00:00Good Morning Business, la matinale de l'économie.
00:03Et on poursuit avec des résultats bancaires encore ce matin.
00:06Et notre invité, bonjour Eric Petitgan.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être sur notre plateau, directeur général du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
00:11Vous publiez sur le premier semestre des résultats records,
00:14produits nets bancaires de 8,8 milliards d'euros, en croissance de plus de 6%.
00:18On peut parler là d'un début d'année bien dynamique.
00:22Oui, je suis très heureux ce matin d'être avec vous pour vous parler de ces résultats
00:26parce que ça conforte en fait la qualité de l'engagement, les compétences de nos équipes.
00:30Ça confirme aussi que nos choix tiennent la route à peu près.
00:36Et puis, comme c'est bientôt les vacances, c'est bien de terminer un semestre qui a été difficile
00:40dans un environnement morose sur de bonnes nouvelles comme celle-là.
00:42Oui, alors on va revenir dans le détail sur ces résultats
00:45et puis peut-être un peu plus sur les perspectives
00:47et sur la manière dont vous voyez la suite, les évolutions,
00:53dans un climat quand même rythmé par les incertitudes.
00:57Mais un élément qui vous pénalise quand même, c'est l'IS et notamment la surtaxe d'impôt sur les sociétés
01:02introduite par la loi de finances 2025.
01:04L'État cherche de l'argent, il vient frapper à votre porte.
01:07Je rappelle qu'elle s'applique aux entreprises qui réalisent un bénéfice supérieur à 1 milliard d'euros en France.
01:13Coût de la surtaxe pour vous, 314 millions d'euros.
01:16Ça pèse quand même sur vos comptes ?
01:18Ça pèse énormément.
01:19Effectivement, quand on regarde nos résultats avant impôt, ils progressent de 8,4%.
01:23Quand on regarde les résultats nets après impôt et surtaxe, ils baissent de 10%.
01:28Donc, cherchez l'erreur, ça ne vous a pas échappé.
01:30Effectivement, on est très pénalisé par cette surtaxe.
01:33Et d'ailleurs, sur une année entière, ça fera plus de 400 millions de surtaxe.
01:38Sachant qu'on paye déjà, parce qu'on pourrait l'oublier,
01:40je pense qu'on va payer en impôt normal, indépendamment de la surtaxe, à peu près 1,4 milliard cette année.
01:46Donc, vous voyez qu'on est un contributeur social et fiscal très conséquent.
01:52Trop conséquent ?
01:53Écoutez, moi, je trouve que, vu la situation de la France, il faut faire des efforts.
01:57Je pense que tous les acteurs économiques pensent la même chose.
02:00Par contre, on aurait peut-être aimé quelque chose calculé un peu différemment,
02:03parce qu'on est loin d'être la première banque française.
02:06En tout cas, on espère l'être dans le dynamisme et puis dans la qualité, mais en taille, pas du tout.
02:11Et par contre, nous sommes ceux qui vont payer le plus de surtaxe, parce que nous faisons nos résultats en France.
02:17Donc, il y a une espèce de contradiction.
02:18On veut aider la France ou aider la situation française.
02:22Et en fait, ceux qui le font, ce sont ceux qui travaillent justement en France.
02:25Voilà, donc il y a un petit paradoxe.
02:26De l'injustice.
02:29En tout cas, une frustration.
02:30Bon, malgré tout, vous visez un résultat annuel en ligne avec celui de l'an dernier.
02:34Je rappelle qu'il s'élevait à un peu plus de 4 milliards d'euros en 2024.
02:38Donc, vous restez quand même sur une belle croissance.
02:42Oui, oui, tout à fait.
02:43On bénéficie d'un petit retour de l'activité.
02:46Donc, en tout cas, surtout au premier trimestre.
02:48Ça, c'est très positif.
02:49On l'a vu.
02:50Il y avait plus de volonté de réinvestir de la part de nos clients, qu'il s'agisse de particuliers ou d'entreprises.
02:56Ça s'est un peu calmé, malheureusement, au deuxième trimestre.
02:59Mais cet effet volume va être bénéfique.
03:01Et puis, on revient dans une situation où les marges sont positives.
03:04C'est-à-dire, les taux courts ont été fortement baissés par la BCE plusieurs fois.
03:08Et ça, ça retrouve un système normal pour une banque.
03:11Et donc, ça va nous permettre de revenir à la normale et donc de suivre la trajectoire que nous nous étions fixées.
03:16Vous êtes un excellent thermomètre pour nous parce que vous êtes justement au contact direct des patrons et des entreprises qui cherchent à investir, à se financer.
03:26Quelle est l'ambiance du moment pour les petites, les moyennes entreprises notamment ?
03:30Écoutez, tout à l'heure, on entendait un commentaire sur ce que pensent les Indiens de la situation économique.
03:35Je ne sais pas quelle est la situation politique là-bas.
03:37Mais en France, on a les impacts de cette situation économique nouvelle voulue par l'administration américaine.
03:43Et en plus, on a beaucoup de mal à savoir où on va aller économiquement.
03:47Donc, les acteurs économiques, je me répète, du particulier jusqu'à l'entreprise, ils sont un peu dans l'attente de savoir ce qui va se passer,
03:54de savoir à quelle sauce fiscale, sociale, économique, ils vont être traités.
03:58Et ce n'est jamais bon.
04:00En fait, on diffère.
04:01On est dans un monde où il y a des ruptures très fortes, où les choses vont très, très vite.
