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  • il y a 5 mois
"Le Crime de mon père" / Mickaël Jardin et sa mère Valérie ont été entrainés malgré eux dans le crime qu'a commis leur père et ex-mari à Blanzy, en Bourgogne, le 26 décembre 1996.
Mickaël Jardin et sa mère Valérie ont été entrainés malgré eux dans le crime qu'a commis leur père et ex-mari à Blanzy, en Bourgogne. Le 26 décembre 1996, le corps d'une jeune femme de 20 ans, Christelle Blétry, a été découvert au bord d'un chemin, lardé de 123 coups de couteau. Un crime d'une violence rarement égalée en France, et dont la résolution a pris 18 ans. En septembre 2014, la Justice découvre le nom et le visage du tueur. Lors du procès en appel de son père, Mickaël n'attendait qu'une chose de l'homme qu'il aimait et admirait: l'aveu de son crime sordide.

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Personnes
Transcription
00:00:00Interrogés par la police, interrogés par la justice, pourchassés par la presse,
00:00:06parfois assaillis de menaces et d'insultes, les familles des criminels payent souvent très
00:00:12cher des crimes qui ne sont pas les leurs et qu'elles ne s'expliquent même pas.
00:00:20C'est un procès douloureux qui s'ouvre à Divo. Un homme de 58 ans est jugé pour le viol et le
00:00:24meurtre de Christelle Blétry. Une jeune femme de 20 ans est tuée sauvagement de 123 coups de couteau.
00:00:31Cet homme, c'est Pascal Jardin, le père de Michael.
00:00:35Le plus choquant, c'était qu'il est comme il est irréparable et que, en tout cas, que ce soit mon père.
00:00:44A l'époque, Pascal Jardin était marié à Valérie.
00:00:48C'est des policiers qui me disent que mon ex-marie est en cours d'interpellation pour le meurtre de Christelle Blétry.
00:00:56Je suis obligé à monter. On va tirer en tirant avec le sac.
00:01:02Pascal Jardin avait refait sa vie en ADN de Pascal Jardin a été découvert.
00:01:09C'est vraiment le chaos, le choc, l'énorme surprise.
00:01:14En fait, en 48 heures, tout mon univers bascule.
00:01:19Une vie qui bascule comme celle de tous les conjoints ou les enfants de criminels.
00:01:24Ma première réaction, c'est faux. C'est quoi ce film de merde ?
00:01:32Non, non, c'est pas un film. C'est la réalité et c'est ton histoire qui s'écrit là.
00:01:37Comment admettre que l'homme qui vous a élevé avec amour et puis tout à coup violé et tué une fille de 20 ans ?
00:01:47Ça n'a pas toujours été que le violeur et le meurtrier dont on peut parler dans les médias ou dans les journaux.
00:01:55Comment surmonter la colère, la haine et la honte que le crime d'un père inspire ?
00:02:02Vous rentrez dans un nouveau cercle d'amis, on me dit tiens, je t'ai vu la semaine dernière à la télé.
00:02:07C'est pas joli joli ton papa.
00:02:10On parle de dégâts collatéraux.
00:02:14Mickaël, c'est un enfant qui est déchiré.
00:02:17Il est en souffrance. Il est le fils de... mais c'est pas l'assassin.
00:02:21En première instance, Pascal Jardin a pris perpétuité pour son crime.
00:02:27Mais il a fait appel de cette condamnation.
00:02:29Son fils va donc devoir revivre un nouveau procès d'assises avec les mêmes questions.
00:02:35Qui croire ? Son père ou la justice ? Faut-il haïr ou soutenir ? Condamner ou pardonner ?
00:02:44Un ami me demandait, mais dans 10, 20 ans, quand tu vas sortir, qu'est-ce que tu vas faire ?
00:02:49Comment ça, qu'est-ce que je vais faire ? Bah si bien ça met à ta porte.
00:02:54C'est con, mais ça reste mon père, quoi.
00:02:58Un lien que Mickaël est prêt à sauver, à condition que son père avoue son crime.
00:03:03C'est tout l'enjeu de ce procès pour lui.
00:03:07Notre grande question aujourd'hui, c'est...
00:03:09Dans quelques années, qu'est-ce qu'on va dire ?
00:03:12C'est qui, papy ?
00:03:17La réponse, on l'a pas.
00:03:18Quoi ?
00:03:19Eh ah.
00:03:25Ah que oui.
00:03:31Ah.
00:03:38uh
00:03:40Sous-titrage MFP.
00:04:10Dans l'actu cette semaine, c'est un procès douloureux qui s'ouvre à Dijon.
00:04:17Un homme de 58 ans est jugé pour le viol et le meurtre de Christelle Blétry, une jeune femme de 20 ans...
00:04:23L'accusé qui se glisse furtivement dans la souricière du palais de justice de Dijon s'appelle Pascal Jardin.
00:04:30C'est la deuxième fois qu'il comparait pour l'un des crimes les plus violents en France, le viol et le meurtre d'une fille de 20 ans, Christelle Blétry.
00:04:40Un crime commis 22 ans plus tôt, en 96, et que l'accusé a avoué avant de se rétracter.
00:04:52Condamné à la perpétuité, Pascal Jardin a fait appel. Il se dit innocent.
00:04:56Pour lui, c'est le procès de la dernière chance.
00:05:00Dans la salle des pas perdus, une femme attire tous les regards.
00:05:15C'est la mère de la victime, Marie-Rose Blétry.
00:05:18L'homme qui rejoint la cour d'assises quelques minutes plus tard se fait beaucoup plus discret.
00:05:29C'est le fils de l'accusé.
00:05:31Il n'a pas revu son père depuis le premier procès.
00:05:36Pour la deuxième fois, Michael Jardin est appelé à témoigner en public.
00:05:39Pour la deuxième fois, il va revivre un crime dont il porte la honte depuis l'arrestation de son père.
00:05:48Je voudrais que les gens sachent que ça n'arrive pas qu'aux autres.
00:05:57Ça n'arrive pas qu'aux autres et même si ce n'est pas toujours simple,
00:06:05dans ces moments-là, on se sent toujours seul.
00:06:09On n'imagine pas que c'est ma première réaction.
00:06:14C'est faux. C'est quoi ce film de merde ?
00:06:18Non, non, ce n'est pas un film.
00:06:21C'est la réalité et c'est ton histoire qui s'écrit là.
00:06:25Et comme tous les enfants de criminels,
00:06:27Michael Jardin va devoir choisir son camp.
00:06:30Avec ou contre son père ?
00:06:36La cour !
00:06:37Mais pour l'instant, le propre fils de l'accusé n'a pas le droit d'entrer dans la salle d'audience.
00:06:46L'audience criminelle est ouverte, vous pouvez vous asseoir.
00:06:52Et donc tous les enregistrements audiovisuels doivent être interrompus.
00:06:57Tant qu'il n'aura pas témoigné, la loi lui interdit d'assister au débat.
00:07:01Mais Michael n'entend pas se laisser faire.
00:07:07Pendant que la cour procède au tirage au sort des jurés, il fait passer un message au président.
00:07:12Mais je vous dis que vous n'avez pas à prendre la parole en audience.
00:07:15Vous me le dites à moi.
00:07:16Michael veut témoigner le premier jour.
00:07:19C'est à prendre ou à laisser ?
00:07:20À un moment, moi je suis venu parce que je vous ai accordé la chance de me voir.
00:07:26Vous avez accepté de le prendre.
00:07:27Contrairement à ce que monsieur le président leur a dit, c'était pas une caprice d'enfant gâté.
00:07:31C'était une caprice d'un enfant qui voulait avoir la vérité comme Marie-Rose.
00:07:35Ça, monsieur le président, il ne l'a pas compris.
00:07:39Michael enrage face à une justice qui ne le ménage pas.
00:07:43Quelques semaines plus tôt, les gendarmes l'ont cherché partout pour lui apporter sa convocation à témoigner.
00:07:52Chez ses beaux-parents et même sur son lieu de travail devant tout le monde.
00:07:56Entre les gendarmes qui se déplacent sur mon lieu de travail avec la mitraillette, ce n'est des chefs.
00:08:05Ou qui se déplacent en direct chez mes beaux-parents.
00:08:10Ils habitent à 400 mètres de chez moi, les gendarmes.
00:08:12À quel moment vous faites 15 kilomètres pour aller me trouver chez mes beaux-parents ?
00:08:16La honte devant sa belle famille.
00:08:18La honte devant son patron et ses collègues.
00:08:21Leur question et des explications à fournir encore et encore sur cette convocation et le crime de son père.
00:08:28Michael encaissait le coup.
00:08:30Mais il veut au moins que la justice lui accorde le droit d'assister à tout le procès.
00:08:34Mon message, ça a été, faites-moi passer le premier jour.
