00:00et ça commence à s'illustrer notamment dans le déficit bilatéral de l'Union Européenne vis-à-vis de la Chine
00:07qui a presque triplé depuis 2019, on est passé de 120 milliards de déficit en 2019 à près de 300 milliards depuis 2025.
00:17Le problème posé par la concurrence chinoise risque d'être aggravé à mes yeux par cette politique commerciale américaine
00:26et ça pour deux raisons. La première raison, Isabelle Méjean a évoqué ça également, c'est que la fermeture des Etats-Unis
00:35risque d'aggraver le problème posé par les surproductions chinoises. Donc la Chine va chercher à rediriger ses exportations
00:43vers d'autres marchés. Or l'Europe est l'une des rares zones économiques au monde avec un grand marché intérieur
00:50et un pouvoir d'achat élevé. Et donc ça, ça va poser un problème important pour l'Europe parce que ça risque d'aggraver
00:56notamment la pression à la baisse sur les prix. Juste pour vous donner un ordre de grandeur de ces surproductions mondiales,
01:04par exemple au niveau des batteries, les capacités aujourd'hui mondiales de production de batteries sont
01:09quatre fois supérieures à la demande mondiale. Quand on regarde les panneaux solaires, la Chine représente
01:15aujourd'hui 80% de la production mondiale de panneaux solaires et ils ont une capacité aujourd'hui de production
01:21dans ce secteur qui représente le double de la demande mondiale. Pour les véhicules électriques,
01:27la Chine a aujourd'hui la capacité de produire 50 millions de véhicules par an alors qu'on estime la demande intérieure
01:34chinoise que de 25 millions. Donc potentiellement, ils ont une surproduction de 25 millions de véhicules par an.
01:42Donc ça, c'est le premier facteur pour lequel il me semble que la fermeture des Etats-Unis risque d'aggraver
01:47le problème des surproductions chinoises. Il y a une deuxième raison qui me semble très importante,
01:53c'est qu'elle fracture également l'axe américano-européen. Les Etats-Unis et l'Europe sont confrontés
02:01à cette même concurrence chinoise et on aurait pu imaginer un renforcement d'une alliance Europe-Etats-Unis
02:08pour tenter de limiter cette pression chinoise. C'est d'une certaine mesure ce que cherchait à faire
02:15le président Biden lorsqu'il parlait de « Frenchoring », c'est-à-dire développer le commerce avec des partenaires
02:20qui partagent nos valeurs et surtout nos intérêts économiques pour essayer de réduire notre dépendance à la Chine.
02:27Or, ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que le refroidissement des relations transatlantiques
02:32peut pousser, au contraire, certains pays à se rapprocher de la Chine.
02:37On a vu ces dernières semaines les déclarations du Premier ministre espagnol
02:40qui affichent une position d'ouverture très forte vis-à-vis de la Chine afin d'attirer ses investissements.
02:47On a vu aussi, ça je sors un peu du cadre européen, mais on a vu aussi ce qui est très symbolique,
02:51que le Japon et la Corée du Sud ont récemment amorcé des discussions pour un accord de libre-échange entre les pays.
02:56Donc, voir le Japon, qui est un ennemi historique de la Chine, amorcer des discussions pour un accord de libre-échange
03:02avec la Chine, c'est aussi révélateur d'un certain basculement.
03:06Le plus inquiétant pour nous, Français et Européens, c'est, il me semble, c'est la posture affichée par l'Union européenne,
03:14par la Commission européenne depuis deux mois, qui affiche une posture beaucoup plus conciliante avec la Chine
03:21que c'était le cas il y a encore quelques mois.
03:24Donc, il me semble qu'il y a un vrai changement de doctrine de la Commission européenne
03:28qui, jusqu'alors, affichait une position de fermeté par rapport à Pékin.
03:33Madame von der Leyen parle maintenant de rechercher des avantages mutuels avec la Chine.
03:40Elle parle de tendre la main, d'approfondir nos relations avec la Chine
03:43et même d'étendre nos liens dans les domaines du commerce.
03:47Et c'est là, je pense, une posture qui pourrait s'avérer très risquée
03:50parce que ça conduit à sous-estimer la menace que représente la Chine pour l'industrie européenne.
03:57La Chine a beau jeu de s'afficher comme un bon élève du multilatéralisme
04:01mais cela ne l'empêche ni de subventionner massivement son industrie
04:05ni de poursuivre une stratégie de domination de l'ensemble des chaînes de valeur
04:10ni, accessoirement, et ce qui est aussi très problématique pour les Européens,
04:14de continuer à freiner en pratique ces importations.
04:17Et le risque, c'est que nous, Européens, prenions un peu trop au pied de la lettre
04:23les déclarations d'intention de la Chine et sa posture de bon élève.
04:27Et je pense que là, l'industrie européenne pourrait le payer très cher.
04:31Ça aurait évidemment des conséquences économiques majeures sur l'Europe
04:35et, in fine, des conséquences budgétaires, avec des baisses de recettes fiscales
04:39voire des augmentations de dépenses pour soutenir tel et tel secteur en difficulté.
04:46Juste pour conclure ce propos introductif,
04:50il me semble qu'avec des marges de manœuvre budgétaires qui sont limitées,
04:53c'est le cas notamment en France,
04:56l'instrument budgétaire ne sera, quoi qu'il en soit, pas suffisant.
05:01Pour le dire simplement, on ne va pas pouvoir compenser,
05:04avec un instrument budgétaire, des écarts de coûts de production,
05:08qui sont de 30 à 40 % entre, par exemple, les voitures électriques chinoises
05:12et celles fabriquées en Europe.
05:16Et ce, d'autant plus que, même si on voulait compenser, par exemple,
05:18dans l'automobile, on a en tête, par exemple, le bonus sur les voitures électriques,
05:23la situation actuelle ne concerne pas qu'un secteur,
05:26elle concerne, comme je l'ai dit, près de 80 % de l'industrie européenne.
05:29Et donc, inévitablement, il y a la question de la protection,
05:32la protection du marché européen qui va se poser.
05:35Évidemment, de telles mesures de protection ne suffiront pas
05:39pour rendre les industries européennes compétitives et innovantes,
05:43mais ça permet, en tout cas, de gagner du temps
05:45et d'éviter que ces industries soient étouffées
05:47par une concurrence dopée aux subventions.
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