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  • il y a 6 mois
Le vendredi, samedi et dimanche soir, Karine de Ménonville est à la tête de Week-End Soir : un rendez-vous pour décrypter et débattre, au cœur de l’actualité

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Transcription
00:00On en vient à présent à ce budget, ce budget 2026 fait les objectifs d'économie dans le domaine de la santé.
00:07Le Premier ministre a demandé 5 milliards d'économies et la ministre de la Santé et du Travail a détaillé aujourd'hui les pistes.
00:13Vous allez le voir, ça passe notamment par la question des arrêts maladie avec une restriction sur la durée.
00:1815 jours au maximum pour un premier arrêt de travail en médecine de ville.
00:23Les explications et les réactions avec Alice Cailloux.
00:26Première proposition de la ministre de la Santé et du Travail.
00:30Fin à des abus, nous souhaitons limiter tout premier arrêt de travail à 15 jours.
00:34Résultat, si vous êtes toujours malade au bout de 15 jours, il faudra retourner chez votre médecin pour obtenir une prolongation.
00:42Le problème pour le corps médical, c'est que cette mesure ne s'attaque pas aux sources du problème.
00:47Si on s'attaque aux arrêts de maladie sans faire de prévention, vous vous rendez bien compte que le rendu pour la santé publique va être encore pire.
00:55Puisqu'on a des gens qui vont aller travailler malade, il y a des épidémies qui vont être diffusées sur des lieux de travail.
01:03Deuxième mesure annoncée, la prise en charge des arrêts maladie pourrait être transférée à l'employeur jusqu'au septième jour,
01:09au risque de créer un souci de trésorerie pour les plus petites entreprises.
01:13Pour les grandes entreprises, je dirais qu'il y a peu de difficultés.
01:17La question se pose, je pense, de manière un petit peu plus compliquée et un petit peu plus brutale.
01:21Pour les PME, est-ce qu'elles vont avoir les moyens de prendre en charge cette indemnisation ?
01:25Est-ce que finalement, ça ne va pas être les salariés de ces plus petites entreprises qui vont se retrouver lésés
01:30et aussi ceux qui ont des contrats plus précaires ?
01:32C'est sûr que le sujet est inflammable.
01:34Autre piste envisagée, le doublement des franchises médicales à 100 euros par an
01:38ou encore des réformes sur la prise en charge des affections longue durée.
01:43Ces propositions de coupes budgétaires devraient être étudiées à l'automne prochain.
01:48Alors, ces pistes pour faire 5 milliards d'euros d'économies dans le domaine de la santé
01:52qu'a dévoilé aujourd'hui la ministre de la Santé et du Travail.
01:56On en parle avec Aurore Malval.
01:57Bonsoir Aurore, rédactrice en chef du site du magazine Marianne.
02:00Michel Rumi, bonsoir.
02:02Économiste, professeur à Sciences Po.
02:04Roger Roy, bonsoir.
02:05Vous êtes médecin généraliste, ancien président du syndicat des médecins libéraux
02:09et nous serons également en direct avec le docteur Marie-Laure Albi
02:12qui est médecin généraliste à Paris.
02:15Alors forcément, on va commencer ce soir par s'arrêter sur la mesure dont tout le monde parle.
02:20On va dire la mesure symbolique du jour, la volonté de durcir les arrêts maladie.
02:25Alors je précise, en limitant le tout premier arrêt de travail à 15 jours en médecine de ville.
02:31Docteur Roy, efficace, pas efficace, inutile, cosmétique ?
02:35Bon, efficace sûrement pas, cosmétique sûrement, inutile probablement
02:41parce que ça va encore plus culpabiliser les médecins libéraux
02:44que je représente un petit peu ce soir quand même.
02:47Il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des arrêts de maladie
02:48qui sont délivrés par les hôpitaux.
02:50Il n'y a pas que les médecins libéraux qu'on accuse tout le temps.
02:53Et pourquoi ça serait inefficace ?
02:55Parce que moi j'étais président de syndicat il y a quelques années.
02:58Et bien il y a déjà 25-30 ans, lorsqu'on faisait des négociations conventionnelles,
03:02on en parlait déjà.
03:04Donc ça veut dire que les solutions n'ont pas été mises en application.
