- il y a 5 mois
Regardez BFM Story Week-end tous les week-ends sur BFMTV.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Mais d'abord, restez avec nous, on va revenir à l'actualité en France et à cet acte qui s'est passé hier,
00:08la mémoire d'Ilan Halimi souillée par un acte antisémite.
00:12Un olivier qui avait été planté en son hommage a été retrouvé sillé et abattu à Épinay-sur-Seine en Seine-Saint-Denis.
00:18Oui, cet arbre avait été planté en 2011, en 5 ans après la mort d'Ilan Halimi, ce jeune homme juif enlevé, torturé et tué en 2006 par le gang des barbares.
00:26La République sera toujours intransigeante face à l'antisémitisme, a réagi Emmanuel Macron.
00:31On va tout de suite retrouver sur le terrain notre envoyé spécial Clémence Renard.
00:36Clémence, on imagine la très grande émotion ressentie sur place aujourd'hui.
00:41Que vous ont dit les habitants que vous avez pu rencontrer ?
00:46Oui, effectivement, les habitants nous disent non seulement être sous le choc, mais ils sont également très émus.
00:50Et d'ailleurs, on a vu beaucoup de personnes qui n'habitent pas forcément à Épinay-sur-Seine,
00:53mais ils ont fait le déplacement spécialement aujourd'hui pour voir ce qu'il reste, cette arbre, de leurs propres yeux.
00:59C'est ce qu'ils nous disent parce que beaucoup de personnes nous disent qu'elles n'y croyaient pas au départ.
01:03Et donc, par exemple, on a discuté tout à l'heure avec un monsieur qui habite à Paris, qui a fait le trajet aujourd'hui spécialement pour ça.
01:09On a pu aussi discuter avec une dame qui n'habite pas non plus ici.
01:13Elle est de confession juive. Elle a été très émue.
01:15C'était très important pour elle de venir sur place aujourd'hui.
01:17Elle a, par exemple, déposé une bougie à côté de la stèle d'Ilan Halimi pour lui rendre hommage.
01:23Et elle a entouré cette souche de l'un de ses effets personnels.
01:28On a pu également discuter avec Noam.
01:30Lui, qui habite à Épinay-sur-Seine depuis plus de 60 ans.
01:32Il était là d'ailleurs en 2011 lorsque cet arbre, cet olivier, a été planté ici dans ce jardin,
01:37à quelques pas de la mairie d'Épinay-sur-Seine.
01:40Et donc, il est venu aussi spécialement aujourd'hui pour voir ce qu'il reste de cet arbre.
01:44Donc, des habitants sous le choc, qui viennent, vous l'avez compris, parfois de toute l'île de France.
01:49Et donc, très émus.
01:50On rappelle que pour l'heure, il n'y a pas encore eu d'interpellation.
01:54Et qu'une enquête a donc été ouverte du chef de destruction d'un bien d'utilité publique.
01:59Il faut.
02:00Clémence Renard avec Eliane Francombe en direct de la Seine-Saint-Denis.
02:04Boris Karlamoff nous a rejoint du service police-justice.
02:08Boris, une enquête a été ouverte, a annoncé le préfet de Seine-Saint-Denis.
02:11Oui, absolument. Une enquête pour destruction d'un bien d'utilité publique.
02:15Cette enquête, elle a été ouverte hier soir, après le dépôt de plainte du maire de cette commune d'Épinay-sur-Seine.
02:22Et les investigations, elles sont confiées au commissariat de police d'Épinay.
02:26Alors, il faut expliquer un peu la particularité de l'endroit où cet arbre, cet olivier, a été abattu dans la nuit de mercredi à jeudi.
02:32C'est un parc qui ferme donc à 22h, totalement fermé.
02:36Théoriquement, personne n'y a accès la nuit.
02:39Oui, mais voilà, lorsque le parc a rouvert le lendemain, on a découvert que l'arbre avait été tronçonné, abattu.
02:45Il y a une selle commémorative qui n'a pas été, elle, dégradée juste en dessous de cet arbre.
02:50Et ce parc, il est dépourvu de caméras de vidéosurveillance.
