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00:00France Info soir, l'invité, Agathe Lambret.
00:05Bonsoir Boris Balot.
00:06Bonsoir.
00:07Vous êtes député des Landes, président du groupe socialiste à l'Assemblée et candidat
00:10pour succéder à Olivier Faure à la tête du Parti Socialiste, on y reviendra.
00:13Les marchés européens ont dévissé aujourd'hui dans le sillage des hausses de droits de douane
00:17annoncées par Donald Trump, une politique qui pourrait coûter 0,5 points de croissance
00:22à la France, juge François Bayrou, le Premier ministre qui évoque aussi un risque de perte
00:26d'emploi absolument majeur.
00:28Est-ce que François Bayrou a raison ? Est-ce qu'il faut dire la vérité aux français
00:32et est-ce qu'elle est inquiétante ?
00:33Il faut toujours dire la vérité aux français et je crains en effet que le Premier ministre
00:38dise la stricte vérité parce que nous sommes à la veille d'un choc économique, d'une
00:44guerre économique et commerciale absolument considérable et sans précédent depuis je
00:48crois la seconde guerre mondiale.
00:50Trump finalement fait du Trump et chacun paraît s'en étonner, en particulier les
00:56chefs d'entreprises français qui avaient pu pour un certain nombre d'entre eux soutenir
00:59sa candidature et financer sa campagne, je conçois que le réveil soit extrêmement brutal.
01:04Vous voulez dire qu'on a été trop naïfs, trop faibles par rapport à Donald Trump et
01:07les patrons français en particulier ?
01:08Certains d'entre eux en tout cas, ceux qui ont financé sa campagne, il n'y a pas la
01:13peine que je fasse la liste, il fait partie de cela.
01:17Mais ce que l'on doit en effet dire aux françaises et aux français c'est que cette augmentation
01:24brutale des droits de douane sans discernement va provoquer en effet un ralentissement de
01:30l'économie américaine, de l'économie européenne, de l'économie mondiale, vraisemblablement
01:35une augmentation extrêmement forte de l'inflation et puis c'est quand même l'aventure parce
01:41que dans une chaîne de valeur, vous pouvez avoir des composants, des parties de la production
01:48qui sont fabriquées aux Etats-Unis, en Chine, en Europe ou ailleurs et la déstructuration
01:54peut être absolument considérable.
01:56Et face à cela, qu'est-ce que l'on doit faire ? Il y a deux écoles, négocier ou
02:00riposter, qu'est-ce qu'il faut privilégier face à Donald Trump ?
02:04Mais si nous avions le sentiment d'avoir en face de nous un président américain ouvert
02:11à la négociation, on pourrait faire le pari de la négociation.
02:14Sauf qu'en cette matière, comme en beaucoup d'autres, il est dans le coup de menton,
02:19il est dans la brutalisation et donc il est important que les Européens se fassent respecter,
02:27qu'ils défendent leur base industrielle dans une forme de symétrique.
02:31Est-ce qu'il faut s'en réjouir ? Non, je pense qu'en toute hypothèse cela va
02:36occasionner des dégâts économiques extrêmement importants sur nos entreprises, sur l'emploi
02:41en France et en Europe.
02:42Vous dites qu'il faut riposter ? La présidente de la Commission européenne, Ursula von der
02:46Leyen, a dévoilé un pan, un début de réponse de l'Union européenne aux Etats-Unis.
02:50Elle propose une exemption de droits de douane totale et réciproque sur les produits industriels.
02:56Est-ce que ça, par exemple, ça pourrait être une solution ?
02:58Je l'ai vu en rentrant dans votre plateau.
03:00Je crois savoir que les droits de douane sur les produits industriels de part et d'autre
03:04ne sont pas très élevés.
03:05Elle prend peut-être aussi le président Trump à son jeu et propose une négociation.
03:15Il est vraisemblable qu'il la refusera et qu'il continuera de façon obstinée à
03:22brandir et même à appliquer ces menaces.
03:25Ce qu'il faudra faire, en effet, c'est ne pas faiblir, ne pas trembler.
03:29Nous sommes un grand marché.
03:32Je le dis, il y aura des conséquences.
03:35Il y a au-delà de ça la question de notre souveraineté industrielle qui est importante,
03:41qui est un sujet à l'ordre du jour depuis maintenant bien longtemps.