03:07Alors j'ai envie de demander son avis à notre autre docteur, le docteur Marie-Laure Albi.
03:12Est-ce que vous avez l'impression que finalement,
03:15en voulant limiter le premier arrêt de travail à 15 jours en médecine de ville,
03:19on ne fait pas peser l'ombre du soupçon sur le médecin ?
03:22Qu'on ne vous accuse pas de délivrer trop d'arrêts de travail de complaisance ?
03:27Je crois surtout que c'est une méconnaissance du fonctionnement du cabinet.
03:31Quand vous faites un arrêt de travail pour une pathologie,
03:34vous avez maintenant un espèce d'indicateur du nombre de jours souhaitables
03:39par rapport à une pathologie.
03:40Donc on a déjà un système d'appui à la prescription.
03:44La deuxième chose, c'est que je ne vois pas pourquoi le médecin généraliste
03:47serait toujours le contrôleur des arrêts de travail.
03:50On a des médecins conseils.
03:51Moi, je suis tout à fait prête à ce que ce soit eux qui décident
03:54de la durée des arrêts de travail pour les patients,
03:57quitte à ce qu'il y ait une discussion confraternelle si on n'est pas d'accord.
04:00Parce que le médecin généraliste a déjà énormément de choses à faire
04:04quand il voit le patient.
04:05Et contrôler les arrêts de travail, c'est la chose la plus difficile
04:08parce qu'en fait, on n'a pas une vision du poste de travail.
04:12On a une vision approximative de la durée de l'arrêt de travail
04:15par rapport à une pathologie.
04:16Mais bien souvent, on est un petit peu en difficulté
04:19pour fixer un arrêt de travail.
04:22La deuxième chose, c'est que depuis plusieurs années,
04:24les arrêts de travail longs sont très peu contrôlés.
04:27Et ça, pour le coup, je ne comprends pas bien
04:29parce que ça, c'est vraiment à l'assurance maladie
04:33de vérifier si la longueur des arrêts de travail,
04:36et je parle des arrêts longs,
04:37est en rapport avec une pathologie
04:39ou si la personne doit être conduite vers une inaptitude
04:43ou la reprise du travail dans les conditions, évidemment,
04:47d'approbation par le médecin du travail.
04:49Donc, je pense qu'il y a un vrai travail à faire
04:51parce que c'est un gros poste de dépense,
04:53mais que le médecin généraliste n'est pas le seul acteur
04:56de cette affaire.
04:59– Reste avec nous, docteur Albi.
05:01Michel Rumi, en tant qu'économiste,
05:03quand on dit, voilà, on va restreindre l'arrêt de travail,
05:06est-ce que vraiment c'est ça qui va permettre
05:08de faire des économies ?
05:09– Non, tout simplement parce que d'abord,
05:12cette limite est arbitraire.
05:13Pourquoi 15 ? Et pourquoi pas 8 ?
05:14Et pourquoi pas 21 ?
05:16Première des choses.
05:17Et puis, ça risque de stigmatiser
05:19certaines pathologies chroniques.
05:21Donc, ça veut dire qu'on risque d'aller au travail malade,
05:23retourner au travail malade, etc.
05:26Donc, je pense qu'à travers toutes les mesures
05:30qui ont été prises,
05:31on a privilégié une certaine logique comptable
05:33et la santé devient un bien marchand.
05:36Or, ce n'est pas un bien marchand.
05:37Donc, c'est là aussi qu'il convient de revoir
05:40que finalement, certes, le système est à bout de souffle,
05:43mais ce n'est pas à faire peser tout sur les usagers.
05:46Et donc, c'est ça qu'il convient de voir,
05:47c'est qu'il y a des réformes à refaire.
05:50Mais bon, à mon sens,
05:52c'est toujours un budget d'urgence
05:53qui nécessite des mesures
05:57de court, moyen et long terme.
05:59– Et justement, quand on voit ce qui est mis
06:00sur la table par la ministre,
06:02donc, il y a les arrêts de travail,
06:03il y a le doublement de la franchise médicale,
06:05donc ça encore, ça pèserait sur les patients.
06:08Il y a les affections longue durée,
06:10rendre des comptes déjà quand on est malade
06:12sur ce qui nous est prescrit.
06:13En plus, est-ce en lien ou pas en lien ?