02:53D'où une difficulté aujourd'hui pour les enquêteurs d'identifier le ou les auteurs.
02:57En revanche, ce parc qui se situe à côté de l'hôtel de ville, il y a de la vidéosurveillance à l'entrée du parc et dans les rues adjacentes.
03:03Justement, les policiers comptent aujourd'hui sur l'exploitation de la vidéosurveillance pour pouvoir identifier le ou les auteurs.
03:10Et puis, on va rappeler que ce lieu est extrêmement boisé.
03:12Donc, difficulté supplémentaire pour les policiers de retrouver le ou les auteurs.
03:17À cette heure, à l'heure où l'on se parle, aucune interpellation n'a encore été réalisée dans cette affaire.
03:23Merci Boris. Vous restez avec nous. Je salue Raim Korsia. Bonsoir.
03:27Vous êtes le grand rabbin de France. Merci d'être avec nous.
03:31Qu'est-ce que vous avez ressenti en voyant cette image de cet Olivier coupé au pied de la plaque d'Ilan Halimi ?
03:39C'est très juste que vous dites coupé.
03:43Ce n'est pas écraser, briser.
03:46Imaginons un geste de colère ou quoi.
03:48C'est penser, c'est froid, c'est méthodique, c'est le scier.
03:52C'est mettre toute la technicité d'un geste hyper violent dans quelque chose de pensé.
04:00Et c'est ça qui m'a le plus défait quand j'étais devant l'arbre.
04:04J'ai voulu y aller avec le préfet et avec le maire.
04:07Et sont venus des personnes qui étaient là.
04:12Et on a pu faire une petite cérémonie tellement émouvante.
04:16Qui dit, au fond, la véritable réponse à votre question, c'est qu'on n'abandonnera pas.
04:21Et qu'on le replantera.
04:23Le maire m'a garanti, m'a assuré qu'on replantera cet arbre à la rentrée.
04:27De sorte de pérenniser la mémoire d'Ilan Halimi.
04:31Parce que c'est inadmissible de vouloir, d'une certaine manière, déraciner la mémoire de notre mémoire collective.
04:36L'acte de scier, de couper, comme vous l'avez dit.
04:40Quel symbole ça revêt ? Celui de vouloir effacer une mémoire.
04:43Oui.
04:44C'est-à-dire de doter de notre mémoire collective la violence de ce geste.
04:49Et c'est pas que ça nous fait plaisir de nous rappeler la violence qui a été faite contre Ilan.
04:54C'est juste que, en plus, le paradoxe, c'est que ce petit Ilan, son prénom en hébreu veut dire l'arbre.
05:01Et il y a quelque chose d'horrible à vouloir déraciner l'arbre de celui qui s'appelle l'arbre,
05:06comme s'il fallait enlever tout le mal qu'on peut faire aux juifs.
05:10Et comme ça renvoie à une situation où, dans le même département, il y a trois jours,
05:15un homme s'est fait agresser en allant à la synagogue à Livré-Gargan,
05:19et ainsi de suite partout en France,
05:21donc ça renvoie à une sorte de rejet de tout ce que les juifs subissent.
05:26Et ça, c'est intolérable, c'est insupportable.
05:28J'étais très touché de la présence, un 15 août, du préfet, du maire,
05:34des services de police qui ont à la fois assuré la protection de cette cérémonie,
05:37parce que vous vous rendez compte qu'on est obligé maintenant d'envisager d'assurer la protection
05:40d'une cérémonie qui rend hommage à un jeune qui a été assassiné parce qu'il était juif.
05:44Donc ça veut dire qu'il y a quelque chose qui tourne par rond et qu'il faut absolument être capable
05:51de revenir aux fondamentaux de ce qu'est notre société,
05:53c'est-à-dire être capable de vivre les choses ensemble, c'est-à-dire être capable d'espérer ensemble.
05:57Je voudrais vous faire réagir sur les réactions politiques qui ont été nombreuses,
06:01notamment celles du président de la République, vous allez le voir.
06:03Emmanuel Macron qui dit ceci,
06:05« Abattre l'arbre rendant hommage à Ilan Halemi, c'est chercher à le tuer une deuxième fois,
06:09il n'en sera rien, la nation n'oubliera pas cet enfant de France, mort parce que juif.
