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  • il y a 3 heures
Pour ouvrir la nouvelle saison d'Au Bonheur des livres, Claire Chazal a le plaisir de recevoir deux écrivains qui se distinguent tout particulièrement à l'occasion de la rentrée littéraire (et figurent l'un et l'autre, sur la liste des sélectionnés pour le prix Goncourt) : Yannick Haenel et Sylvain Prudhomme.Le premier publie La solitude des professeurs est infinie (Ed. Gallimard), un roman magistral qui revient sur sa propre expérience d'enseignant au collège, lorsqu'il avait une vingtaine d'années, pour raconter à la fois la difficulté contemporaine et la passion intacte de ce qu'il est convenu d'appeler le plus beau métier du monde. Le second aborde également, dans De l'autre côté du lac (Ed. Minuit), une certaine forme de solitude, mais de manière différente, à travers une sorte d'enquête palpitante sur une jeune photographe qui disparaît en montagne… et nous fait nous interroger sur les forces et beautés de la nature.Ce sont en tout cas deux artistes authentiques, soucieux de style autant que de contenu, qui dialogueront avec Claire Chazal sur les charmes et la puissance de la littérature d'aujourd'hui. Année de Production :

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Transcription
00:03Générique
00:18Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle édition et une nouvelle saison de notre émission Au bonheur des
00:26livres.
00:26Et vous le savez, chaque semaine, nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire des livres et aussi
00:30de mieux connaître ou de découvrir leurs auteurs.
00:33Alors, pour cette première émission, deux livres qui nous ont beaucoup plu et deux auteurs passionnants qui, certes, vous allez
00:40le voir, ne racontent pas les mêmes choses, pas la même histoire,
00:43mais qui parlent chacun de la solitude, une solitude subie ou choisie, ou peut-être pas tout à fait choisie,
00:49on en parlera avec le mystère qui subsiste.
00:52Ils parlent aussi de la nature, comme une respiration, un lac est présent dans les deux livres.
00:58Et puis, ils offrent l'un et l'autre, j'allais dire, surtout et avant tout, de la littérature, de
01:02la poésie, une écriture.
01:04C'est ce qui nous a plu.
01:05Ces deux livres, je le précise aussi, sont tous les deux dans la première liste du prix Goncourt et c
01:09'est amplement mérité.
01:11Yannick Enel, Sylvain Prudhomme, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
01:14Bonjour.
01:15Ça nous fait très plaisir. Yannick Enel, vous nous proposez La solitude des professeurs est infinie, chez Gallimard,
01:20la vie quotidienne, à la fois exaltante, mais usante aussi, d'un enseignant.
01:24Et puis vous, Sylvain Prudhomme, vous publiez De l'autre côté du lac, aux décisions de minuit,
01:28sur l'étrange disparition d'une jeune femme qui va être attirée par la montagne,
01:34une enquête aussi sur un corps que l'on retrouve, attirée aussi par un mystérieux lac, une réserve, en tout
01:40cas une nature sauvage.
01:42– Alors Yannick Enel, je précise que vous avez reçu le prix Interalliée en 2009, pour Yann Karski,
01:48le prix Médicis pour Tiens ferme ta couronne en 2017.
01:50Vous avez enseigné pendant 17 ans, jusqu'en 2005.
01:54Vous êtes auteur d'une vingtaine d'ouvrages et vous avez donc décidé de raconter une vie d'enseignant
02:00dans ce livre au très beau titre, La solitude des professeurs est infinie.
02:05Je vois que c'est vrai que le titre est très beau.
02:07Alors j'allais dire que, évidemment, nous sommes à la rentrée scolaire,
02:10donc évidemment, l'auteur que nous devions recevoir, outre le fait que c'est une très belle écriture,
02:16il y a aussi des enquêtes PISA qui sortent malheureusement sur la dégradation du niveau des élèves
02:21de plus de 15 ans ou d'autres, dans tous les pays d'ailleurs, de la zone développée et aussi
02:26dans le monde.
02:28Alors, vous dites que vous avez gardé en vous cette expérience de professeur qui vous hantait.
02:35Pourquoi avez-vous décidé d'en parler aujourd'hui ?
02:38Est-ce parce qu'il y a eu des menaces précises et même malheureusement réitérées
02:43contre des professeurs, Samuel Paty en 2020, Dominique Bernard ?
02:47C'est ce qui vous a poussé à témoigner d'une certaine façon ?
02:50Oui, ça fait longtemps que j'ai envie d'écrire sur cette matière si scintillante, si contradictoire,
02:58si chatoyante et un peu dangereuse aussi qu'est la vie d'un prof, ce qui se passe en classe,
03:04les collèges.
03:06Mais je n'y arrivais pas jusqu'à présent.
03:08Et c'est vrai que l'assassinat de Samuel Paty, sa décapitation que j'ai apprise, comme tout le monde,
03:15un jour d'octobre 2020,
03:17mais moi c'était dans une salle d'audience puisque j'étais chroniqueur judiciaire pour le procès des attentats
03:24contre Charlie Hebdo et l'hypercachère de 2015.