03:43Moi, qui ai travaillé avec Arnaud Montebourg, je sais depuis longtemps, je pressens depuis
03:48longtemps non seulement ce que coûte la désindustrialisation, mais ce que coûte la perte de souveraineté.
03:53Aujourd'hui, on ne peut plus être dans la main des Indiens pour les médicaments, des
03:57Chinois pour les composants électroniques, de la Russie pour le gaz et des Américains
04:02sur un certain nombre de plans, notamment celui de la défense.
04:04Donc, il y a besoin de défendre cette base industrielle de France française et européenne.
04:09La difficulté, ce n'est pas le commerce mondial, c'est la déloyauté du commerce
04:13mondial.
04:14C'est la déloyauté de la mondialisation et là, en l'occurrence, c'est par ailleurs
04:17la brutalisation.
04:18Boris Vallaud, vous avez ciblé les patrons français tout à l'heure.
04:22Est-ce que le président a raison quand il demande aux grands patrons de suspendre leurs
04:26investissements aux Etats-Unis ?
04:27Oui, je pense qu'il y a une leçon que ces grands patrons doivent tirer de ce que nous
04:33sommes en train de vivre.
04:34C'est que la stabilité politique, le respect de l'ordre international, du multilatéralisme,
04:42du droit, de la réciprocité, ça a de la valeur économique.
04:45Et qu'en effet, ils sont appelés aujourd'hui au patriotisme économique.
04:48Mais qu'on ne prête pas même à un investissement de 20 milliards de dollars comme celui annoncé
04:52par l'armateur CMA-CGM.
04:53Vous dites aujourd'hui qu'il faut renoncer à cet investissement.
04:57Je crois que la priorité aujourd'hui, de la part d'un certain nombre de grands patrons
05:01de grandes entreprises françaises et européennes, c'est d'investir en Europe et de défendre
05:08la stabilité politique, démocratique et l'état de droit dans ce qui en est finalement
05:14peut-être le dernier rempart même si nous ne sommes protégés de rien.
05:18Une question sur l'Algérie.
05:20On a cité des signes d'apaisement entre Paris et Alger ces derniers jours.
05:24Jean-Noël Barraud, ministre des Affaires étrangères, s'est rendu sur place et a annoncé
05:27la volonté des deux pays d'entrer dans une nouvelle phase.
05:30Lundi dernier, c'était Emmanuel Macron qui échangeait par téléphone avec le président
05:33algérien.
05:34Comment vous analysez ce réchauffement ? Est-ce que c'est grâce au président qui
05:38a remis de l'ordre dans la relation franco-algérienne ?
05:40Ce dont nous pouvons être le témoin, c'est que les coups de menton, là aussi, du ministre
05:47de l'Intérieur, de Monsieur Retailleau, ont été moins efficaces que la diplomatie
05:52et le dialogue avec les autorités algériennes.
05:54Et si nous revenons à une situation apaisée, respectueuse d'ailleurs des engagements internationaux
06:00conclus par la France et l'Algérie, notamment en matière de réadmission puisque c'était
06:04l'un des sujets, tant mieux.
06:05C'est un désaveu pour Bruno Retailleau ?
06:07Oui, je crois que c'était un désaveu de sa méthode, c'était un désaveu de sa grande
06:13confusion puisqu'il mêle tous les sujets.
06:15Et de ce point de vue-là, évidemment, il faut, dans un même élan, demander la libération
06:20sans condition de Boilem-Sansalle.
06:21L'écrivain franco-algérien qui est retenu depuis le mois de novembre à Alger, est-ce
06:24que ce n'est pas aussi peut-être le signe que la fermeté de Bruno Retailleau a payé ?
06:29Est-ce que ce n'est pas légitime de la part du ministre de l'Intérieur de demander
06:31à Alger de respecter ses engagements et de récupérer ses ressortissants ?
06:34Que chacun respecte les engagements internationaux auxquels il est tenu, bien sûr, mais c'est
06:41aussi le travail de la diplomatie.
06:42Et je crois que la diplomatie a montré en la matière son efficacité, sa plus grande
06:47efficacité, que, je le dis, les coups de menton du ministre de l'Intérieur.
06:51Un rassemblement anti-Rassemblement National s'est tenu hier à la Place de la République
06:55à Paris à l'appel de la France Insoumise et des écologistes.