06:13Tous les moyens sont déployés pour punir cet acte de haine face à l'antisémitisme.
06:18La République toujours intransigeante. »
06:19François Bayrou, le Premier ministre aussi, a réagi.
06:21« L'arbre pour Ilan Halemi, dit le Premier ministre, vivant en rempart contre l'oubli,
06:26a été fauché par la haine antisémite.
06:28Nul crime ne peut déraciner la mémoire.
06:30La lutte jamais achevée contre le mortel poison de la haine
06:33et notre devoir premier.
06:35Est-ce que les mots d'indignation et de soutien suffisent encore aujourd'hui ? »
06:40Les mots donnent un cap.
06:42Ce seront les actes qui pérennaiseront ces mots.
06:44Je vous ai parlé du fait que le maire allait replanter cet arbre.
06:48Mais la réalité, c'est que le combat contre l'antisémitisme
06:50est un combat de tous les instants, de l'ensemble de la République.
06:53Et moi, j'ai toujours demandé qu'on en fasse une grande cause nationale.
06:56Parce que de se dire que, par exemple, en Alsace, il y a eu un moment,
07:01les cimetières étaient dévastées, fracassées les tombes, enfin dévastées.
07:07Et les citoyens alsaciens se sont mobilisés pour eux-mêmes protéger,
07:12surveiller les cimetières dans une sorte de responsabilité,
07:15une façon de dire qu'il n'y a pas que la police et la gendarmerie
07:18à se sentir concernés par la sécurité et tous.
07:20L'enjeu majeur, c'est d'être capable de prendre notre part.
07:23Et moi, je crois que pour la conservation de la mémoire,
07:26chacun et chacune peut en prendre sa part.
07:27Donc, les mots du président et du premier ministre,
07:29j'ai parlé tout à l'heure au premier ministre,
07:31il a suivi le fait que j'aille avec le préfet devant la stèle,
07:36et devant l'arbre, ce qui est l'arbre du tronc d'arbre.
07:38– Que vous a-t-il dit ?
07:40– Que c'était un impératif majeur du gouvernement
07:43de faire en sorte de protéger les juifs.
07:45Mais d'ailleurs, comme c'est le cas aujourd'hui,
07:46nous sommes le 15 août,
07:47il y avait d'énormes cérémonies un peu partout,
07:49dans toutes les églises de France, au moment de l'Assomption,
07:52les églises ont été protégées.
07:53Et comme c'est le cas, on dit, pour les mosquées,
07:56le dimanche, ce sera le cas pour les églises et les temples.
07:58Au fond, il y a une véritable mobilisation de l'appareil d'État.
08:01Ce qui manque parfois, c'est cette volonté collective.
08:05C'est-à-dire, on ne peut pas laisser une partie de notre mémoire oubliée.
08:11Et moi, je suis allé, je vous dis, avec le préfet Le Maire,
08:14en fait, j'aurais aimé trouver 150, 200 personnes là,
08:17pour dire, voilà, on veut enlever l'arbre,
08:20on veut déraciner la mémoire, comme dit le président.
08:22Maintenant, nous sommes là pour porter cette mémoire.
08:24Et c'est peut-être ça, l'enjeu majeur maintenant des temps à venir.
08:28La question de la protection, finalement, de ces lieux de culte,
08:31ou de ces lieux de souvenirs, pour vous, ce n'est pas la vraie question,
08:33c'est la question de la mémoire ?
08:36C'est aussi la question de la protection des personnes.
08:38Regardez, par exemple, je repense au rabbin d'Orléans,
08:42au rabbin Galberg d'Orléans.
08:43C'est vrai que c'était horrible, atroce.
08:45Mais ici même, dans ce même studio, j'avais fait intervenir le rabbin,
08:49qui avait raconté qu'un commerçant s'était interposé,
08:52que des gens s'étaient arrêtés pour le défendre.
08:53Donc il y a une mobilisation.
08:55L'enjeu, c'est toujours la mobilisation de la société.
08:57Si vous avez uniquement la volonté de l'État, c'est déjà bien,
09:00et c'est le cas, il manque la volonté de la société
09:02pour faire en sorte que personne ne soit agressé.