00:08:37Vous ne m'interdisez pas de tribunal et de réponse pendant la période où je n'ai pas le droit de venir au tribunal.
00:08:44C'est complètement dégueulasse.
00:08:45À quel moment on dit aux enfants ou aux conjoints de l'accusé, vous êtes convoqué, mais vous n'avez pas le droit de venir avant telle date ?
00:08:55Ce que Michael veut par-dessus tout, c'est voir la vidéo de la garde à vue de son père.
00:09:01Le moment où il a avoué son crime avant de se rétracter.
00:09:06Elle doit être projetée à la cour d'assises.
00:09:08Tranchée.
00:09:38Se débarrasser de ses doutes, c'est tout l'enjeu du procès pour Michael.
00:09:42Il a dix jours pour y arriver.
00:09:45C'est pour cela que sa mère l'accompagne.
00:09:47Elle sait ce que son fils endure.
00:09:51En fait, Michael sait que ce procès, c'est sa dernière chance de savoir qu'est-ce qui s'est passé, comment ça s'est passé, même pourquoi ça s'est passé.
00:10:02Il sait qu'il n'y aura pas d'autre moment.
00:10:04Comme son fils, Valérie va subir un deuxième procès d'assises à cause de son ex-mari.
00:10:12Car au moment du crime, elle vivait encore avec lui.
00:10:19Pourquoi j'ai rien vu ? Pourquoi personne n'a rien vu ?
00:10:23Pourquoi il a fait ça ? Et pourquoi un être humain est capable de faire ça ?
00:10:28Ça, ça m'a vraiment tourmentée.
00:10:31Des moments que le procès va raviver encore.
00:10:36Une fois de plus, Valérie va devoir témoigner devant tout le monde, raconter Pascal Jardin.
00:10:42Et surtout, leur vie de couple la plus intime.
00:10:46Un cauchemar pour une mère qui devine trop bien la souffrance de celle qui pleure sa fille.
00:10:52Une épreuve pour une femme qui n'avait jamais imaginé que son mariage la conduirait à répondre à une cour d'assises.
00:10:59Alors là, on est dans un quartier résidentiel de Blanzy.
00:11:20C'est un quartier dans lequel j'ai vécu une quinzaine d'années avec mon ex-mari et mes enfants.
00:11:26À moins de deux kilomètres du chemin où Christelle Blétry a été assassinée.
00:11:32On s'est rencontrés lors de sorties après le travail.
00:11:37Donc il habitait le Creusot, moi j'habitais Mont-Solémine.
00:11:41Il était assez jovial, travailleur.
00:11:44Il avait quand même quelques copains, voilà, une famille.
00:11:48Quelques temps après le mariage, j'ai eu deux garçons, Mickaël et Dimitri.
00:12:00Mickaël était très calme, très attaché à son papa, sa maman.
00:12:04Timitri était beaucoup plus turbulent, mais bon, c'était un petit garçon qui était quand même très affectueux.
00:12:24On était une famille, on s'occupait bien de nos enfants, de notre maison.
00:12:30Voilà, donc on vivait honnêtement.
00:12:31Lorsqu'il y a eu toutes ces affaires, ça a effacé de ma mémoire tous les bons souvenirs que j'ai pu avoir pendant cette période.
00:12:46En fait, des bons souvenirs, j'en ai pas.
00:12:50J'en ai plus.
00:12:51Contrairement à sa mère, Mickaël, lui, n'a pas réussi à effacer le souvenir de son père, ni des bons moments passés avec lui.
00:13:00Moi, ici, je repense à des souvenirs d'enfance où c'est mon père qui m'a appris la pêche.
00:13:16C'était un moment privilégié à deux, à deux, au bord de l'eau, au soleil.
00:13:26Ça a été un père assez patient, assez professeur, je vais dire.
00:13:32Il m'apprenait une activité qu'il avait exercée quasiment toute sa vie.
00:13:38C'était une transmission, une sorte de patrimoine, en fin de compte.
00:13:47C'était un père qui était assez fier, quand même.
00:13:50Il aimait bien trapper le plus gros poisson.
00:13:56J'aimais beaucoup rentrer le soir à la maison et...
00:13:59Et aller vers ma mère, lui dire, regarde, maman, t'as vu tous les poissons qu'on a pêchés avec papa ?
00:14:07Il y a quand même eu des bons moments.
00:14:09C'est parfois difficile à les reconnaître, à les admettre, mais il y en a eu.
00:14:16Ces bons moments, ces baptêmes, ces vacances, ces Noëls heureux,
00:14:20Mickaël Jardin en garde les images précieusement.
00:14:23Comme tout le monde.
00:14:24Moi, j'ai des photos...
00:14:45Des photos en présence de ma mère et de mon père, des chiens qu'on avait.
00:14:54Des photos de vacances avec mon petit frère et mon père.
00:15:01C'est toujours démené à essayer de nous offrir ce qu'on voulait.
00:15:04Des jeux vidéo de dernière génération, des vélos, tout ce qu'un enfant peut rêver quand il est jeune.
00:15:15Ça n'a pas toujours été que le violeur et le meurtrier dont on peut parler dans les médias ou dans les journaux.
00:15:24On se demande qu'est-ce qui lui est passé par la tête.
00:15:27Il avait toute une vie normale, toute une vie pour réussir et s'épanouir correctement sans arriver à de telles atrocités.
00:15:38Pourquoi ?
00:15:39Pourquoi mon père est-il devenu un violeur ?
00:15:42Un tueur ?
00:15:45Ces questions, Mickaël se les pose sans cesse, depuis l'arrestation de Jardin en 2014.
00:15:51C'est bien pour cela qu'il veut assister à tout le procès.
00:15:55Et il gagne.
00:15:56Touché, le président accepte qu'il témoigne dès le premier jour.
00:16:02Dans quelques instants, Mickaël va se retrouver face à un père à qui il n'a pas parlé depuis plusieurs années.
00:16:10C'est un homme bouleversé et tremblant qui arrive dans le prétoire.
00:16:14En rentrant dans la salle d'audience, c'est vraiment l'image qu'on peut avoir dans les médias, derrière un carreau blindé, entre deux gardiens de prison.
00:16:31Il y a ce côté concret des films.
00:16:36Une fois de plus, Mickaël vient raconter à la cour et au public le père aimant, le père aimé.
00:16:44Celui qu'il n'imaginait pas dans le box d'une cour d'assises, accusé du viol et du meurtre d'une fille de 20 ans.
00:16:50J'avais six ans à l'époque des fêtes.
00:16:57C'est ça la réalité, c'est que j'avais que six ans.
00:17:00Et on me demande d'établir plus ou moins un profil de mon père.
00:17:05Témoin de moralité, ils appellent ça.
00:17:06J'ai exprimé ce qu'on m'avait demandé, c'est-à-dire des souvenirs d'enfance dans les portes d'attraction, les activités qu'on a pu avoir ensemble à la piscine, à la pêche, à la pétanque.
00:17:18Pour ce temps, il m'a fait un petit signe de la tête en me remerciant.
00:17:30Je ne peux pas me remercier, je n'ai rien dit de plus, je n'ai rien dit de moins que la dernière fois.
00:17:39Droit dans ses bottes, Mickaël.
00:17:41Malgré le pire, malgré les trahisons.
00:17:45Car l'accusé a trahi deux fois sa famille.
00:17:48La première fois, en 2004.
00:18:05Valérie avait 39 ans, quand le 14 décembre 2004, un coup de téléphone a fait basculer sa vie.
00:18:18Je suis à mon travail, Pascal est parti à son travail.
00:18:29Il me téléphone pour me dire qu'il ne rentrera pas manger.
00:18:33Bon, ce n'était pas inhabituel, donc voilà, c'était bien de me prévenir.
00:18:38Et peu de temps après, le commissariat de Châlons-sur-Saône me téléphone pour m'informer que Pascal est en arrestation,
00:18:50parce qu'il est allé agresser une jeune femme à son domicile.
00:18:54Je ne comprenais pas trop, j'étais interloquée en fait.
00:19:08Mais quand même, j'ai quelques éléments par la police.
00:19:12C'est une agression sexuelle, il y avait une arme, il y avait une préméditation.
00:19:17Son mari a été pris en flagrant délit et incarcéré le matin même.
00:19:23Pendant que Valérie était à son travail, il s'est rendu chez une habitante de Châlons-sur-Saône.
00:19:29Une femme presque choisie au hasard, parce qu'elle a répondu à l'interphone.
00:19:32Déguisé en faux plombier, il lui a demandé d'aller ouvrir l'eau dans la salle de bain avant de se déshabiller.
00:19:45Pour la rejoindre, un couteau dans le slip.
00:19:51La jeune femme a eu de la chance.
00:19:53Son compagnon, couché dans la chambre voisine, a entendu ses cris et s'est précipité.
