- il y a 2 ans
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00:00Et bienvenue dans Les Informer de France Info, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité
00:10jusqu'à 9h30.
00:11Bonjour Antoine Comte.
00:12Bonjour Benjamin.
00:13Bonjour à tous.
00:14Avec nous ce matin également à Street de Villene, journaliste politique et productrice
00:16sur France Culture.
00:17Bonjour.
00:18Bonjour.
00:19Benjamin Morel, maître de conférence en droit à Paris Panthéon, à SASS et docteur
00:21en sciences politiques à l'ENS Paris-Saclay.
00:23Bonjour.
00:24Bonjour à vous.
00:25Et pendant que François Bayrou se débat avec l'affaire Betarame, Emmanuel Macron
00:29lui revient sur le devant de la scène politique, porté par ce qui se joue en ce moment en
00:34Ukraine, les négociations de paix.
00:36Et c'est ce qu'on va tenter d'analyser ce matin, Antoine, comment le président tente
00:40de s'imposer dans la politique nationale.
00:42Oui, Emmanuel Macron a décidé de prendre très au sérieux ce qu'il appelle la menace
00:46existentielle russe, après son mini sommet informel à l'Elysée en début de semaine
00:50avec les principaux poids lourds de l'Union Européenne, pour élaborer une stratégie,
00:54une posture commune de renforcement de notre défense européenne, voire de carrément créer
00:59une force militaire européenne, avec peut-être le concours du Royaume-Uni.
01:02Le chef de l'État a reçu hier les chefs de partis.
01:05Objectif officiel de ce retour des rencontres au format dit de Saint-Denis, informer ses
01:10partenaires politiques, mais aussi les oppositions, les responsabiliser face au risque majeur
01:14d'une entente mortifère Trump-Poutine pour mettre un terme à la guerre en Ukraine dans
01:19le dos des Ukrainiens et sans concerter les Européens.
01:22Objectif, Benjamin, plus officieux, revenir aussi dans le jeu politique national et s'adresser
01:28directement à la nation via les réseaux sociaux, sans passer forcément par les canaux
01:33médiatiques traditionnels, habituels, comme par exemple, pas plus tard qu'hier soir, avec
01:37ce qu'il a appelé une conversation avec les Français, où il a répondu à des questions
01:41d'internautes sur la sécurité en Europe.
01:44Écoutez, Emmanuel Macron, il a même détaillé les conseils qu'il pourrait donner à Donald
01:48Trump lorsqu'il va le rencontrer à Washington lundi.
01:50Et donc ce que je vais faire, c'est je vais lui dire, au fond, tu ne peux pas être faible
01:57face au président Poutine.
01:59Ce n'est pas toi, ce n'est pas ta marque de fabrique.
02:01Ce n'est pas ton intérêt.
02:04Comment ensuite être crédible face à la Chine si tu es faible face à Poutine ?
02:07Le président ukrainien, il a été élu par des élections libres en Ukraine.
02:10Ce n'était d'ailleurs pas du tout le favori.
02:12Je m'en souviens comme c'était hier.
02:14Et donc lui, c'est un président élu d'un système libre.
02:18Ce n'est pas le cas de Vladimir Poutine, qui tue ses opposants et qui manipule ses
02:22élections depuis longtemps.
02:23Benjamin, m'aurait la mot sur le format de cette allocution, allocution 2.0 quasiment,
02:28parce qu'on parle d'un sujet grave, sérieux, la défense sur les réseaux sociaux, à un
02:33public qu'on ne connaît pas bien finalement.
02:35Oui, et c'est quelque chose dont Emmanuel Macron est un peu coutumier.
02:38Alors, pas forcément sur des sujets de défense, mais il a très, très bien compris que à
02:41travers les réseaux sociaux, il pouvait construire ou tenter de construire une relation des intermédiaires
02:46avec les Français.
02:47Alors, il ne faut pas non plus se mentir.