09:05Prenons l'exemple récent d'une personne agressée,
09:09on ne sait même pas si cette personne était juée d'ailleurs,
09:11dans un tramway à Montpellier.
09:12Mais quand tous les voyageurs de tramway se sont dressés,
09:15interposés entre l'agresseur et la personne,
09:17alors il y a ce qu'on appellerait cette mobilisation,
09:20qui fait en sorte qu'il y a une volonté commune,
09:22et donc il y a de quoi espérer.
09:23Restez avec nous, Alime Corsia.
09:25Boris Karlamoff est toujours avec nous du service Police Justice.
09:27Que disent les chiffres concernant la hausse des actes antisémites en France ?
09:31Alors, les derniers chiffres enregistrés en ce qui concerne les actes antisémites
09:35datent du mois de janvier jusqu'au mois de mai inclus.
09:37504 actes antisémites ont été recensés en 2025 sur cette période-là,
09:43contre 662 sur la même période en 2024,
09:47soit une baisse de moins 24%.
09:50Mais il faut relativiser ces chiffres,
09:51puisque cette décrue est assez relative,
09:54elle est liée à un niveau très élevé par rapport à l'année précédente.
09:58On va rappeler ces chiffres de l'année 2023,
10:01où les actes antisémites ont vraiment explosé.
10:041 676 faits antisémites recensés en 2023,
10:07contre 436 en 2022.
10:10Pour l'année 2024,
10:121 570 faits,
10:14avec une baisse de 6% par rapport à 2023.
10:16Donc on reste quand même à un niveau relativement haut,
10:18mais c'est vrai qu'il y a une décrue qui est en train de s'amorcer depuis plusieurs mois,
10:21mais ça reste quand même très haut,
10:23puisque les chiffres étaient...
10:24Ça vous fait rire ?
10:25Vous voyez, c'est tellement intéressant.
10:27C'est que si on prend une année par rapport à l'autre,
10:29moins 20%,
10:30donc heureusement que vous répondez en voyant ce qu'il y a avant.
10:33En fait, vous nous dites qu'en 5 mois,
10:35il y a plus de 100 faits supplémentaires que toute une année précédente,
10:40c'est-à-dire 2022.
10:41Vous vous rendez compte ?
10:43C'est terrible, c'est plus de 100% d'augmentation.
10:45Plus de 100% d'augmentation.
10:47Et vous avez raison de rappeler que 2023,
10:49sur les derniers 3 mois, il y a eu plus de 1000%.
10:51Mais vous voyez, ce sont des chiffres.
10:52La réalité, c'est l'angoisse de chacun, chacune,
10:54les enfants, les jeunes, les anciens,
10:56qui vont faire du sport, aller à la piscine,
10:59jouer au foot, se promener.
11:01C'est une menace, c'est une crainte permanente,
11:05et il faut accompagner cela.
11:06Je peux leur dire d'espérer,
11:07je peux leur dire qu'il y a une mobilisation des forces de l'ordre,
11:10et c'est le cas.
11:10L'État doit être plus présent ?
11:11L'État est vraiment très présent, c'est une réalité.
11:15Maintenant, je maintiens, moi,
11:17que c'est la présence, l'engagement de l'ensemble de la population
11:20qui doit être capable de s'interposer,
11:22et de ne pas accepter.
11:23Et ce devoir de mémoire, il n'est plus forcément partagé par tous ?
11:25Ce n'est pas qu'un devoir de mémoire, là, c'est un devoir d'action.
11:30La mémoire, elle sert à construire une action.
11:33Et moi, je crois que c'est important de faire en sorte
11:35qu'il y ait cette enquête, que cette personne soit retrouvée,
11:41sanctionnée au niveau de ce que ça veut dire
11:43comme préjudice pour l'ensemble de la société,
11:47et ensuite, qu'il y ait une mobilisation collective.
11:49Merci beaucoup, Haïne Corsia, d'avoir été notre invitée
11:54ce soir sur le plateau de BFM Weekend.
11:56Merci beaucoup, Haïne Corsia, d'avoir été notre invitée.
Commentaires