06:15Et c'est déjà suffisamment difficile à établir.
06:17Donc, en gros, on dit aux patients,
06:19vous vous écoutez trop,
06:20c'est chez vous qu'on va faire des économies.
06:22Ce n'est pas là qu'on va trouver 5 milliards, honnêtement.
06:24– Oui, mais je trouve que c'est un peu…
06:27Je veux dire, responsabiliser,
06:29ça veut dire que le patient,
06:30dans une certaine mesure,
06:31est responsable de sa maladie.
06:32Donc, c'est une vision un peu restreinte.
06:36Je pense que, parfois,
06:37on ne choisit pas sa maladie.
06:39Si on peut, tant soit peu, on la choisit.
06:40Et il convient aussi de dire,
06:43certes, on doit faire des efforts,
06:45mais présenter comme cela,
06:46ça peut amener certaines crispations
06:48pour un résultat qui ne peut pas être nul.
06:51Donc, je pense que c'est peut-être
06:52une amorce pour voir
06:54et pour voir ce qui peut marcher,
06:57ce qui ne peut pas marcher.
06:58Et puis, voilà,
06:59parce qu'il y a aussi le rôle des syndicats
07:00qui va être très fort
07:01à la rentrée sur ces sujets-là.
07:03– Or, Malval,
07:04d'un point de vue politique comme ça,
07:06en milieu de l'été,
07:07on a un peu l'impression que c'est ça.
07:08Allez, on lance l'hameçon
07:09et on voit ce qui se passe.
07:11– Oui, effectivement.
07:12D'ailleurs, c'était un petit peu
07:12ce qui s'était passé
07:13pour le plan de Michel Barnier
07:15à l'automne dernier.
07:17Il y avait quand même un plan d'économie
07:18d'ailleurs des dépenses de santé
07:20qui étaient assez conséquents.
07:23Là, on émet comme ça quelques idées.
07:25On voit comment ça réagit.
07:25Bon, plutôt mal.
07:26Quand même, il y a assez peu
07:27là l'unanimité contre ce plan.
07:29Et parce que, vous l'avez dit,
07:31ce sont des mesures cosmétiques
07:33ou en tout cas qui permettent peut-être
07:35un résultat comptable rapide
07:36mais qui ne se penchent pas
07:37sur les causes structurelles.
07:39Et par exemple, d'ailleurs,
07:40cette question des 15 jours,
07:42il y a déjà des problèmes
07:43qui se font jour.
07:4515 jours de ré-maladie,
07:46ça veut dire que pour les professeurs,
07:47par exemple,
07:48qui ne sont dans le secondaire
07:49bien souvent remplacés
07:50qu'à partir de 15 jours d'absence.
07:52Donc, ça veut dire que systématiquement,
07:53une première absence pour une maladie
07:55ne serait pas remplacée.
07:57Donc là, on peut être sûr
07:57qu'il va y avoir évidemment
07:58une levée de bouclier
07:59aussi des parents d'élèves
08:01et à raison,
08:02et même d'ailleurs des enseignants
08:03pour qu'il puisse y avoir
08:05des remplacements.
08:06Je pense aussi à la question
08:08de l'organisation justement du travail
08:12parce que finalement,
08:12depuis quelques années,
08:13d'ailleurs depuis plusieurs dizaines d'années,
08:16il y a une dégradation
08:17des conditions de travail en France
08:18et évidemment qu'elle est à mettre
08:20en rapport avec l'allongement
08:22de ces arrêts de travail.
08:23Donc, ce sont des causes structurelles
08:24sur lesquelles on ne se penche pas
08:26et le problème ne va pas changer
08:28parce qu'on décidera
08:29de plafonner comme ça
08:30arbitrairement à 15 jours.
08:31– Roger Roya, justement,
08:33on le dit, depuis le Covid,
08:34il y a eu beaucoup plus
08:35d'arrêts maladie,
08:36mais il y a aussi le sentiment général
08:38d'une population usée,
08:40d'une population fatiguée
08:41qui subit une certaine pression
08:43et de médecins aussi généralistes
08:45qui accueillent tout ça
08:46dans leur cabinet.
08:48– Oui, ils accueillent tout ça
08:49dans leur cabinet effectivement
08:50et en plus, eux aussi,
08:51sont fatigués par tout ce qui s'est passé
08:54avec la crise de la Covid.
