00:00Bonjour Ormalval, rédactrice en chef du site du magazine Marianne.
00:05Sophie vient de nous faire un résumé, mais la rentrée s'annonce très mouvementée pour le exécutif.
00:09Effectivement, et alors c'est intéressant de voir dans quelle posture à la fois le président de la République et le Premier ministre l'abordent.
00:17On sait qu'on avait quitté, en tout cas au mois de juillet, une relation qui semblait assez tendue entre les deux hommes.
00:23Et puis, au cours de l'été, visiblement, ça s'est décanté.
00:26En tout cas, François Bayrou et Emmanuel Macron ont toujours eu une relation emprunte de respect l'un et l'autre.
00:31D'ailleurs, François Bayrou, qui a le tutoiement plutôt facile, vouvoie le président de la République.
00:37Et là, il y a eu d'abord cette interview dans Paris Match, où l'on voit ces mots d'amour du président.
00:43Mais comme on dit, en la matière, il faut des preuves.
00:46Et la preuve, dans la liturgie présidentielle, c'est cette invitation au fort de Brégançon,
00:51que seuls deux premiers ministres, d'ailleurs, sous Emmanuel Macron, en avaient été gratifiés.
00:56C'était Jean Castex et Elisabeth Borne.
00:59Et donc, là, on voit, finalement, se reformer un petit peu un duo qui avance ensemble.
01:04Alors, est-ce que c'est, comme on a pu l'entendre, le baiser de la mort ?
01:08Parce que, généralement, Emmanuel Macron, avant de se séparer de ses premiers ministres,
01:11a des mots doux pour les calines un petit peu.
01:14Ou alors, est-ce que c'est, finalement, une résignation de la part du président, aussi,
01:18qui se dit, qui peut faire mieux que François Bayrou en la matière ?
01:22Et on voit, d'ailleurs, que François Bayrou aborde cette rentrée de façon un petit peu détendue.
01:27Est-ce que c'est, justement, toute la menace de la censure qui pèse sur lui ?
01:32Est-ce que c'est le contexte social extrêmement chaud qui le rend, en tout cas, assez calme ?
01:36Mais, en tout cas, il semble détendu.
01:38Bonjour, Guillaume Casbarian, ancien ministre, député Renaissance de Réloir.
01:42Ça va aller ?
01:43Ça va aller. Écoutez-moi, depuis que je suis député depuis 8 ans,
01:46chaque année, on me dit que la rentrée sociale va être explosive.
01:49Et donc, j'allais presque dire, c'est une sorte de tradition où, chaque été,
01:52on nous redit que ça sera très compliqué à la rentrée.
01:54Vous savez quoi ? On verra bien.
01:55En l'occurrence, il y a eu une censure l'année dernière.
01:56Mais bien sûr. Personne ne nie les difficultés du pays.
01:59Personne ne nie les colères sociales.
02:00Personne ne nie les difficultés politiques qu'on peut avoir en l'absence de majorité.
02:04Et on verra bien ce qui se passe le 10 septembre.
02:06Moi, ce que je constate, quand même, c'est que ce mouvement,
02:08qui, initialement, était très apolitique, très citoyen,
02:10devient, à l'inverse, très politicien.
02:12Vous avez la France insoumise qui le soutient très clairement.
02:15Et ça devient un peu la journée de la Mélenchonie.
02:17Et donc, ce n'est pas pour rien que certains mouvements de contestation,
02:20je pense à Nicolas qui paye, etc.,
02:22ne se reconnaissent pas dans les mots d'ordre de cette journée
02:24qui est en train d'être politisée
02:26et se rabattent sur d'autres types d'expressions.
02:29Donc, le rôle des députés, ça va être d'écouter, bien sûr, la colère,
02:31entendre les commentaires, entendre les propositions.
02:35Et moi, si vous voulez, je rêve que les citoyens
02:37demandent à leurs députés de dépenser moins pour taxer moins.