02:48Tous les Français ne sont pas sur les réseaux sociaux et tous les Français n'assistent
02:51pas à ce type de conférences, mais ils donnent le sentiment ainsi que s'ils s'adressent
02:55à un Français comme les autres, ils s'adressent à chaque Français.
02:58Du point de vue de la communication politique, ça peut être relativement bien joué.
03:02Le risque ensuite, c'est en effet de galvauder une communication présidentielle dans un
03:06moment de tension.
03:07Et chaque fois qu'on confond communication diplomatique et communication interne, souvenez-vous
03:12la première fois qu'Emmanuel Macron évoque l'envoi de troupes.
03:15Certes, dans l'opinion, ça fait une bombe, mais chez ses partenaires également.
03:19Le risque, c'est qu'au fond, ces stratégies de communication interne nuisent ensuite aux
03:24positions diplomatiques, d'autant que vous avez un Donald Trump qui, lui non plus, n'identifie
03:30pas forcément et ne rend pas étanche les deux canaux.
03:32Donc là, il est possible en effet que la position d'Emmanuel Macron bientôt à Washington
03:37ne soit pas aidée par ce type de communication.
03:39Est-ce que ce choix du président de la République, Astrid de Villene, de s'adresser directement
03:43aux Français via les réseaux sociaux, ça peut lui permettre de reprendre la main plus
03:46facilement sur la scène politique nationale ?
03:49Je ne sais pas si c'est à ce point pensé.
03:52Je crois qu'il y a une vraie inquiétude dans le pays sur la guerre ou la presque-guerre
03:56dans laquelle on est peut-être embarqués.
03:58Vous pensez ?
03:59Oui.
04:00La preuve, par exemple, c'est que l'Élysée a reçu dix fois plus de courriers sur ce
04:05sujet-là dans les derniers jours et c'est ça qui, selon l'entourage du président,
04:08a décidé Emmanuel Macron d'utiliser ce format.
04:13Moi, je l'ai trouvé plutôt bien fait en réalité.
04:14J'ai tout regardé hier.
04:15Je trouve que ça fait du bien d'avoir un peu de sincérité dans la parole présidentielle
04:20que permette ce genre de format.
04:22Moi, je suis vraiment plus emballée par ça que par rapport aux allocutions, que je trouve
04:26vraiment très à l'ancienne, qui désintermédient complètement et excluent les médias.
04:31Là, je trouve qu'il y avait quelque chose d'intéressant dans la sincérité.
04:34Et puis, on est dans une période où on a besoin d'unité.
04:37C'est la Constitution, d'ailleurs, qui prévoit ça.
04:40Le président de la République est garant de l'unité nationale.
04:43Je pense que dans des périodes aussi graves de crise, j'aime beaucoup la formule de la
04:47première ministre danoise qui dit « on n'est pas en guerre, mais on n'est pas en paix ».
04:51Et donc, dans cette incertitude-là, je pense qu'il y a besoin d'explications.
04:54Après, je rejoins Benjamin Morel sur l'aspect diplomatique.
04:57J'aimerais beaucoup avoir la réaction des diplomates du Quai d'Orsay qui préparent
05:00cette visite depuis plusieurs semaines.
05:02Quand il tutoie comme ça Donald Trump en disant tous les arguments qu'il allait lui
05:08donner, ça, c'est vrai que c'est peut-être un peu...
05:10Je ne sais pas.
05:11Je ne me rends pas compte.
05:12Je pense que c'est un peu dangereux.
05:13Est-ce que vraiment on a besoin d'être au cœur de tout ce qu'il va dire à Donald Trump
05:17avant même qu'il l'ait vu ? Je ne sais pas.
05:19Mais d'un point de vue de la pédagogie, d'ailleurs, on pourra parler aussi des rencontres formes
05:24à Saint-Denis vis-à-vis des partis politiques.
05:25Moi, je trouve ça très utile et intéressant pour l'unité du pays.
05:28Antoine Comte.