08:55Donc aujourd'hui, ces mesures-là
08:58ne semblent pas pouvoir porter
09:00quoi que ce soit.
09:00Je veux dire, c'est des trucs
09:01qu'on lance comme ça.
09:04Ça a été dit, pourquoi 15 ?
09:06Alors, il y a eu un début de réponse
09:07à ma gauche,
09:09mais ça pourrait être 7,
09:10ça pourrait être 8, 9,
09:11ça n'a aucun sens.
09:13Alors, le véritable problème,
09:15c'est que personne,
09:16enfin en tout cas les politiques,
09:18ne veulent prendre la mesure
09:21des réformes qu'il y a à faire
09:23dans le système de santé.
09:25D'abord, c'est un système de santé,
09:27ce n'est pas un système de soins
09:28uniquement, donc la prévention.
09:31Tout le monde en parle,
09:31mais personne ne l'a fait.
09:33Et ça, la prévention,
09:34ça pourrait économiser énormément.
09:35Justement, pour aller dans votre sens,
09:38en ce qui concerne, on va dire,
09:39les principales maladies,
09:40cancer, diabète, maladies cardiovasculaires,
09:44c'est 13 millions de patients,
09:45c'est 54 milliards d'euros de dépenses.
09:47Donc si on agit avant,
09:50forcément, c'est autant d'argent
09:51qui derrière est économisé,
09:53parce que les gens vont mieux.
09:54Absolument, la prévention primaire,
09:56toutes les études internationales le démontrent,
09:59peut économiser, par exemple,
10:00pour le diabète,
10:00qui est la maladie principale
10:02pour les maladies chroniques,
10:04on pourrait économiser
10:05près de 60%
10:06d'apparition du diabète.
10:09Donc c'est énorme,
10:10mais ça, on ne le fait pas.
10:11Et comment on pourrait faire ?
10:12Qu'est-ce qui pourrait être fait d'efficace ?
10:15D'efficace,
10:15mais d'abord, parler de prévention,
10:17en parler un peu plus.
10:18Alors on a quelques messages
10:20dans les publicités,
10:21bouger, manger mieux, etc.
10:23Oui, mais ce n'est pas suffisant.
10:26Il faut l'éducation à l'école,
10:28il faut faire de l'activité physique à l'école,
10:31il faut que dans l'alimentation scolaire,
10:34il y ait des améliorations aussi.
10:36Il faut que les gens prennent conscience
10:38que bouger,
10:39ça leur permet de prévenir la maladie,
10:41et même les maladies infectieuses.
10:43Pendant la crise de la Covid,
10:44ça s'est vu.
10:46Les gens qui étaient en très bonne santé,
10:47qui avaient une activité physique,
10:48étaient beaucoup moins touchés que les autres.
10:50Effectivement, je pense que par rapport à la prévention,
10:52on ne peut pas seulement l'envisager
10:54dans une logique comptable.
10:56Parce qu'en fait, la prévention,
10:57ça fait aussi que les gens vont veillir davantage,
11:00et qu'ils vont être exposés aussi à d'autres maladies
11:02qui vont leur arriver quand ils seront plus vieux.
11:05Donc dans un premier temps,
11:06ça ne produira pas de toute façon d'économie.
11:08Et c'est bien pour ça d'ailleurs que cette question
11:09n'est souvent pas forcément mise en avant
11:12dans ce genre de plan,
11:13parce que directement dire « on va faire de la prévention »
11:16et donc possiblement étendre l'espérance de vie,
11:19mais pas toujours en bonne santé,
11:20en tout cas avec d'autres pathologies qui vont arriver,
11:22dans une logique comptable, ça ne fonctionne pas.
11:24– Michel Royer.
11:25– Oui, je mettrai ça en miroir
11:27avec la volonté que M. Béroux souhaite
11:30que les Français travaillent plus longtemps.
11:31C'est-à-dire en quelle situation ?
11:33Je dirais que ça risque de poser de grands problèmes.
11:36La prévention, il y a très peu,
11:38je crois que c'est 8% des dépenses qui sont consacrées à la prévention.
11:41C'est rien, alors que notamment l'OCDE a montré
11:44qu'on pouvait avoir un ruissellement justement de gains.
