00:00Bonjour Annie Gennevard, la loi d'orientation agricole a été donc adoptée hier soir au Sénat.
00:07Est-ce l'assurance d'une ouverture du Salon de l'agriculture, un peu plus calme et tranquille que l'an dernier,
00:11où on se souvient tous de cette image d'Emmanuel Macron chahuté, sifflé pendant de longues heures ?
00:16Je le crois, je l'espère, le monde agricole a besoin de prendre une respiration, il aspire au calme
00:24et puis je l'espère aussi parce que ce Salon de l'agriculture, vous le savez, c'est un grand moment pour les Français.
00:31Ils s'y pressent très nombreux, ils sont heureux de côtoyer les agriculteurs, de voir leur production, leurs animaux.
00:38L'engouement des Français pour le Salon de l'agriculture, c'est une grande fête populaire qu'il ne faut pas gâcher.
00:45Justement dans cette loi, ce texte, l'agriculture est reconnue comme intérêt général pour la nation,
00:50la réglementation y est aussi simplifiée, cette loi ne fait-elle pas la part belle à un modèle productiviste ?
00:57Alors je m'inscris en faux, c'est effectivement la critique que certains professent et c'est profondément injuste.
01:05Oui, les agriculteurs produisent, il faut réhabiliter l'acte de production, d'autant que nous sommes dans un monde qui est instable
01:14et finalement, reconquérir notre souveraineté alimentaire suppose effectivement de produire.
01:20Sinon, quelle dette alimentaire va-t-on laisser à nos enfants ? Qu'est-ce qu'il y aura comme alimentation dans l'assiette de nos enfants ?
01:27Donc oui, la France, grande puissance agricole, doit reconquérir son alimentation.
01:33Il y a trop de secteurs dans lesquels nous sommes aujourd'hui en déficit de production.
01:38On peut produire, on doit produire davantage, sans pour autant sacrifier à la biodiversité, au respect de l'environnement ou je ne sais quoi.
01:47Produire, mais on vient de l'entendre avec Axel de Tarlay, quand on voit la concurrence sur la tomate avec un coût de main d'oeuvre
01:53notamment 18 fois moins cher au Maroc qu'en France, comment le producteur de tomates en France peut résister ?
02:00Alors, le Maroc est l'invité de la France pour ce salon, confirmant ainsi sa vocation internationale.
02:07Nous recevrons plus de 30 ministres et délégations étrangères. Il y a un rayonnement français de son agriculture.
02:14L'agriculture française exporte et elle importe aussi.
02:18On importe un légume sur deux en France ?
02:20Alors, on importe trop. On importe trop en volailles, en fruits, en légumes, c'est certain.
02:26Et la question de la tomate est en effet un irritant.
02:28Quel outil donner au producteur de la tomate ?
02:30C'est un irritant entre la France et le Maroc, puisque l'accord qui a été conclu autrefois disait que
02:36le Maroc exporterait chez nous des tomates à un moment où nous ne pouvons plus les produire.
02:41Or, aujourd'hui, l'importation des tomates marocaines se fait toute l'année.
02:46Donc, lorsque le président de la République est allé au Maroc, j'ai rencontré mon homologue marocain,
02:53je lui ai dit que c'était un irritant et les filières françaises et marocaines ont recommencé à se parler
02:59pour voir les points des accords qui sont connus, mais surtout comment on peut en sortir.
03:05Des barrières douanières, là aussi ?
03:06Alors, des barrières douanières quand il y a des accords, c'est compliqué,
03:11mais il faut lutter contre une concurrence qui est déloyale, rétablir des relations équilibrées.
03:17C'est pour ça d'ailleurs qu'on se pose au Mercosur, parce que l'accord est très déséquilibré
03:22et se fait au désavantage de nos propres producteurs.
03:25Oui, donc, il faut réhabiliter l'acte de produire, c'est la noblesse du métier d'agriculteur.
03:31Vous parliez de la souveraineté alimentaire, est-ce que la souveraineté alimentaire
03:35est justement compatible avec l'environnement ?
03:38Mais bien sûr, opposer agriculture et environnement n'a pas de sens.
03:43D'ailleurs, les agriculteurs en sont parfaitement conscients, ils travaillent avec le vivant.
03:48L'agriculture, c'est le métier du vivant, donc ils ont intérêt à protéger leurs outils de production.
03:55Le sol, la qualité des productions, l'agriculture française est une des plus vertueuses du monde.
04:01Elle est soucieuse de la qualité de ses productions, de la qualité de son environnement.
04:06Il y avait un message à faire passer quand, par exemple, aujourd'hui on peut détruire une haie,
04:10c'est dans la loi, et payer une simple amende, par exemple, de 450 euros.
04:14C'est des choses, il fallait donner ces signes-là aujourd'hui aux agriculteurs.
04:17La haie, c'est un lieu où se développe la biodiversité.
04:22Elle est utile et on en replante massivement.
04:25Dans le budget, cette année, il y aura 20 millions supplémentaires donnés à la replantation des haies.
04:31Les agriculteurs en sont conscients.
04:34Simplement, autrefois, quand ils détruisaient une haie pour en replanter ailleurs,
04:42ils étaient possiblement soumis à des peines pénales très lourdes de prison et des peines financières très lourdes.
04:51C'est simplement un rééchelonnement des peines.