03:29Quand j'ai appris ça, quand les téléphones ont crépité autour de moi, ce jour-là, c'était pour Charlie
03:34Hebdo,
03:35j'ai appelé RIS et je lui ai dit que je n'allais pas pouvoir faire la chronique sur ce
03:38qui se passait dans la salle.
03:39J'ai écrit un petit texte qui s'appelait « La solitude des professeurs », figurez-vous, en 2020.
03:45Et c'est vrai que même si le roman aujourd'hui ne parle que très discrètement de Samuel Paty et
03:50des autres,
03:51ça a été quand même le déclencheur.
03:53Alors, on va expliciter bien sûr ce très beau titre qui est peut-être à double sens.
04:00Une joie infinie d'être seul aussi avec les élèves et puis cette solitude infinie parce que précarité, parce que
04:07difficulté.
04:09Il faut bien dire que d'emblée, ce jeune professeur que l'on suit, ce Jean Déchelle, c'est le
04:16nom de votre héros,
04:18qu'on avait d'ailleurs déjà vu dans un autre livre qui avait ce même nom.
04:21Oui, c'est mon alter ego, c'est très pratique, c'est moi en mieux, moi en pire.
04:25C'est ça, c'est vous le professeur, ce jeune professeur.
04:29Alors, il faut déjà dire qu'il vit dans des conditions très précaires, dans un petit studio un peu minable,
04:33il fait de longs trajets, c'est le quotidien d'un professeur.
04:36Mais ça l'était et je crois que ça l'est toujours.
04:38Je pense que c'est quelque chose dont on n'a pas tellement conscience.
04:41Moi, mes collègues de l'époque, à la fin des années 90, début 2000, vivaient parfois dans des campings.
04:47Parce que quand on est jeune prof, on doit rembourser son prêt étudiant.
04:51J'en se rende pas compte.
04:52On est très peu payé.
04:54On est très peu payé.
04:55Mais ce qui me frappait, ce qui m'a frappé quand je me suis repenché sur ces années, presque 30
05:01ans plus tard,
05:02c'était aussi la joie qui nous illuminait.
05:07On était très…
05:08Vous êtes passionné, vous êtes…
05:10Oui, c'est pas qu'on était en mission, mais on aimait ça tout simplement.
05:14On était de jeunes intellos qui nous adorions aller au collège, être avec les enfants.
05:19Alors, on vivait un peu comme des étudiants attardés, mais on ne se rendait pas compte, je crois.
05:25Donc, la détresse des enseignants, elle est tout à fait réelle.
05:28Mais la force de caractère qu'ils ont, c'est aussi là-dessus que je voulais insister.
05:32Bien sûr.
05:32Je précise que vous êtes tous les deux agrégés de lettres, Sylvain Prudhomme et vous Yannick.
05:36Ah oui, mais je ne savais pas.
05:37Et oui, c'est aussi… c'est donc un autre point commun qui vous…
05:40Mais vous, vous n'avez pas été tenté par l'enseignement ?
05:42Très peu.
05:43Enfin, je veux dire, non, c'est pas que je n'ai pas été tenté, j'ai très peu enseigné.
05:46J'ai commencé une thèse, et puis après, j'ai fait un petit boulot, et puis un autre.
05:50J'ai très de fil en aiguille, mais disponibilité pour qu'on en a duré longtemps.
05:54Et pourtant, vous avez effectivement ce même appétit pour les lettres classiques,
05:59enfin en tout cas cette littérature, ces études classiques.
06:02On parle de la précarité matérielle, il y a aussi les rapports avec les chefs d'établissement.
06:06Vous le dites, Yannick Henel, il y en a un que vous rencontrez qui dit surtout à son professeur,
06:10son jeune professeur, ne souriez jamais aux élèves.
06:14Absolument, effectivement, ne souriez pas aux élèves, sinon ils vont vous dévorer.
06:18Donc ça fait peur aussi, quand on est un jeune professeur, on a besoin du soutien du chef d'établissement.
06:22C'est-à-dire que, comme vous le savez, c'est même, tout dépend du chef d'établissement,
06:27qui donne une direction atmosphérique et presque métaphysique à un établissement.
06:32Si le chef d'établissement est comme ça, des ardeurs un peu militaristes,
06:37et s'il déteste les enfants, ça commence mal, ça arrive, bon, j'espère qu'il n'y en a
06:42plus, des comme ça.
06:43Il y a sûrement de tout, évidemment, Dieu merci, il y a aussi sûrement des merveilleux chefs d'établissement,
06:48il y a aussi les inspecteurs, puisque vous avez évidemment à avoir un inspecteur au cours de la carrière de
06:54ce jeune.
06:55Alors je crois qu'il essaye de lire Duras sur le déluge, de faire lire aux élèves.
06:59– Alors, mon narrateur, effectivement, n'en fait qu'un peu qu'à sa tête, ça, je dois bien le
07:05dire.
