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  • il y a 2 ans
Quatre morts dans une maison incendiée. Dans les décombres, quatre personnes, le père, la mère, un fils, une fille, retrouvés exécutés à la carabine. Le massacre silencieux d'une famille tranquille dans une bourgade proche de Lyon. Ce soir du printemps 1995, même le chien n'a pas aboyé. Qui donc a voulu anéantir les Bébien à qui on ne connaissait aucun ennemi ?
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
Regardez L'heure du Crime avec Jean-Alphonse Richard du 07 juin 2024

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Transcription
00:00 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
00:05 Jean-Alphonse Richard.
00:07 Quatre morts programmées à Saint-Andéol, le château dans le Rhône, près de Givor, au sud de Lyon.
00:11 La famille Bébien a été assassinée il y a pré-méditation.
00:14 Le père, Vincent Bébien, la mère Odette, les deux enfants, Vincent Salvatore et Aline, la fille,
00:18 auraient été tués entre midi et la fin d'après-méditation.
00:22 Bonjour, quatre morts dans les décombres d'une maison incendiée.
00:27 Le père, la mère, un fils, une fille, tous exécutés à la carabine.
00:31 Le massacre silencieux d'une famille tranquille dans une bourgade proche de Lyon.
00:36 Ce soir de printemps 1995, même le chien n'a pas aboyé.
00:41 Mais qui donc a voulu anéantir cette famille, les Bébiens, à qui on ne connaissait aucun ennemi ?
00:47 Après quelques détours, l'enquête va s'orienter vers les proches.
00:50 Va alors apparaître le visage du gendre, Éric Brouillas.
00:54 Un jeune garçon, beau et brun, discret au point d'être maladivement secret.
00:58 Sa belle-famille l'avait accueilli comme leur propre fils, il ne lui voulait que du bien.
01:04 Cet artisan ferronnier va être arrêté, il va nier les faits avec une assurance déconcertante
01:10 au point d'avancer des explications rocambolesques.
01:13 Qui faut-il croire dans cette affaire ? Pourquoi et comment le gendre a-t-il décidé d'éliminer sa belle-famille ?
01:20 Que s'est-il passé pour qu'il imagine pendant des mois le scénario de cette implacable tuerie ?
01:25 Question posée aujourd'hui à nos invités.
01:28 Éric Brouillas, 5h30 pour devenir un tueur en série.
01:32 Il nous est apparu très détaché, distant et presque froid.
01:36 Il y avait quelque chose chez lui qui nous intriguait.
01:39 L'enquête de l'heure du crime, la seule émission radio 100% fait d'hiver, à tout de suite sur RTL.
01:45 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
01:49 Jean-Alphonse Richard.
01:51 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
01:55 Jean-Alphonse Richard.
01:57 Dans l'heure du crime, aujourd'hui, l'affaire Éric Brouillas.
02:00 Au printemps 1995, la belle famille de ce ferronnier retrouvait morte dans les décombres de leur maison près de Lyon.
02:07 Quatre morts, un incendie volontaire qui cache un massacre.
02:10 Tout le monde a été tué par balle.
02:13 Mardi 30 mai 1995, aux alentours de 18h30, les pompiers de Saint-Andéol, le château,
02:20 commune paisible au pied des monts du Lyonnais, sont appelés pour une fumée noire
02:25 qui s'échappe du toit d'une habitation quartier Trimolin.
02:29 Le temps que les policiers arrivent, au lotissement, les flammes ont déjà ravagé une partie de cette maison de plein pied au volet marron.
02:36 Une heure plus tard, dans les décombres fumants et alors que le toit menace de s'écrouler,
02:40 les sauveteurs découvrent un corps dans l'entrée, puis trois autres dans trois pièces différentes.
02:46 Il y a la couverte de suie, une famille anéantie, les bébiens, le père Vincent,
02:51 employé dans une société de pièces de mécanique, la mère Odette, infirmière de nuit à l'hôpital,
02:57 un fils, Vincent Salvatore, 21 ans, employé dans un hypermarché, et une fille, Aline, 16 ans, lycéenne.
03:04 Les victimes ne sont pas mortes asphyxiées ou brûlées, vives.
03:08 Elles portent des impacts de balles.
03:10 Aline, la fille, est dans l'entrée.
03:12 Elle a reçu une balle dans la tempe, un étui de 22 longs rifles est sous son corps, son frère.
03:18 A deux balles dans la tête, une pour le père, dont le corps a été traîné d'une pièce à l'autre,
03:23 une enfin dans le front, pour la mère, qui dormait dans sa chambre.
03:27 Samantha, 27 ans, la fille aînée, femme mariée et mère de deux enfants, n'habite plus depuis longtemps la maison.
03:34 Elle a cours aux nouvelles, elle est effondrée, elle est la seule survivante de la famille Bébien.
03:40 Les gendarmes, les experts, excluent le drame familial.
03:45 Une tuerie suivie d'un suicide.
03:47 Aucune arme n'est en effet découverte dans les ruines.
03:50 Les enquêteurs sont certains qu'un seul et même fusil a été utilisé.
03:54 Le feu a été allumé après le massacre.