00:20:02Je l'ai vu en slip et mon ex m'a dit, fais gaffe, fais un couteau derrière.
00:20:11Et moi, je l'ai pris le couteau avant lui, parce que lui, il voulait prendre avant moi pour me tuer.
00:20:18Je l'ai tenu par force comme ça, il s'est débatté, il s'est gueulé, lâche-moi.
00:20:22Je le tenais fort pour la police, il vient.
00:20:25Quelques coups de poing, la police qui débarque, et deux heures plus tard, une Valérie médusée.
00:20:40C'est vraiment le chaos, le choc, l'énorme surprise, pour moi, pour la famille, pour nos amis.
00:20:50C'est quelque chose d'incroyable.
00:20:52En fait, en 48 heures, tout mon univers bascule dans je ne sais pas quoi.
00:21:05C'était vraiment quelque chose d'inimaginable.
00:21:12C'est inimaginable.
00:21:13Comment concevoir que l'homme avec lequel on vit depuis 16 ans,
00:21:21s'est tout à coup déguisé en plombier pour violer une femme ?
00:21:27En état de choc, Valérie doit pourtant se reprendre.
00:21:31Elle doit annoncer à ses garçons de 9 et 15 ans que la police vient d'arrêter leur papa.
00:21:37Michael, il va savoir ça très vite, dès qu'il va rentrer du collège.
00:21:46J'essaye de trouver les mots justes.
00:21:49Ce n'est pas facile, parce que moi-même, je ne comprends pas tout.
00:21:53À l'époque, j'avais, en 2004, j'avais 15 ans.
00:21:58À 15 ans, je ne comprenais pas que mon père ait pu tenter de violer quelqu'un.
00:22:01Et c'était assez incompréhensible, quand même.
00:22:06Son père, un couteau dans le slip, prêt à violer une femme.
00:22:10Là aussi, c'est un choc, quand on a toujours cru qu'on avait un papa normal.
00:22:15Alors Michael biaise.
00:22:17Est-ce que finalement, ce n'est pas une mascarade ?
00:22:20Est-ce qu'il l'a vraiment fait ?
00:22:23On a toujours ce doute-là, quand même.
00:22:26Valérie doit aussi trouver les mots pour l'annoncer aux plus petits.
00:22:29Il n'a que 9 ans.
00:22:31Dimitri, c'est plus difficile, parce qu'il est beaucoup plus jeune.
00:22:39Il est dans le rejet et dans le déni complet.
00:22:44Donc, avec lui, ça sera toujours beaucoup plus compliqué.
00:22:53Il va falloir qu'elle refasse aussi à tout ce qui a été affiché dans la presse,
00:22:58qui s'est passé en boucle à la radio.
00:23:01Je me rappelle, j'avais compté jusqu'à 12 fois cette annonce,
00:23:06dans l'heure, en une heure, 12 fois.
00:23:08Il y avait un article avec son vrai nom et pratiquement notre adresse dans le journal.
00:23:17Alors que nous, on ne demandait rien à personne, c'était un petit peu salaud.
00:23:22Le nom de son père, en pleine page, la honte déjà.
00:23:32Et dès le lendemain, le regard des copains.
00:23:34Ma maman ne voulait pas que je retourne au collège parce que, forcément,
00:23:43je n'aurais pas forcément la tête dans les livres.
00:23:46Même si je n'avais pas la tête dedans, c'est ce que je voulais.
00:23:49Je voulais y retourner.
00:23:49Je voulais continuer.
00:23:51J'ai vite craqué.
00:23:58J'ai peut-être fait une heure de cours avant de craquer et d'aller à l'infirmerie en pleurant.
00:24:04Quand j'ai raconté ça à l'infirmière du collège,
00:24:08elle a de suite été au centre de documentation pour supprimer les journaux qui pouvaient être dedans.
00:24:12Certains copains se sont inquiétés, à venir poser des questions.
00:24:24On se referme, on ne veut pas donner de réponse.
00:24:26Ça doit être des copains, on ne veut pas donner de réponse.
00:24:37J'ai reçu des coups de téléphone le soir, des menaces, des mots pas très simples.
00:24:42C'est une salope et toute la panoplie qui va avec.
00:24:49Je trouve ça profondément injuste parce que le coupable, il n'y en a qu'un.
00:24:55En plus, on sait qui c'est.
00:24:57Donc, je me dis que ce n'est pas possible.
00:25:04Une maman qu'on insulte, un papa en prison.
00:25:09À 9 ans, Dimitri s'omatise.
00:25:12Dimitri, le moment du coucher, c'était toujours très, très compliqué.
00:25:20Il avait des petits comportements qui n'étaient pas anodins.
00:25:24Des fois, il ne voulait pas aller à l'école, il avait mal au ventre.
00:25:30Le soir, c'est pareil, il inventait toujours des choses.
00:25:33Les garçons iraient-ils mieux s'ils voyaient leur père ?
00:25:39Valérie, qui se retrouve seule du jour au lendemain, avec un seul salaire pour s'occuper de la maison, des enfants,
00:25:45doit aussi décider si elle les laisse ou non aller le voir en prison.
00:25:48Alors, moi, je les ai toujours laissés libres, de garder ou pas le lien.
00:25:57Un ado, il sait déjà ce qu'il a envie de faire ou pas faire, et on ne doit pas forcer les enfants.
00:26:03J'ai vite pris la décision d'aller le voir au parloir.
00:26:10J'avais envie de le voir, ça restait mon père.
00:26:14Mickaël n'a que 15 ans quand il pénètre pour la première fois en prison.
00:26:17Il y a le claquement des portes de prison.
00:26:35C'est froid, c'est sec, c'est métallique.
00:26:38C'est horrible.
00:26:44La première visite, c'était le bouleversement.
00:26:46On saute dans les bras.
00:26:48T'as tout un tas d'émotions qui deviennent d'un coup.
00:26:52Forcément, t'es triste, apeuré, content à la fois.
00:26:57On lui posait des questions, c'était toujours détourné.
00:26:59Non, je voulais pas la tuer, non, je voulais pas le violer.
00:27:01Mais qu'est-ce que tu voulais faire en slip dans sa salle de bain avec un couteau à la main ?
00:27:06L'adolescent n'aura pas plus d'explications.
00:27:11Peut-être aussi parce qu'il ne veut pas en entendre davantage.
00:27:14Mais sa mère, elle, a besoin de comprendre.
00:27:18Et vite, comment son mari en est-il arrivé là ?
00:27:22Est-ce un passage à l'acte isolé ?
00:27:24Une pulsion sexuelle refoulée depuis longtemps ?
00:27:27Peut-il guérir ?
00:27:28Peut-elle l'aider ?
00:27:29Et encore sauver sa famille ?
00:27:31Je me dis, pétage de plomb, comparution immédiate, tout ça, ça va très vite.
00:27:38Ça va très vite.
00:27:40Et peut-être qu'à un moment donné, il y a quelque chose qui a été loupé.
00:27:45Pascal Jardin n'a jamais levé la main sur personne.
00:27:49Mais qui sait ?
00:27:50Si cet homme n'a pas brutalement changé, s'il n'est pas en train de devenir dangereux.
00:27:54Moi, je voulais avoir accès à l'analyse psychiatrique.
00:28:00Donc je vais demander à Pascal, qui me donne l'autorisation de consulter son dossier.
00:28:08Et là, j'ai un refus.
00:28:10Donc là, waouh, vous vous dites, attendez, je suis mariée, pour le meilleur et le pire.
00:28:18Et là, quand il y a le pire, on ne vous donne pas les éléments.
00:28:22Donc ça, c'est extrêmement difficile à entendre.
00:28:29Alors, j'ai consulté un avocat.
00:28:31Je lui ai présenté les faits, le jugement.
00:28:35Et là, il m'a dit, non, mais ça, ce n'est pas possible, c'est un pervers, sauvez-vous.
00:28:45Je me dis, peut-être qu'il valide l'idée que j'étais en train de me faire.
00:28:52Il y avait des choses pas saines, mal saines.
00:28:56Donc ces choses mal saines, lui, il a mis des mots au-dessus.
00:29:00Avec courage, Valérie fait ses valises pour mettre sa famille à l'abri.
00:29:05Au grand dame de jardin, quand il sort de prison, huit mois plus tard.
00:29:11Quand on est rentré à la maison, il était content, il était libre, mais sauf qu'il n'était jamais revenu à la maison.
00:29:17Ma mère avait refait sa vie et nous, on ne vivait plus à la maison.
00:29:23Il a pété les plombs, on a commencé à tout casser.
00:29:28Et à un moment, j'ai voulu l'arrêter et il m'a fait peur, il m'a fait peur.
00:29:32Mais Mickaël est encore prêt à passer l'éponge, quitte à se raconter une histoire, pour sauver l'image de son père.
00:29:42On n'a jamais reparlé ni de la victime, ni même de cette fameuse fois où il m'a fait peur.
