00:00Bienvenue, today on se penche sur Nelson Mandela.
00:03Une figure vraiment majeure du XXe siècle.
00:06On s'appuie pour ça sur une biographie assez détaillée,
00:09Nelson Mandela, héritage de libération et réconciliation.
00:13L'idée c'est de regarder les moments forts de sa vie, de l'activiste au président,
00:17et puis d'essayer de voir un peu la complexité du personnage,
00:20au-delà de l'icône qu'on connaît tous.
00:22Oui, et pour bien comprendre Mandela, il faut vraiment se replonger dans le contexte.
00:26C'est essentiel, l'apartheid.
00:28Ce système terrible de ségrégation raciale, mis en place officiellement en 1948,
00:34la majorité noire privée de ses droits les plus élémentaires,
00:38c'est là-dedans, dans cette Afrique du Sud-là, que Mandela émerge.
00:41Et ça pose une question fondamentale, je trouve.
00:45Comment un homme qui passe 27 ans en prison, arrive non seulement à tenir,
00:50mais à négocier la fin, plutôt pacifique, d'un régime pareil,
00:55et à devenir ce symbole mondial de réconciliation.
00:59Si on revient au début, son éducation est déjà assez particulière, non ?
01:02Entre tradition tembu et éducation à l'occidentale.
01:05Tout à fait, et il entre assez jeune un politique, l'ANC en 1943,
01:10puis il cofonde la Ligue de la jeunesse de l'ANC dès 1944,
01:14pour un peu secouer les choses.
01:16Et son rôle devient clé dans la campagne de défiance en 1952,
01:20cette campagne non-violente.
01:21D'ailleurs, son nom de naissance, Rolilala, ça veut dire fauteur de troubles ?
01:26C'est assez prémonitoire, non ?
01:28Ah oui, effectivement.
01:30Mais le vrai tournant, enfin un tournant tragique, c'est Sharpeville en 1960.
01:36Ce massacre de manifestants pacifiques par la police.
01:40Là, face à cette violence d'État, la non-violence, ça devient compliqué.
01:45Ça ne suffit plus.
01:46C'est ce qui mène à la lutte armée, hein ?
01:47Exactement.
01:49La création en 1961 de Um Konto We Sizwe, MK, la branche armée de l'ANC.
01:54Au début, l'idée, c'était surtout le sabotage.
01:56Sabotage ciblé, c'est ça, hein ?
01:58Pas des attaques contre les personnes.
01:59Voilà.
02:00Des infrastructures, des bureaux, des laissés-passés.
02:03L'idée était de faire pression, de montrer une forme de résistance,
02:07mais en évitant les pertes humaines.
02:09Une sorte de, on pourrait dire, propagande par le fait, mais armée.
02:12Et cette stratégie le conduit tout droit au procès de Révonia, 63-64.
02:16C'est ça.
02:17Accusé de sabotage, de conspiration.
02:20Il transforme son procès en tribune.
02:22Son fameux discours « Je suis prêt à mourir ».
02:25Ça a eu un impact mondial, non ?
02:28Pour dénoncer l'apartheid.
02:29Absolument.
02:30Il justifie le passage à la lutte armée
02:32comme vraiment le dernier recours face à un gouvernement
02:35qui n'entendait que la force.
02:37Et bon, le verdict tombe.
02:39Prison à vie.
02:39Et c'est le début de cette incarcération interminable.
02:4327 ans.
02:44Oui, 27 ans.
02:46Dont 18 ans à Robben Island.
02:48Des conditions effroyables.
02:49On parle d'une cellule minuscule.
02:51Le travail forcé dans les carrières de show.
02:54Oui, c'est là qu'il s'abîme les yeux de façon permanente, d'ailleurs.
02:58Ensuite, il y a eu Paul Smull, où il a eu la tuberculose.
03:01Puis Victor Verster, avec des conditions un peu moins dures.
03:03C'était un peu le signe avant-coureur de la libération.
03:06Mais ce qui est incroyable, c'est sa résilience pendant toutes ces années.
03:10Il organise des cours à la fameuse université Robben Island.
03:13Il commence à écrire son autobiographie.
03:15Et il refuse les offres de libération conditionnelle.
03:18Oui.
03:19En disant cette phrase célèbre, seuls les hommes libres peuvent négocier.
03:23C'est fou, hein ?
03:24Il devient un symbole mondial depuis sa prison.
03:26La pression internationale monte, le contexte change un peu.
03:30Et le président de Klerk prend le risque, on peut dire, de négocier.
03:33Oui, FW de Klerk. Et c'est la libération en février 1990, un moment historique.
03:39Mais la transition n'est pas simple. Il y a des négociations très complexes.
03:43La Codessa 1, la Codessa 2, ça bloque parfois.
03:46Oui, c'était très tendu. Et puis il y a eu ce moment terrible en 1993,
03:51l'assassinat de Crissani, un leader très populaire, par un extrémiste blanc.
03:55Là, le pays est vraiment au bord de la guerre civile.
03:58Et c'est Mandala qui appelle au calme ?
04:00Oui, son intervention à la télévision a été décisive.
04:02Il a réussi à contenir la colère.
04:05Et paradoxalement, ça a peut-être même accéléré le consensus
04:09sur la nécessité d'avancer vite vers la démocratie.
04:11C'est cette même année qu'il reçoit le prix Nobel de la paix, avec de Klerk ?
