00:00L'invité de Smart Impact, c'est Nicolas Rouffet, bonjour.
00:09Bonjour Thomas.
00:10Bienvenue, vous êtes le directeur industriel de Duralex, entreprise placée en redressement
00:14judiciaire en avril dernier, reprise par ses 226 avants et 24 avril 2024 pour être précis,
00:22il y a cinq mois.
00:23Si on remonte un peu le temps, vous étiez dans quel essai d'esprit ce jour-là ? Abattu
00:27ou déjà dans la perspective ?
00:28Abattu, un petit peu un coup de massue, on savait qu'effectivement les résultats n'étaient
00:33pas forcément là.
00:34L'année 2023 avait été particulièrement difficile, on n'était pas dans une grande
00:40forme, les chiffres étaient bons mais n'étaient pas suffisants, n'étaient pas suffisamment
00:44profitables.
00:45Mais ça a quand même été un coup de massue, on a eu un coup de massue, après il a fallu
00:52s'organiser, se dire qu'est-ce que ça veut dire être en redressement judiciaire, comment
00:57est-ce que tout va s'organiser, parce que là vous avez un mandataire judiciaire, vous
01:01avez toute une équipe qui vient avec vous, qui vient travailler avec vous, c'est une
01:06nouvelle façon de travailler.
01:07Donc on s'est mis dedans.
01:08Et à quel moment vous vous dites, on va reprendre l'entreprise ?
01:11C'est arrivé quelques semaines après, au courant du mois de mai, puisque finalement
01:16l'objectif de cette mise en redressement judiciaire, c'était de reprendre l'entreprise.
01:23Ils ne voulaient pas liquider l'entreprise, liquider Duralex, c'est quand même un fleuron
01:26de l'industrie française.
01:27Que cette usine soit reprise, cette marque, que cette usine soit reprise.
01:30Donc il y a des dossiers qui sont arrivés, il y a des repreneurs qui sont arrivés extérieurs,
01:34qui ont analysé, qui nous ont posé des questions, qui sont venus visiter.
01:37Et quand on a vu la plupart des dossiers où il y allait y avoir de la casse sociale, il
01:41y allait y avoir moins 50, moins 100 personnes, déjà on se dit maintenant c'est pas possible.
01:47Déjà nous à 226 on est juste, pour Duralex ça va être très compliqué, et en plus
01:53de ça, d'avoir des gens qui disent mais pourquoi dans ces services-là, ces gens-là
01:57sont payés ce prix-là, ce ne sont que des petites mains, ils devraient être au SMIC.
02:01Et en fait il y avait des attitudes, des choses, et on se disait mais en fait ça va être
02:04encore un fonds, ou encore des actionnaires qui vont prendre pour dégraisser la bête.
02:11Et donc là on s'est dit non c'est pas possible, il faut qu'on fasse quelque chose,
02:15on a commencé, voilà, et il y a des syndicats qui étaient avec nous, et qui ont dit non
02:20mais oui, qu'est-ce qu'on peut faire ? Et on s'est dit, modélez le scope.
02:23Donc le modèle scope, on rappelle en quelques mots comment ça marche, c'est une coopérative,
02:27c'est-à-dire que tous les salariés sont en quelque sorte actionnaires, propriétaires
02:31d'entreprises.
02:32Aujourd'hui, ce n'est pas 100% des salariés, on a fait une réunion avec tous les salariés,
02:40on a présenté le modèle, on s'est fait aider par des gens spécialisés dans les
02:43scopes, on a fait des réunions d'informations, et aujourd'hui sur 226 salariés, il y a
02:51138 salariés qui sont actionnaires.
02:53Il y a une partie qui sont contre, une partie qui se posent des questions, qui hésitent,
02:59et qui vont venir dans le temps quand les chiffres vont arriver je pense, mais voilà,
03:03donc en fait oui, il y a aujourd'hui 138 salariés qui sont actionnaires.
03:06Ils pourront arriver en cours de route.
03:07Bien sûr, on va rouvrir le capital et on va, on peut, voilà.
03:12Alors il faut peut-être expliquer un peu comment ça fonctionne, c'est impossible
03:17de faire des plus-values en revendant ses parts, c'est ça aussi l'un des principes
03:21de la scope.