00:29:52Je mettais l'hypothèse du complot, qu'il s'était sûrement fait piéger, sûrement fait avoir.
00:30:02Et je ne voyais pas la vérité en face, tout simplement.
00:30:06Il n'y avait pas d'autres mots à l'époque que je ne voulais pas voir.
00:30:12Mais en 2018, Mickaël ne peut plus s'aveugler.
00:30:17Les journalistes, le public, tous les regards sont braqués sur son père.
00:30:22L'accusé qui a tenu la région en haleine pendant 18 ans.
00:30:25Et surtout, assis dans la salle, Mickaël prend de plein fouet les détails du drame.
00:30:38Les photos de la scène de crime, l'audition du légiste et des policiers qui racontent tout.
00:30:44L'enlèvement, le viol, les cris, la terreur, la souffrance de Christelle.
00:30:49Les 123 coups de couteau.
00:30:57123 coups de couteau, c'est pire que de l'acharnement.
00:31:00J'ai fait le test sur un coup de symbole juste point fermé.
00:31:04Les 123 coups, je ne les ai pas faits.
00:31:08Je ne savais pas comment mon père, alcoolisé et fumeur depuis plus de 10 ans à l'époque,
00:31:13c'est ça que je veux dire.
00:31:14C'est sobre, je n'y arrivais pas.
00:31:18Alors que j'avais bien plus de conditions physiques que lui, je ne pouvais pas croire à ça.
00:31:23Mickaël résiste encore.
00:31:26Et pourtant, les faits sont là.
00:31:35Le corps d'une jeune femme de 20 ans portant de très nombreux coups de couteau
00:31:39a été retrouvé ce matin dans un fossé près de Blanzy, en Saône-et-Loire.
00:31:43La victime, une étudiante, a été découverte par un facteur qui faisait sa tournée.
00:31:47C'est sur ce chemin qui mène à la ferme de l'étang d'Ocle, à la sortie de Blanzy,
00:31:50que le cadavre a été découvert aux alentours de midi.
00:31:57On parlait d'une jeune femme assassinée à coups de couteau
00:32:00qui avait été jetée dans un fossé.
00:32:04Moi, je suis complètement abasourdie.
00:32:06Un vrai choc.
00:32:07123 coups de couteau.
00:32:11L'un des meurtres les plus violents en France.
00:32:17Ce crime atroce, on ne savait pas trop si ça allait recommencer.
00:32:23Voilà, donc il y avait une sorte un petit peu de psychose.
00:32:30Blanzy, un crime, c'était juste impensable.
00:32:33Valérie est loin de se douter qu'elle connaît bien le meurtrier
00:32:39qui est tranquillement rentré chez lui après son crime,
00:32:43qui s'est préparé un sandwich à 2h du matin
00:32:45et s'est couché aux côtés de son épouse.
00:32:47Personne n'avait de soupçons sur rien.
00:32:57Voilà, nous, on n'a personnellement jamais été interrogés sur cette affaire.
00:33:04Comme tous les habitants de Blanzy,
00:33:07Valérie s'est souvent demandé qui avait commis ce crime.
00:33:11Est-ce qu'elle le connaissait ?
00:33:13Est-ce qu'elle avait pu le croiser dans la rue ?
00:33:14Et comme tous, elle a été touchée par le combat que menait la mère de Christelle.
00:33:24Il faut qu'on sache pourquoi, pourquoi on a assassiné Christelle.
00:33:28Ça, c'est important pour nous.
00:33:30J'ai eu beaucoup d'admiration pour cette femme, j'en ai toujours.
00:33:37Elle était régulièrement sur le marché,
00:33:40elle vendait des brioches,
00:33:42elle organisait des soirées pour récolter des fonds.
00:33:47J'ai toujours admiré qu'on puisse déplacer des montagnes
00:33:51pour arriver à avoir des réponses.
00:33:54Et les années ont passé.
00:33:58En 2004, après l'affaire du faux plombier,
00:34:02Valérie a donc divorcé et déménagé.
00:34:05À sa sortie de prison,
00:34:07Pascal Jardin a lui aussi quitté la région.
00:34:09Il a refait sa vie dans les Landes
00:34:10et progressivement coupé les ponts avec ses fils.
00:34:15Mais jamais Valérie n'a imaginé
00:34:17qu'un autre crime les rattraperait encore.
00:34:19Un crime de 1996.
00:34:23Le crime de Blanzy.
00:34:25Jamais elle n'a pensé qu'un jour,
00:34:26son fils se raccrocherait à la projection d'une vidéo
00:34:29pour comprendre ce qui leur tomberait dessus.
00:34:38Je pense que le moment où on va revoir ses aveux en vidéo,
00:34:43c'est peut-être là qu'il peut se passer quelque chose.
00:34:46Mais le jour tant attendu de la projection,
00:34:48le fils de l'accusé n'est pas dans la salle d'audience.
00:34:58Les images des aveux,
00:35:00je voulais les voir.
00:35:01Je voulais les voir et...
00:35:03Je pense que j'ai eu peur de les voir.
00:35:10J'ai peur de voir ces images et...
00:35:12J'ai préféré me déviler.
00:35:19J'avoue.
00:35:22Au dernier moment,
00:35:24Mickaël n'a pas eu la force
00:35:25de faire face à la vidéo de son père.
00:35:28Aux aveux qu'il avait prononcés 4 ans plus tôt
00:35:30avant de se rétracter.
00:35:31Le 9 septembre 2014,
00:35:46Valérie s'apprête à partir travailler
00:35:47quand on sonne à la porte.
00:35:50Au retour de vacances,
00:35:52début du mois de septembre,
00:35:54un matin assez tôt,
00:35:56peut-être 6h30 ou 7h.
00:35:58ça sonne à la porte.
00:36:04Et là, c'est des policiers
00:36:05qui me disent
00:36:07« Voilà, il faut absolument qu'on vous parle. »
00:36:14Et clairement,
00:36:16il m'annonce que mon ex-marie
00:36:18est en cours d'interpellation
00:36:21pour le meurtre de Christelle Blaitry.
00:36:23Et là,
00:36:29je suis sonnée.
00:36:31Ma première question est
00:36:33« Mais vous êtes sûrs ? »
00:36:35Les policiers me parlent
00:36:37des analyses ADN.
00:36:39Il n'y a plus aucun doute possible.
00:36:41« Comment on peut être
00:36:46à ce point intégré
00:36:49familialement, socialement,
00:36:52professionnellement
00:36:52et faire des trucs pareils, quoi ? »
00:36:562004, 2014,
00:36:57je me dis « Mais ça finira jamais. »
00:37:02Son ex-mari,
00:37:04arrêté dans les Landes,
00:37:05trahi par l'ADN prélevé
00:37:07au moment de son agression de 2004,
00:37:09Valérie ne peut pas y croire.
00:37:12Alors les policiers lui racontent.
00:37:14Pascal Jardin vient de tout avouer
00:37:16dans le détail.
00:37:20Cette nuit glacée du 27 décembre 1996,
00:37:25cette jeune fille
00:37:25qui est apparue tout à coup
00:37:26dans ses phares
00:37:28vers minuit et demi.
00:37:30L'enlèvement,
00:37:31le viol,
00:37:33le meurtre.
00:37:34Anéanti par ce récit,
00:37:52Valérie comprend que son ex-mari
00:37:54a détruit la vie d'une famille
00:37:55et qu'il va une nouvelle fois
00:37:58traumatiser la sienne.
00:38:01Mais une fois de plus,
00:38:02elle n'a pas le temps de s'effondrer.
00:38:04Comme en 2004,
00:38:06elle doit prévenir ses fils
00:38:07le plus vite possible.
00:38:12La dernière des choses que je veux,
00:38:14c'est qu'ils l'apprennent dans la presse.
00:38:17Pendant ma pause,
00:38:18ma conjointe m'a appelée,
00:38:20m'a fait savoir
00:38:20qu'il ne fallait pas que je traîne,
00:38:21que ma mère allait venir le midi
00:38:23et qu'il ne fallait vraiment pas
00:38:24que je traîne.
00:38:25j'ai pris la route un petit peu un quai.
00:38:29Qui est mort ?
00:38:30Qui est dans le coma ?
00:38:31Qui a eu un accident ?
00:38:32Je n'imaginais pas ma mère venir
00:38:36pour autre chose
00:38:37qu'un événement très, très grave.
00:38:39J'arrive chez lui
00:38:41et je vais lui dire
00:38:44« Tu te doutes bien que si je suis là
00:38:47l'après-midi,
00:38:49c'est que j'ai appris une très mauvaise nouvelle.
00:38:52Je lui annonce que son père
00:38:54a été arrêté le matin,
00:38:55qu'il est le meurtrier de Christelle. »
00:39:00Ce n'est pas ce qu'elle me dit
00:39:00mais j'entends encore.