02:40C'est-à-dire que plutôt que de faire des promesses
02:42de dépenses en plus, de fonctionnaires en plus,
02:44d'aides en plus, de subventions en plus,
02:46eh bien qu'ils encouragent leurs représentants au Parlement
02:48à faire des économies sur la dépense publique
02:51et de taxer moins et d'imposer moins.
02:52Si on arrive à ça, je serai le plus heureux des députés.
02:55Et c'est la logique dans laquelle nous nous inscrivons
02:57avec les députés Renaissance, autour de Gabriel Attal,
03:00essayer donc d'être sérieux d'un point de vue budgétaire,
03:02dépenser moins et économiser sur la dépense publique
03:05pour éviter d'avoir un fardeau trop lourd sur les Français.
03:09Parce qu'à la fin des fins, toutes les promesses des politiques,
03:11vous savez, à la fin des fins, ce sont les Français qui les payent.
03:13Donc méfiez-vous de tous ceux qui vous promettront
03:15des chèques et des aides en plus.
03:16Elles seront payées à la fin des fins par vous-même.
03:19Puisque vous parliez de cette journée du 10 septembre,
03:21en effet, cet appel a bloqué tout le pays
03:24avec différentes organisations syndicales,
03:26l'appel citoyen à la base, l'appel des politiques
03:28qui le rejoignent aussi.
03:29Bonjour Romain Eskenazi, député PS du Val-d'Oise.
03:33Merci d'être également avec nous.
03:36Les écologistes, les insoumis, les communistes
03:39appellent à soutenir ce mouvement.
03:41Les socialistes aussi ?
03:44Alors, les socialistes appellent à accompagner ce mouvement.
03:47Moi, je suis assez sensible à ce qui vient d'être dit
03:49sur la nécessité de ne pas récupérer politiquement ce mouvement
03:52qui est à la base citoyen puis syndical.
03:55On appuie évidemment un certain nombre de revendications
03:57qui sont portées.
03:58On a réagi très vivement aux premières annonces
04:01de François Bayrou, qui se comportent un petit peu
04:03comme s'il avait la majorité absolue à l'Assemblée nationale.
04:06La ligne politique qu'il a fixée est la sienne,
04:09et celle de la Macronie,
04:11mais elle est rejetée par une majorité du Parlement,
04:14elle est rejetée par une majorité des Français.
04:16Et je m'inscris strictement en faux,
04:18par contre, dans ce qui vient d'être dit
04:19sur le secteur budgétaire.
04:21Si François Bayrou s'obstine dans ses orientations
04:24avec 40 milliards d'économies
04:26pour épargner encore les grandes entreprises,
04:28les grandes fortunes,
04:29et pour faire payer encore les retraités,
04:31les travailleurs, les chômeurs et les malades,
04:33eh bien François Bayrou sera censuré.
04:35Donc je pense que cette rencontre à Brégançon,
04:37c'est une rencontre pour répondre à la crise politique
04:39que le gouvernement et la majorité,
04:41et la Macronie, a elle-même créée,
04:44à la fois avec la dissolution,
04:45avec la composition de ce gouvernement minoritaire,
04:48et avec les annonces de ces orientations,
04:50qui tout en disant
04:51il faut que les partis politiques
04:52prennent leurs responsabilités,
04:54il faut se mettre autour de la table,
04:54il faut négocier,
04:55fait des annonces comme s'ils étaient tout seuls.
04:58Mais alors très concrètement,
04:59est-ce que vous soutenez,
05:00est-ce que vous allez voter
05:01la motion de censure déposée par la France Insoumise
05:03le jour de la rentrée parlementaire,
05:05avant même de parler du budget en l'occurrence ?
05:09Alors nous, notre ligne,
05:11c'est de dire qu'en l'état des annonces du Premier ministre,
05:13c'est évidemment la censure.
05:15Donc le jour de la rentrée,
05:17vous censurez François Bayrou avec la France Insoumise ?
05:22Alors nous, aujourd'hui,
05:23avec la France Insoumise,
05:24vous savez, nous on ne suit pas la France Insoumise,
05:27le Parti socialiste a toujours publié sa propre ligne.
