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  • il y a 5 mois
Regardez L'invité de RTL avec Antoine Cavaillé-Roux du 16 août 2025.

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Transcription
00:00Ulrich Bounat, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes analyste géopolitique, spécialiste de l'Europe centrale,
00:05chercheur associé chez Eurocréative.
00:08Donald Trump espérait donc obtenir, on le redit, un cessez-le-feu
00:11et aussi cette rencontre tripartite, lui, Poutine et Volodymyr Zelensky.
00:17Rien de tout ça ce matin. Est-ce que le président américain a échoué ?
00:22Alors c'est difficile à dire puisque comme l'a dit votre journaliste,
00:26on n'a pas encore les détails de l'accord. Donald Trump, il a donné une interview
00:30dans la foulée à Fox News, il a laissé sous-entente qu'il y avait quand même eu
00:33quelques accords, peut-être éventuellement sur des échanges de territoire,
00:36mais ça reste extrêmement flou, je pense qu'on en saura plus lorsque Donald Trump
00:40appellera enfin Volodymyr Zelensky pour lui faire un compte-rendu.
00:43Mais par contre, effectivement, Donald Trump n'a pas obtenu la victoire diplomatique
00:46qu'il espérait et l'une des illustrations de ça, c'est que finalement,
00:50le déjeuner qui était prévu entre les délégations russes et américaines
00:53n'a finalement pas eu lieu, laissant penser qu'effectivement,
00:56ça a sans doute été plus difficile que prévu pour Donald Trump.
00:59Oui, parce que les échanges devaient durer, selon le Kremlin,
01:02entre 6 à 7 heures, finalement seulement 3 heures de discussion.
01:06Et donc on a ce matin un Donald Trump passé finalement assez nébuleux.
01:10Selon lui, il reste des points à régler pour trouver une issue au conflit,
01:14mais il ne précise pas lesquels. Comment l'interpréter ?
01:17Je pense qu'effectivement, on peut l'interpréter de la façon suivante,
01:24c'est-à-dire que Vladimir Poutine n'a rien lâché.
01:25D'ailleurs, dans sa conférence, enfin, on ne peut même pas l'interpréter
01:28de sa conférence de presse, mais en gros, on va dire,
01:30dans le discours qu'a tenu Vladimir Poutine à la fin de cet entretien
01:33avec Donald Trump, il avait essayé des Syriens,
01:36il a dit qu'effectivement, il fallait régler les causes profondes de la guerre,
01:40qu'il était pour un cessez-feu, mais grosso modo à ses conditions.
01:43Donc en fait, on a l'impression que Donald Trump n'a rien retiré,
01:45finalement comme concession de la part de Vladimir Poutine,
01:47ou peut-être à la marge, on en saura plus plus tard,
01:52mais qu'effectivement, Donald Trump se retrouve un petit peu
01:54avec pas grand-chose dans les mains, et c'est sans doute la raison pour laquelle,
01:58d'ailleurs, il met effectivement la pression à Volodymyr Zelensky
02:01en disant que Volodymyr Zelensky doit accepter l'accord,
02:03puisque la Russie reste un pays plus fort, en tout cas d'après Donald Trump.
02:07Mais ça, comment vous l'interprétez, cette pression mise sur Volodymyr Zelensky,
02:11alors que, pour l'heure, on ne sait pas si les deux dirigeants se sont réellement parlés ?
02:17Je pense qu'il faut l'interpréter comme le fait que Donald Trump n'a toujours pas renoncé
02:21à obtenir un accord extrêmement rapidement, et le plus facile pour Donald Trump,
02:24vu qu'il n'arrive, semble-t-il, pas à mettre la pression à Vladimir Poutine,
02:28ou en tout cas, peut-être même qu'il s'y refuse,
02:30c'est effectivement de mettre la pression sur celui qui semble le plus faible des deux,
02:33c'est-à-dire l'Ukraine.
02:34Il reste à voir ce que fera l'Europe, mais on a vraiment le sentiment
02:37qu'effectivement, Donald Trump est surtout dans une situation
02:40où il a probablement un mauvais début de protocole d'accord avec la Russie
02:45et qui est sa seule option pour essayer d'obtenir un accord rapide
02:48et une réunion tripartite, c'est de mettre la pression sur Zelensky.
02:51Les Ukrainiens qui espéraient, au fond, qu'il n'y ait pas d'accord à Anchorage cette nuit
02:56parce que ça aurait été un accord signé dans leur dos,
03:01est-ce qu'à Kiev, on est satisfait ce matin ?