00:39:03Ma tête comprend encore.
00:39:08Sauf que cette fois,
00:39:09ce n'est pas une tentative,
00:39:11c'est des faits.
00:39:16Le plus choquant,
00:39:17c'était
00:39:18qu'il est comme il est réparable
00:39:21et
00:39:21que ce soit
00:39:28mon père,
00:39:30ce personnage,
00:39:31lui,
00:39:32c'est lui
00:39:32qui l'a fait.
00:39:35Le cauchemar
00:39:35qui recommence.
00:39:38La honte,
00:39:38encore.
00:39:40Cette fois,
00:39:41c'est la presse nationale
00:39:42qui annonce
00:39:42l'arrestation
00:39:43de Pascal Jardin.
00:39:44Le suspect
00:39:45fait la une
00:39:45de tous les 20 heures.
00:39:53Madame,
00:39:53Monsieur,
00:39:54bonsoir.
00:39:54Dans l'actualité
00:39:54de ce vendredi,
00:39:55un incroyable coup de théâtre
00:39:57dans l'affaire
00:39:57des disparus
00:39:58de l'assisme.
00:39:59Ce cold case
00:40:00résolu 18 ans
00:40:01après les faits.
00:40:02L'ADN a conduit
00:40:03à l'interpellation
00:40:03d'un suspect.
00:40:05Il est passé
00:40:05aux aveux.
00:40:06Voici la maison
00:40:07de Pascal Jardin.
00:40:09C'est ici
00:40:09qu'il a été interpellé
00:40:1118 ans
00:40:11après l'assassinat
00:40:13de Christelle Blétry.
00:40:18Mon téléphone se met
00:40:20à longueur de journée.
00:40:21C'était des journalistes
00:40:24qui essayaient
00:40:24de me demander
00:40:25des infos et tout.
00:40:27Tu te sens
00:40:28vraiment persécuté.
00:40:30Il y a des journalistes
00:40:31qui traînent autour
00:40:31de ma maison,
00:40:32qui prennent des photos.
00:40:34Il y en a
00:40:34qui me contactent
00:40:35par mail,
00:40:36par téléphone.
00:40:36et ça,
00:40:40je le vis très mal
00:40:41parce que
00:40:42je ne suis coupable
00:40:43de rien.
00:40:44J'ai juste envie
00:40:45qu'on fiche la paix.
00:40:47Pascal Jardin
00:40:48avait...
00:40:48C'est ici que
00:40:48Pascal Jardin
00:40:49s'était installé.
00:40:50J'entends
00:40:56un moment
00:40:57qui tourne en permanence.
00:40:59Tout ça,
00:41:01en boucle,
00:41:01en boucle,
00:41:02en boucle,
00:41:02en boucle.
00:41:04Et malgré toi,
00:41:07tu regardes,
00:41:09tu regardes,
00:41:09tu regardes,
00:41:09tu regardes.
00:41:10Ce sont les analyses ADN
00:41:12qui ont permis
00:41:12d'établir un profil génétique.
00:41:15Le meurtrier présumé
00:41:16était fiché
00:41:16depuis 2004.
00:41:18L'homme avait été
00:41:19condamné
00:41:19pour tentative
00:41:20d'agression sexuelle.
00:41:21L'ADN,
00:41:22une preuve matérielle majeure.
00:41:25Vous rentrez
00:41:26dans un cercle d'amis,
00:41:26on me dit
00:41:27tiens,
00:41:27je t'ai vu
00:41:28la semaine dernière
00:41:28à la télé.
00:41:29C'est pas joli,
00:41:30joli ton papa ?
00:41:31Je sais,
00:41:31oui.
00:41:32C'est mon père,
00:41:33c'est pas moi.
00:41:37Il y avait ce côté
00:41:38où j'en voulais
00:41:38aux médias
00:41:39de le diffuser
00:41:40et il y avait ce côté
00:41:40où je lui en voulais
00:41:41à lui.
00:41:42Je regardais les images
00:41:44avec une certaine haine
00:41:45et un mépris profond.
00:41:49comme tous les proches
00:41:56d'un criminel,
00:41:57Mickaël va payer
00:41:58le crime de son père.
00:42:00Les policiers ont besoin
00:42:01d'entendre la famille
00:42:02de Pascal Jardin
00:42:03pour vérifier
00:42:04ses déclarations.
00:42:05Ils convoquent donc
00:42:06femmes et enfants.
00:42:07J'ai été convoqué
00:42:14par le commissaire
00:42:14Nédilco
00:42:15dans le commissariat
00:42:16de police de Dijon.
00:42:18On arrive à l'accueil,
00:42:20je me rappelle
00:42:20d'une réaction
00:42:21assez froide.
00:42:23On a monté un étage,
00:42:29on a traversé un couloir,
00:42:30on a repris un demi-étage,
00:42:32on a traversé
00:42:33des longs, longs couloirs
00:42:33jusqu'à arriver
00:42:34à son bureau.
00:42:36On voyait bien
00:42:36que c'était sécurisé.
00:42:40Et ce côté,
00:42:41ça y est,
00:42:42j'ai basculé.
00:42:43Qu'est-ce que j'ai fait ?
00:42:44Qu'est-ce qui m'arrive ?
00:42:46Ça a été de grosses heures
00:42:50de questions.
00:42:51Est-ce que je me souvenais
00:42:52de tel collègue ?
00:42:54Est-ce qu'il avait
00:42:54l'habitude de partir seul ?
00:42:58Est-ce que son père
00:43:00était violent,
00:43:01alcoolique ?
00:43:02Est-ce qu'il fréquentait
00:43:03les prostituées ?
00:43:04Est-ce qu'il avait toujours
00:43:05un couteau sur lui ?
00:43:06Est-ce qu'il connaissait
00:43:07la victime ?
00:43:08J'ai pas envie
00:43:09de protéger mon père
00:43:10à ce moment-là.
00:43:11J'ai vraiment envie
00:43:12d'avoir la vérité.
00:43:14J'avais rien à me reprocher
00:43:16et donc ce que je pouvais donner,
00:43:18je le donnais.
00:43:23C'est à ce moment-là
00:43:24que j'ai eu la suspicion
00:43:25que Christelle avait pu
00:43:28s'occuper de moi
00:43:28lors d'une colonie.
00:43:30Et est-ce que c'est pas
00:43:31à ce moment-là
00:43:31qu'il l'aurait repéré ?
00:43:35Je me suis vraiment posé
00:43:36beaucoup, beaucoup
00:43:37de questions à ce niveau-là.
00:43:43Il y a vraiment
00:43:44plein de sentiments
00:43:45qui me passent
00:43:47par la tête
00:43:47à ce moment-là.
00:43:49Il y avait de l'amour,
00:43:49il y avait de la haine,
00:43:52il y avait de la tristesse,
00:43:53de la rancœur.
00:43:59Quand je suis ressorti,
00:44:00c'était l'effondrement.
00:44:02Je me rappelle
00:44:02avoir franchi,
00:44:04avoir tenu
00:44:05tout le monde
00:44:06l'interrogatoire.
00:44:07Et après avoir passé
00:44:08la porte du commissariat,
00:44:10je me suis effondré
00:44:10dans les bras de ma femme.
00:44:11je pouvais plus,
00:44:15on m'avait mis à nu.
00:44:19Cette épreuve
00:44:20du commissariat,
00:44:21Valérie aussi
00:44:22doit l'affronter.
00:44:25Mais elle n'est pas
00:44:26au bout de ses surprises.
00:44:28Parce qu'au détour
00:44:29de son interrogatoire,
00:44:30le policier lui apprend
00:44:32quelque chose
00:44:32d'impensable.
00:44:34Pascal Jardin
00:44:35s'est trouvé une excuse.
00:44:37S'il a tué
00:44:37Christelle Blétry,
00:44:38c'est à cause
00:44:40de son épouse.
00:44:49Pourquoi a-t-elle dévoré ma vie ?
00:44:51Pourquoi ?
00:44:55Pourquoi a-t-elle dévoré ma vie ?
00:44:59Qui ça ?
00:45:00Non, mon ex.
00:45:01Non, non, non.
00:45:03Non, non, non.
00:45:08En 1996,
00:45:12c'est sa femme
00:45:13qui, pour lui,
00:45:15exerçait sur le couple,
00:45:17sur toute la famille,
00:45:18une empreinte faite
00:45:19d'autorité,
00:45:20de domination
00:45:20qu'il n'arrivait plus
00:45:21à gérer.
00:45:23Pascal Jardin
00:45:24aurait commis un crime
00:45:26parce que Valérie
00:45:27a dévoré sa vie.
00:45:29Il explique qu'en fin de compte,
00:45:30Christelle avait été
00:45:31une phase
00:45:33qui lui permettrait
00:45:34de repousser
00:45:35un petit peu plus
00:45:36dans le temps
00:45:36son retour à la maison.