07:05Je me sens assez proche de sa liberté.
07:07Et c'est vrai qu'il fait des auteurs vivants, enfin voilà, et…
07:12– Qui lui plaisent.
07:12– C'est une scène quasi réelle, enfin, j'ai juste eu à transposer.
07:15L'inspecteur est tout à fait furieux, parce que Marguerite Duras, il n'a tout simplement pas lu, il n
07:20'aime pas ça.
07:21Et donc il sanctionne ce jeune prof, trop exalté pour lui.
07:27– Alors, bon, oui, c'est évidemment des exemples qui ne sont pas isolés, ça, je crois, qu'on nous
07:33a tous raconté ça.
07:35Il y a des bâtiments préfabriqués, enfin, il y a toute une précarité matérielle, j'allais dire, de la vie
07:40de ce professeur.
07:41Parfois, il y a des solidarités entre enseignants, ce qui est déjà pas mal, dans le corps enseignant.
07:45Il y a des choses qui se créent, ça, c'est aussi vos respirations.
07:48– Oui, il y a les solidarités, évidemment, enfin, dans ma vie de prof réelle, je me souviens qu'on
07:54était tous ces jeunes gens.
07:56Mais c'est comme dans le monde du travail, dans tous les corps de métier, il y a des jalousies,
08:01il y a des frictions, c'est dur, voilà.
08:03– Ce que je voulais faire entendre, c'était qu'il n'y a pas seulement la plainte des professeurs,
08:08au fond.
08:08– C'est ça, il faut y venir, oui.
08:09– C'est qu'au fond, être face à des jeunes gens, c'est une heure de cours, au fond,
08:16les 55 minutes, parce que c'est jamais une heure,
08:17ça peut être un moment de poésie, au fond, on fabrique ensemble du langage, ça n'existe presque plus dans
08:22la société, ces moments.
08:24Parfois, c'est le chaos, parfois ça ne va pas, mais quand ça marche, il n'y a presque rien
08:29de mieux à part l'amour, au fond.
08:30– Il n'y a rien de mieux, au fond, il y a à écrire.
08:33Être écrivain et être prof, finalement, je voyais que ça, j'étais très étonné en écrivant ce livre, 20 ans
08:39après,
08:39je me suis rendu compte que ça parlait de la même chose, en fait, de quelque chose d'inconnu qu
08:44'on a,
08:45c'est une page d'écriture, ou alors une salle avec des enfants, et puis on peut créer quelque chose,
08:50ça peut rater.
08:51– Mais il suffit qu'il y ait un regard, il suffit qu'il y ait un instant.
08:54– Absolument, absolument.
08:56– Et là, vous avez une heure qui s'est éclairée, presque une journée d'ailleurs,
08:59parce que je précise bien que c'est un livre, évidemment, qui décrit ce quotidien,
09:03qui est usant, je le disais, difficile, mais il y a cette passion de la transmission,
09:07il y a cette envie de parler de littérature au plus jeune,
09:10et puis ce regard, parfois, de ces enfants sur vous,
09:13et ça, c'est très présent dans le livre, évidemment.
09:15– Absolument, mais vous savez, je me suis rendu compte que l'absolu
09:18n'était pas seulement dans notre regard à nous, dans celui du professeur,
09:21et puis pas seulement dans le mien comme écrivain,
09:23parce que je suis assez absolu, je dois dire, même ça, peut-être un peu trop,
09:25mais l'absolu était dans le regard des enfants.
09:28La soif et la faim qu'ils manifestent,
09:31sans trop savoir de quoi est une soif et faim,
09:33elle est tout à fait présente.
09:34J'ai enseigné dans des lieux très difficiles,
09:37comme disent les médias, comme dit la société.
09:38– Comme votre héros, oui.
09:39– Mais au fond, c'était pareil, en fait.
09:43La soif et la faim étaient là,
09:45et Kafka parle de ça, la nourriture inconnue,
09:47c'était à moi d'inventer cette nourriture inconnue,
09:50alors qu'elle est-elle ?
09:51La poésie, l'humour, la joie, la rigueur aussi,
09:54enfin, travailler et tout.
09:57Je raconte ça, c'est de manière picaresque,
09:59moi j'aime bien les romans picaresques.
10:02Les profs ont une vie passionnée,
10:04ils ont une vie mouvementée,
10:06une vie déprimée, une vie mélancolique,
10:09une vie joyeuse,
10:10ça passe d'un état à un autre, vous voyez, tout le temps.
10:12– Et c'est ce qui nous touche beaucoup,
10:13parce que ce personnage, il est émouvant.
10:17Parfois, il aperçoit un petit coin de nature aussi,
10:19derrière les algécos, parce que les classes sont quand même
10:21un peu, elles aussi, précaires,
10:23et ça lui suffit aussi pour éclairer sa journée de temps en temps.
10:26– C'est-à-dire que, tel que je le raconte,
10:29tel que je l'ai vécu aussi,
10:30il y a effectivement ces établissements scolaires
10:33qui sont assez souvent abominables,
10:35enfin, très moches,
10:37d'un gris moche.