03:04Je pense qu'on est un petit peu dans l'attente.
03:06Il y a effectivement la crainte principale qui était d'avoir un accord
03:09sur le dos des Ukrainiens entre les Américains et les Russes.
03:12Cette crainte-là, elle est pour le moment évacuée.
03:14Néanmoins, Volodymyr Zelensky attend de savoir exactement
03:17ce que se sont dit les deux présidents à Anchorage.
03:20Et le fait que cet appel de Donald Trump à Volodymyr Zelensky
03:24prenne beaucoup de temps, le fait qu'effectivement,
03:26il ait déjà laissé sous-entend, Donald Trump,
03:27que Volodymyr Zelensky devra faire des concessions
03:30s'il veut obtenir un accord et une réunion à trois,
03:32laisse quand même penser qu'on est sur un accord probablement assez défavorable.
03:36Enfin, si jamais il y a eu un accord, au moins un accord préliminaire,
03:39les conditions sont sans doute assez défavorables à Kiev.
03:42Et signe qu'un cesse et le feu est lointain.
03:44La Russie, on l'apprend ce matin, a lancé 85 drones
03:47et un missile sur l'Ukraine pendant la nuit.
03:49C'est ce que nous apprend l'armée ukrainienne ce matin.
03:53Oui, voilà, on se dit, la Russie se sent en position de force
03:57quand on lit cette nouvelle.
03:59On se dit que Moscou bombe le torse après ce sommet d'Ankorage.
04:04C'est exactement ça.
04:05Et elle avait tenté de faire des progressions avec son armée juste avant.
04:08Donc, c'est un peu toute la complexité de la situation.
04:12Vladimir Poutine a le sentiment que son armée progresse.
04:14Et elle progresse, c'est une réalité.
04:16Même si c'est extrêmement coûteux en hommes et en matériel,
04:18l'armée russe progresse.
04:19Donc, pourquoi finalement s'arrêter ?
04:21Tout ce que la Russie arrivera à prendre sur le terrain,
04:24ce sera autant qu'elle ne rendra probablement pas.
04:26Donc, Vladimir Poutine est dans une position
04:27où il dit finalement au monde et notamment à Donald Trump
04:30pourquoi est-ce que je m'arrêterai
04:32vu que ma guerre ne se passe pas si mal que ça ?
04:33Si vous voulez que je m'arrête,
04:34il va falloir faire d'énormes concessions.
04:36Et il faudra voir si effectivement Donald Trump
04:38est prêt à faire autant de concessions que ça.
04:40Donald Trump qui a promis de tenir au courant les Européens.
04:45Est-ce qu'ils peuvent encore espérer peser dans les discussions ?
04:49C'est une vraie question.
04:51On a le sentiment quand même que la réunion de mercredi
04:54avait permis d'aligner un petit peu les positions
04:56entre les Européens, les Ukrainiens et les Américains.
04:59Le fait que Donald Trump n'ait pas fait d'accord,
05:01on va dire, dans le dos des Européens et des Ukrainiens,
05:04c'est en quelque sorte déjà une petite victoire.
05:06Mais est-ce que ça va suffire pour poser de la négociation ?
05:09Ce n'est pas sûr.
05:09Donald Trump a d'ailleurs été assez flou
05:10sur le fait qu'il appellerait les Européens ou pas,
05:14qu'il sera invité à de prochaines réunions ou pas.
05:17Donc effectivement, ça va être quand même assez compliqué
05:19pour les Européens de jouer leur jeu.
05:21Et c'est d'autant plus vrai que si jamais,
05:23dans un sommet ultérieur, par exemple à Moscou,
05:25Donald Trump rétablit ses relations commerciales avec la Russie,
05:28ça va être compliqué pour les Européens
05:30de maintenir un front uni à 27
05:32pour maintenir une pression économique sur la Russie.
05:35Ulrich Bounin, est-ce qu'au fond,
05:36ce sommet n'a pas surtout servi à réhabiliter
05:39Vladimir Poutine sur le plan international,
05:41le président russe qui a eu droit à tous les honneurs
05:44par Donald Trump ?
05:46C'est complètement ça, effectivement.
05:48C'était un petit peu prévisible
05:49avant même le début de ce sommet.
05:52Le fait simplement d'inviter Vladimir Poutine
05:54aux États-Unis, de le recevoir
05:56comme quasiment légal du président américain,
05:59c'était déjà une victoire.
06:00Mais les images sont effectivement relativement flatteuses
06:03pour Vladimir Poutine.
