus.
07:16Et il y a des agressions parce que les bus sont en retard.
07:19Et ça, on l'a déjà donné enceint à Valérie Pécresse,
07:21la présidente du DFM, sur la cause des agressions,
07:24il y a des causes d'agressions parce que les bus sont en retard en banlieue
07:27ou sur Paris.
07:28Et ça ramène à des histoires, à des tronfles avec le chauffeur de bus.
07:32– Plus de présence humaine, vous dites, plus de dialogue,
07:35plus de prise en compte de cette réalité à laquelle vous êtes exposé,
07:40Ahmed de Béral, il faut que ça change.
07:41C'est ce que vous dites ce matin en conclusion.
07:43– Oui, bien sûr qu'il faut que ça change.
07:45C'est les conditions de travail qui doivent changer.
07:47Parce qu'aujourd'hui, on nous dit qu'il faut travailler toujours plus.
07:49Et on entend Bayou avant qu'il se fasse mettre à la porte.
07:52Il fallait encore bosser plus.
07:53Le supprimer des jours fériés, on bosse déjà 8h30.
07:56Les chauffeurs, ils sont à bout de mer et on veut les faire bosser encore plus.
08:00Mais les gens, ils n'en peuvent plus.
08:02Ils vont à la boule au ventre se faire tabasser.
08:03Et ce n'est pas normal.
08:04Et c'est pour ça que nous, on demande plus d'humains sur le terrain.
08:09– Allez, merci à vous, Ahmed Béral.
08:10Je rappelle, vous êtes machiniste,
08:12mais élu à la Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail de la RATP.
08:18L'appel est lancé, je rappelle,
08:19que jadis, il y avait des poinçonneurs,
08:22pas seulement au Lila, dans les stations de métro.
08:25Et il n'y avait pas de problème.
08:26Aujourd'hui, il y a beaucoup de problèmes, mais il n'y a plus personne.
08:28C'est vrai que c'est un paradoxe.
08:29Merci à vous, Félix Mathieu.
08:31Merci à vous, merci à vous, Ahmed Béral.
08:33Dans un instant...
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