10:39Il y a le ciel d'Île-de-France,
10:40que j'ai toujours adoré,
10:42un peu blanc, cassé, gris,
10:44et puis il y a toujours un bosquet,
10:46un peu tout pourri,
10:48qui résiste.
10:49– Et qui est là.
10:49– Et alors, j'y glisse des désirs
10:52de Jardin d'Éden,
10:53j'y glisse des embrassades clandestines
10:56avec la jolie stagiaire de physique chimie.
10:58C'est comme ça,
11:00comme on sait,
11:01c'est les contrastes,
11:02enfin, c'est ça qui est beau.
11:03– Mais il y a un moment où vous allez arrêter,
11:05en 2005, je crois,
11:06vous arrêtez d'enseigner.
11:07– Alors ça, c'était pour des raisons très privées,
11:09enfin, j'étais malade, mais…
11:10– D'accord, c'est pas, j'allais dire,
11:13l'usure du professeur.
11:14– Non, mais vous savez,
11:15moi j'aurais adoré être professeur toute ma vie.
11:17Alors effectivement,
11:18c'est difficile d'enseigner,
11:20d'écrire beaucoup en même temps.
11:21– Oui, bien sûr.
11:22– Mais j'ai tenu comme ça 17 ans
11:23et je trouvais bien ce balancement,
11:26enfin, parce que prof,
11:27c'est aussi un métier,
11:28c'est un métier intellectuel,
11:29mais c'est un métier physique.
11:30– Oui, bien sûr.
11:30– Et ça me sortait, moi,
11:32de ma solitude d'écrivain.
11:33Non, j'ai arrêté pour d'autres raisons.
11:35– Voilà, voilà.
11:36Donc c'est la description de ce quotidien
11:38qui est tout à fait émouvant,
11:39passionnant, personnel aussi.
11:41Il y a un lac,
11:42voilà, qui nous amène,
11:43parce que parfois vous vous promenez
11:45au bord d'un lac,
11:46il n'est pas très loin.
11:49Et donc ça nous amène à Sylvain Prudhomme
11:51qui, je le rappelle,
11:53a écrit aussi sur l'Afrique.
11:55Vous avez vécu enfant,
11:57vous collaborez à Libération,
11:58vous avez reçu le prix féminin en 2019
12:01pour Par les routes.
12:02Et puis, je le précise,
12:04vous vivez à Arles,
12:05donc dans un pays ensoleillé
12:07où vous n'avez donc pas enseigné,
12:08je le disais,
12:09mais c'est la ville de la photographie.
12:11Et c'est donc, d'une certaine façon,
12:13peut-être ce qui a justifié
12:14le fait que votre héroïne,
12:15l'héroïne de l'autre côté du lac,
12:17Paola, est photographe.
12:19Elle va, j'allais dire,
12:22s'enfoncer dans une forêt sauvage,
12:25comme pour enquêter,
12:26après la découverte d'un corps.
12:28Et puis, cette jeune femme
12:31va disparaître.
12:32Mais on l'a saisi tout de suite,
12:34cette jeune personnalité,
12:35presque en creux,
12:36puisqu'on ne la connaît pas vraiment.
12:38Et je trouve que c'est un des grands atouts
12:41de ce livre,
12:41presque les premières pages.
12:43En très peu de mots,
12:44on découvre sa personnalité,
12:47peut-être son intensité,
12:49je ne sais pas,
12:49le naracteur la croise.
12:51Comment on trouve l'idée
12:54de ce personnage féminin ?
12:56– Alors, vous avez prononcé
12:59le mode d'intensité,
13:01et oui, elle est de ce côté-là.
13:02Tout à l'heure, Yannick parlait d'Absolu.
13:03C'est un personnage qui est comme ça,
13:05qui est assez radical
13:10dans sa quête.
13:12Et donc, le narrateur,
13:15au départ, la rencontre
13:17seulement quelques minutes
13:18sur un parking de haute montagne.
13:20Elle vient d'atterrir
13:22avec son matériel,
13:23enfin, il l'aide à décharger.
13:25Il apprendra plus tard
13:26qu'en fait,
13:26c'est un appareil photographique
13:28un peu lourd,
13:29une chambre,
13:29avec toutes les plaques de verre.
13:31Et en fait, ça suffit,
13:33ces quelques minutes
13:34qui passent ensemble
13:34à lui,
13:37à faire naître en lui
13:38une curiosité,
13:39presque un...
13:41de l'amour, quoi.
13:42Enfin, presque.
13:43Enfin, je ne sais pas.
13:43En tout cas,
13:44il est un peu...
13:45il est fasciné par elle.
13:47Et tout le...
13:49Enfin, le récit commence comme ça
13:50avec le désir du narrateur
13:52d'en savoir plus sur elle.
13:53Le problème,
13:54c'est qu'elle disparaît presque...
13:55– Assez rapidement.