06:04On a déroulé le tapis rouge,
06:06Donald Trump qui l'applaudit à sa descente de l'avion,
06:09cette complicité affichée
06:10lors de la conférence de presse.
06:12Tout ça, effectivement,
06:14c'est des images qui vont être utilisées
06:15par Vladimir Poutine en interne,
06:17déjà pour montrer qu'effectivement,
06:18il est redevenu fréquentable
06:20et quasiment légal des États-Unis.
06:22Et sans doute aussi vis-à-vis du monde entier,
06:24et notamment du Sud global,
06:25pour montrer que la Russie reste une grande puissance
06:27et qu'elle peut être tout à fait un des leaders,
06:29grosso modo, de ce Sud global,
06:31je mets ça entre guillemets,
06:32vis-à-vis des États-Unis.
06:33Est-ce que selon vous,
06:34c'est Vladimir Poutine le vrai,
06:36le grand gagnant de ce sommet en Alaska ?
06:38Sur la forme,
06:40c'est incontestable.
06:42Sur le fond,
06:43il faudra vraiment voir
06:44ce qui a été éventuellement discuté
06:46entre les deux hommes.
06:48Mais en tous les cas,
06:48ça reste une victoire d'image
06:50relativement importante pour Vladimir Poutine.
06:52Et il a aussi gagné du temps.
06:54Comme vous l'avez dit,
06:55l'armée russe continue son avancée à l'Est,
06:57continue ses bombardements sur l'Ukraine.
06:59Et sans aucune conséquence,
07:01Donald Trump a encore dit
07:01qu'il n'imposerait pas des sanctions
07:03avant au moins plusieurs semaines,
07:04si jamais il en impose.
07:05Donc, c'est toujours ça de pris
07:06pour Vladimir Poutine.
07:07Mais que peut faire, en fait,
07:08Donald Trump face à Vladimir Poutine ?
07:10On a l'impression
07:10qu'il est totalement impuissant,
07:12qu'il n'arrive pas du tout
07:12à imposer ses conditions
07:15pour imposer un cadre de négociation.
07:19Alors, en fait,
07:20effectivement,
07:21c'est l'impression que ça donne.
07:23C'est aussi parce que
07:23Donald Trump se refuse, en fait,
07:25à mettre la pression
07:26sur Vladimir Poutine.
07:27Encore une fois,
07:27il n'a pas pris aucune sanction
07:29sur la Russie
07:30depuis qu'il est revenu
07:31à la Maison-Blanche.
07:33Il a effectivement imposé
07:34des sanctions secondaires
07:35sur l'Inde.
07:35Mais, bon, déjà,
07:36qu'ils ne sont pas rentrés
07:37en application encore,
07:38elles le seront fin août.
07:39Et puis, c'est surtout
07:40que c'est probablement
07:41des sanctions imposées
07:43dans le cadre
07:43d'une négociation commerciale
07:44avec l'Inde.
07:45Donc, ça n'a même pas
07:45grand-chose à voir avec ça.
07:47Et surtout,
07:47il n'a pas fourni
07:48d'aide militaire à l'Ukraine.
07:50L'une des façons
07:50de forcer Vladimir Poutine
07:52à s'asseoir à la table
07:53des négociations,
07:54on va dire de bonne foi,
07:55c'est de lui faire comprendre
07:56que son armée progressera
07:57à des coûts
07:57quasiment exorbitants
07:59et insoutenables
08:00pour la Russie.
08:01Or, ce n'est pas du tout
08:01ce qui se produit pour le moment.
08:03Au contraire,
08:03Donald Trump ne fournit
08:04plus d'armes à l'Ukraine
08:06et il va sans doute
08:07même utiliser ça
08:08comme une espèce
08:09de moyen de pression
08:10sur Kiev plutôt que sur la Russie
08:12en disant à Kiev
08:13et à Volodymyr Zelensky
08:14venez à la table
08:15des négociations,
08:16acceptez un deal
08:17sans doute relativement défavorable
08:18sinon je vous coupe
08:19non seulement l'aide militaire
08:20mais aussi le renseignement.
08:21La difficulté de négocier
08:22face à Vladimir Poutine
08:23pour Donald Trump.
08:24Merci beaucoup Ulrich Bounat.
08:26Merci à vous.
08:26Analyste géopolitique
08:28spécialiste de l'Europe centrale
08:30chercheur associé
08:30chez Eurocréative.
08:31Merci d'avoir répondu
08:32à nos questions.
08:33Bonne journée à vous.
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