04:54La dépénalisation qui est dans la loi d'orientation agricole, c'est pour les atteintes non intentionnelles et non irrémédiables à l'environnement.
05:03C'est ce qui fait débat aussi ?
05:04Ça fait débat. C'est la réglementation européenne.
05:09On est simplement revenu à un quantum de peine qui est conforme à la réglementation européenne.
05:14Donc, ça n'est pas un droit à détruire, comme je peux l'entendre, de ceux qui sont dans une approche idéologique.
05:20Oui, les agriculteurs sont respectueux de l'environnement parce que c'est leur outil de travail.
05:26Autre sujet d'inquiétude, les négociations avec la grande distribution qui doivent se terminer d'ici normalement le 1er mars.
05:32Malgré les lois EGalim, les revenus des agriculteurs restent globalement assez faibles.
05:37Vous avez parlé de dysfonctionnement dans les relations entre agriculteurs, producteurs et des grandes surfaces.
05:42Vous pensez à qui en particulier ?
05:45Je pense qu'on est dans un moment de tension, de négociation entre la grande distribution et le monde de la transformation, l'agroalimentaire.
05:57J'aspire à ce que chacun puisse tirer un juste revenu. C'est une question d'équilibre.
06:07Comme son nom l'indique, il y a les producteurs, il faut donc protéger la rémunération des producteurs.
06:15Il y a les transformateurs, ceux qui transforment la matière première et qui ont toute leur place dans la chaîne alimentaire française.
06:23Et puis il y a le monde de la distribution, très important aussi.
06:27Donc chacun doit trouver son compte dans ses relations.
06:30Or aujourd'hui, ce que je constate, ce que j'entends, c'est que les relations sont très tendues entre l'agroalimentaire et le monde de la distribution.
06:41Et j'appelle chacun évidemment à non seulement un apaisement, mais aussi à ce que chaque partie de cette chaîne alimentaire puisse être justement rémunérée.
06:53Les négociations vont bientôt s'achever. Peu de contrats ont été signés.
07:00Donc c'est un sujet de préoccupation, c'est un sujet d'inquiétude.
07:04Justement, l'inquiétude se traduit parfois aussi dans les urnes.
07:07La coordination rurale a remporté 14 chambres d'agriculture.
07:11La proximité entre la coordination rurale et le Rassemblement national est connue.
07:15Est-ce que ça change les choses pour vous en tant que ministre de l'Agriculture dans les discussions avec vos interlocuteurs ?
07:21D'abord, ces élections dans les chambres d'agriculture, ça a été un moment de démocratie agricole où les agriculteurs se sont prononcés.
07:29Donc on ne peut que se réjouir que ces élections se soient correctement déroulées.
07:34Elles ont modifié certains équilibres, c'est vrai.
07:37De mon point de vue, moi, j'ai toujours reçu tout le monde.
07:41Il y a cinq formations syndicales.
07:44Je parle absolument avec tout le monde.
07:46Ça me semble essentiel.
07:47C'est une question de respect.
07:49Tous n'ont pas la même vision de l'agriculture.
07:51Il y a des visions conquérantes de l'agriculture.
07:54Il y a des visions plus protectionnistes de l'agriculture.
07:57Mais chacun, moi, je tire toujours beaucoup d'enseignements et beaucoup d'enrichissement de ces conversations que je peux avoir avec les syndicats.
08:05Maintenant, comme j'ai toujours parlé avec eux, je vais continuer naturellement.
08:09Ils vont être reçus par le président de la République avant l'inauguration du Salon.
08:16Et puis, j'irai les visiter sur leur stand, comme je les reçois à mon ministère régulièrement,
08:21notamment pour le grand travail de simplification que je fais avec eux.
08:25Une dernière question très rapide.
08:26Vous êtes ministre de l'Agriculture, aussi secrétaire générale par intérim des Républicains.
08:30Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau se disputent déjà la tête du parti.
08:34Le match est lancé.
08:35Certains parlent de guerre des chefs.
08:37C'est ce que vous craignez ?
08:39Je pense qu'un parti comme les Républicains ne doit pas craindre une élection,
08:46des élections pour la présidence de notre parti ou pour les primaires de l'élection présidentielle.
08:52Nous en avons connu et très disputé avec des personnalités fortes de premier plan.
09:00Donc, moi, je crois qu'il n'y a rien par principe à redouter d'une élection menée au sein des Républicains pour la présidence de notre mouvement.
09:08Cette présidence, elle doit faire l'objet d'une élection.
09:10C'est important.
09:12Et je connais bien, évidemment, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez.
09:16Vous ne croyez pas à une lutte fratricide entre les deux ?
09:18Est-ce que vous en soutenez un en particulier ?
09:20Il ne faut pas que cette lutte soit fratricide parce que, d'abord, ils s'abîmeraient eux-mêmes.
09:25Ils se déconsidèreraient aux yeux de nos adhérents qui détestent la guerre des chefs.
09:30Donc, on peut être en compétition électorale sans se faire la guerre.
09:34Moi, comme secrétaire générale, je dois veiller dans la neutralité de ma fonction.
09:38Est-ce que les choses se passent bien ? Je m'y emploierai.
09:40Merci beaucoup et bonne journée.
09:42Merci à toutes les deux.
09:44Merci également à Virginie Milliat pour la traduction en langue des signes.
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