05:29Oui, c'est vrai que je suis d'accord avec Astrid.
05:30C'est un format qui pouvait paraître un peu léger.
05:33On se disait, c'est sur les réseaux sociaux.
05:35Finalement, il va répondre, mais pas vraiment dans le détail et en profondeur.
05:39Et il y a quand même eu aussi des annonces.
05:41Le fait qu'il souhaite, qu'il dise en tout cas vouloir augmenter les dépenses militaires
05:45de 2% à 5% du PIB, ça, c'est pas rien.
05:48C'est une vraie annonce.
05:49Donc finalement, je pense que ce format-là, il va le renouveler sur d'autres thématiques
05:55à venir aussi.
05:56Je pense notamment quand il va souhaiter peut-être consulter les Français via référendum.
06:00Peut-être que c'est ce type de format-là qui peut permettre de s'adresser aussi en
06:04amont directement aux Français et aux internautes.
06:06Alors, vous le disiez, Astrid, nous ne sommes pas en guerre pour reprendre cette formule.
06:10Mais malgré tout, Benjamin Morel, le Président parle d'effort de guerre.
06:13Il appelle les Français à se mobiliser.
06:15C'est quand même un pas qui est passé, non ?
06:17Oui, c'est un pas qui est passé.
06:19Alors, encore une fois, ce n'est pas la première fois qu'Emmanuel Macron évoque ce type de
06:22sujet.
06:23On a eu...
06:24D'abord, vous avez toujours dans le vocabulaire macronien une volonté de mettre justement
06:28le rôle du chef de guerre, de chef de l'État bien en avant.
06:31Et ça marche encore auprès des Français ?
06:33Ça marche assez bien.
06:34C'est-à-dire que les grands moments de retour d'Emmanuel Macron dans l'opinion, c'est quand
06:38vous avez des effets drapeau.
06:39Souvenez-vous la guerre en Ukraine, souvenez-vous le Covid, etc.
06:43Vous avez toujours cette possibilité de cristalliser une opinion autour de vous.
06:48Quand le pays se sent menacé, il se met au diapason de celui qui incarne l'unité de
06:53la nation et, en règle générale, c'est le chef de l'État en France comme à l'étranger.
06:57C'est ce que, d'un point de vue sondagier, on appelle l'effet drapeau.
06:59De l'autre côté, vous avez un Emmanuel Macron qui, en effet, ici, fait des annonces, monte
07:04en termes de gradation.
07:05Mais c'est une guerre qui n'est pas vraiment une guerre.
07:07C'est une guerre qui n'est pas déclarée.
07:09C'est une guerre qui implique une forme de réarmement et qui implique, on y reviendra
07:13sans doute avec le format Saint-Denis, mais un retour de la France sur la scène internationale,
07:18sur une ligne qui soit une ligne de divergence vis-à-vis de Washington.
07:21Et donc, à partir de là, vous avez un Emmanuel Macron qui incarne une parole nouvelle de
07:28la France, une parole singulière de la France, derrière laquelle il espère la construction
07:33d'une unité, l'unité des partis, l'unité des Français.
07:36Et ça, évidemment, du point de vue interne et du point de vue externe, ça vous donne
07:39du carburant.
07:40D'ailleurs, Astrid de Villene, lors de la réunion avec les partis politiques, hier,
07:43on a senti une forme d'unanimité quand même.
07:45C'est en tout cas les échos qui ressortent.
07:48Je trouve que c'est bien d'avoir réuni les partis dans ce contexte international pour
07:53leur donner des informations.
07:55Il y avait quand même un haut dirigeant de la DGSE et en effet, les premiers échos qui
07:59sont sortis ou les premières déclarations, il y avait quand même cette reconnaissance
08:02de la part des chefs de partis et visiblement, une forme de consensus sur le fait que l'Ukraine
08:07devait être associée.
