00:00Léa Druquer est-elle la plus grande actrice du cinéma français aujourd'hui ?
00:03La réponse est oui et on en a confirmation dans La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Taquet.
00:08Allô ? Oui, bonjour. Professeur Ponty en chirurgie maxillofaciale.
00:12On a eu une réunion avec la direction, ils veulent vous sucrer deux infirmières.
00:15Je trouve ça normal que je passe mon temps à me retrancher dans cette chambre
00:18pour échapper à la vie sociale de Simon et Roxanne.
00:20Je n'ai jamais supporté mes enfants.
00:21Mais quelle mauvaise foi.
00:22Ok, ok, allez, on avance, quoi d'autre ?
00:24Vous avez décidé de devenir la tutrice de votre mère.
00:27Non, vous savez que ça représente une lourde charge.
00:30Je sais, oui.
00:33Léa Druquer arrive vraiment à chaque fois à trouver le ton juste, les intonations,
00:38les postures aussi pour incarner des professionnels dans l'exercice de leur métier
00:42et on y croit toujours.
00:44Alors là, la professionnelle de La vie d'une femme, c'est une chirurgienne,
00:47une professeure qui est à la tête d'un service de chirurgie maxillofaciale
00:51dans un hôpital parisien.
00:53Et donc on va la suivre dans sa vie de tous les jours,
00:56ce qui implique une vie professionnelle extrêmement bien remplie.
00:59Et on la voit aussi dans sa vie privée, elle aussi quelque peu mouvementée.
01:02Et puis Léa Druquer va rencontrer une écrivaine
01:05qui prépare un roman sur le monde de la chirurgie
01:08et qui voudrait voir comment travaille une vraie chirurgienne.
01:11Cette écrivaine est jouée par Mélanie Thierry
01:12et donc va assister à des opérations avec elle.
01:15Et il va se nouer une amitié et peut-être un petit peu plus.
01:18Ce qui est beau dans le film, d'abord, je dirais,
01:21c'est la manière dont il nous attrape,
01:22dont il nous prend par la main pour ne plus nous lâcher.
01:25Ça, c'est vraiment une question de tempo.
01:27Qu'est-ce que ça voudrait dire, la vie d'une femme ?
01:29Eh bien, c'est la vie à tous les niveaux,
01:31toutes les strates, en fait, de son existence.
01:34Il y a la strate professionnelle, il y a la strate familiale,
01:36la strate amoureuse, évidemment, avec Henri, son compagnon,
01:39qui est joué par Charles Berling.
01:41Et puis, peut-être, un grand remu-ménage romanesque
01:44sous la forme d'une écrivaine jouée par Mélanie Thierry.
01:47Et donc, toutes ces strates se superposent.
01:49Et ce qui est très beau, c'est comment la mise en scène,
01:51comment le scénario, tout ensemble, arrive à les faire coexister
01:56dans les mêmes scènes.
01:57En fait, Gabriel, l'héroïne, fait toujours deux choses en même temps
02:00et on la saisit comme ça.
02:01Et donc, on est tout de suite dans une sorte de tourbillon.
02:04Mais c'est un tourbillon qui va du tout plaintif.
02:06C'est le tourbillon d'une femme qui est à la fois énergique,
02:10autoritaire, drôle, complètement brillante,
02:13et en même temps, qui a fait des choix radicaux.
02:15Ce n'est pas si souvent qu'on nous montre une héroïne
02:18qui, d'abord, un, se fout d'être gentille, d'être aimable,
02:22qui a choisi délibérément de ne pas avoir d'enfant.
02:25C'est un des points très importants du film.
02:28Sans que ce soit un sacrifice ultime.
02:31C'est-à-dire, c'est une décision qu'elle a prise.
02:32Elle ne veut pas qu'on la plaigne.
02:34Elle ne veut pas qu'on le lui reproche.
02:36Et elle se bagarre, vraiment, pied à pied,
02:39avec les gens, les hommes et les femmes de sa vie,
02:42pour faire valoir ce droit à cette décision
02:45qui la regarde et qu'elle n'a jamais regrettée.
02:47Marie a parlé du tourbillon.
02:48C'est vrai que c'est vraiment l'impression que donne le film
02:50dans son récit et dans sa mise en scène.