11:48Donc je trouve que c'est toujours des mesures,
11:53des ballons qu'on teste en essayant de trouver un minimum,
11:57sachant que de toute façon, ça sera un budget d'urgence.
12:00Donc on ne fera rien dans le concret.
12:01– On ne fera rien de fond.
12:02– Sur le fond.
12:03Donc ce qu'il veut dire, c'est que l'année prochaine,
12:05on reviendra à le même problème.
12:07Donc c'est toute la problématique,
12:08je crois que c'est, et je ne rentre pas dans une chronologie politique,
12:12c'est qu'on va essayer de tenir jusqu'en 2027,
12:14puis on laisse le bébé.
12:16Et j'ai le respect du bébé, je précise.
12:18Mais la difficulté est là, et en fait, on refuse là-dessus.
12:23Alors bien sûr, il y a des mesures à faire,
12:26je ne vous dirais pas, il ne faut pas laisser ce système mourir,
12:30mais il faut que tout le monde participe,
12:32notamment alléger la charge des médecins administratifs,
12:36on va dire, des papiers, une meilleure numérisation,
12:39une meilleure répartition au niveau de l'hôpital.
12:41Il y a des choses, et notamment encore la prévention.
12:44Et là, je pense que ça peut se lancer sans trop de difficultés.
12:48– Docteur Albi, vous vouliez réagir à ce qu'on disait en plateau ?
12:51– D'abord, première chose, la prévention,
12:53ce n'est pas seulement la prévention primaire,
12:55c'est la bonne administration des traitements,
12:58quand on démarre dans une maladie,
13:00et des traitements lourds.
13:01Là, il y a un énorme gain d'efficience à faire,
13:04être plus efficace dans la manière dont les soins sont prodigués.
13:07C'est aussi du préventif,
13:08et ça a des effets beaucoup plus rapides
13:10que la prévention primaire,
13:11qui bien évidemment doit être menée en même temps,
13:14même si les résultats ne sont pas immédiats.
13:16La deuxième chose,
13:17c'est qu'il y a un gain d'efficience très important
13:20sur l'utilisation des médicaments.
13:21Moi qui me promène chez les malades,
13:24quand vous ouvrez les armoires,
13:26il y a des médicaments partout,
13:27donc je pense qu'il y a vraiment à faire prendre conscience,
13:30d'une part, aux personnes qui utilisent des médicaments,
13:34que ça coûte cher.
13:35On a supprimé le prix des médicaments,
13:37je ne sais pas pourquoi, sur les boîtes.
13:39Donc les gens partent avec leur ordonnance,
13:40sans savoir la dépense engagée,
13:42et du coup, ils ne sont pas enclins
13:44à les utiliser de manière efficiente,
13:46c'est-à-dire qu'ils stockent.
13:48Donc vous avez des stocks absolument invraisemblables
13:50dans les armoires à pharmacie des particuliers.
13:54Et d'autre part, il faut, à mon avis,
13:56améliorer avec les moyens informatiques
13:58dont on dispose la délivrance,
14:00de telle manière qu'on délivre exactement
14:02ce qu'il faut pour chaque traitement.
14:05Et actuellement, on est loin du compte.
14:06Donc je pense que là,
14:07il y a vraiment un gisement d'économie immédiate,
14:10importante.
14:11La troisième remarque que je voulais faire,
14:13c'est que le 2% est totalement irréaliste.
14:16Avec l'augmentation de l'âge de la population,
14:19l'amélioration des soins qu'on apporte,
14:22ça va retomber notamment sur nos collègues hospitaliers,
14:26parce que ça veut dire que l'hôpital,
14:28qui ne sera pas payé déjà de l'augmentation de salaire
14:32qui a été prévue par la Ségur,
14:33ça a été dit par la ministre dans le journal,
14:37et en plus, si vous voulez,
14:38ça ne correspond pas à l'augmentation des soins
14:41qu'on va apporter à la population vieillissante
14:43et au fait qu'on soigne mieux les gens.