05:30Il y a parfois des convergences à gauche,
05:31effectivement à gauche on est pour plus de services publics,
05:34plus de justice fiscale,
05:35il y a parfois des convergences,
05:36mais ça ne vous a pas échappé.
05:37En l'occurrence,
05:38juste une réponse très concrète à ma question,
05:40est-ce que vous allez voter la motion de censure
05:41déposée par la France Insoumise
05:43le jour de la rentrée parlementaire ?
05:44Oui ou non ?
05:44Je vais vous répondre.
05:46Nous avons une double proposition,
05:48une double annonce,
05:49à la fois en l'état,
05:50la censure du gouvernement,
05:52mais en même temps,
05:53nous avons tout l'été travaillé sur un contre-budget,
05:55c'est une forme de main tendue,
05:57et nous acceptons de discuter
05:58sur la base de nos contre-propositions.
06:00Si effectivement le gouvernement
06:01accepte de discuter avec nous,
06:03pour réduire par exemple ses objectifs
06:04de réduction de dépenses publiques,
06:07pour un peu plus de justice fiscale,
06:08vous répondez pas à la question.
06:09Si le gouvernement accepte de discuter,
06:11il ne sera pas censuré.
06:12Si par contre,
06:13il dit c'est notre feuille de route ou rien,
06:14il sera évidemment censuré.
06:16Est-ce que ce sera notre motion de censure ?
06:17Vous ne répondez pas à la question,
06:18mais on n'a pas assez de temps pour s'éterniser.
06:20Je vous demande si vous alliez voter
06:22la motion de censure
06:23avant même les discussions sur le budget.
06:24C'est ça la question,
06:25c'est ça que compte faire la France Insoumise.
06:26Est-ce que vous allez voter cette motion de censure ?
06:27Oui ou non ?
06:28Vous ne voulez pas répondre ?
06:29Eh bien, elle sera votée
06:30si le gouvernement refuse d'ouvrir la négociation
06:32sur nos propositions.
06:33Oui, je vous le confirme.
06:35Guillaume Casbarian,
06:36si on regarde la position des Français
06:38vis-à-vis de cet appel au blocage du pays
06:40le 10 septembre,
06:41les deux tiers des Français
06:43soutiennent cette journée de blocage
06:46selon un sondage de Toluna
06:48à risque interactif pour RTL.
06:51C'est quand même énorme ?
06:52Oui, c'est important,
06:52mais parce qu'il y a beaucoup de colère
06:53et d'agacement dans le pays.
06:55Après, les revendications,
06:57et je reprends les mots d'ailleurs
06:58de Sophie Bignet ce matin,
06:59elles sont nébuleuses à ce stade.
07:00C'est-à-dire que vous en avez
07:01certains qui veulent augmenter les impôts,
07:02d'autres qui veulent baisser les impôts.
07:04Certains qui veulent augmenter
07:05les dépenses publiques,
07:05d'autres qui veulent les baisser.
07:07Et donc, la réalité,
07:08c'est au-delà de la colère.
07:09C'est bien d'être en colère.
07:10C'est naturel, c'est humain.
07:16Je charge aux responsables politiques
07:17d'être clairs sur la ligne politique.
07:18Moi, je le redis,
07:19nous nous sommes sur une ligne politique
07:21de soutien aux économies budgétaires
07:22qui ont été formulées
07:24par François Bayrou,
07:25par Amélie de Montchalin
07:26qui va réduire un certain nombre
07:27d'agences et de dépenses des agences,
07:29par Catherine Vautrin
07:30qui va s'attaquer
07:31à un certain nombre de sujets
07:32sur les arrêts maladie,
07:33sur le déremboursement des cures thermales.
07:35Enfin, je veux dire,
07:35quand on est, comme moi,
07:36très attaché à la baisse
07:37des dépenses publiques,
07:38il faut savoir reconnaître
07:38qu'il y a des baisses
07:39de dépenses publiques
07:39qui sont proposées
07:40et les soutenir
07:41quand elles sont sur la table.
07:43Après, ce budget est perfectible
07:44et donc charge
07:45aux différents groupes politiques
07:46de proposer des mesures
07:47de substitution
07:48à certaines mesures
07:49qui sont proposées.