03:22C'est pas de l'actionnariat comme on peut, voilà, qu'on fait avec un PEA par exemple,
03:26non non non, bien sûr, on a une part, cette part, voilà, on a des droits de vote pendant
03:32les assemblées générales, c'est-à-dire que chacun des salariés actionnaires, qu'ils
03:37soient ouvriers dans tel ou tel service, ou qu'ils soient directeurs, ou qu'ils soient,
03:41on a tous le même droit de vote.
03:43Oui c'est ça, une voix.
03:44C'est-à-dire que moi je ne suis directeur, je n'ai pas quatre voix de plus que quelqu'un
03:47d'autre, j'ai une voix.
03:48Ça c'est quand même très important et c'est très intéressant dans ce modèle-là.
03:51Et alors, vous avez participé dans le cadre de ce salon Pro Durable à une table ronde,
03:57où on va beaucoup parler de bien-être des salariés.
04:00Ça devient quoi ? Ça devient en quelque sorte la ligne directrice du RALEX, je ne
04:05dis pas que ça ne l'était pas avant, mais le fait d'être organisé en scope, est-ce
04:09que ça a forcément un impact sur cet objectif ?
04:13Alors effectivement, aujourd'hui, on est déjà convaincu, avant d'être en scope,
04:19convaincu que le bien-être des salariés, c'est un pilier de la réussite des entreprises,
04:24des organisations.
04:25Pour avoir des performances durables, pour atteindre des performances durables, il faut
04:30valoriser l'humain.
04:31Et je pense qu'effectivement, le modèle scope accentue cette valorisation, puisque
04:38même si d'ores et déjà on demandait l'avis de chacun, même si déjà on travaillait
04:41avec chacun, là, les gens vont se sentir encore plus impliqués et ça va forcément,
04:49inévitablement selon nous, augmenter la performance de l'entreprise.
04:53Mais est-ce que ça veut dire que le management va être différent ?
04:56Non, aujourd'hui, on reste sur l'organisation telle qu'elle était avant, c'est-à-dire
05:04qu'il y a des services, des chefs de service, des directeurs, on reste sur la même organisation
05:08qu'avant.
05:09On a toujours, même avant le redressement judiciaire, prôné un management bienveillant.
05:17Enfin, bienveillant, on va dire, un équilibre parfait entre la bienveillance et l'exigence.
05:22Voilà, on fait quand même un petit peu l'exigence pour avancer, mais c'est cet équilibre-là.
05:26Aujourd'hui, ça, ça ne va pas changer.
05:27Néanmoins, comme il va y avoir des assemblées générales, comme il va y avoir toutes les
05:33grandes décisions seront soumises à vote, par exemple, on va acheter, j'en parlais
05:37tout à l'heure avec des personnes, sur tel ou tel produit, donc ça va nécessiter
05:42des investissements.
05:43Et ces investissements-là, ça ne va pas être juste le directeur général et moi qui
05:48vont dire, tiens, on va investir, on va dépenser un million d'euros, non, ça va être soumis
05:51à des votes.
05:52Donc, effectivement, les gens vont être plus impliqués et le management, du coup, effectivement,
05:56je pense que ça va découler vers peut-être plus d'écoute encore des salariés.
06:02Les dettes, elles ont été apurées par le redressement judiciaire.
06:06En revanche, il y a des prêts bancaires, ça vous met une sorte de pression, ça ?
06:09Oui, alors, dans ce que l'on a construit avec les banques, et on s'est fait aussi
06:14de la région, de la métropole, nous ne sommes endettés qu'à hauteur de 4 millions d'euros,
06:19là où les dossiers concurrents étaient à presque 15 millions d'euros.
06:22Donc, on endette la société que d'eux, c'est quand même beaucoup, 4 millions, mais pour
06:26une entreprise qui fait en moyenne entre 30 et 35 millions d'euros, c'est raisonnable.
06:32Mais effectivement, ça met une pression, parce qu'aujourd'hui, il faut qu'on réussisse.
06:38Oui, mais alors, qu'est-ce qui se passe si les prix de l'énergie se remettent à flamber ?
06:42Parce que c'est pas la seule, mais c'est l'une des raisons des difficultés de la vie de l'entreprise.
06:46Oui, en 2022, quand les prix de l'énergie ont flambé, c'était très compliqué.
