00:00L'invité de Smart Impact, c'est Lucille Deschamps, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes déléguée générale en charge des programmes Égalité des chances
00:12à la Fondation Culture et Diversité, fondation d'entreprise de FIMALAC, la holding de Marc
00:18Ladret de Lacharrière.
00:19C'est quoi la mission de cette fondation ?
00:20Alors cette fondation, effectivement, elle a été créée en 2006 par Marc Ladret de
00:23Lacharrière et elle a pour objectif d'aider des jeunes qui sont issus de milieux modestes
00:28à accéder aux arts et à la culture et à accéder aussi aux études artistiques et
00:33culturelles.
00:34Et donc pour ça, on a deux axes d'action, à la fois la cohésion sociale et puis l'égalité
00:37des chances dont je suis plus particulièrement en charge.
00:40Ce n'est pas le boulot de l'éducation nationale ?
00:42Alors l'éducation nationale nous aide puisque, effectivement, on est en partenariat avec
00:46le ministère de l'éducation nationale qui va cibler en fait les lycées dans lesquels
00:51on intervient pour informer les jeunes de l'existence de ces écoles qui sont des écoles
00:58qui sont sous l'égide du ministère de la culture.
01:01Et donc on travaille main dans la main avec le ministère de l'éducation nationale et
01:05les professeurs qui vont aller cibler les jeunes qui sont particulièrement intéressés
01:09par ces études.
01:10Quel bilan on peut faire ? Ça fait quoi ? Quasiment deux décennies.
01:12Alors un bilan plutôt positif, effectivement.
01:16Nous on aide des jeunes donc déjà à s'informer sur ces écoles-là.
01:20Donc il y a environ 36 000 jeunes qui ont été informés et sensibilisés sur l'existence
01:24de ces écoles.
01:25C'est vraiment la première des discriminations, savoir que ces écoles existent, peut-être
01:31arriver à briser quelques idées reçues sur ces écoles-là et donc 36 000 jeunes
01:36ont été informés.
01:37Ensuite, la deuxième partie de notre action, c'est vraiment la préparation au concours.
01:42Et donc pour ça, ils vont passer du temps dans les écoles et donc là on a à peu près
01:453 000, un petit peu plus de 3 000 jeunes qui ont passé du temps dans ces écoles pour
01:49mieux les comprendre justement.
01:52Avant de passer le concours.
01:54Exactement.
01:55Ça rentre dans la préparation du concours.
01:56C'est exactement ça.
01:57Donc en fait, on travaille main dans la main avec les écoles, on sélectionne les jeunes
02:01qui ont envie de rentrer dans ces écoles et donc ils vont passer un temps d'immersion
02:06au sein des écoles, que ce soit les écoles d'Art & Design, les écoles d'Architecture,
02:10l'école du Louvre, la Fémis.
02:11Et donc ils vont pouvoir en comprendre vraiment la pédagogie.
02:15C'est vraiment l'idée de ces temps d'immersion, rencontrer des étudiants, donc leur poser
02:19des questions aussi, comprendre les attendus du concours et donc ça c'est vraiment important
02:24aussi pour justement, encore une fois, renforcer la confiance en eux de ces jeunes et donc
02:30sur ces 3 000, un petit peu plus de 3 200 jeunes qui ont passé ces temps-là, on a
02:36un jeune sur deux qui réussit les concours.
02:39Donc on est au-dessus en fait du taux national de réussite pour les concours.
02:45Si on regarde les statistiques, l'origine des élèves des grandes écoles, alors ce
02:51n'est pas seulement les grandes écoles de la culture, c'est 65% d'origine très
02:56favorisées et 8% d'origine défavorisée.
02:59Déjà, est-ce que c'est vrai aussi pour les écoles de la culture ? Parce que je me
03:03suis dit qu'il y avait peut-être moins d'auto-censure sur ces métiers-là, je suis peut-être totalement
03:08à côté de la plaque en disant ça.
03:09Alors, force au contraire, il y a beaucoup de jeunes qui se disent « ce n'est pas
03:12pour moi, je n'ai pas le réseau pour évoluer dans ce secteur-là, qu'elles vont être
03:17les débouchées aussi.
03:18» Je pense que c'est des jeunes qui sont issus de milieux modestes, les parents s'inquiètent
03:21aussi des débouchés et donc nous on est là pour arriver à casser un peu les idées
03:25reçues, l'auto-censure aussi, le déterminisme social qui existe encore.
03:29Et donc oui, il y a encore de l'auto-censure sur ce genre d'école comme d'autres écoles
03:38supérieures.