08:08Parce que c'est ça aussi qui est le risque, c'est qu'on sait bien que dans la classe
08:11politique, les positions vis-à-vis de la Russie, vis-à-vis de l'OTAN, ne sont pas
08:14exactement les mêmes.
08:15Et là, Louis Aliot, qui était le représentant du RN, est parti sans faire de déclaration.
08:20Mais de ce que j'ai pu voir comme consensus, tout le monde était d'accord pour dire que
08:25l'Ukraine devait être associée.
08:26Et puis, il y aura ce débat quand même au Parlement au mois de mars.
08:29Ça, c'est important.
08:30C'est un débat sans vote.
08:31Mais je pense que c'est très important que les oppositions puissent s'exprimer aussi
08:33sur leur vision.
08:34Il a été reproché, malgré tout, je crois, au RN, Antoine Comte, d'être un peu trop
08:37tourné vers les États-Unis.
08:39Vous me faites une transition parfaite, Benjamin.
08:40Je voulais justement réagir sur l'Assemblée nationale, avec Jordan Bardella qui, lui, était
08:45à Washington au moment de ces rencontres dites Saint-Denis.
08:48Et puis, on sent quand même que le RN est gêné parce que Marine Le Pen n'était pas
08:51présente.
08:52Alors, je ne reconnais pas forcément la raison, peut-être qu'elle avait un agenda chargé.
08:54Elle envoie le vice-président Louis Aliot, qui ne s'exprime pas, en effet, avant la
09:00réunion et à la sortie.
09:01On sait quand même que le RN et, on va dire, l'extrême droite française sont plutôt,
09:06aujourd'hui, des soutiens de Donald Trump.
09:08Donc, on sent qu'ils sont quand même gênés aux entournures.
09:10On les entend peu réagir là-dessus.
09:12C'est vrai que sur le reste de l'échiquier politique, de la classe politique, ça semble
09:15faire consensus.
09:16Même Manuel Bompard s'est exprimé pour la France insoumise à la sortie de ces rencontres
09:21dites de Saint-Denis, où on a vu qu'en effet, il voulait tirer dans le même sens, on va
09:26le dire comme ça.
09:27C'est pour le jeu de mots que le chef de l'État et les autres partis politiques.
09:31Mais le RN, c'est vrai qu'ils sont quand même aux abonnés absents sur cette question-là.
09:35Et on va se demander dans quelques instants comment Emmanuel Macron peut tirer profit
09:38de ces discussions au niveau européen et international également.
09:42Ce sera juste après le Fil info à 9h15 avec Théo Metton-Réjimbaud.
09:45L'État n'a pas été au rendez-vous, déclare Elisabeth Borne à propos de l'affaire de
09:50scandale sexuelle Notre-Dame de Bétarame.
09:53L'actuel ministre de l'Éducation nationale juge qu'il est difficile de comprendre, je
09:58cite, pourquoi on n'a pas agi plus tôt.
10:01François Bayrou est accusé d'avoir dissimulé ces violences et violences sexuelles dans
10:06l'institution catholique dans les années 90.
10:092% d'impôt minimum pour les plus riches en France.
10:12Les députés ont adopté la taxe Zucman.
10:15Cette contribution permettrait de rapporter entre 15 et 25 milliards d'euros à l'État.
10:21Mais la proposition doit maintenant passer au Sénat où ses chances d'être adoptées
10:25sont minimes.
10:26Le corps rendu hier par le Hamas n'est pas celui de Chiri Bibas mais celui d'une femme
10:31de Gaza, selon le Premier ministre israélien, qui évoque une violation cruelle de la trêve.
10:37Israël va agir avec détermination pour ramener la dépouille, dit-il encore.
10:42Celles d'Ariel et Kfir, les enfants de Chiri Bibas, ont bien été identifiés.
10:48Le pape François a passé une nouvelle bonne nuit et s'est levé ce matin, selon le Vatican.
10:53Le souverain est hospitalisé depuis une semaine maintenant pour diverses pathologies pulmonaires.