06:58Mais sans vous, les socialistes, pourquoi vous ne vouliez pas manifester avec Jean-Luc Mélenchon ?
07:02Peut-être d'abord parce que vous parlez de la manifestation contre le Rassemblement National.
07:08Vous devriez aussi souligner que le rassemblement de l'extrême droite en soutien à Marine
07:12Le Pen a été un fiasco.
07:14Et que le sujet principal, ce n'est pas la justice qui est sur le banc des accusés,
07:18c'est Marine Le Pen.
07:19C'est elle qui a été condamnée pour 4 millions d'euros de détournement de fonds publics.
07:22C'est d'abord ça qu'il faut dire.
07:23Et qu'affaiblir la démocratie, ce n'est pas des juges qui appliquent la loi et qui font
07:29respecter l'égalité devant la loi.
07:30C'est le fait de contester l'indépendance de la justice, que l'on remette les choses
07:33à l'endroit.
07:34On ne peut pas dire que le rassemblement des gauches en face était un succès.
07:37Vous n'étiez pas présent.
07:38Nous souhaitions participer à un rassemblement qui soit le plus unitaire possible.
07:42Il aura lieu le 12 avril prochain à l'instigation de nombreuses associations, d'organisations
07:49syndicales.
07:50Et nous y joindrons parce que la défense de l'état de droit est un impératif.
07:53C'est quoi ce qui s'est joué hier ?
07:56Est-ce que c'est le tableau de la recomposition de la gauche ?
07:58Les écologistes et les insoumis d'un côté, vous les socialistes de l'autre.
08:03Si demain il y avait eu une élection, vous ne repartiriez pas avec la France insoumise ?
08:06Je crois que la France insoumise ne repartirait pas non plus avec nous, puisque j'ai compris
08:10dans un certain nombre de déclarations que la France insoumise nous considérait comme
08:15enfermés dans une relation toxique.
08:16Vous avez observé ces dernières semaines, ces derniers mois, oui, il y a un divorce
08:22dont nous pouvons les uns et les autres faire le constat.
08:23Mais nous construirons l'union de la gauche qui est nécessaire avec tout le reste des
08:28forces de gauche.
08:29Et nous discutons avec les écologistes, nous travaillons avec les communistes, comme nous
08:32travaillons avec Place Publique.
08:34Ce qui est particulièrement nécessaire, je dois vous le dire, c'est de battre le
08:37Rassemblement National dès le premier tour.
08:39Parce que je vois l'union des droites se faire sous nos yeux, dans l'hémicycle,
08:42et je crains que le front républicain, qui a tenu l'extrême droite à l'écart du
08:47pouvoir, ne se reproduise pas au second tour.
08:49Donc la question de l'unité des socialistes pour faire l'unité de la gauche, de Ruffin
08:53à...
08:54Justement, François Ruffin, il se dit déterminé à être candidat à la présidentielle.
08:58Il estime avoir une légitimité pour représenter la gauche.
09:00Est-ce que vous pourrez être votre candidat ?
09:02Mais écoutez, vous savez pourquoi je me bats aujourd'hui ? C'est pour que le Parti Socialiste
09:07soit capable d'aligner une ou un candidat avant de rentrer en discussion avec tout le
09:11reste de la gauche pour faire cette union de la gauche.
09:13Et ça, ça demande un travail, d'abord, des socialistes eux-mêmes.
09:16Mais vous n'êtes pas opposé par le principe au fait que carrément les socialistes représentent
09:19les socialistes ?
09:20A partir du moment où je dis que nous cherchons un candidat commun, et je crois, par notre
09:23travail, par la puissance de nos idées, par notre centralité à gauche, que ce candidat
09:27ou cette candidat peut être socialiste, ça ne nous dispense pas d'un dialogue avec
09:30d'autres et d'accepter peut-être l'augure que d'autres soient meilleurs que nous.
09:34Mais autorisez-moi à penser que les socialistes sont capables de ce redressement et de conduire
09:41plus tard cette campagne.
09:42Mais quel est votre plus-value ? Parce que vous avez lancé hier votre campagne pour
09:45la tête du parti.
09:47Qu'est-ce qui vous distingue d'Olivier Faure ? Si vous deviez résumer en une phrase simple.
09:51Très clairement, très clairement.
09:52D'où parlez-vous ?
09:53Très clairement, moi je suis celui qui peut rassembler tout le monde.