03:39Est-ce que c'est une méconnaissance ? Je pense par exemple à tout l'univers du dessin,
03:45du dessin animé et du jeu vidéo dans lequel les Français sont parmi les meilleurs au
03:50monde à la fois en créativité et puis même en capacité de production, en secteur industriel
03:58pour simplifier.
04:00Est-ce que c'est connu ça ?
04:01Alors non, c'est effectivement peu connu le fait que les Français soient à la pointe
04:06effectivement.
04:07Des jeunes en général et des plus âgés aussi.
04:10L'âge moyen d'un joueur aujourd'hui c'est plutôt 45 que 25.
04:13Alors c'est pas toujours connu.
04:15Pour tout vous dire, nous on travaille peu avec ces écoles-là parce que c'est des écoles
04:18privées.
04:19Nous on travaille surtout avec les écoles publiques effectivement mais développer un
04:22partenariat autour du jeu vidéo nous intéresserait aussi.
04:25On travaille avec une école privée qui est l'Institut français de la mode qui est la
04:28plus grande école de mode et donc développer des partenariats autour de certaines écoles
04:34privées peut être intéressant.
04:36Effectivement c'est des secteurs dans lesquels il y a des débouchés.
04:39C'est un secteur qui en ce moment a quelques difficultés mais en tout cas il y a des débouchés
04:44dans les studios.
04:46On espère que c'est temporaire, que l'intelligence artificielle ne va pas raser le secteur.
04:50Sur le bilan encore, parce que vous l'avez évoqué, est-ce que la diversité d'origine
04:59finalement, puisqu'on en revient quand même aussi à ça, vous l'avez vu progresser dans
05:04les écoles en question depuis 20 ans ?
05:06Notamment grâce à votre action.
05:08Oui, notamment grâce à notre action.
05:09C'est l'idée aussi de se dire comment les programmes de la Fondation Culture et Diversité
05:13viennent faire bouger aussi les écoles de l'intérieur.
05:15Et donc comment on devient aussi plus accueillant peut-être pour des jeunes qui viennent d'horizons
05:20différents.
05:21Il peut y avoir une certaine violence symbolique aussi arrivée dans des écoles et donc les
05:27écoles bougent aussi vraiment de l'intérieur et donc on voit la diversité augmenter.
05:35Alors évidemment, je pense que c'est un travail toujours à recommencer puisque les
05:39idées reçues se perpétuent d'année en année et donc notre travail est toujours
05:44pertinent aujourd'hui.
05:45Un jeune éloigné de la culture, ça peut être un rural.
05:48Ah mais bien sûr.
05:49Non mais alors nous, on a...
05:50Non mais juste pour sortir là aussi des clichés et des idées reçues.
05:54Complètement.
05:55Nous, on intervient effectivement dans des lycées qui sont assez enclavés et c'est
06:00vraiment l'idée que les écoles aillent se déplacer sur les territoires et les territoires
06:04ruraux notamment.
06:05Et donc la diversité, on l'entend dans toute son acception, c'est-à-dire une diversité
06:08sociale, culturelle, économique, géographique.
06:11Et donc on s'adresse évidemment aussi à des jeunes issus de milieux ruraux.
06:17Alors on va prendre un exemple, c'est le nombre de lycéens sélectionnés cette année,
06:21je crois qu'il y en a 185.
06:23Alors vous les accompagnez pendant combien de temps avant un concours ? Vous avez commencé
06:29à répondre à la question mais où ils en sont là, ce groupe-là ?
06:34Là, c'est un moment particulier pour eux parce qu'ils sont en plein vœu parcours
06:38sup.
06:39Donc il y a une tension aussi qui est particulièrement présente.
06:43Donc ils ont été effectivement, ils ont postulé pendant leur premier semestre de
06:48terminale.
06:49Ils ont été sélectionnés, ils ont passé en février par petits groupes de 30 ou de
06:5315 une semaine en immersion dans les écoles.
06:56Donc c'est l'école du Louvre, l'INA, l'Institut français de la mode, les écoles d'architecture
07:02que ce soit à Rennes, à Lille ou les écoles d'art et design que ce soit à Nîmes ou
07:06à Caen.
07:07On tourne chaque année pour vraiment une diversité aussi de représentation du territoire.
07:11Et donc pendant ces semaines, ils ont à la fois compris la pédagogie du concours, rencontré
07:17des étudiants, des professionnels, fait des visites.
07:19Ils sont allés visiter la Villa Cavoura proche de Lille, ils sont allés visiter le Mont-Saint-Michel
07:25proche de Rennes.