14:46Donc je pense qu'il y a quelque chose
14:47qui, comme mon collègue,
14:49je pense qu'il faut réfléchir aux besoins
14:51et réfléchir et faire choisir,
14:54pas seulement par un ministre,
14:57les endroits où on va faire des efforts
14:58pour pouvoir continuer à avoir un système de santé
15:01de qualité que nous avons
15:02et à soigner les gens au mieux
15:04avec les moyens dont on dispose.
15:07Et il y a beaucoup, beaucoup de progrès à faire.
15:09Et c'est un peu dommage que chaque année,
15:11on revienne avec les mêmes propositions
15:14qui, en réalité, comme l'ont dit mes collègues,
15:16sont peu efficientes.
15:18Alors même, on pourrait être beaucoup plus efficace
15:19dans une organisation optimisée.
15:21– Merci beaucoup, docteur Albi.
15:24Et c'est vrai que, par exemple,
15:24la prescription des médicaments,
15:26on a une semaine ou 15 jours de traitement
15:29et on se retrouve avec une boîte
15:30qui contient beaucoup plus de médicaments
15:33que nécessaire.
15:34Pourquoi il n'y a pas de délivrance personnalisée ?
15:37– Alors, déjà parce que c'est difficile
15:40de prévoir exactement le nombre de…
15:42– Parce que ça se fait dans d'autres pays.
15:43– Ça se fait dans d'autres pays,
15:44la délivrance aux médicaments prêts.
15:46Mais dans les autres pays,
15:48ça n'a pas démontré que c'était plus économiquement efficace non plus.
15:51Parce que là, on prend…
15:53C'est comme une pelote de laine,
15:54vous tirez un truc,
15:55puis après, il y a des tas de choses qui arrivent
15:56et il faut tout réformer.
15:57En fait, les politiques n'ont pas le courage
16:00de dire qu'il faut réformer le système de soins.
16:05Et à partir de là,
16:06ils ont une approche uniquement comptable.
16:09Moi, je prendrais comme première mesure
16:12de supprimer l'ONDAM
16:13et de le remplacer par un objectif national
16:16de santé publique
16:17et non pas d'objectif économique.
16:20Et à partir des objectifs de santé publique
16:22qu'on pourrait fixer,
16:23on pourrait financer ou pas le système.
16:26Et c'est ça qui est important.
16:27– Par rapport à l'ONDAM,
16:28ce qui est intéressant justement,
16:30c'est que Yannick Noder,
16:31donc le ministre…
16:31– Précisez peut-être pour les personnes
16:33qui nous écoutent.
16:33– L'ONDAM, c'est l'objectif
16:36de dépenses qui est plafonnée
16:39pour l'assurance maladie.
16:40Et donc, la ministre Catherine Vautrin
16:42a annoncé qu'il serait contenu
16:47à 2% justement
16:48par rapport aux dépenses,
16:51d'augmentation des dépenses
16:53de santé publique.
16:54Alors que, je le disais,
16:56Yannick Noder,
16:57donc le ministre de la Santé,
16:58qui est aussi cardiologue,
17:00lui disait que les prévisions
17:02qu'il y avait dans le budget
17:03de Michel Barnier
17:04n'étaient pas sincères.
17:06Je trouve que c'est très intéressant
17:07ce qu'il dit,
17:07parce qu'il dit à l'époque,
17:08et c'était aussi quelque chose
17:10à peu près, un peu plus d'ailleurs,
17:11je pense que c'était entre 2 et 3%,
17:13il disait que ce n'était pas possible
17:15de le contenir,
17:15que ça ne correspondait pas
17:16à la réalité des besoins.
17:18Donc là, je ne sais pas,
17:19il ne s'est pas exprimé encore
17:20sur cette question,
17:21mais enfin, ce serait intéressant
17:22de l'interroger.
17:23Je pense qu'il ne va pas plus trouver
17:25que cette prévision est sincère.
17:27On est également en direct
17:28avec Jean-Paul Abon.
17:30Bonsoir, vous êtes président d'honneur
17:31de la Fédération des médecins de France.
17:34J'imagine que vous avez lu
17:35les dernières propositions
17:37du ministre de la,
17:38ministre du Travail et de la Santé,
17:39notamment cette histoire
17:40de limiter le premier arrêt de travail
17:42à 15 jours en médecine de ville.
17:44Et vous en pensez quoi ?