04:05Et notre pays est un peu à l'arrêt, à se regarder le nombril, à se demander ce qu'il va devoir faire.
04:08Et c'est évidemment pas bon.
04:10Et les acteurs économiques souffrent de ça.
04:12Et qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
04:14Il faudrait de la clarté.
04:14Alors là, ce n'est pas à moi de dire ce qu'il faut faire globalement.
04:17C'est aux citoyens de faire des choix.
04:19Mais il faut de la clarté.
04:20Et puis, il faut peut-être tirer les conséquences de ce qu'on est en train de vivre.
04:25Les questions de souveraineté sont fondamentales.
04:27On l'avait peut-être un petit peu oublié.
04:29Et je pense qu'il est vraiment important de se reposer les bonnes questions.
04:32On est en train de le faire sur la défense.
04:34Mais on pourrait le faire aussi sur l'industrie agroalimentaire.
04:37Sur toute l'industrie en général.
04:39Il faudrait essayer de ne pas flinguer l'industrie bancaire,
04:42qui est un des fleurons industriels de la France et de l'Europe.
04:46Avec des réformes qui sont saugrenues.
04:48Enfin bref, il faut se reposer les bonnes questions.
04:51Et se dire que dans un monde qui est difficile,
04:53où les gens peuvent changer d'alliance,
04:55il faut d'abord pouvoir compter sur soi-même.
04:58Et ça serait vraiment, vraiment utile, je pense, à notre société.
05:00Ce qui intéresse les entreprises, comme les particuliers,
05:04c'est aussi d'avoir des perspectives sur les taux, sur le crédit.
05:07Est-ce qu'ils vont pouvoir emprunter ?
05:09Et à combien ?
05:09Est-ce que vous avez, vous pouvez offrir de la visibilité à ce sujet ?
05:13Écoutez, oui.
05:14En tout cas, déjà, rassurer tout le monde sur le fait que les banques en général,
05:17et nous en particulier, ont vie du crédit.
05:20Donc, des fois, on entend dire que les banques freinent, etc.
05:23Je ne sais pas ce que font les autres.
05:24Mais en tout cas, nous, c'est clairement, on n'a jamais freiné.
05:26On est un acteur qui accompagne ses clients dans ses projets.
05:29Et donc, le crédit fait partie, je dirais, du cœur de notre activité.
05:33Et dans une période où le risque, il est encore élevé,
05:35je pense notamment aux entreprises.
05:36Alors, le risque est élevé, effectivement.
05:38Mais c'est un peu paradoxal.
05:39Ce sont les entreprises, on va dire, du segment intermédiaire
05:42qui souffrent particulièrement pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure.
05:45Les très grandes entreprises s'en sortent quand même.
05:47Vous publiez pas mal de comptes et vous voyez que ça va à peu près.
05:51Et puis, en dessous, sur les segments des PME, des TPE,
05:54il y a des situations évidemment très difficiles.
05:57Mais globalement, on revient à quelque chose d'habituel
06:00qu'on pouvait constater avant le Covid.
06:03Épargne très sécurisée et pas du tout risquée des Français.
06:07Côté particulier, à partir de demain, 1er août,
06:09les taux des livrets A et de LDD vont dégonfler aussi à 1,7%.
06:13Ça va vous permettre de faire quelques économies, au passage ?
06:17Alors, ça va nous permettre de faire des économies, c'est vrai.
06:19Mais il ne faut pas le prendre pour ce que ça n'est pas.
06:22Si on veut que les taux des crédits puissent être bas,
06:25il faut que la couverture globale des taux soit plutôt basse,
06:30y compris sur les taux courts.
06:32Et donc, oui, effectivement, ça va nous permettre de retrouver un petit peu d'air.
06:36Éric Petitgan, vous avez annoncé il y a quelques mois le rachat de la banque allemande d'OLB.
06:41Ça devrait être effectif début 2026.
06:45C'est votre plus grosse acquisition depuis 2008.
06:48L'histoire du crédit mutuel, désormais, elle se dessine et elle s'écrit au niveau européen ?
06:54Oui, tout à fait. On a fait clairement le choix de l'Europe.
06:56On ne peut pas dépendre d'une seule économie.
06:58On le voit bien, c'est trop risqué, trop aléatoire.
07:01Et donc, nous, nous avons fait le choix de nous développer en Europe prioritairement.
07:06Et en Europe, nous avons choisi l'Allemagne,
07:08tout simplement parce que c'est le pays où nous avons déjà aujourd'hui la plus grosse filiale.
07:12C'est le pays où, après la France, nous avons le plus de collaborateurs.
07:16C'est aussi le premier partenaire économique en import, en export de la France.
07:20Donc, on est, je dirais, et puis on est en proximité géographique.
07:23Notre sillage est à Strasbourg.
07:24Donc, on a une espèce de culture commune.
07:26Et donc, l'Allemagne, c'est le pays où on veut se développer.
07:29Et l'achat d'OLB, c'est une très bonne nouvelle pour notre banque.
07:32Il y aura d'autres acquisitions ?
07:33Écoutez, on regarde. On n'achètera pas n'importe quoi.
07:36L'Allemagne, toujours ?
07:37Oui, on va se concentrer d'abord en Allemagne parce que là, on veut vraiment devenir une banque assurance.
07:42Comme on le fait en France, comme on a su le faire, on a été précurseur.
07:45Et donc, on veut développer la banque assurance en Allemagne.
07:48Et si de belles opportunités se présentent, on les regardera.
07:51On a les moyens de le faire.
07:52Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin.
07:55Éric Petitgan, directeur général du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
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