07:26Et donc là, on leur a donné en tout cas toutes les clés, on les a aussi peut-être
07:30fait monter à la fois en compétences mais aussi en assurance, en confiance en eux, pour
07:35pouvoir se dire c'est possible.
07:37Et donc là, on va les accompagner justement durant la phase parcoursup, donc on les met
07:42en relation avec des jeunes qui sont déjà rentrés en école et qui font partie du réseau
07:46maintenant puisque depuis effectivement 20 ans, il y a pas mal de jeunes qui font partie
07:51de ce réseau-là.
07:52L'importance des rôles modèles ?
07:53Exactement.
07:54Ça, c'est très important puisque pendant les stages, ils ont pu rencontrer des jeunes
07:58qui étudient actuellement dans ces écoles et qui sont passés comme eux par ces programmes
08:02égalité des chances.
08:03Donc là, ils vont passer parcoursup, on les défraie pour aller passer les euros puisqu'ils
08:09doivent se déplacer et puis on paie aussi leur vœu parcoursup.
08:12Et puis ensuite, l'idée c'est qu'on va les accompagner pendant toute leur scolarité
08:17parce qu'il ne suffit pas d'avoir le concours, il faut pouvoir aussi avoir les moyens.
08:21Donc s'ils réussissent le concours, ça veut dire que vous allez les aider à se loger ?
08:25Exactement.
08:26Donc s'ils viennent notamment à Paris, on a un partenariat avec le CRUZ de Paris qui
08:29nous permet d'avoir des logements bloqués pour les jeunes qui réussissent les concours
08:33et qui viendraient quitter Paris.
08:34Parce que ça, ça peut être un frein ?
08:35Complètement.
08:36C'est-à-dire que certains ne vont même pas s'inscrire en disant de toute façon je ne
08:38pourrais pas me payer un logement à Paris ?
08:40C'est ça.
08:41Et c'est donc important de leur dire dès le temps de préparation que l'accompagnement
08:46de la fondation sera là pour les aider.
08:48On va leur donner des bourses également, des bourses d'aide à l'achat de matériel,
08:51des bourses pour se loger, des bourses de mobilité pour partir en Erasmus.
08:58Est-ce que ça va jusqu'au premier job ? Est-ce que l'accompagnement s'arrête quand même ?
09:01Ça y est, ils ont trouvé un premier boulot.
09:03On ne s'arrête jamais.
09:04Ah bon ?
09:05Non, l'idée c'est vraiment de les accompagner pendant leurs études mais après, pendant
09:07leur insertion professionnelle.
09:08Mais pourquoi ?
09:09Tendanciellement, ils vont manquer aussi des réseaux.
09:11C'est-à-dire qu'on va essayer…
09:13Même s'ils se sont créés un réseau à l'école ?
09:15Oui, mais quelquefois ça ne suffit pas complètement et puis il y a aussi quelquefois un sentiment
09:22d'illégitimité qui continue à être là et donc nous on va les accompagner pour briser
09:26ce sentiment-là.
09:27Donc on leur propose à la fois des premiers jobs, des premiers stages aussi.
09:31On va les mettre en relation avec des mentors, et ça c'est important, des mentors qui sont
09:35à la fois issus des jeunes mais aussi issus des partenaires, de nombreux partenaires d'institutions
09:42culturelles, notamment parisiennes, avec le musée d'Orsay, le Palais de Tokyo, etc.
09:46On a des partenariats.
09:47On va les aider aussi à faire des résidences, c'est important, notamment pour les artistes
09:51plasticiens ou les artistes visuels.
09:53Donc on a des résidences à la fois à la Villa Médicis, à la Villa Noailles, et puis
09:57on va les aider à se faire du réseau et puis à diffuser aussi leurs créations autant
10:04que faire se peut.
10:05Et puis ensuite, il y a la dernière étape, c'est la cinquième, et là c'est vraiment
10:09les plus anciens qui vont s'engager en faveur des plus jeunes, qui vont revenir dans leur
10:14lycée, qui vont accompagner les jeunes pendant Parcoursup, on en parlait, qui vont proposer
10:19des emplois.
10:20Et donc l'idée c'est vraiment un cercle vertueux, on va boucler la boucle, et donc
10:24faire en sorte que les plus anciens puissent redonner ce qu'ils ont reçu.
10:28Merci beaucoup Lucile Deschamps et à bientôt sur Be Smart For Change.
10:32On passe tout de suite à notre débat, la taxe de solidarité sur les billets d'avion.
10:36En question.
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