03:57 Un reste de jerrycan rouge est retrouvé.
04:00 Dans le lotissement, les voisins n'ont pas entendu de coup de feu et pas de cri non plus.
04:05 Un témoin a vu le meilleur ami de Vincent, Salvatore, rôder dans l'après-midi devant la maison.
04:11 Ce jeune homme qui se présente, Christophe, avait des écouteurs sur les oreilles.
04:16 Il semblait attendre quelqu'un.
04:18 Il est revenu à 15h, il a frappé à la porte puis est reparti.
04:21 Christophe est placé en garde à vue.
04:24 On perquisitionne son domicile.
04:26 Les bruits les plus fous courent à Saint-Andéole.
04:29 Mais le jeune homme n'a rien à voir avec les crimes.
04:31 Il est libéré après 6 heures d'audition.
04:34 Les gendarmes s'attardent néanmoins sur la personnalité du fils de la famille, Vincent Salvatore.
04:40 Était-il la personne visée ?
04:43 Ce supporter ultra de l'Olympique Lyonnais, membre des Bad Guns,
04:47 ne cachait pas ses idées radicales et même racistes.
04:50 Il aurait pu faire l'objet d'une expédition punitive.
04:53 Par ailleurs, Vincent Salvatore était depuis peu dans une situation personnelle compliquée.
04:58 Il avait refusé de reconnaître une petite fille née récemment.
05:02 Son père l'avait soutenue.
05:04 La famille de la jeune maman aurait-elle décidé de se venger ?
05:07 Deux hypothèses finalement abandonnées.
05:10 Mardi 6 juin, une semaine après la tuerie, plus de 300 personnes assistent aux obsèques de la famille Bébien.
05:16 Des gendarmes en civil, dissimulés dans la foule, scrutent les visages.
05:20 Ils se fixent sur ceux de Samantha, la survivante de la famille, et de son mari, Éric Brouillas.
05:26 Il est le seul à ne pas être vêtu de noir, il porte un blouson de sport blanc.
05:31 Il nous est apparu très détaché, distant et presque froid.
05:35 Il y avait quelque chose chez lui qui nous intriguait, confie un enquêteur.
05:39 Les gendarmes savent que le tueur est forcément un familier des Bébiens,
05:44 alors que le chien de la maison aboie dès qu'un étranger se présente.
05:48 Et bien ce jour-là, il n'a pas bronché.
05:50 Un homme qui est resté au moins 5h30 dans la demeure pour attendre et abattre méthodiquement chaque victime.
05:58 Évidemment, Éric Brouillas va retenir l'attention parce qu'il a le profil, c'est un proche de cette famille,
06:04 c'est le gendre de cette famille.
06:05 On va donc le placer sous surveillance et puis on va attendre un petit peu,
06:10 le voir évoluer, le voir bouger, voir ce qu'il raconte un peu au téléphone.
06:15 Et on va finir par l'interpeller. On va voir ce qu'il va raconter sur ce crime et quel crime,
06:21 puisque ce 30 mai 95, ce n'est pas banal.
06:24 Ce sont 4 corps qui sont découverts dans la maison.
06:28 La scène est tout simplement épouvantable.
06:31 Bonjour Jean-Olivier Viau.
06:33 Bonjour.
06:34 Merci infiniment d'être avec nous en direct au Téléphone de l'heure du crime.
06:38 Alors, vous connaissez parfaitement cette affaire, vous avez été magistrat, vous êtes procureur général honoraire.
06:44 Et lors de cette affaire, vous avez été avocat général lors du procès d'Eric Brouillard,
06:50 le premier procès, le procès tout simplement, devant la cour d'assises du Rhône à Lyon.
06:56 Jean-Olivier, vous, je le disais, vous connaissez très bien ce dossier.
07:00 Cette scène, elle fait vraiment penser à une exécution programmée ?
07:04 Absolument, et on en a la certitude parce qu'on a les emplois du temps des victimes.
07:09 On sait que la mère qui était infirmière est rentrée au petit matin aux alentours de 9h.
07:15 On sait qu'elle a rencontré Eric Brouillard, ce qu'il a par hasard croisé dans la rue et avec laquelle il a déjeuné.
07:23 On sait ensuite que le père a travaillé jusqu'à midi et qu'il est rentré chez lui pour déjeuner.
07:29 Que le fils Vincent est à son tour rentré pour déjeuner.
07:33 Et on sait enfin que la petite, la dernière, la petite Aline, âgée de 16 ans, qui était écolière, n'est rentrée qu'après ses cours vers 17h30.
07:41 Donc on sait que tout cela a été bien programmé et c'est une exécution successive qui s'est déroulée tout au long de la journée.
07:49 Ça c'est une certitude.
07:51 Évidemment, et vous l'expliquez très bien Jean-Olivier Viau, parce qu'effectivement le tueur a attendu une bonne partie de cette journée dans cette maison.
07:58 Il était enfermé sûrement, il était dans l'entrée puis il guettait ses victimes.
08:02 C'est un peu ça le scénario qui apparaît.
08:04 C'est une espèce de guet-apens et d'attente laborieuse de cet homme ou d'un homme dans cette maison.