07:50Moi, je ne suis pas très à l'aise
07:51avec, par exemple,
07:51la question des jours fériés
07:52ou avec le fait
07:54de ne pas rehausser
07:55le barème de l'impôt sur le revenu
07:56parce que je pense
07:56qu'il faut arrêter
07:57de demander des efforts aux actifs.
07:58On a un pays
07:59de 68 millions d'habitants.
08:00C'est deux jours fériés
08:01qui travaillent sans être payés.
08:03Je vous réponds juste après.
08:05Arrêtez avec les lignes rouges,
08:06pas les lignes rouges.
08:06La question, c'est les lignes vertes.
08:08Très concrètement,
08:10moi, je préfère
08:10qu'on fasse plus d'économies budgétaires
08:12sur les dépenses publiques
08:14et qu'on lève cette mesure
08:15sur les jours fériés
08:17et d'autres mesures
08:18qui peuvent peser sur les actifs.
08:20Je préfère, par exemple,
08:20qu'on réforme l'hébergement d'urgence
08:22qui coûte aujourd'hui
08:223 milliards d'euros.
08:24Et si on arrive
08:24à faire 2 milliards d'économies
08:25sur le sujet,
08:25c'est un jour férié en moins.
08:27Je préfère qu'on plafonne
08:28les aides sociales
08:29à un certain niveau
08:30plutôt que de continuer
08:31à les revaloriser
08:32ou à ne pas les plafonner.
08:33Je préfère qu'on réforme les retraites
08:36qui est quand même
08:36l'éléphant dans la pièce
08:37puisque vous avez quand même
08:37la moitié de la dette
08:38cumulée depuis 2017
08:39qui vient des retraites.
08:41Et donc, on a à un moment
08:41un sujet avec ce système de Ponzi
08:43qui est la retraite par répartition
08:44et qu'il faut avoir
08:45le courage de réformer.
08:46Donc, je préfère
08:46des réformes de structures
08:47qui permettent de dépenser moins
08:49pour ensuite ne pas embêter
08:51les actifs
08:51et ne pas leur demander
08:52d'éponger un déficit
08:54et une dette
08:55qui est plus en plus importante.
08:55C'est ça, notre ligne de politique.
08:56Dernière question,
08:57vous préférez un budget
08:57qui ne convienne pas
08:58à toutes vos attentes
08:59ou à un gouvernement
09:01qui soit censuré ?
09:02Le propre d'un parlement,
09:04c'est de parlementer
09:05et de faire des compromis.
09:06Donc, moi, j'ai des idées.
09:07Mon groupe Renaissance
09:08auprès de Gabriel Attal
09:09a des idées.
09:10On défend nos convictions.
09:11Après, on est bien conscients
09:12qu'on n'est pas majoritaires
09:13et qu'il faut savoir
09:14faire un pas vers l'autre,
09:15c'est-à-dire accepter
09:15que sur certains sujets,
09:16nous ne sommes pas majoritaires
09:17au Parlement
09:18et à l'inverse,
09:19réussir à convaincre
09:20sur d'autres mesures
09:20que nous avons raison
09:21et que nous souhaitons aller plus.
09:22C'est ça, la discussion parlementaire.
09:23Il faut s'inspirer
09:24de ce qui se passe
09:24partout en Europe
09:25où il n'y a pas forcément
09:26de majorité absolue,
09:27où chacun porte ses convictions
09:28et faire du compromis,
09:30ça suppose entendre les autres
09:31et éventuellement
09:32céder sur certains points.
09:33C'est ça, le rôle
09:34d'un parlementaire.
09:35C'est ça, son job.
09:35Sinon, ce n'est pas du parlementarisme,
09:37c'est de l'affichage politique.
09:38Merci beaucoup, Guillaume Casbar.
09:39Merci.
09:40Sur le plateau de BFM TV.
09:42Merci également à vous,
09:43Romain Esquenazi,
09:43d'avoir été notre invité
09:45en direct ce matin.
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