13:56– C'est une héroïne en creux,
13:57mais à laquelle on s'attache.
13:59Vous aviez, vous,
14:00dans la tête des images
14:01de, je ne sais pas,
14:02de jeunes femmes
14:02que vous aviez croisées
14:03qui ressemblaient à cette héroïne ?
14:05Ou vous l'avez...
14:05– Alors, toujours.
14:06– Toujours.
14:07– Enfin, c'est-à-dire que...
14:08C'est difficile de répondre
14:11à cette question.
14:12Mais moi, de toute façon,
14:13toujours les...
14:13Je ne sais pas comment
14:14on fait Yannick,
14:15mais on nourrit toujours
14:16tous les personnages
14:17de romans.
14:20de...
14:23Là, elle conduit un berlingot.
14:26Paola, c'est une des choses
14:27qui surprend le narrateur.
14:29Il ne pensait pas
14:29que le berlingot pouvait être
14:31une voiture glamour.
14:33Et il tombe amoureux aussi de ça.
14:34– C'est vrai.
14:35– Parce qu'il sent
14:35que le berlingot, pour elle,
14:36c'est son monde un peu à elle.
14:41c'est toute sa liberté,
14:42en fait, dans cette voiture.
14:43Et donc, il sourit de ça.
14:45Ça, bon, voilà,
14:46je peux dire que oui.
14:47– Ça existe.
14:47– Pareil, dans la vie,
14:49j'ai rencontré quelqu'un
14:49qui avait un berlingot.
14:51– Un berlingot.
14:52Et ça me...
14:52– Ce n'est pas forcément glamour,
14:54effectivement, d'emblée.
14:55Mais...
14:55– A priori, non.
14:55Mais en fait, là, en tout cas,
14:57ce qui est important,
14:58c'est qu'il apprend qu'elle revient
15:01d'un lieu très reculé,
15:03comme ça, en haut,
15:04dans la montagne,
15:05une réserve qui est interdite aux humains.
15:07– Sauvage, interdite aux humains.
15:08Alors, elle va repartir s'installer
15:11dans une sorte de refuge solitaire,
15:14puisqu'on a découvert dans cette montagne
15:15un corps,
15:16et elle veut peut-être enquêter.
15:18Elle va surtout à la recherche d'une photo,
15:21de quelque chose d'un peu...
15:22d'une photo un peu unique,
15:25qu'elle définit peut-être pas très bien.
15:28Qu'est-ce que c'est ?
15:29Enfin, est-ce que c'est comme ça
15:30que vous voyez l'art de la photo,
15:31comme ce moment qu'au fond,
15:33que personne d'autre ne peut voir,
15:34mais que seul le photographe va saisir ?
15:35C'est ça qu'elle va rechercher.
15:37– Absolument.
15:37Voilà, elle essaie de ramasser en une image
15:41toute l'émotion qu'elle éprouve
15:43en face de cette réserve,
15:44qu'elle passe son temps à regarder.
15:46En plus, elle a cette chambre
15:46qui est lourde à installer.
15:49Chaque prise de vue est longue,
15:51demande beaucoup de temps.
15:52Et donc, elle passe son temps
15:53à scruter cette réserve en face,
15:55dont elle sait que c'est le monde
15:57redevenu sauvage, en quelque sorte.
15:58et elle rêve de réussir à faire une image
16:02qui dirait tout ce vivant qui lui fait face
16:07et par lequel elle se sent regardée.
16:10– Elle va s'installer dans une forme d'inconfort,
16:12on peut le dire,
16:13ou dans vraiment une maison isolée,
16:15il fait froid, c'est pas…
16:17Et elle dit, on se découvre dans l'inconfort,
16:20enfin, c'est ce qui va la stimuler,
16:21c'est ça.
16:22Elle pense qu'elle va aller vers quelque chose
16:24d'un peu absolu, de beau.
16:26– Moi, je crois profondément ça,
16:28que c'est dans l'inconfort qu'on est déplacé,
16:32qu'on est un peu bousculé,
16:33qu'on doit inventer, on doit s'adapter,
16:36et donc, on se découvre, on se révèle.
16:38Et oui, c'est là, à chaque fois,
16:41que ce sont les situations les plus fécondes.
16:43Et donc, elle va délibérément là-bas,
16:47dans une cabane, où elle reste seule,
16:49et elle y retourne,
16:50elle y va une première fois avec quelques archéologues.
16:53– Et puis après, elle va y retourner seule.
16:54– Seule en plein hiver.
16:54– C'est là que le mystère apparaît, évidemment.
16:57Mais est-ce qu'il y a, j'allais dire,
16:59un message dans ce livre ?
17:01Enfin, il y a un personnage féminin,
17:03dans le livre de Yannick Adel,
17:04il y a un personnage masculin,
17:06et c'est ce qui nous attache, ça c'est vrai.
17:08Mais au fond, on nous dit quelque chose aussi de nous,
17:11dans ces deux livres,
17:12et vous, c'est sur la nature qu'il faut préserver.