08:10 Absolument, avec cette habileté de rentrer entre midi et deux pour rapidement déjeuner avec sa femme,
08:18 pour donner évidemment l'alibi qu'il était rentré rapidement déjeuner, et revenir pour tuer le reste de la famille.
08:24 Tout cela montre bien que ça a été minutieusement préparé à partir d'un emploi du temps des victimes qu'il connaissait très précisément.
08:33 Bonjour Maître Frédéric Laliard.
08:35 Bonjour.
08:36 Merci infiniment d'être vous aussi au téléphone et en direct dans l'heure du crime.
08:40 Vous êtes vous l'avocat de Samantha Biébain.
08:43 Alors évidemment, l'avocat de Samantha Biébain c'est l'épouse d'Éric Bruyass dans cette affaire.
08:51 Vous connaissez vous aussi évidemment ce dossier, vous êtes plongé dans ce que raconte cette histoire.
08:57 Cette famille Bébien, il faut que nous la présentiez un petit peu, elle n'a pas vraiment d'ennemis ?
09:02 Elle est implantée depuis des années dans ce village, elle n'a jamais fait parler d'elle cette famille ?
09:07 C'est ça, une famille tout à fait normale, très bien intégrée, avec des parents qui travaillent tous les deux, un fils également.
09:18 Samantha a quitté, comme vous l'indiquiez, le domicile conjugal il y a déjà plusieurs années pour s'installer avec Éric Bruyass,
09:26 qui est son petit copain d'enfance, ils vont vivre ensemble pendant plusieurs années.
09:32 Il est parfaitement intégré, le gendre Éric Bruyass, dans la famille Bébien.
09:37 Et cette petite Aline qui est encore lycéenne, qui est presque comme la petite-fille de Samantha,
09:44 parce que Samantha est beaucoup plus âgée que sa sœur, et c'est vrai qu'elle va un petit peu aussi s'occuper d'elle.
09:52 Elle dira d'ailleurs, à la suite de la découverte des corps, que pour elle le plus dur c'est d'avoir perdu sa petite sœur.
10:02 Oui c'est ça, elle va en parler souvent de cette petite sœur, juste un petit mot encore Maître Laliard,
10:06 Éric Bruyass, il a été bien accueilli dans cette famille ?
10:09 Il a été accueilli comme un fils. Il était lui en rupture avec sa famille,
10:16 et lorsque il vit et lorsqu'il se rencontre avec Samantha, il va être accueilli au domicile des Bébiens,
10:25 véritablement comme quelqu'un de la famille. Il n'y aura jamais aucun problème à cet égard,
10:30 deux jours avant les fêtes, c'est la fête des mères, et ils vont fêter cela comme ils le font habituellement aux domiciles.
10:38 Et on voit Éric Bruyass enlacé sa belle-mère, jouer avec Vincent le fils,
10:46 véritablement comme quelqu'un qui fait partie de la famille.
10:50 Un gendre qui se retrouve au cœur du soupçon est bientôt interpellé.
10:55 Éric Bruyass, 5h30 pour devenir un tueur en série, je n'ai pas tué,
10:59 tout ce que je peux dire c'est que personne ne saura jamais vraiment ce qui s'est passé.
11:04 L'enquête de l'heure du crime, on se retrouve dans un instant sur RTL.
11:06 L'heure du crime, Jean-Alphonse Richard jusqu'à 15h30 sur RTL.
11:11 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
11:18 L'heure du crime consacrée aujourd'hui à l'affaire Éric Bruyass.
11:21 Au printemps 1995, cet homme se retrouve suspecté d'avoir abattu sa belle-famille,
11:26 les parents et leurs deux enfants, exécutés dans leur maison dans un village du Rhône.
11:31 Le gendre est placé sous surveillance et bientôt interpellé.
11:34 Lundi 12 juin 1995, 13 jours après la tuerie,
11:39 les enquêteurs se concentrent sur le gendre Éric Bruyass, 27 ans.
11:43 Il tient un atelier de ferronnerie-serrurierie, il installe des portails électriques.
11:47 Il est marié à Samantha Bébien, 25 ans, la fille aînée de la famille Décimé,
11:52 le couple a trois enfants de 8, 5 et 3 ans.
11:55 Bruyass intéresse de plus en plus les gendarmes.
11:58 Dès le lendemain de la tragédie, il a contacté la compagnie d'assurance
12:02 pour savoir quand est-ce que son épouse toucherait l'argent de l'incendie.
12:06 Il a même adressé à l'assureur un croquis de toutes les pièces,
12:09 avec les meubles qu'elles contenaient.
12:11 Les gendarmes savent encore que le gendre avait déposé,
12:14 quelques mois auparavant, le bilan de son entreprise, son beau-père.
12:17 Lui avait prêté 30 000 francs pour se renflouer.
12:20 Les Bébiens avaient également contracté une assurance vie en faveur du couple Bruyass.
12:26 Mercredi 14 juin, 6 heures du matin,
12:29 Eric Bruyass et son épouse Samantha sont interpellés
12:32 dans leur modeste maison de Jivor, à 6 km de Saint-Andéol.
12:36 Samantha ne comprend pas ce qui se passe.