17:46Je pense que, déjà,
17:48j'ai vu qu'ils avaient trouvé,
17:49qu'il fallait qu'ils trouvent
17:50absolument 5 milliards
17:51sur le système de santé.
17:54Vous savez, il y a un vaccin
17:55qui vient de sortir,
17:56il y a de la pub à la télé dessus,
17:57c'est le vaccin contre le Zona.
17:59Si on suit les recommandations
18:01de la Haute Autorité de Santé,
18:03on va vacciner 15 millions de personnes
18:05de plus de 65 ans,
18:07même si le Zona peut être,
18:08dans certains cas,
18:09un cas sur 300 extrêmement douloureux.
18:12Je pense que ça,
18:13c'est un vaccin de luxe,
18:15dans la mesure où le Zona
18:16n'a jamais tué personne.
18:17Qu'on le réserve aux personnes
18:18vraiment immunodéprimées,
18:20d'accord,
18:21mais vacciner 15 millions de personnes,
18:24ça va coûter, écoutez bien,
18:255 milliards 6.
18:285 milliards 6.
18:29Est-ce qu'on a les moyens
18:30de se payer un vaccin de luxe comme ça ?
18:33Ça, c'est le premier point.
18:34Le deuxième point,
18:35je vois que la ministre,
18:37une fois de plus,
18:38ressort les vieilles recettes,
18:39on augmente,
18:40on double les franchises,
18:42on va s'attaquer aux arrêts de travail.
18:45Une fois de plus,
18:46on parle de prévention,
18:48mais quel médecin du travail
18:49va vérifier les conditions
18:51de salarié au sein de l'entreprise ?
18:53Quel médecin du travail
18:54fait respecter le droit
18:57à la déconnexion des salariés
18:59qui reçoivent des mails,
19:00des coups de téléphone,
19:01etc.,
19:01sur leur portable
19:03ou sur l'ordinateur
19:05après le travail ?
19:07Quel est celui
19:09qui a inventé
19:10le flex-office
19:11après les open spaces ?
19:13Maintenant,
19:13vous avez des open spaces
19:14où vous n'avez pas
19:15de bureau attribué.
19:16On parle beaucoup
19:17de troubles musculo-squelettiques,
19:19mais les gens repartent
19:20avec leur ordinateur,
19:22leurs affaires,
19:23etc.,
19:24et se plaignent
19:24d'avoir mal au dos
19:26quand ils rentrent
19:26chez eux dans les transports.
19:28Qui se préoccupe
19:29des conditions de transport ?
19:30Mais naturellement,
19:30si les arrêts de travail
19:32augmentent,
19:33naturellement,
19:33le coupable est tout trouvé,
19:34c'est le médecin généraliste
19:36et ça tombe bien,
19:37il y en a trop,
19:38ça fait bien
19:39de les harceler.
19:41Franchement,
19:42c'est extrêmement décevant,
19:43alors qu'on pourrait
19:44privilégier
19:46les équipes de soins primaires,
19:47faire en sorte
19:48d'éviter les hospitalisations
19:49et de raccourcir
19:50les hospitalisations.
19:51On entend toujours
19:52les hospitaliers se plaindre
19:53du fait qu'il n'y ait pas
19:54assez de lits
19:54et là encore,
19:56on entend la ministre
19:57dire qu'on va augmenter
19:58les journées d'hospitalisation
20:00à domicile.
20:01Les hospitaliers,
20:02ils ont besoin
20:02de leur personnel
20:03à l'hôpital.
20:04Faisons en sorte
20:05qu'il y ait des équipes
20:05de soins primaires
20:06qu'on s'appuie
20:07sur les infirmiers libéraux,
20:09qu'on s'appuie
20:09sur les médecins généralistes,
20:11qu'on constitue
20:11des équipes de soins primaires
20:12pour éviter
20:13les hospitalisations
20:14et pour les raccourcir.
20:16Je rappelle au passage
20:16qu'il n'est pas question
20:17d'augmenter les infirmiers libéraux
20:19qui, je le rappelle,
20:20se déplacent
20:20pour 2,75 euros
20:22à domicile
20:23alors que ce sont
20:24des personnes essentielles
20:25pour maintenir
20:26les personnes à domicile,
20:28pour faire en sorte
20:29même qu'on s'occupe
20:30pour faire mener
20:31des soins de vie
20:32à domicile.