11:10La suite des informés sur France Info avec Astrid De Villene, journaliste politique et
11:14productrice sur France Culture, Benjamin Morel, maître de conférences en droit à Paris,
11:18Panthéon, Assas, ont évoqué il y a quelques instants cette prise de parole d'Emmanuel
11:21Macron sur les réseaux sociaux, hier pendant une heure et quart pour discuter avec les
11:25internautes et évoquer cet effort de guerre nécessaire pour soutenir l'Ukraine et renforcer
11:31la sécurité en Europe.
11:33Est-ce que ce nouveau débat qui s'ouvre, en tout cas ce sujet qui amène Emmanuel Macron
11:39à parler de politique internationale, Astrid De Villene, est-ce que ça peut lui permettre
11:44de redorer un peu son blason sur la politique nationale ?
11:47Honnêtement, je ne suis pas sûre que ça se pose dans ces termes, parce qu'on est
11:51quand même face à un renversement d'alliances historiques, avec Emmanuel Macron qui fait
11:55ce qu'il peut en Europe et on peut quand même reconnaître son leadership, vraisemblablement
11:58il a été le grand absent remarqué et à qui tout le monde manquait à la conférence
12:03de Munich.
12:04Il organise deux sommets en une semaine à l'Elysée, complètement hors des instances
12:09qu'on connaît, hors Union Européenne, puisque ce n'était pas le Conseil Européen classique,
12:14c'était des pays qui voulaient bien, je ne sais plus la formule, les pays qui étaient
12:17motivés, déterminés pour la sécurité en Europe.
12:21Le deuxième, avec Justin Trudeau du Canada qui, on le sait, a des problèmes avec les
12:25Etats-Unis.
12:26À mon avis, vu les dégâts qui sont en ce moment sur la scène nationale, j'ose espérer
12:33qu'il n'est pas en train de se dire « je vais redorer mon blason sur la scène nationale
12:36», ce n'est pas le sujet.
12:37Pour moi, le sujet c'est de maintenir la sécurité sur le continent européen et de
12:41réussir à faire en sorte que l'Ukraine s'en sorte, puisque pour l'instant, c'est
12:45comme ça que nous la soutenons.
12:46Et il est attendu à Washington, Benjamin Morel, lundi, pour discuter avec Donald Trump.
12:50On se pose un peu la question de savoir à quoi va ressembler ce rendez-vous ? On sait
12:54que les deux présidents se parlent assez franchement en général.
12:57Oui, Emmanuel Macron nous l'a teasé sur les réseaux sociaux, donc on en sait déjà
13:02beaucoup.
13:03Il y aura probablement des échanges, je dirais, plus sérieux et plus secrets.
13:07Mais évidemment, on a un Emmanuel Macron qui, en y allant, apparaît comme étant le
13:11leader de partenaires européens qui, tout d'un coup, aujourd'hui sont sans leader.
13:15Il profite d'un moment qui est un moment, et il en profite très très bien, qui est
13:19un moment de vide.
13:20Parce que vous avez l'Allemagne qui est en pleine élection.
13:22On ne sait pas encore qui prendra la tête, a priori, Friedrich Merz, mais ça prendra
13:26plusieurs semaines.
13:27Vous avez une Grande-Bretagne qui est également fragilisée.
13:29Donc là, vous avez un Emmanuel Macron qui peut, qui plus est, avec un poids militaire
13:33et nucléaire de la France sur le continent européen, incarner cela.
13:36Alors après, il faut arriver à rendre ça structurel, parce qu'encore une fois, c'est
13:40une fenêtre.
13:41L'Allemagne est faible, elle ne le sera bientôt plus.
13:43La Grande-Bretagne est en situation compliquée, elle finira par régler ses propres problèmes.
13:48Au niveau des instances européennes, c'est en effet aussi pour ça qu'on est hors instances
13:52européennes.
13:53La France est très faible.
13:54La Commission, aujourd'hui, les relations avec Ursula von der Leyen ne sont pas très
13:58bons.