12:38 Elle est en plein deuil, écrasée par la mort de ses parents, de son frère et de sa soeur.
12:42 Elle démontre sans difficulté qu'elle n'était pas à Saint-Andéol à l'heure des crimes.
12:47 Elle est rapidement mise hors de cause.
12:49 Eric Bruyass affiche un visage détendu,
12:52 il ne pose aucune question à propos de son emploi du temps du 30 mai.
12:56 Il dit s'être levé très tôt, autour de 5 heures du matin.
13:00 Il avait une grosse journée de travail.
13:02 Il a passé la matinée seul dans l'atelier à midi.
13:05 Il est revenu chez lui pour déjeuner avec son épouse et les enfants.
13:08 Il est retourné à l'atelier jusqu'à 19 heures.
13:10 Il a pris ensuite un verre dans un bar avec son oncle.
13:13 Quand il est rentré à Jivor, Samantha l'a informé du drame.
13:18 Les gendarmes l'interrogent sur un croquis de silencieux pour pistolet retrouvé dans son atelier.
13:23 Il indique qu'il est passionné par les armes et il fabrique ce genre de pièces sur commande.
13:28 On lui présente le reste du jerrycan retrouvé dans la maison.
13:32 Là, pour la première fois, il blémit.
13:35 Il admet que oui, il est passé par la maison des beaux-parents le 30 juin.
13:39 Il transportait ce jerrycan car il venait nettoyer une chaudière.
13:43 À l'entrant, il a découvert les quatre corps criblés de balles.
13:47 Il a pensé que son beau-père avait liquidé tout le monde avant de se suicider.
13:51 Il voulait épargner à son épouse cette terrible révélation.
13:55 Il a donc mis le feu à l'habitation.
13:58 En garde à vue, Eric Brouillas maintient qu'il n'a tué personne.
14:02 Il livre alors un deuxième scénario tout aussi rocambolesque.
14:06 En entrant dans la maison, il a surpris deux hommes.
14:09 Il venait de tuer tout le monde. L'un d'eux s'est enfui.
14:12 Il a assommé l'autre. Il a jeté son corps avec le fusil utilisé pour les meurtres dans le Rhône, à Loire-sur-Rhône.
14:19 Le fusil est effectivement retrouvé mais aucun corps.
14:22 Confronté à son épouse, Brouillas jure sur la tête de son père,
14:26 qu'il n'a rien fait de mal avant de prononcer cette phrase énigmatique.
14:30 "Personne ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé."
14:34 Eric Brouillas est mis en examen pour quatre assassinats.
14:38 Il rejoint la prison Saint-Joseph à Lyon.
14:41 Ces deux premières explications n'ont pas convaincu les enquêteurs.
14:44 Mais il faut dire qu'elles sont totalement, on dirait, abracadabrantesques ces explications.
14:48 On ne comprend pas ce que veut raconter cet homme
14:52 avec ces personnes qui seraient rentrées dans la maison pour tuer tout le monde.
14:57 On va voir qu'il n'en a pas fini avec les explications
15:00 puisqu'il va donner d'autres versions des crimes.
15:04 On va le voir dans la suite de l'heure du crime.
15:06 Bonjour Maître Gabriel Vercigny.
15:08 Bonjour Monsieur Richard.
15:09 Merci infiniment d'être vous aussi avec nos deux autres invités dans cette émission.
15:15 Vous êtes l'avocat dans cette affaire d'Eric Brouillas.
15:18 Vous avez eu fort à faire dans cette affaire
15:20 parce que, effectivement, ça a été sûrement très compliqué de défendre cet homme.
15:25 Alors Maître Gabriel Vercigny, il est en garde à vue, Eric Brouillas.
15:29 Le chef d'enquête, moi je cite les policiers qui vont l'entendre,
15:33 le chef d'enquête va le décrire comme un homme imperturbable qui a réponse à tout.
15:39 Alors ça, la personnalité d'Eric Brouillas sur ce pan-là, un petit peu rigide, psycho-rigide,
15:49 il est acquis que, effectivement, durant la garde à vue,
15:52 Eric Brouillas était dans une certitude de toute puissance
15:56 et que, somme toute, il ne pouvait pas imaginer un seul instant que l'on puisse venir le contredire.
16:02 Jean-Olivier Viau, vous êtes procureur général honoraire
16:06 et vous avez été l'avocat général lors du procès d'Eric Brouillas.
16:09 Et votre témoignage, évidemment, il est important pour nous aujourd'hui
16:13 parce que vous connaissez très très bien ce dossier.
16:15 Que dit-il sur sa journée, Eric Brouillas ?
16:18 Pour lui, il était tout seul dans son atelier, il n'a pas vraiment d'alibi.
16:22 Et puis il y a ce plan de silencieux qu'on retrouve dans l'atelier, ça c'est pour le moins troublant.
16:29 Oui, mais alors comme il a réponse à tout, il vient expliquer qu'en effet,
16:33 sur commande, il fabrique des silencieux.
16:35 Alors il a d'abord nié qu'il s'intéressait aux armes.