17:14Vous vouliez dire ça, vous vouliez dire,
17:16attention, l'homme la menace,
17:18et il faut, au fond, retourner parfois à l'état sauvage ?
17:21– Alors, bien sûr que,
17:24je veux un peu dire ça,
17:25mais je ne veux pas le dire de façon explicite.
17:26– Non, ce n'est pas explicite.
17:28– Ou trop…
17:29– Ce n'est pas un message écologiste du tout,
17:31ce n'est pas ça que je veux dire.
17:32– Enfin, je voudrais bien,
17:33ça ne me dérange pas,
17:34mais je crois que pour que ça ait de la force dans un livre,
17:37il faut qu'on le ressente,
17:40que ça ne soit pas forcément énoncé,
17:42mais qu'on se sente…
17:46– Quand même concerné par ça.
17:47– Et donc, moi, ce que j'ai voulu,
17:50c'est qu'en tout cas,
17:51elle soit face à cette réserve qui est préservée,
17:54qui est soustraite à toute…
17:59comment dire…
18:00à toute emprise humaine.
18:02C'est comme aussi la part sauvage qu'elle a en elle,
18:04enfin, qu'on a tous en nous.
18:06Ce en face de quoi elle est,
18:07c'est une forme de vérité comme ça
18:11qui est laissée indemne un peu.
18:14Et donc, on porte tout ça en nous.
18:17Et je pense que ce que Paola est venue voir
18:19à travers cette réserve,
18:20c'est cette partie-là d'elle aussi.
18:22– C'est à la fois inquiétant.
18:23Il est très difficile aujourd'hui de disparaître
18:25quand même à l'heure des réseaux sociaux,
18:26à l'heure de…
18:28Comment imaginer que cette femme va disparaître du monde ?
18:30On ne sait pas, d'ailleurs,
18:31on laisse la fin ouverte,
18:33on ne sait pas ce qui se passe réellement,
18:36mais…
18:36– Moi, c'est toujours plus…
18:37Enfin, pour moi, c'est toujours passionnant
18:39le travail autour d'une disparition
18:41parce qu'on a toute l'être…
18:44C'est comme dans la vie, en fait,
18:45chaque être nous résiste par son énigme,
18:47son mystère.
18:48Et donc là, le narrateur,
18:50il dispose des photos qu'elle a laissées
18:51du journal, qu'elle a laissées de la carte.
18:53– Oui, il y a des photos dans le livre, d'ailleurs.
18:54– Voilà, il y a plein d'indices
18:55à partir desquels il essaie d'imaginer
18:57ce qu'elle est devenue.
18:59Mais c'est toujours l'idée
19:00qu'il y a quelque chose
19:03de plus vaste que nous
19:06par quoi, à un moment,
19:07on se sent appelé.
19:07Il y a des moments de la vie
19:08où on ne se satisfait pas justement
19:10du confort, de cette clôture un peu de la vie.
19:12On a envie d'aller au-delà.
19:15Le livre de Yannick, je pense,
19:15parle de ça sans cesse.
19:17Il appelle ça, à un moment,
19:18la grande chose, je crois.
19:19– La grande chose.
19:20La grande chose est dans ce livre aussi.
19:22Moi, j'étais très frappé
19:23par les phrases,
19:25la sensorialité merveilleuse
19:26des phrases de Sylvain Prudhomme
19:28qui nous donnent à entendre
19:29et à voir quelque chose
19:31qu'elle seule voit.
19:32– Les animaux, les prédèves.
19:33– On n'est pas capable de voir.
19:33Quand on écrit,
19:34peut-être on voit un peu plus,
19:35quand on photographie aussi.
19:36Et il y a, vous parliez de,
19:38vous citiez le mot, indemne.
19:40Dans indemne, étymologiquement,
19:42je fais mon prof un peu.
19:43– Bien sûr, vous avez dit.
19:44– Dans indemne,
19:45mais ça m'amuse.
19:46Dans indemne, il y a nom d'année,
19:48c'est ce qui échappe à l'enfer.
19:49Et c'est tout à fait fascinant,
19:51par-delà le lac,
19:52il y a cette réserve qui est indemne
19:53parce qu'elle échappe
19:54à notre enfer contemporain.
19:56Elle, elle le sait,
19:56elle va rejoindre ce lieu
19:58qui, vous avez raison,
19:59est en chacun de nous,
20:00c'est un lieu irréductible.
20:01Où est-ce qu'il est placé ?
20:02Entre le cœur et la gorge ?
20:04– Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi
20:06un désir d'une certaine façon
20:08presque mortifère aussi ?
20:09C'est ce qui nous inquiète quand même
20:12dans cette héroïne.
20:13Vous ne l'avez pas senti comme ça, Yannick ?
20:14– Peut-être que la mort est un ravissement.
20:16Qui sait ?
20:17On verra.
20:18– Enfin, on verra.
20:18– C'était nul, c'était nul la frontière.
20:20– C'était nul, oui, bien sûr.
20:21– C'est ce qui est joli aussi.