00:45:38son retour
00:45:39à l'état normal
00:45:40au contact de sa femme
00:45:41dans sa maison
00:45:42avec ses enfants.
00:45:44Et le policier
00:45:45d'essayer de comprendre.
00:45:48Comment cette femme
00:45:48aurait-elle pu inspirer
00:45:49un tel crime ?
00:45:51Qui commandait à la maison ?
00:45:53Quelle était la vie
00:45:54intime du couple ?
00:45:56Est-ce qu'elle frustrait
00:45:57son mari ?
00:45:58Sur le grill ?
00:46:00Valérie vit un cauchemar.
00:46:03Comme si c'était à elle
00:46:04de se défendre
00:46:05des insinuations monstrueuses
00:46:07de son ex-mari.
00:46:10C'est une partie
00:46:11vraiment horrible
00:46:13de ses aveux.
00:46:14Je ne comprends pas.
00:46:15Je ne comprends pas
00:46:16comment c'est possible.
00:46:17Mickaël non plus
00:46:18ne comprend pas.
00:46:20Comment son père
00:46:20peut-il se dédouaner
00:46:22ainsi sur sa mère ?
00:46:23Pourquoi elle a-t-elle
00:46:25dévoré ma vie ?
00:46:26Qui ça ?
00:46:27L'autre ?
00:46:27Mon homme ?
00:46:28Il accuse ma mère
00:46:35de lui avoir dévoré sa vie.
00:46:37S'il a déjà commis
00:46:38l'irréparable
00:46:40et à l'entendre,
00:46:41c'est ma mère
00:46:42qui avait le couteau.
00:46:43C'est ma mère
00:46:44qui a forcé Christelle
00:46:46à la masturber.
00:46:49C'était horrible
00:46:50de lui faire porter le chapeau.
00:46:51C'est odieux.
00:46:53Problème personnel,
00:46:55s'il y a bien une époque
00:46:56où il n'en avait pas,
00:46:57c'était bien celle-ci.
00:47:02Valérie lutte
00:47:03mais les mots de Jardin
00:47:04sont puissants
00:47:05et font des dégâts.
00:47:08Son mari était-il
00:47:09malheureux, frustré
00:47:11au point de tuer
00:47:12une autre femme ?
00:47:14Est-ce qu'elle a pu
00:47:15le pousser
00:47:16à commettre le crime ?
00:47:19Sans le vouloir,
00:47:19sans le savoir,
00:47:20est-ce possible ?
00:47:22De quoi pourrait-elle
00:47:23être coupable ?
00:47:24C'est une période
00:47:25où j'ai eu vraiment
00:47:26besoin du soutien
00:47:28de mon psy
00:47:29qui a décrypté
00:47:32les situations,
00:47:33qui m'a aidée
00:47:34à prendre un petit peu
00:47:36de distance
00:47:36avec les événements,
00:47:38ce qui est vraiment
00:47:39une étape
00:47:40très, très difficile.
00:47:42Il faudra des mois
00:47:44à Valérie
00:47:45pour retrouver
00:47:45sa confiance en elle
00:47:47et comprendre
00:47:48qu'elle n'est
00:47:48qu'une victime
00:47:49de plus
00:47:50de la perversité
00:47:51de son ex-mari.
00:47:53C'est encore
00:47:54une victime,
00:47:55il a trouvé
00:47:56quelqu'un
00:47:57qui le persécute,
00:47:59j'irais plus loin,
00:48:00une femme
00:48:01qui le persécute.
00:48:03Il me dit
00:48:04que c'est incurable.
00:48:06C'est ce côté
00:48:09un peu pervers
00:48:10et manipulateur
00:48:12qui est ressorti
00:48:14dans les expertises
00:48:15psychiatriques,
00:48:16c'est que
00:48:16c'était jamais
00:48:18de sa faute en fait.
00:48:19Quoi qu'il lui arrivait
00:48:20dans la vie,
00:48:21c'était jamais de sa faute,
00:48:21c'était toujours
00:48:22la faute de quelqu'un d'autre.
00:48:25Mais d'autres questions
00:48:26surgissent encore,
00:48:27obsédantes.
00:48:29Comment Valérie
00:48:29n'a-t-elle rien remarqué
00:48:30après le crime ?
00:48:32Pendant des mois,
00:48:33elle s'est repassé le film.
00:48:36On cherche
00:48:41qu'est-ce qu'on n'a pas vu.
00:48:43Quand il est rentré,
00:48:44j'ai pas entendu,
00:48:46pourquoi j'ai pas entendu.
00:48:48On cherche
00:48:49à se rattacher
00:48:50à des détails concrets.
00:48:53Inlassablement,
00:48:53Valérie a cherché
00:48:54les indices
00:48:55qui auraient pu trahir
00:48:56son ex-mari
00:48:57dans les jours
00:48:58qui ont suivi le crime.
00:49:00J'ai cherché
00:49:01effectivement
00:49:01à capter
00:49:03des expressions.
00:49:05Quelquefois,
00:49:06je les ai feuilletées
00:49:07ces photos
00:49:07avec des amis,
00:49:09avec de la famille.
00:49:13On voit une personne
00:49:14tout à fait normale,
00:49:17un père de famille
00:49:18qui entoure
00:49:19ses enfants
00:49:20pour leurs anniversaires,
00:49:22qui participe
00:49:23à la vie familiale
00:49:24avec des repas.
00:49:26Rien ne transparaît
00:49:28absolument.
00:49:29Personne ne se doute
00:49:30de rien.
00:49:30À ce moment-là,
00:49:33personne ne peut imaginer
00:49:34que le meurtrier
00:49:36est parmi nous.
00:49:39Pendant huit ans,
00:49:40Pascal Jardin
00:49:41a donné le change.
00:49:42Là, encore,
00:49:48un anniversaire
00:49:49de Dimitri.
00:49:51Il s'apprête
00:49:52à souffler
00:49:52ses bougies.
00:49:55Christelle,
00:49:56à ce moment-là,
00:49:58est déjà morte.
00:50:02Et sur son expression,
00:50:04on ne voit rien.
00:50:05Un homme calme,
00:50:07posé,
00:50:08qui fait face
00:50:09à l'appareil photo
00:50:10sans problème.
00:50:17Un homme calme
00:50:19et posé.
00:50:20C'est aussi la figure
00:50:21que Pascal Jardin
00:50:22se donne devant
00:50:23la cour d'assises.
00:50:25Je ne sais pas,
00:50:26je ne me souviens plus.
00:50:27La voix traîne
00:50:28sans la moindre émotion.
00:50:30Horripilant.
00:50:32Dans la salle,
00:50:33Mickaël n'en peut plus.
00:50:35Comme la partie civile,
00:50:36il attend des aveux
00:50:37de son père.
00:50:40Moi, je voudrais
00:50:43qu'il parle.
00:50:44Déjà,
00:50:45pour moi,
00:50:46pour mes enfants,
00:50:46pour ma famille,
00:50:47parce que c'est important
00:50:48de connaître la vérité
00:50:51sur la mort de Christelle.
00:50:52C'est nécessaire.
00:50:55Et je pense
00:50:56que c'est aussi important
00:50:57pour ses enfants à lui.
00:51:00Ça, il ne l'a pas compris.
00:51:02Il ne l'a pas compris.
00:51:03Quand on voit
00:51:03dans l'état
00:51:04où il est,
00:51:05Mickaël,
00:51:05il a besoin
00:51:06de cette vérité.
00:51:07C'est pas une réponse
00:51:12indirecte
00:51:12que j'ai besoin.
00:51:14C'est d'un homme
00:51:16qui affronte
00:51:16ses actes,
00:51:19qui assume ses actes.
00:51:22Ce que je veux vraiment,
00:51:23c'est le voir avouer,
00:51:25l'entendre parler.
00:51:26J'espère.
00:51:30J'espère
00:51:31jusqu'à la fin
00:51:32qu'il pourra le dire,
00:51:36qu'il pourra avouer,
00:51:37regarder Marie-Rose
00:51:38dans les yeux
00:51:39et dire
00:51:39qu'il est désolé,
00:51:42qu'il a été horrible,
00:51:44que son comportement
00:51:45a été inadmissible
00:51:46et impardonnable.
00:51:49Ce sera le minimum,
00:51:51le grand minimum.
00:51:52j'avais plus envie
00:52:04de m'investir,
00:52:05de m'accrocher.
00:52:07J'avais pas forcément
00:52:08de but.
00:52:15T'as l'impression
00:52:16que ta vie
00:52:18s'est fait
00:52:19entre guillemets
00:52:21voler.
00:52:21t'as la pire
00:52:23des erreurs
00:52:23qui a été faite
00:52:25et qui t'a été
00:52:26cachée toute ta vie.