16:37 Il a fallu que l'on découvre un catalogue d'armes et le témoignage d'un tiers
16:43 pour dire qu'il s'intéressait à ses armes, qu'il reconnaît qu'il s'intéresse aux armes.
16:47 Ensuite, il reconnaît qu'il s'intéresse aux silencieux.
16:49 Et tout naturellement, il vous dit "mais moi, je suis un artisan de la matière,
16:54 je fabrique des silencieux sur commande".
16:56 Il n'y a absolument pas des harcelés.
16:59 C'est très étonnant parce qu'il a cette capacité de rebondir,
17:03 il n'anticipe pas vraiment sur les questions, mais comme vous dites, il est sûr de lui.
17:08 C'est bien ce qui est inquiétant.
17:12 Brouillat, c'est tout sauf un imbécile.
17:14 Brouillat, c'est tout sauf un primaire.
17:16 Il a l'habileté d'opposer une nouvelle version
17:19 chaque fois qu'il voit que sa version précédente, elle se heurte à des murs successifs.
17:23 Il contourne les obstacles d'une manière extrêmement habile.
17:26 Il offre alors "habile" parce que ça va devenir tellement gros, grossier
17:31 et absolument incroyable que très rapidement,
17:34 on comprendra qu'il mène les gens en bateau et qu'on ne peut plus le suivre.
17:38 Justement, maître Gabriel Vercigny, c'est exactement ce que dit Jean-Olivier Viau.
17:44 On ne peut pas croire à ces deux premiers scénarios qu'il avance.
17:49 Il n'a tué personne, il a trouvé un corps, on a du mal à le suivre, c'est ça ?
17:53 C'était le grand débat et aussi par la suite le grand courant qui m'a animé
17:59 vis-à-vis de lui, de déterminer quelle était la part de l'ombre et la part de la lumière
18:05 parmi ces différentes versions.
18:08 Parce qu'on ne saura jamais, et moi je ne sais pas non plus à cette date-là
18:12 où nous nous entretenons vous et moi, quelle est la part de vérité et quelle est la part de mensonge.
18:17 C'est ça qui est fou d'ailleurs, que même vous êtes son avocat, vous l'avez rencontré plusieurs fois,
18:21 mais vous-même vous avez du mal à comprendre cet homme et à dresser son portrait le plus exact.
18:26 Maître Frédéric Laliard, vous êtes avec nous dans cette heure du crime,
18:29 vous êtes l'avocat de Samantha Bébin, c'est l'épouse.
18:33 Lorsqu'il y a cette garde à vue, elle va être confrontée brièvement à son mari,
18:38 là elle tombe des nues puis elle découvre peut-être la face cachée de cet époux,
18:42 elle ne le soupçonnait pas de pouvoir être peut-être un jour un meurtrier.
18:46 C'est au moment de cette confrontation où Samantha Bébin va basculer
18:51 et va considérer que c'est bien lui qui est l'assassin de toute sa famille,
18:57 parce qu'au début de la garde à vue, lorsque les policiers l'interrogent
19:02 et la mettent rapidement hors de cause comme vous le rappeliez,
19:05 elle ne veut pas croire que celui qu'elle aime depuis des années,
19:10 qui adore sa famille, ait pu être cet assassin qu'on lui décrit.
19:16 C'est un vrai choc, elle va être totalement traumatisée par cette apparition qu'elle a devant elle.
19:25 Imaginez cet homme avec qui elle a toujours vécu,
19:29 qui rentre déjeuner avec toute la famille, avec elle, avec ses enfants, ses trois enfants,
19:36 et qui va retourner dans cette maison, on le sait au regard des horaires,
19:40 qu'il retourne dans cette maison l'après-midi pour attendre la petite dernière de ses normalies,
19:45 pour la tuer de sang froid.
19:47 C'est inexplicable, incompréhensible pour elle,
19:50 et elle se rend à l'évidence que finalement Eric Brouillas a creusé sa tombe judiciaire
19:56 avec toutes ses versions complètement alambiquées et incroyables,
20:00 mais il lui faut tout ça pour admettre qu'Eric Brouillas est bien l'assassin.
20:05 Juste un petit mot Jean-Olivier Viau là-dessus, on est au-delà du cynisme là ?
20:09 On est au-delà du cynisme, mais on est dans un état qui fait que les personnes
20:16 se trouvent dans une posture qu'ils ne peuvent absolument plus quitter.
20:20 Il a la posture de quelqu'un qui est innocent,
20:23 il a la posture de quelqu'un qui en aucun cas ne peut assumer son crime,
20:26 et il est prêt à toutes les inventions de la terre pour essayer de persuader
20:29 les interlocuteurs successifs qu'il va avoir.
20:32 Il ne va pas avoir la lucidité de dire "je suis absolument incrédible dans ce que je raconte".
20:37 Mais ça le perd aussi. Maître Gabriel Versigny, encore une question là-dessus.
20:41 Il donne une phrase très ambiguë en garde à vue.
20:44 Je la répète cette phrase "on ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé".
20:48 Qu'est-ce qu'il veut dire votre client là-dessus ?