13:59Les partis politiques au Parlement européen sont assez peu dans des configurations majoritaires.
14:04Le Parlement européen n'a jamais été autant tenu par le PPE, dans lequel la France est
14:08très largement sous-représentée.
14:09Donc, on a une fragilité de la France dans les instances de l'Union européenne.
14:13Emmanuel Macron court-cicuit tout ça, va directement à Washington, c'est un très
14:17bon coup.
14:18Maintenant, l'enjeu pour lui, c'est de rendre ça pérenne.
14:20Et avant Washington, lundi, il y aura la porte de Versailles, samedi, pour le Salon de l'agriculture.
14:25Demain, la 61e édition ouvre donc demain, deux jours après l'adoption de la loi d'orientation
14:30agricole réclamée depuis trois ans par les agriculteurs.
14:33Est-ce que ça va suffire à calmer la colère de ces agriculteurs ?
14:37Est-ce que c'est une nouvelle séquence à risque pour le Président et pour le gouvernement ?
14:41C'est une autre question que l'on se pose ce matin, Antoine.
14:43La grande question, c'est Emmanuel Macron arrive-t-il en terrain miné du côté du Salon
14:47de l'agriculture ?
14:48Vous l'avez dit, Benjamin, il doit l'inaugurer demain matin, le 61e Salon porte de Versailles.
14:53Et rappelez-vous, il y a tout juste un an, on s'en souvient tous, le Salon de l'agriculture
14:57avait été la caisse de résonance de la colère du monde agricole, avec des affrontements
15:01très violents entre les agriculteurs et les forces de l'ordre au moment même de l'arrivée
15:05d'Emmanuel Macron sur place l'année dernière.
15:08Mais cette fois-ci, c'est vrai que la donne pourrait un petit peu changer pour l'exécutif.
15:11Même si c'est vrai que la dissolution a mis sur pause les engagements pris à l'époque,
15:16notamment par le gouvernement de Gabriel Attal, on sent que le nouveau gouvernement et notamment
15:21François Bayrou, sous la pression des syndicats, n'a pas aménagé ses efforts pour rattraper
15:26le retard.
15:27C'est pourquoi, avec ce texte et le vote, cette semaine, de la loi d'orientation agricole,
15:31vous venez d'en parler, qui réaffirme que, je cite, la souveraineté alimentaire est
15:35un intérêt fondamental de la nation au sens du code pénal.
15:38Il y a aussi cette loi dite loi Duplon, portée par le sénateur LR Laurent Duplon, destinée
15:42à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur.
15:45Elle devrait être examinée le 7 avril du côté de l'Assemblée nationale.
15:49Et puis enfin, dans le budget 2025, ce n'est pas rien non plus, le secteur de l'agriculture
15:52va bénéficier de 500 millions d'euros d'allègements de charges.
15:57Ce qui plaît plutôt à Arnaud Rousseau, qui était votre invité ce matin, patron de la
16:03FNSEA.
16:04Il a salué ces avancées.
16:05Écoutez.
16:06D'abord, nous attendions cette loi depuis trois ans.
16:08Trois ans que nous attendions des réponses et une orientation.
16:12Et nous nous réjouissons que cette loi ait été votée par les parlementaires.
16:15Elle est une étape de plus dans ce que nous avons besoin de construire pour notre souveraineté
16:20alimentaire.
16:21Il y a bien les éléments qui vont permettre, demain, dans le combat que nous avons, pour
16:25que les Français qui nous écoutent au moment où ils sont peut-être au petit déjeuner,
16:28continuent à se nourrir avec la production française.
16:30Et puis le Salon de l'agriculture dont vous parlez, qui s'est mal passé l'année dernière.
16:33Et donc, on souhaite ardemment que cette année, il se passe mieux.
16:36Elle se rit de Villani.
16:37Il y a le discours officiel du président de la FNSEA.