06:50Qu'est-ce qui se passe ici ?
06:53Alors, aujourd'hui, nous, voilà, si on repart, en fait, nous, on est déjà en train de travailler,
06:58on a déjà commencé à travailler avant la présentation du dossier au tribunal,
07:00mais aujourd'hui, nous sommes déjà en train de négocier les contrats 2025,
07:07pour le gaz et pour l'électricité, sachant qu'on consomme, nous, plus de gaz que d'électricité,
07:10mais pour ces deux énergies-là, et en fait, l'idée du contrat, c'est de fixer un prix.
07:15C'est-à-dire qu'on va payer, je ne sais pas, par exemple, le mégawatt-heure de gaz, 40 euros.
07:20S'il y a une flambée derrière, nous, on paiera toujours 40 euros.
07:23Par contre, s'il diminue, malheureusement, on paiera quand même 40 euros.
07:25C'est le principe.
07:26Mais non, aujourd'hui, c'est de signer des contrats qui nous garantissent un prix de l'énergie.
07:32Est-ce que, dans les raisons pour lesquelles Duradex a été en difficulté,
07:35il y a eu aussi un peu de, comment je peux dire ça, d'endormissement
07:39ou d'un manque d'innovation, de création, de créativité ?
07:42Oui, je pense que oui, parce que là, avec tout ce qui se passe depuis le 1er août,
07:47et encore plus depuis la rentrée, avec l'opération qu'on a lancée à 11 enfants de la cantine,
07:51en collaboration avec le Slip français, on a beaucoup de retours.
07:54On a beaucoup de messages de soutien, on a beaucoup de messages de gens.
07:57On a vu, là, pour ce week-end, il y avait, pour les journées de patrimoine,
08:04en fait, il y avait une grande exposition Duradex aux Galeries Lafayette d'Orléans.
08:08Et beaucoup de gens sont venus, ont discuté, ont échangé.
08:10Et oui, ils ont dit qu'il y avait eu comme un endormissement.
08:13Alors, il y a eu des nouveautés, des nouvelles couleurs, quelques formes, quelque chose comme ça.
08:17Mais derrière, la communication n'était pas assez forte.
08:19Et en fait, les Français, notamment les Français, avaient peut-être l'impression que,
08:23oui, Duradex s'est endormi et Duradex s'est resté le verre de cantine.
08:27Et en fait, c'est bien plus que ça.
08:28Et donc, ça va passer par des innovations, des nouveaux produits, mais aussi des partenariats.
08:32Vous avez cité celui avec le Slip français à 11 enfants de la cantine.
08:37Il y en a aussi un avec La Poste, c'est ça ?
08:38C'est ça. Pour la fin de l'année, pour Noël, donc à partir du 15 novembre jusqu'au début de l'année prochaine,
08:44voilà, un partenariat avec La Poste où pareil, on va faire un coffret de 6 verres.
08:50On part sur des mugs, sur des mugs colorés.
08:52Et ça sera disponible dans chaque point de vente de La Poste.
08:55Et l'ambassadeur de cette collaboration sera Stéphane Bern, et Stéphane Bern d'ailleurs.
09:02Pourquoi ? Parce que c'est du patrimoine d'une certaine façon ? Duradex, c'est notre patrimoine ?
09:05C'est du patrimoine. C'est un fleuron de l'industrie française depuis 1945, bientôt 80 ans.
09:12Et oui, c'est du patrimoine puisque ce qu'on disait, c'est qu'on a tous en tête,
09:17dans les années 70-90, c'était « t'as quel âge ? », on regardait dans le fond du verre.
09:23Et ça, ça fait partie des souvenirs de chacun. Et ça, c'est du patrimoine.
09:27Après, nous, charge à nous aussi de communiquer sur « Duradex n'est pas que le verre de cantine ».
09:32On a 380 modèles, on a des super verres à cocktail, à whisky, on a des mugs, on a tout un tas de choses.
09:40Il faut montrer finalement cette diversité des produits Duradex.
09:46Merci beaucoup Nicolas Ruffet. Bon vent à cette nouvelle aventure coopérative de Duralex et Bon Salon Produrable.
09:53Évidemment, on passe à notre débat. Quand la CSRD s'impose, on pourrait presque parler de révolution intellectuelle.
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