20:50 Eh bien, c'est somme toute une phrase à tiroir qui laisse à penser effectivement
20:56 que de toute façon personne ne saura jamais rien
20:59 parce que personne n'est en capacité de savoir ce qui s'est passé
21:02 et parce que personne ne le sait.
21:04 Ou bien alors, deuxième hypothèse,
21:07 oui, personne ne saura rien parce que moi je déclare la vérité mais je ne vous la communiquerai pas.
21:12 Le gendre n'a pas fini de faire des révélations,
21:15 l'ombre du grand banditisme va planer sur les assassinats.
21:18 Eric Bruyasse, 5h30 pour devenir un tueur en série.
21:22 Cela fait deux ans que mes enfants et moi-même souffrons,
21:25 attendons, espérons l'enquête de l'heure du crime.
21:28 Un gang de truands est-il derrière le quadruple assassinat de Saint-Andéole ?
21:32 C'est à suivre dans un court instant sur RTL.
21:35 14h30, 15h30, l'heure du crime sur RTL.
21:39 Jean-Alphonse Richard.
21:41 L'heure du crime, Jean-Alphonse Richard.
21:43 Jusqu'à 15h30 sur RTL.
21:45 Eric Bruyasse, le gendre de la famille Bébien, assassiné dans son pavillon de Saint-Andéole.
21:50 Le château a passé la nuit à la prison Saint-Joseph de Lyon
21:53 après avoir été mis en examen pour assassinat et destruction volontaire.
21:57 Retour aujourd'hui dans l'heure du crime sur la tuerie de Saint-Andéole dans l'or rône.
22:01 Quatre personnes d'une même famille, les Bébiens,
22:04 assassinés au printemps 1995.
22:06 Le gendre a été mis en examen et écroué.
22:09 Il nie.
22:10 Deux ans après les faits, l'enquête arrive à son terme.
22:13 Jeudi 3 juillet 97, 12h45, reconstitution à Saint-Andéole.
22:19 Eric Bruyasse est conduit à la maison de sa belle famille,
22:22 là où quatre corps ont été découverts dans les décombres fumants.
22:26 Il continue à nier le quadruple crime.
22:28 Il s'accroche à un troisième scénario.
22:31 Bien difficile à croire pour les enquêteurs.
22:33 Eric Bruyasse affirme que le jour du drame,
22:35 il a reçu la visite de truands lyonnais pour qui il fabriquait des silencieux
22:40 destinés à équiper leurs armes.
22:42 Il leur a fait savoir qu'il ne voulait plus travailler pour eux.
22:46 Il s'est disputé.
22:47 Les malfrats l'ont empoigné.
22:49 Ils l'ont amené jusqu'à la maison de la belle famille.
22:51 Pour le punir, ils ont fait des exemples.
22:53 Ils ont tué les quatre occupants de la demeure.
22:56 Puis ils ont mis le feu.
22:57 Pendant que les inconnus tuaient tout le monde,
22:59 le gendre a été obligé de rester dans un coin du jardin,
23:03 le visage couvert d'un tissu.
23:05 Il montre l'endroit où il était.
23:07 Il n'a rien pu faire.
23:08 Bruyasse dit que les truands menaçaient de s'en prendre à son épouse s'ils parlaient.
23:13 Pendant les dix heures de la reconstitution,
23:16 Samantha Bébien, l'épouse, visage émacié et regard tragique,
23:20 se tient à l'écart et observe son mari.
23:23 Pour moi, sa culpabilité ne fait pas de doute, dit-elle.
23:26 J'aurais aimé que cette reconstitution soit organisée plus tôt.
23:29 J'espère que cet acte va clôturer définitivement l'instruction.
23:33 Cela fait deux ans que mes enfants et moi-même souffrons,
23:37 attendons, espérons, confie-t-elle au journal Le Progrès.
23:41 Dans l'après-midi, la jeune femme va se recueillir sur la tombe de la famille Décimé,
23:46 dans le cimetière tout proche du lieu du crime.
23:48 Et dans cette heure du crime, on retrouve Jean-Olivier Vieux,
23:53 procureur général honoraire, avocat général lors du procès d'Éric Brouillas.
23:57 Un mot avec vous, Jean-Olivier Vieux, sur ce troisième scénario,
24:02 les truands, parce que ce scénario, évidemment, il va prospérer,
24:05 il va s'accrocher à ce scénario et on va le retrouver au procès.
24:11 Qu'est-ce qu'il faut en penser de ce nouveau revirement ?
24:15 - On a atteint des hauteurs du record Bolesk,
24:18 imaginez des truands lyonnais, du reste qu'ils ne connaissaient pas précédemment,
24:22 qu'ils se seraient rendus chez ce petit artisan ferronnier
24:26 pour lui demander de fabriquer des silencieux.
24:29 Et parce que celui-ci aurait refusé, tenez-vous bien,
24:32 de ramener cet artisan, lui couvrant le visage d'un linge,
24:38 jusqu'à la maison de ses beaux-parents,
24:40 l'aurait fait attendre dans une voiture ou dans le jardin,
24:43 et pendant ce temps-là, pour se venger,
24:46 aurait tout simplement décidé d'exterminer cette famille.
24:50 Puis d'y mettre le feu, de mettre le feu à la maison.