00:52:29T'as du mal
00:52:30à accorder une valeur
00:52:30à l'éducation
00:52:31qu'il a pu t'apporter,
00:52:33les sentiments
00:52:35qu'il a pu te donner.
00:52:37Je dis,
00:52:38tout est affectif
00:52:39en fin de compte.
00:52:41À qui faire encore
00:52:42confiance
00:52:43quand celui
00:52:44qui vous a tout appris,
00:52:45tout donné
00:52:46est capable
00:52:47d'un crime
00:52:47et d'un mensonge
00:52:48aussi énorme ?
00:52:50En quel amour
00:52:51croire encore ?
00:52:53À la suite
00:52:54d'une soirée
00:52:55où on avait bu
00:52:56deux,
00:52:56trois verres
00:52:56avec des copains,
00:52:59j'ai eu un gros,
00:53:00gros coup de blouse
00:53:00quand tout le monde
00:53:01est parti
00:53:01et j'ai demandé
00:53:04à un copain
00:53:05et demandé aux urgences
00:53:06que je me sentais
00:53:07vraiment pas bien.
00:53:10L'hôpital,
00:53:11les médecins,
00:53:13les infirmières,
00:53:14tout ça,
00:53:14on prenait juste
00:53:15pour un fou
00:53:16qui avait bu
00:53:17deux,
00:53:17trois verres en trop.
00:53:19Ils ne croyaient pas
00:53:20à mon histoire.
00:53:21Ils ne croyaient pas
00:53:21que je puisse être mal
00:53:22de ça,
00:53:23que ça puisse réellement
00:53:24m'arriver à moi.
00:53:27Michael a été interné
00:53:28huit jours
00:53:29en hôpital psychiatrique
00:53:30et il lui a fallu
00:53:31de longs mois
00:53:32pour remonter la pente.
00:53:42J'ai un entourage
00:53:42d'amis assez exceptionnels
00:53:44qui me connaissaient
00:53:46et qui savaient
00:53:47qu'il fallait
00:53:47que je parle
00:53:48d'autres choses.
00:53:50Donc c'est là
00:53:51où ils m'ont vraiment
00:53:52apporté beaucoup.
00:53:53C'est que
00:53:53il ne fallait pas
00:53:55m'en parler,
00:53:56il fallait que j'avance.
00:53:57Les blancs,
00:53:58ça va être les vis.
00:53:58Tu mets quoi ?
00:54:00400 ?
00:54:01Je me suis beaucoup
00:54:02identifié
00:54:03et je me suis mis
00:54:04à sa place.
00:54:06Ça aurait très bien
00:54:07pu être moi
00:54:07à la place de Michael.
00:54:09Ça peut arriver
00:54:10à n'importe qui,
00:54:11je pense.
00:54:14Ça le dévorait
00:54:15au bout d'un moment.
00:54:17La seule chose
00:54:18qu'on peut faire
00:54:19dans ces cas-là,
00:54:19c'est le faire
00:54:20déculpabiliser peut-être
00:54:21dans le sens
00:54:22où lui redire
00:54:24que ce n'était pas lui,
00:54:25que ce n'était pas
00:54:26de sa faute
00:54:27et que
00:54:27malgré toute la pression
00:54:30qu'il y a eu
00:54:30sur lui
00:54:30à ce moment-là,
00:54:32il n'était pas
00:54:34responsable
00:54:37des actes
00:54:37qui ont été faits
00:54:39par son père.
00:54:39à l'approche
00:54:50du verdict,
00:54:51Michael se raccroche
00:54:52à ce qu'il a
00:54:53de plus précieux,
00:54:55sa fille de 2 ans.
00:55:00Mais il peut aussi
00:55:01compter sur un soutien
00:55:02plus inattendu,
00:55:03celui de la mère
00:55:04de la victime.
00:55:05On avait ce besoin
00:55:14d'échanger,
00:55:15Marie-Rose et moi,
00:55:17de tout et de rien,
00:55:19de ce qui a pu se passer,
00:55:20de ce qui s'est réellement
00:55:22passé.
00:55:24Des aveux,
00:55:25on cherche des vérités.
00:55:26du coup,
00:55:28je pense que c'est presque
00:55:29ce lien-là
00:55:30qu'on a,
00:55:31c'est qu'on a besoin
00:55:32de la vérité.
00:55:35C'est l'endroit
00:55:36où Christelle a passé
00:55:37la soirée
00:55:38jusqu'à chez moi,
00:55:39c'était 1,3 km.
00:55:40Donc tu vois ?
00:55:41Non, non, non, non.
00:55:45On parle de dégâts
00:55:46collatéraux.
00:55:48Michael,
00:55:48c'est un enfant
00:55:49qui est déchiré.
00:55:51Il est en souffrance.
00:55:52Moi, c'est insupportable
00:55:55de voir ça.
00:55:56Je connais sa souffrance.
00:55:58Je ne peux que compatir.
00:56:00Ce n'est pas lui
00:56:01l'assassin,
00:56:02c'est le fils.
00:56:04Il est le fils de...
00:56:05Mais ce n'est pas
00:56:05l'assassin.
00:56:08Elle a conscience
00:56:09que je ne suis pas
00:56:09le tueur
00:56:11et j'ai conscience
00:56:13qu'elle n'est pas
00:56:13le policier
00:56:14qui l'a enfermée.
00:56:16C'est juste une mère.
00:56:18Elle est incalme.
00:56:19C'est incroyable.
00:56:20C'est à mon père
00:56:22qui ne la regarde
00:56:23jamais droit
00:56:23dans les yeux.
00:56:27C'est horrible.
00:56:30C'est horrible
00:56:30parce qu'elle vit
00:56:31ce qu'elle ne souhaite
00:56:32à personne.
00:56:35Le regard de Marie-Rose
00:56:36était très important
00:56:37pour Michael
00:56:37parce qu'il était
00:56:39repositionné
00:56:41comme plus une victime
00:56:43et dans tous les cas
00:56:45comme coupable de rien,
00:56:48non responsable
00:56:49des actes
00:56:50de son père.
00:56:51Même s'il y a
00:56:52le lien du sang,
00:56:54Michael a senti
00:56:55la bienveillance
00:56:56de Marie-Rose.
00:56:58Ça lui a fait
00:56:59beaucoup de bien.
00:57:01Michael a pourtant
00:57:02tout tenté
00:57:03pour que son père
00:57:04assume son crime.
00:57:06Pour lui
00:57:06et pour Marie-Rose Blétry.
00:57:11Le président nous a accordé
00:57:13cinq minutes d'entrevue
00:57:15durant les pauses
00:57:16d'audience.
00:57:17À chaque fois,
00:57:18ma démarche
00:57:18c'était de lui dire
00:57:19« Vas-y, balance,
00:57:21crache, crache. »
00:57:24Il me jurait
00:57:24toujours droit
00:57:25dans les yeux
00:57:25qu'il n'avait rien fait,
00:57:27que ce n'était pas lui.
00:57:29Et quand je lui balançais
00:57:30qu'il avait eu son ADN
00:57:33sur les sous-vêtements
00:57:35de Christel,
00:57:37c'était fini.
00:57:37On n'était plus
00:57:38dans la conversation.
00:57:39C'était...
00:57:41Il est dans le déni,
00:57:43dans le déni complet.
00:57:43Michael n'y est pas arrivé.
00:57:48Mais le président
00:57:48va jouer une dernière carte
00:57:50pour faire vaciller
00:57:51Pascal Jardin.
00:57:53Il fait projeter
00:57:53une nouvelle fois
00:57:54ses aveux au public.
00:57:56Et cette fois,
00:57:58Michael est dans la salle.
00:57:59J'ai croisé
00:58:01cette fille
00:58:02que je ne connaissais pas.
00:58:04J'avais l'objet
00:58:04à monter
00:58:05en la tirant,
00:58:07en la tirant
00:58:07avec le sac.
00:58:09Et là,
00:58:10j'ai sorti
00:58:10mon couteau pied
00:58:11dans la voiture.
00:58:12Et elle s'est tellement
00:58:13envisant
00:58:13de paniquer
00:58:14que j'en ai...
00:58:15J'ai paniqué aussi
00:58:16et puis le dépoucetait
00:58:17par moi.
00:58:23C'est mieux
00:58:24le petit monstre.
00:58:26C'est mieux
00:58:27le petit monstre.
00:58:31Parce que
00:58:32l'émotion lourde
00:58:33s'il parle dans
00:58:34ma famille.
00:58:38Oui,
00:58:39mais je tiens.
00:58:41Mais ce que c'est
00:58:42qu'un enfant chien ?
00:58:46J'ai soulagement
00:58:48quand il demande
00:58:50pardon à la famille
00:58:51pendant les aveux.
00:58:52Le problème,
00:58:52c'est qu'il ne le fait
00:58:53plus derrière.