16:39Mais en réalité, est-ce que ça peut vraiment servir à apaiser les agriculteurs, cette
16:43loi ?
16:44En tout cas, c'était important qu'elle soit votée.
16:46Elle était attendue depuis un an.
16:48Et puis peut-être même depuis avant, puisque la crise, ce qui me frappe à chaque fois,
16:53c'est qu'on parle des sujets agricoles quand il y a une crise et que les agriculteurs sortent
16:57de leurs fermes.
16:58En réalité, ça fait des années que la situation est celle qu'on connaît, c'est-à-dire des
17:02problèmes de rémunération, des problèmes de transmission et aussi des problèmes de
17:05santé mentale avec un suicide tous les trois jours, d'après certaines statistiques.
17:10Donc, ce qui me frappe dans ce salon-là, c'est quand même, et c'est en raison de ce qui s'est
17:15passé l'année dernière, qui a été catastrophique pour le chef de l'État, c'est quand même
17:18qu'il y a un commissariat mobile qui va être installé.
17:20C'est vous dire quand même la situation dans laquelle on est.
17:23C'est du jamais vu.
17:25Ça me rappelle, dans un autre contexte, ces barricades qu'il y avait sur le conseil
17:29constituel au moment de la réforme des retraites, c'est-à-dire la police qui est obligée de
17:33venir comme ça à chaque fois qu'il y a une crise.
17:35Cette loi, elle est importante, elle était attendue.
17:38Annie Gennevard, la ministre de l'Agriculture, la souhaitait avant le salon, évidemment,
17:41c'était symbolique.
17:42Donc, il y a quand même des choses dans cette loi, vous en parliez, mais aussi des mesures
17:47pour permettre de plus facilement transmettre son exploitation, alors que la moitié des
17:54agriculteurs vont prendre sa retraite en 2030.
17:57Il y a aussi des allègements pour les normes, des sanctions sur les normes, et donc, ça
18:02va aussi avec des reculs sur le plan écologique.
18:04L'un des grands principes de cette loi, c'est le fait qu'on ne puisse pas interdire des
18:08pesticides s'il n'y a pas de solution.
18:10On a envie de dire qu'il fallait peut-être y penser avant, et c'est toute la transition
18:14écologique, alors que les agriculteurs la réclament en réalité.
18:17Je pense qu'ils sont tellement assaillis de normes, du plus petit des échelons jusqu'à
18:21l'Union Européenne, qu'ils n'en peuvent plus des normes, mais en réalité, ils savent
18:24très bien que la transition, ils la subissent au quotidien.
18:28Les dérèglements climatiques, ils les subissent au quotidien, donc là, on est en train de
18:31faire pour moi une loi presque de Rustine, et on ne s'attaque pas aux problèmes de fond
18:35que sont ceux du dérèglement climatique.
18:38Arnaud Rousseau qui disait aussi que ça ne suffira pas pour que les agriculteurs vivent
18:41correctement de leur travail, mais Benjamin Morel, est-ce qu'en termes de crédibilité,
18:45c'est important pour le gouvernement d'arriver avec cette loi pour pouvoir discuter sereinement
18:49dans les prochains jours ?
18:50Oui, c'est évidemment important, il faut éviter à tout prix une nouvelle crise agricole
18:55tout bêtement, parce qu'à la fois vous avez un secteur dont on a vu qu'il avait
18:59des vraies capacités de mobilisation, et également parce que vous avez une identification
19:03entre les Français et le monde agricole, même si le poids des agriculteurs dans la
19:07population en général n'a cessé de décroître depuis 40 ans, vous avez malgré tout une
19:11identification.
19:12Le thème du salon, la fierté française, là-dessus est vraiment quelque chose d'identifiant,
19:17et donc pour aujourd'hui le gouvernement, il faut être dans une logique d'apaisement.
19:22Cette logique d'apaisement, on ne va pas non plus tout à fait se mentir, aujourd'hui
19:25elle est en grande partie là.