09:56D'abord parce que les conflits des uns et des autres qui nous ont déchirés il y a
10:01deux ans à Marseille ne sont plus d'actualité.
10:04Ils ne rassemblent pas Olivier Faure, Boris Vélan ?
10:07Ils rassemblent une partie des socialistes, d'autres se rassemblent entre eux.
10:11Moi, je veux être le lien entre tous parce que je crois que l'unité des socialistes,
10:15elle est impérative.
10:16Et je ne veux pas revivre des guerres d'intestines alors que c'est l'extrême-droite qui nous
10:19menace.
10:20Et puis par ailleurs, je crois faire partie aussi de ceux qui sont capables de mettre
10:24le parti au travail.
10:26On a à travailler.
10:27Mais il faut le faire plus encore et être identifié.
10:28Être capable de dire ce que nous sommes, ce que nous voulons et pour qui nous nous
10:32battons.
10:33C'est le devoir du Parti Socialiste de dire qu'il se bat pour les classes populaires,
10:35pour les classes moyennes, pour celles et ceux qui n'ont que leur travail pour vivre.
10:38Pas pour en parler qu'à elles mais comme condition pour en parler à tous.
10:41Voilà le projet du Parti Socialiste.
10:43Avec un candidat socialiste en 2027 ou pas ?
10:45Je n'ai pas bien compris votre réponse.
10:46Écoutez, je le souhaite et je pense que...
10:48Donc pas François Ruffin ?
10:49Mais non, mais je dis que nous avons besoin à la fois d'une affirmation du Parti Socialiste
10:53et de l'Union de la Gauche.
10:55Est-ce que nous sommes capables les deux ?
10:56Je le crois.
10:57Il y a ceux qui font le choix de l'Union sans les socialistes, des socialistes sans
11:01l'Union.
11:02Moi, je veux les deux.
11:03On voit que c'est compliqué.
11:04Vous êtes assez occupé à votre congrès, à cette redéfinition de la gauche.
11:07Non, on n'est pas occupé qu'à ça.
11:08Vous savez, on est occupé à se battre.
11:09Mais justement, ce n'est pas le moment de censurer le Premier ministre ?
11:11Vous n'avez trop pas fait.
11:12Je dois dire qu'il nous donne plus souvent qu'à son tour des occasions de le faire.
11:15Mais vous ne le faites pas pour l'instant.
11:16Et à notre tour, régulièrement, nous le rappelons à l'ordre.
11:20Lorsqu'il parle de submersion migratoire, lorsqu'il désorganise le conclave que lui-même
11:27a mis en place.
11:28Donc, je crois que nous sommes dans un moment où, en toutes choses, nous devons peser
11:32ce que nous faisons.
11:33Et le Premier ministre doit penser qu'après lui, la réaction peut utiliser contre la
11:38République les armes de la République.
11:39Donc, on doit être sans faille et sans nuance dans sa défense de l'ordre républicain,
11:45du respect du droit.
11:46Vous avez sincèrement à l'espoir, Boris Vallaud, pardon, vous n'avez pas censuré
11:49le Premier ministre parce qu'il a lancé ce conclave sur les retraites, vous avez
11:52sincèrement un espoir qu'il aboutisse à une solution convenable pour vous ?
11:58Je l'espère, je le souhaite.
12:00Et tant qu'il y aura encore de la négociation et de la discussion, il faut la soutenir.
12:06Parce qu'il y a dans cette histoire de réforme des retraites, à la fois la réparation
12:10d'une injustice sociale, c'est d'abord les carrières longues, les carrières hachées
12:15qui sont fragilisées et défavorisées par cette réforme.
12:18Mais il y a aussi une réparation démocratique.
12:20Un âge de départ à 63 ans, ça pourrait vous satisfaire ?
12:23Mais attendez, moi je ne veux pas préjuger de ce que vont dire les partenaires sociaux.
12:26Nous, ce qu'on veut, c'est 62 ans.
12:2862 ans, la prise en compte de la pénibilité.
12:30Il y a 5 à 6 ans de différence d'espérance de vie entre un cadre et un ouvrier.
12:34Il faut y aller, c'est quand même un petit sujet.
12:36Merci Boris Vallaud, président du groupe Socialiste à l'Assemblée et candidat pour
12:40succéder à Olivier Faure.
12:41Et merci Agathe Lambret.
12:42On se retrouve à 20h pour les informer.
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