00:58:57C'est ça
00:58:58le plus gros du problème.
00:58:59En fait,
00:58:59il aurait continué
00:59:02dans ce sens-là
00:59:02pendant les audiences.
00:59:07Et au moins,
00:59:08la demande du pardon
00:59:09à la famille,
00:59:12j'aurais voulu
00:59:13qu'il le fasse réellement.
00:59:16Le procès touche
00:59:17à sa fin.
00:59:18Le supplice
00:59:19des parties civiles
00:59:20et de Mickaël aussi.
00:59:25Mais lui doit encore
00:59:27endurer le réquisitoire
00:59:28de l'avocat général
00:59:29et la plaidoirie
00:59:30de la partie civile,
00:59:32qui ne vont évidemment
00:59:33pas ménager son père.
00:59:34quand Maitre Seban
00:59:38dit à la première
00:59:39plaidoirie
00:59:40que les membres
00:59:41de sa famille
00:59:42avaient honte
00:59:42de porter son nom,
00:59:43c'était...
00:59:45C'était un moment
00:59:47de braquage pour moi.
00:59:49Je n'ai pas honte
00:59:50de porter mon nom.
00:59:53C'est...
00:59:54Mon père devrait avoir honte
00:59:58d'avoir fait ce qu'il a fait.
01:00:00C'est deux choses
01:00:01bien différentes.
01:00:03Agressé,
01:00:04bouleversé
01:00:04jusqu'au dernier moment.
01:00:08La défense a plaidé
01:00:09l'acquittement.
01:00:10Mais Pascal Jardin
01:00:11risque une deuxième fois
01:00:12la perpétuité.
01:00:15Michael sait
01:00:16qu'il ne reverra
01:00:17peut-être plus jamais
01:00:18son père libre.
01:00:27Voilà,
01:00:28c'est l'instant de vérité.
01:00:29On attend
01:00:29quoi qu'il en soit.
01:00:31C'est un énorme chagrin
01:00:32pour lui
01:00:33l'issue de ce procès.
01:00:36Donc,
01:00:37une maman,
01:00:38quand elle sait
01:00:39que son enfant
01:00:41va avoir du chagrin,
01:00:42elle veut être
01:00:42près de lui.
01:00:44J'ai plus peur du vent.
01:00:50J'ai plus peur.
01:00:51Je suis préparé.
01:00:53Je ne dis pas
01:00:54que je vais ressortir
01:00:54avec les sourires.
01:00:55Je vais certainement
01:00:56sortir en larmes.
01:00:58Mais je n'ai pas peur.
01:01:04Six heures plus tard,
01:01:05le verdict va tomber.
01:01:06ce sont peut-être
01:01:11les dernières minutes
01:01:12où Michael va voir
01:01:13son père.
01:01:16La cour.
01:01:19À 21 heures,
01:01:21la sentence tombe
01:01:22sans surprise.
01:01:25Perpétuité
01:01:26assortie d'une peine
01:01:27de 20 ans de sûreté.
01:01:29Encore une fois.
01:01:29quand le verdict
01:01:39tombe,
01:01:40c'est
01:01:40wow,
01:01:42ça y est,
01:01:42c'est fait.
01:01:44La première fois,
01:01:45c'était sa mise en bière
01:01:46et Dijon,
01:01:47c'est son enterrement.
01:01:49C'était,
01:01:49ça y est,
01:01:49on ferme le recouvercle,
01:01:51l'histoire est finie.
01:01:51Fin de l'histoire
01:01:57pour un fils
01:01:58et son père,
01:01:59une déchirure
01:02:00qu'un policier
01:02:00mesure bien.
01:02:04Le commissaire
01:02:05Nédilco,
01:02:06qui a arrêté
01:02:07mon père
01:02:07en 2014,
01:02:09est venu
01:02:09et le pauvre homme
01:02:11s'excusait
01:02:12de m'enlever
01:02:13mon père.
01:02:14Il était en larmes
01:02:15tout comme moi,
01:02:16il a juste
01:02:17fait son boulot.
01:02:18Vous en voulez
01:02:19pour moi ?
01:02:20Vous ne savez pas
01:02:21vous en vouloir ?
01:02:22Pourquoi ?
01:02:24Non,
01:02:25je ne suis pas d'accord.
01:02:26Vous ne savez pas
01:02:26vous en vouloir ?
01:02:30Moi, je...
01:02:32Moi, je...
01:02:33Touché par l'émotion
01:02:39de Mickaël,
01:02:40une femme
01:02:40vient le réconforter.
01:02:41Essaye,
01:02:42essaye que ta vie
01:02:43soit belle.
01:02:44Essaye de l'oublier.
01:02:46Je sais que tu ne pourras pas.
01:02:47Je pourrais pas.
01:02:48Mais tu le mets
01:02:49dans un tout petit point.
01:02:50de ton cœur.
01:02:51Tu sais,
01:02:52on vient aussi.
01:02:53Voilà.
01:02:54Un tout petit peu.
01:02:55Un tout petit peu.
01:02:58Un tout petit peu
01:02:59de ton cœur
01:02:59et que ça ne te bouffe pas.
01:03:02C'est le seul.
01:03:03Utilie ta vie
01:03:04qu'elle soit belle
01:03:05et plus belle
01:03:06que celle
01:03:06que tu as eue
01:03:07jusqu'à maintenant.
01:03:08On ne peut pas
01:03:09utiliser ça ?
01:03:09Oui.
01:03:10Oui ?
01:03:10Mais bon ?
01:03:11Est-ce que tu as eu
01:03:11une maman ?
01:03:12Non ?
01:03:13Non ?
01:03:14Oui, j'ai eu
01:03:15ma maman,
01:03:16c'est sûr.
01:03:16Voilà.
01:03:17Donc, c'est pour ça.
01:03:18Salut.
01:03:19Merci.
01:03:20Merci.
01:03:20Marie-Rose, je me suis accroulé dans ses bras à pleurer, elle aussi d'ailleurs,
01:03:42puisqu'elle attend, elle aurait aimé les réponses que j'aurais aimé entendre, et tous les deux à la fois tristes et soulagés de ces 10-15 jours intensifs.
01:04:12Deux ans après le procès de son père, Mickaël a eu une deuxième petite fille, une joie pour toute la famille.
01:04:32Il y a eu une cassure tellement nette dans ma vie que je ne regarde pas trop en arrière et je profite plus de l'instant présent.
01:04:52C'est tous mes proches qui m'ont aidé à avancer.
01:04:54Je ne sais plus de quelle est cette citation, « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».
01:05:10Alors là, je crois que je suis bien blindé, mais j'ai maintenant deux petites filles, une femme avec qui je suis très heureux.
01:05:17Je pense que je suis blindé pour les aimer, les protéger, les chérir jusqu'à la fin de ma vie.
01:05:28Merci mon cœur.
01:05:29D'arrière ?
01:05:30Allez, trésor.
01:05:31One, two, four.
01:05:38Je me pose toujours la question de dire, c'est qui, papi ?
01:05:40J'appréhende beaucoup le jour où je dirais à mes enfants, votre papi, il est en prison.
01:05:51Ce n'est pas l'erreur la plus bénigne pour laquelle on se retrouve en prison.
01:05:56C'est dire à une petite fille que son papi a violé une jeune femme.
01:06:06Je ne pense pas que ce soit ce qu'il y a de plus agréable à entendre.
01:06:10Mon père ne me manque pas.
01:06:26Je crois que je n'ai tout simplement plus de place, en fait.
01:06:29Il ne fait plus partie de ma vie, quoi.
01:06:32Aujourd'hui, je n'ai absolument aucune envie d'aller le voir.
01:06:35Je me dis que si un jour je le fais, c'est parce que l'une de mes filles aura demandé à aller le voir.
01:06:43Mais je me dis même que ce ne serait pas avant leur majorité.
01:06:47Pour avoir connu les parloirs à l'âge de 14-15 ans,
01:06:52je n'ai pas envie qu'une fille de moins de 10 ans rentre dans ce genre de lieu.
01:06:56Je pense que l'avenir, pour moi, aujourd'hui, ça va être de construire ma famille.
01:07:22J'ai envie d'être mon propre patron, d'avoir ma propre entreprise,
01:07:27d'acheter ma maison, de tout simplement vivre la vie que chacun a le droit d'espérer.
01:07:36Maintenant, on va aller de l'avant.
01:07:37On va essayer d'oublier qu'il y a eu cette période bien assez difficile.
01:07:42Il ne faut pas renier son passé, il ne faut pas l'oublier totalement,
01:07:45mais il faut juste vivre avec.
01:07:48Et pour vivre avec, il faut continuer à vivre normalement, tout simplement.
01:07:53Où est-il, il ne faut pas renier.
01:07:57Un peu plus.
01:08:28...
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