04:14Exactement. Et en 1994, les premières élections démocratiques multiraciales.
04:20Mandala est élu premier président noir d'Afrique du Cid.
04:23Alors, sa présidence ? Deux grands axes, si on simplifie.
04:26La réconciliation et la reconstruction.
04:29Commençons par la réconciliation. Comment il s'y prend ?
04:31L'outil principal, ça a été la Commission Vérité et Réconciliation, la TRC,
04:36présidée par l'archevêque Desmond Tutu.
04:39L'idée était assez révolutionnaire.
04:41Enquêter sur les crimes du passé, de tous les côtés d'ailleurs,
04:44donner une plateforme aux victimes pour qu'elles racontent leur histoire,
04:47et offrir une possibilité d'amnistie aux auteurs, mais sous condition.
04:50Il fallait avouer complètement ses actes.
04:53Ces auditions de public ont été très marquantes, non ?
04:56Très médiatisées.
04:58Énormément. Un moment de catharsis national, vraiment.
05:01Mais ça n'a pas été sans critique, l'attention.
05:03Ah oui. Lesquelles, par exemple ?
05:05L'amnistie, déjà, ça a été très controversé pour certaines victimes.
05:09Et puis, on a reproché à la TRC de trop se concentrer sur les individus
05:12et pas assez sur le système de l'apartheid lui-même.
05:16Et les réparations pour les victimes ont tardé.
05:17C'est toute la difficulté de la justice transitionnelle, en fait.
05:21D'accord. Et l'autre volet, la reconstruction socio-économique ?
05:27Là, il y a eu d'abord le RDP, le programme de reconstruction et de développement,
05:32très axé sur le social.
05:34Construire des maisons, amener l'eau, l'électricité,
05:37répondre aux besoins de base criants.
05:39Et ensuite ?
05:40Ensuite est venu le GAR, une politique économique, disons plus orthodoxe,
05:45visant la croissance, l'emploi, la redistribution,
05:49mais avec une approche plus libérale, d'ouverture économique.
05:52Et ça a fonctionné ? Il y a eu des résultats ?
05:54Il y a eu des progrès, oui.
05:56La classe moyenne noire a doublé, par exemple.
05:59Mais il y a eu aussi des tensions, des contradictions même.
06:02Le GAR, en visant la libéralisation, a par exemple entraîné
06:05la suppression de subventions agricoles,
06:08ce qui a coûté des emplois, justement, dans les populations rurales
06:11que le RDP cherchait à aider.
06:13C'est compliqué de mener les deux de front.
06:14Un autre dossier très lourd de l'époque, c'est le VIH SIDA.
06:19Quelle a été son attitude pendant la présidence Mandela ?
06:22Alors, pendant son mandat, c'est vrai,
06:24l'accent était mis ailleurs.
06:27Sur la stabilité politique, la réconciliation, l'économie,
06:31c'était les urgences perçues.
06:33Mais après ?
06:34Ah, mais après 1999, son engagement devient très fort,
06:37très personnel même.
06:39Il va vraiment briser les tabous.
06:41Il porte ce fameux T-shirt « HIV positive ».
06:44Il annonce publiquement le décès de son propre fils du Ossida.
06:47C'était très courageux à l'époque.
06:49Extrêmement.
06:50Il lance la fondation Nelson Mandela, l'initiative 46664.
06:55Il a vraiment utilisé son immense stature pour lutter entre la maladie,
06:59mais aussi et surtout contre la stigmatisation qui l'entourait.
07:02Et même après sa présidence,
07:03il ne s'est pas vraiment retiré de la scène mondiale.
07:06C'est considérable.
07:07Immense.
07:08Au point que l'ONU, en 2015, a renommé les règles minimales
07:10pour le traitement des détenus,
07:12les règles Nelson Mandela.
07:13Pour lui, la réconciliation, ce n'était pas juste un événement ponctuel.
07:17C'était un processus.
07:19Un processus qui devait absolument inclure la justice sociale et économique
07:22pour être complet.
07:23Si on devait résumer, Mandela, c'est cette figure
07:25qui arrive à tenir ensemble des principes très forts,
07:29un refus total de compromis sur les droits fondamentaux
07:32et en même temps, un pragmatisme politique assez remarquable.
07:36Il a su faire évoluer ses tactiques, négocier.
07:38Oui, cette combinaison de fermeté et de flexibilité stratégique est assez unique.
07:42Il disait lui-même que le démantèlement de l'apartheide politique,
07:46ce n'était qu'une étape.
07:47Une étape sur la longue marche vers la liberté.
07:51Absolument.
07:52Et cette marche, elle n'est pas finie.
07:53Les inégalités socio-économiques en Afrique du Sud,
07:56aujourd'hui, sont encore profondes.
07:58Elles sont l'héritage direct de l'apartheide.
08:01Ça nous rappelle que changer une société, ça prend du temps,
08:04beaucoup de temps, bien au-delà des changements politiques initiaux.
08:07Ce qui nous laisse peut-être avec une question pour finir.
08:10Quand on voit comment Mandela et l'Afrique du Sud ont tenté,
08:13avec la Commission Vérité et Réconciliation,
08:15de gérer ce passé douloureux,
08:18cet équilibre si difficile entre vérité, justice
08:21et le besoin d'aller de l'avant ensemble,
08:24qu'est-ce que ça peut nous apprendre aujourd'hui
08:25pour faire face aux divisions, aux conflits qui traversent nos propres sociétés ?
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