24:53 Quelle serait la motivation des truands du Haut-Milieu
24:56 pour prendre un tel risque et avoir une telle extrémité dans leur réaction,
25:03 justifiée par ce refus ?
25:05 Ça ne tient pas debout 30 secondes.
25:08 - Effectivement.
25:09 - Et pourtant Bruyasse pense qu'on va avaler cette pilule.
25:12 - Il pense, mais il pense mal, parce qu'effectivement personne n'y croit.
25:15 Il n'y a peut-être que lui qui y croit, finalement.
25:17 Maître Gabriel Vercigny, vous le défendez cet homme.
25:19 Vous êtes l'avocat d'Éric Bruyasse.
25:22 Effectivement, le problème, c'est que personne ne peut croire à ces scénarios,
25:25 parce que d'abord, il ne cadre pas non plus avec les constatations du dossier.
25:29 - Personne ne croira effectivement aux scénarios
25:31 qui sont un petit peu, quand même, abracadabrantesques.
25:34 Notamment l'une d'elles consistant à imaginer que le milieu lyonnais
25:39 allait se servir en silencieux chez Éric Bruyasse, à Saint-André-le-Fateau,
25:44 dans une micro-entreprise à trois sous.
25:47 Enfin, c'est guignolesque.
25:50 - Maître Frédéric Laliard, vous êtes également notre invité dans l'Or du crime.
25:53 Vous êtes l'avocat de Samantha Biébain, je l'ai dit.
25:56 Elle est à cette reconstitution, elle observe son mari de loin.
26:01 Qu'est-ce qu'elle vous a dit là-dessus, sur cette reconstitution,
26:04 et puis sur cette stupéfaction de le voir faire certains gestes
26:07 près de la maison familiale ?
26:10 - C'est dur pour elle de pouvoir revoir d'abord celui qui a été son époux.
26:16 Elle a divorcé entre temps.
26:18 C'est la première fois qu'elle le revoit depuis cette confrontation de garde à vue.
26:23 Et elle ne croit pas une seconde non plus à cette version donnée par Éric Bruyasse,
26:31 une énième version, parce que cela ne correspond à rien du tout.
26:35 Mais cette journée sera particulièrement dure pour elle,
26:39 parce qu'on se remet dans les conditions de la reconstitution
26:42 de ce qui s'est passé ce jour-là.
26:44 - Oui, et puis elle est dans le décor de ces crimes,
26:46 et ça c'est épouvantable.
26:47 Maître Vercigny, vous n'êtes pas obligé de répondre à cette question,
26:50 mais elle me trouve dans la tête quand même.
26:52 Vous lui avez dit à votre client que ça ne tenait pas la route,
26:55 ses explications, et que ça ne tiendrait pas devant une cour d'assises ?
26:58 - J'ai été moi amené à lui faire comprendre que, somme toute,
27:03 il fallait peut-être avancer dans un cheminement intellectuel,
27:07 procédural, plus adapté à la situation,
27:10 et puis peut-être quitter les rivages de l'absurde.
27:13 Pour aborder peut-être ceux de la réalité, de la sincérité.
27:18 - Et il continue à l'affirmer, c'est une certitude pour lui, il n'a pas tué.
27:22 - Tout ce que je peux dire et affirmer, c'est qu'effectivement,
27:26 il est toujours resté campé, voire arc-bouté,
27:29 sur une version, puis une seconde, puis une troisième,
27:34 qui sera la définitive en fait, même devant la cour d'assises,
27:37 sans pour autant aller de l'avant.
27:39 Le seul problème, c'est que lorsqu'on se multiplie en versions,
27:43 on n'a plus aucune crédibilité, au débit de l'autorité judiciaire.
27:46 Lorsqu'on est innocent, on en apporte la preuve.
27:49 - Quatre ans après la tuerie de Saint-Andéol,
27:52 le gendre va se retrouver aux assises.
27:54 Éric Brouillas, 5h30 pour devenir un tueur en série,
27:57 quoi que j'ai pu faire, je suis innocent, innocent !
28:00 Point final, l'enquête de l'or du crime.
28:02 On se retrouve dans un instant sur RTL.
28:06 - Jean-Alphonse Richard sur RTL.
28:08 - L'or du crime.
28:10 L'or du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
28:15 - Au programme aujourd'hui de l'or du crime, l'affaire Éric Brouillas.
28:18 Cet homme est soupçonné d'avoir exécuté sa belle famille,
28:21 quatre personnes, au printemps 1995, dans une petite commune du Rhône.
28:25 Il n'a jamais livré aucun aveu.
28:27 Quatre ans après les faits, il est jugé.
28:29 Lundi 18 octobre 1999, Éric Brouillas, 31 ans,
28:33 est devant la cour d'assises du Rhône, à Lyon.
28:35 Il se tient bien droit dans le box, beau garçon, grand, élancé,
28:39 vêtu d'une veste beige et d'un polo clair.
28:41 Les témoins se succèdent pour décrire un homme ambitieux,
28:44 qui voulait tout, tout de suite.
28:45 Un beau parleur, qui sait endormir ses interlocuteurs.
28:48 Un individu organisé et méthodique.