02:52Ce tourbillon rappelle le premier long-métrage
02:54de Charline Bourgeau-Attaqué, qui s'appelait
02:55Les amours d'Anaïs, qu'on avait découvert il y a cinq ans.
02:58Cette vivacité, cette élégance,
03:00s'accompagne aussi d'une certaine forme de mélancolie
03:02au fur et à mesure du film,
03:04avec une espèce de gravité
03:06qui vient parfois nuancer un petit peu le propos.
03:10Et je trouve que là, vraiment, cet équilibre
03:12entre les différentes sensations
03:13est superbement menée tout le long du film.
03:16Voilà, Charline Bourgeau-Attaqué,
03:17c'est vraiment très bien écrit.
03:18Il y a des dialogues extrêmement brillants.
03:20Et ce que j'aime beaucoup,
03:21c'est que c'est vraiment l'avis d'une femme.
03:23Donc c'est Léa Drucker en majesté,
03:24mais tous les rôles secondaires existent vraiment.
03:27Et ce sont des vrais personnages,
03:29vraiment très complexes eux aussi.
03:30Le personnage de Mélanie Thierry,
03:31qui est peut-être un petit peu en dessous des autres,
03:34c'est peut-être un personnage
03:35un peu plus cliché que tous les autres.
03:37Et en même temps, parce que c'est Mélanie Thierry,
03:39elle arrive à en faire vraiment
03:40un personnage d'écrivaine amoureuse
03:42qui est vraiment très, très réussi.
03:43C'est vraiment un film qui est emballant de bout en bout
03:47grâce à ses comédiens,
03:48grâce à ses comédiennes surtout,
03:50et grâce à la qualité d'écriture
03:51de son autrice réalisatrice.
03:53Samuel a raison sur le personnage de Frida,
03:57qui est joué par Mélanie Thierry,
03:59qui est peut-être dans cette épaisse
04:02de parenthèse amoureuse qui s'ouvre.
04:05C'est peut-être la partie à laquelle je crois moins.
04:07Et en même temps, c'est une partie très belle,
04:10c'est une partie à laquelle je veux croire.
04:11Et c'est une partie qui me semble intéressante,
04:13parce que justement, à rebours des clichés,
04:16elle vient imprimer un autre rythme au film.
04:18C'est-à-dire qu'on n'a pas l'histoire d'une femme
04:20dont la vie serait mollassonne,
04:21qui s'ennuierait et qui soudain verrait
04:23une espèce de tornade amoureuse déboulée dans sa vie.
04:26C'est exactement le contraire.
04:27C'est-à-dire que c'est elle la tornade,
04:28sa vie est comme ça,
04:30une espèce de ronde sans fin,
04:32où elle jongle avec mille choses,
04:34elle se dispute dans les voitures,
04:36elle empêche qu'on vole son matos sur le parking
04:39tout en téléphonant et entraînant des trucs
04:42du déménagement de l'hôpital public.
04:44Enfin voilà, sa vie, c'est ça.
04:46Et la parenthèse amoureuse, tout à coup,
04:48va être un changement de rythme complet.
04:50C'est-à-dire, est-ce qu'on peut s'allonger
04:51deux minutes dans l'herbe,
04:52regarder le ciel,
04:53et laisser faire la douceur,
04:58le farniente, l'abandon ?
04:59Et dans la vie d'une femme,
05:01est-ce qu'il va y avoir la place pour l'abandon,
05:03pour quelque chose de gratuit comme ça ?
05:06La vie d'une femme, c'est à voir pour Léane Ruckert
05:08et pour la mise en scène tout en énergie
05:10de Charline Bourgeois-Taquet,
05:11et c'est très bien.
05:12La vie d'une femme,
05:14on en sort amoureux, c'est très bien.
05:16Tu l'auras fini quand, ton livre ?
05:18Aucune idée.
05:23Je ne suis pas une victime de mes propres choix.
05:26Je ne suis pas une victime parce que je suis une femme.
05:29Jésus-Christ à la terre.
05:33Jésus-Christ, tu l'auras fini,
05:34Jésus-Christ, tu l'auras fini,
05:34Jésus-Christ, tu l'auras τι.