19:26Elle est là parce que, en effet, la loi d'orientation, elle est là parce que le
19:29contexte a changé.
19:30L'année dernière, on était en pleine période électorale, l'année dernière vous aviez
19:35une nouvelle formation syndicale, la coordination orale, qui poussait justement ses pions pour
19:40rentrer dans la logique, notamment dans le cadre des élections aux chambres d'agriculture.
19:43Et qui a réussi à prendre quelques places justement dans les chambres.
19:45Qui a pris en effet quelques places, qui a pris quelques départements, et qui aujourd'hui
19:49change de logique.
19:50D'abord parce qu'elle a étendu sa base, et puis parce qu'elle veut rentrer en dialogue
19:54avec les pouvoirs publics.
19:55Et par ailleurs, les agriculteurs, et notamment la FNSE et la coordination orale, ont gagné
20:00la bataille idéologique.
20:01Je rejoins tout à fait ce que disait Astrid.
20:03Sur le fond, cette loi, c'est une loi très productiviste, ce n'est pas une loi très
20:07écolo-compatible.
20:08C'est ce que disent d'ailleurs les ONG, les associations environnementales.
20:10Exactement.
20:11Et donc ce faisant, pour les grandes centrales syndicales, qu'il ne faut pas confondre en
20:14effet avec les agriculteurs, mais pour les grandes centrales syndicales, c'est une victoire
20:18politique, c'est une victoire idéologique.
20:20Donc dans ce cadre-là, elles ont tout intérêt à faire que ça se passe bien.
20:24Les règles très draconiennes posées aux politiques dans le cadre de ce salon, ne venir
20:29qu'une fois, etc., sont censées participer justement à cet apaisement.
20:34Il n'est pas sûr qu'ils les respectent, et s'ils ne les respectent pas, paradoxalement,
20:37ça peut conduire à quelques heures.
20:39Alors justement, Antoine Comte, on va peut-être les préciser ces règles, parce qu'effectivement,
20:42il y a une nouvelle charte.
20:43L'objectif, c'est qu'une personnalité politique ne vienne qu'une seule fois et avec une délégation
20:47restreinte au lieu de 90 personnes autour d'elle, c'est plus que 25 désormais.
20:52Ça, c'est dans les faits, mais il y a déjà des personnalités politiques qui vont enfreindre
20:58cette règle, puisque Jordan Bardella compte y aller deux fois, je crois que Michel Barnier
21:02aussi, François Bayrou, je crois, a été rappelé à l'ordre aussi.
21:06Donc, on est resté trois jours, ce sera une journée seulement.
21:08Ça sera une journée, finalement.
21:09On sent que cette règle ne va pas être forcément respectée.
21:12Mais ça s'inscrit aussi dans le cadre de ce que vous disiez, Astrid, aussi sur ce commissariat
21:17mobile.
21:18On essaye de renforcer la sécurité, que les choses se passent le mieux possible.
21:22Elles devraient se passer en tout cas mieux que la saison dernière.
21:26Et en même temps, pour faire pire, il faudrait quand même y aller.
21:29Juste un mot très rapide sur cette loi d'orientation agricole, c'est vrai que les écologies sont
21:34vend-de-vous.
21:35Elle est assez catastrophique, on peut le dire, du point de vue du réchauffement climatique.
21:38C'est très productiviste, mais sur l'environnement, c'est moyen.
21:42On suivra dès demain l'inauguration du salon de l'agriculture par le président de la République,
21:47Emmanuel Macron.
21:48Aux alentours de 9h.
21:49Mais bon, ça peut toujours changer avec Emmanuel Macron.
21:52Merci Astrid de Villene, merci Benjamin Morel d'avoir été avec nous pour les informer.
21:55Je signale Benjamin Morel la sortie de votre nouveau livre, Le nouveau régime ou l'impossible
21:59parlementarisme aux éditions passées composées.
22:01Les informer reviennent à 20h ce soir sur France Info, l'info continue.
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