20:33Franchement,
20:34c'est extrêmement décevant
20:36ce catalogue
20:37qui est une succession
20:38de propositions éculées
20:40qui ne vont pas faire
20:40aucune économie
20:41au système.
20:42Jean-Paul Hamon,
20:43on a compris
20:43ce que vous en pensiez.
20:46Du coup,
20:46j'ai envie de vous dire,
20:47Michel Rumi,
20:48on a l'impression
20:49qu'on va essayer
20:50de prendre
20:51quelques mesures cosmétiques
20:52qui, de toute façon,
20:54ne vont pas suffire
20:55en elles-mêmes
20:56à rétablir l'équilibre.
20:57Ils vont coûter cher
20:58aux Français
20:58dans leur quotidien.
20:59Ça va être difficile,
21:00ça va demander
21:00un effort réel
21:01pour une efficacité moindre,
21:05on va dire,
21:05si on veut se placer
21:06en tant que médecin.
21:08Oui,
21:08mais en même temps,
21:09ça va développer
21:10un peu plus
21:11la fracture sociale
21:11parce que ça veut dire
21:12que les plus démunis
21:14vont payer plus
21:15et les plus fortunés
21:17pourront subir,
21:18pourront gérer.
21:20La grande difficulté,
21:21c'est qu'on risque
21:22d'avoir un plan
21:23qui va être
21:24de briques et de brocs
21:25dans différents ministères.
21:27Et finalement,
21:28après,
21:28il faut que ça repasse
21:29derrière.
21:30Et c'est là
21:30où la discussion
21:31risque d'être encore plus dure
21:32et on risque d'arriver
21:33à des problèmes
21:34de censure éventuellement.
21:35Donc ça peut poser
21:36ce type de problème.
21:37L'idée,
21:38c'est qu'aujourd'hui,
21:39on tente
21:39en essayant d'arracher
21:41éventuellement
21:42certaines bonnes idées
21:43qui pourraient être
21:43rentrées dans le cadre
21:45plus général.
21:46Mais après,
21:46c'est pas certain
21:47que ça passe.
21:47Docteur Eau,
21:48l'ordonnance Votrin,
21:50vous en pensez quoi ?
21:51Eh bien,
21:52je pense que
21:53l'ordonnance Votrin
21:54ne doit pas être signée déjà.
21:55Ça serait mieux
21:56et qu'elle ne soit pas
21:57remboursée non plus.
21:58Ça serait une bonne chose
21:59parce que,
22:00je vous ai dit tout à l'heure,
22:01ce sont des mesures
22:02tout à fait cosmétiques,
22:03vous l'avez dit aussi.
22:04Mais douloureuses aussi peut-être
22:05pour certains Français
22:06parce que quand on double
22:06la franchise,
22:07pour certains Français,
22:08ça va vouloir dire
22:09renoncer.
22:10Absolument,
22:10absolument.
22:11Et ce sont les médecins
22:12qui vont être rendus responsables
22:14aussi en même temps.
22:15Donc ça va rendre plus difficile
22:16le contact que nous avons
22:18avec nos patients
22:18et dans le cadre
22:21des arrêts de travail
22:22encore plus.
22:24Allez expliquer à quelqu'un
22:25que vous n'allez pas
22:26lui donner 15 jours,
22:28vous n'allez lui donner
22:28que 7 jours.
22:29C'est difficile ça au quotidien ?
22:31Bien sûr que c'est difficile.
22:32C'est un contact humain
22:33la médecine.
22:34Ce n'est pas une machine
22:34administrative,
22:35ce n'est pas un ordinateur
22:36sur lequel on pianote.
22:39On a affaire
22:40à un dialogue humain
22:40entre deux personnes
22:41et en médecine libérale
22:42de ville,
22:43c'est là où c'est
22:43le plus évident.
22:45À l'hôpital,
22:45c'est parfois
22:46un petit peu différent.
22:47Mais c'est très difficile,
22:48c'est une négociation
22:49entre guillemets
22:50à chaque consultation.
22:52C'est pour ça
22:52que les médecins
22:53en fin de journée
22:53sont épuisés eux aussi.
22:55Merci, merci à vous
22:56d'être venus
22:57sur le plateau
22:57de week-end soir.
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