20:22– C'est au-delà et de ce qui est perdre.
20:25– Mais vous, Yannick Enel,
20:26vous êtes plutôt un citadin.
20:27Enfin, un citadin.
20:28On voit bien que dans le livre,
20:29il y a des petites parties,
20:30il y a des petites portions de nature
20:31qui vous font respirer.
20:32Mais vous êtes plutôt un citadin.
20:34– Oui, parce que ce narrateur
20:36se projette plutôt grâce à la mystique.
20:39Il lit la mystique juive,
20:40il lit le Zohar.
20:42Il délire un peu sur le jardin d'Éden.
20:44C'est quelque chose de spirituel en lui.
20:46Mais un petit lopin de terre,
20:49un petit banc avec un merle
20:51qui passe, je raconte ça.
20:55Un ictus, ce petit oiseau bleu
20:57qui dit-on a traversé trois fois le paradis
21:00et qui passe au-dessus d'un tennis club.
21:02Ça suffit à sa joie, sa joie épiphanique.
21:06– Et c'est évidemment ce qui lui permet
21:07de tenir aussi dans ce métier difficile.
21:10– Mais c'est le mot tenir.
21:11Tenir, oui.
21:11– Et oui, ce qui lui fait tenir.
21:14Quand il est amoureux, ce prof, vous avez remarqué,
21:15il fait le meilleur cours.
21:17– Évidemment, il tient.
21:18– Voilà.
21:18– Il s'accroche aussi à l'autre.
21:20– Vous avez, vous, des souvenirs,
21:22j'allais dire, heureux d'élèves ?
21:24Puisque donc, on a compris que vous n'aviez
21:25pas complètement enseigné,
21:26même bien que vous ayez eu
21:28tous les diplômes nécessaires.
21:29– Alors, j'en ai.
21:30En fait, par le métier d'écrivain,
21:32finalement, on se retrouve assez souvent
21:33à voir des classes, à faire des ateliers.
21:35Et donc, c'était très, très…
21:39Moi, j'étais très ému dans le livre de Yannick
21:41par tous les moments où il raconte en détail,
21:44tu racontes en détail comment le prof s'embarque
21:50dans la folie de faire apprendre à toute la classe
21:51un poème de Nerval par cœur.
21:53– Qui vont finir par savoir, d'ailleurs.
21:55– Et donc, il y a plein de…
21:56Enfin, j'ai eu quand même parfois des moments comme ça
21:59où, parce que quand on arrive avec l'écriture,
22:02avec eux, on est un peu à un endroit différent,
22:04enfin, un peu déplacé.
22:05Et on s'ouvre des moments comme ça, en fait,
22:09qui sont quand même des moments de grâce.
22:11Il y a beaucoup de moments de grâce
22:12avec ce professeur, avec Jean Deschelles dans le livre.
22:14– Énormément.
22:16– Ça porte là-dessus, c'est pas aussi sur la grâce,
22:18le lit de Céline, c'est vrai, c'est juste.
22:20Mais on a ça encore, en fait.
22:23Le plus souvent, on ne se rend pas compte,
22:24et c'est aussi dans ce livre,
22:25enfin, avec d'autres moyens,
22:28comme ça, liés à l'étincellement des crêtes,
22:32à des sillons qui s'ouvrent autour d'un lac,
22:34dans une forêt de lianes.
22:36Au fond, c'est là, quoi.
22:38La présence est là, à chaque instant.
22:41– Oui, bien sûr.
22:42Si on s'arrêtait une seconde sur les questions de société,
22:45au fond, sur nos questions, comment vivons-nous ?
22:47– Est-ce qu'on n'est quand même pas inquiet sur l'état d'éducation aujourd'hui,
22:53en France ou dans les pays développés ?
22:54– Alors moi, ce qui m'inquiète, c'est plus la société elle-même,
22:58qui se laisse appauvrir par un langage qui est contrôlé,
23:02qui est de plus en plus plat.
23:03Et donc, les pauvres, c'est pas à l'école que le niveau baisse,
23:06c'est dans la société que le niveau baisse.
23:07– Je pense que c'est trop facile d'incriminer des jeunes gens
23:10qui, effectivement, apprennent ce qu'on leur apprend.
23:13Moi, je suis très inquiet, je trouve barbare,
23:16notre civilisation actuelle, qui n'aime plus le langage.
23:20Il faudrait inventer un nouvel amour du langage.
23:21C'est pour ça que la littérature, c'est si beau, au fond.
23:23– Oui, mais quand vous dites qu'elle n'aime plus le langage,
23:26c'est quoi ? C'est parce qu'il y a un raccourci de la pensée
23:28dans les échanges, j'allais dire, sur Internet, sur WhatsApp, etc.
23:32C'est comme ça qu'aujourd'hui, nous échangeons ?
23:35Vous avez le sentiment qu'aussi, c'est presque barbare pour vous ?
23:38– En tout cas, je trouve très juste ce que dit Yannick,
23:42sur le fait que l'école, c'est un symptôme
23:45de quelque chose de beaucoup plus général.
23:48Mais c'est vrai que, en tout cas, je pense qu'on est en train
23:52d'en prendre conscience, mais la considération qu'on a
23:56pour l'école, pour les enseignants, pour tout ce monde-là,
23:59elle est très, très insuffisante.
24:01Enfin, moi, je trouve, de toute façon générale,
24:02tous les gens qui prennent soin, tous les métiers du soin,
24:06tout ce qu'on appelle la main gauche, enfin, tous les métiers
24:09qui ont un rôle dans la société, pour les autres.
24:12– Qui prennent soin des autres, en fait.
24:13Tous ces métiers-là, ils ont beaucoup moins de valeur.
24:15Notre société commet l'erreur de…
24:17– Donc là, elle ne donne pas assez de valeur à ces professions-là.
24:20On voit d'ailleurs tous les jours les pompiers qui protestent,
24:23c'est vrai, ils s'inquiètent, et évidemment, il y a une réflexion.
24:28Vous, vous avez commencé à écrire, j'allais dire, très jeune,
24:31l'un et l'autre, enfin, dès la scolarité.
24:34– Oui, au lycée, maladroitement, de façon complètement inachevée et tout,
24:39mais oui, c'est à ce moment-là que ça se joue pour moi.
24:41Et si je n'ai pas enseigné, ensuite, c'est parce que je…
24:45Bon, j'avais passé la grecque pour un peu assurer mes arrières
24:48en cas d'un peu un deal avec mes parents.
24:50– Bien sûr.
24:50– Mais après, je voulais faire des petits boulots
24:53parce que je voulais me garder du temps pour écrire.
24:55Et je voyais bien que le métier de professeur, d'enseignant…
24:58– Ah ben, c'est très prenant.
24:59– Il est très prenant.
24:59– Il faut arrêter de dire que c'est des vacances.
25:01– Ah ben, voilà.
25:02– C'est un travail éreintant.
25:03– Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie.
25:04– Bien sûr.
25:05Correction de copie, préparation de cours,
25:06rapport avec les parents, avec les proviseurs…
25:08– Remise en question permanente de soi, ça prend du temps.
25:10Il faut quand même le dire.
25:11Vous avez écrit très jeune aussi.
25:12– Oui, aussi, au lycée, comme Sylvain,
25:14des poèmes gothiques, en écoutant The Cure.
25:18– Alors, voilà.
25:19Et pour retrouver la poésie, vous pouvez donc lire ces deux livres.
25:22Je le précise parce qu'il y en a beaucoup dans les deux livres.
25:25La solitude des professeurs est infinie,
25:27c'est vous, Yannick Enel chez Gallimard
25:28et Sylvain Prudhomme, de l'autre côté du lac.
25:31Évidemment, on vous souhaite, l'un et l'autre,
25:32d'avoir beaucoup de prix littéraires,
25:33mais vous êtes déjà bien partis.
25:35Et on s'en réjouit, évidemment.
25:36Quelques ouvrages aussi pour terminer cette émission.
25:38D'abord, La meilleure, d'Emmanuel Lambert.
25:41Alors, c'est un très joli livre.
25:42Pour que tu aies aussi de photographie, d'ailleurs,
25:44sur le thème de l'amitié.
25:46Alors là, ce n'est pas la solitude,
25:47c'est au contraire une jeune fille
25:48qui cherche son alter ego dans sa meilleure amie.
25:50Mais il y a aussi, bien sûr, depuis le collège,
25:53il y a quelques vicissitudes.
25:55Une toute petite fissure, ça c'est de Claire Grioua,
25:58aux éditions Quartier Libre.
26:00C'est le récit assez bouleversant d'une passion amoureuse
26:02qui parle de l'abandon des femmes.
26:04Et c'est malheureusement un sujet très prégnant.
26:07Elles sont abandonnées par leurs conjoints
26:09lorsqu'elles tombent malades,
26:10notamment les cancers du sein.
26:11Il y a une proportion, hélas, terrible
26:13de femmes qui se sont abandonnées à ce moment-là.
26:16Et puis, pour ma part,
26:17et ça ramène à votre sujet,
26:19chère Yannick Henel, bien sûr,
26:20et vous le connaissez,
26:20Mathieu Roger-Lacorque,
26:21qui est un jeune agrégé normalier,
26:23un professeur,
26:24qui lui, alors lui, explique,
26:26j'allais dire,
26:26il se félicite bien sûr d'enseigner,
26:28comme vous,
26:29mais il voit aussi les difficultés
26:31de la transmission de cette langue
26:33qui est notre socle commun.
26:34Et ça s'appelle
26:35Une langue à soie
26:37chez Stock,
26:38Mathieu Roger-Lacorque.
26:39Voilà.
26:40Merci infiniment
26:40d'avoir fait notre première émission.
26:43On en est très heureux.
26:44On vous souhaite plein de choses.
26:45Et on se retrouve très vite
26:46pour Au bonheur des livres.
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