28:50 On le présente comme quelqu'un attiré par le luxe et l'argent.
28:54 Qui ne l'est pas ? réplique-t-il.
28:57 Il est questionné sur sa passion des armes.
28:59 J'ai dû en acheter quatre ou cinq dans ma vie à des collectionneurs.
29:02 Les silencieux, je les fabriquais pour moi.
29:05 Et pour une ou deux personnes, il refuse de donner les noms.
29:08 Il réfute son implication dans le quadruple assassinat.
29:11 Il s'en tient au scénario des truands lyonnais.
29:14 L'avocat général, Jean-Olivier Viau, n'y croit pas une seconde.
29:18 Nous savons que le criminel est en face de nous, dans le box, pas ailleurs.
29:22 Brouillas répond, quoi que j'ai pu faire, je suis innocent.
29:26 Innocent, point final.
29:29 L'accusation est persuadée que le mobile du crime est tout simplement financier.
29:33 En exterminant la belle famille, Eric Brouillas aurait fait de son épouse l'unique héritière des bébiens.
29:39 Il aurait pu éponger ses dettes et profiter de cet argent.
29:42 Les psychiatres parlent d'un homme sans aucune authenticité, qui vit dans le paraître, dépourvu d'émotion.
29:48 "On ne vous reproche pas d'être ambitieux", indique l'avocat général.
29:52 "On vous reproche d'être un assassin."
29:54 Et tous les rastignacs ne sont pas des assassins.
29:57 22 octobre, Eric Brouillas est condamné à la perpétuité, assorti de 22 ans de sûreté.
30:04 Et on retrouve dans cette heure du crime Jean-Olivier Viau.
30:08 Je viens de le dire, Jean-Olivier Viau, vous êtes l'avocat général lors de ce procès d'Eric Brouillas.
30:13 Quel est l'homme que vous avez en face de vous ?
30:16 Est-ce qu'il est conforme à ce que vous lisiez de lui dans le dossier ?
30:20 Ah oui, oui, oui. Il est conforme à l'idée que je m'en faisais dans le dossier.
30:25 Mais c'est confirmé par son allure.
30:27 Et je venais de le dire, il porte beau, c'est un beau garçon.
30:30 Il n'est absolument pas apeuré ni impressionné par le décor rhum des assises,
30:35 par la foule qui se presse dans la salle.
30:37 On ne décèle en lui aucune marque de nervosité.
30:41 C'est quelqu'un d'extrêmement calme.
30:43 Et on a le sentiment qu'il a la certitude qu'il va parfaitement gérer la situation, bien sûr.
30:49 C'est lui qui veut s'approprier ce procès.
30:51 Vous connaissez ça évidemment bien mieux que moi.
30:53 Mais il y a souvent des accusés qui veulent s'approprier le procès
30:57 parce qu'ils espèrent retourner la situation.
30:59 Maître Gabriel Vercigny, vous y êtes à ce procès parce que vous le défendez, Eric Brouillas.
31:04 Encore une fois, c'est un lourd fardeau que vous avez sur les bras.
31:07 Lui, il estime, Brouillas, qu'on ne le comprend pas.
31:10 Vous êtes arrivé, vous, à le cerner, cet homme, votre client ?
31:14 En 34, bientôt, années de barreau, c'est somme toute l'un des très rares justiciables
31:22 avec lesquels j'ai eu mal à m'entretenir et surtout à cerner la personnalité.
31:28 Un homme introverti, taciturne, égocentré, d'une froideur extraordinaire.
31:36 Je pense qu'en presque trois années d'instruction, je n'ai jamais pu faire esquisser un sourire à cet homme.
31:44 Il était dans son monde et il évoluait entre lui et lui.
31:48 C'est étonnant ce que vous dites, Maître Vercigny.
31:52 Maître Frédéric Laliard, je ne vais pas vous demander le portrait de l'accusé.
31:57 Vous, à ce procès, vous êtes l'avocat de Samantha Bébin, c'est l'épouse.
32:00 Elle a tout perdu dans cette affaire.
32:01 Elle a perdu sa famille, elle a perdu son mari et elle découvre que c'est un quadruple assassin.
32:05 Le mobile financier, pour vous, c'est le bon ?
32:08 Oui, a priori, cela peut paraître étonnant.
32:12 On regarde ce que sa femme, Samantha Bébin, aurait hérité de ses parents.
32:18 Mais pour un Éric Brouillas qui est complètement dans cette histoire de pouvoir arriver à ses fins,
32:28 à savoir monter sa petite société, s'acheter une voiture de luxe, finalement, cela suffit.
32:33 C'est vrai que, raisonnablement, on a du mal à imaginer que pour de l'argent et pour cette somme relativement modeste,
32:42 on puisse assassiner quatre personnes.
32:45 Mais c'est évidemment pour Samantha Bébin la seule explication justifiant, permettant de penser que c'est bien lui qui est auteur de ce quadruple assassinat.
32:56 C'est ça, mais effectivement, on a du mal à le saisir.
32:58 Mais ça peut être le déclic.
33:01 Jean-Olivier Viau, un petit mot.
33:03 Vous avez requis la réclusion criminelle à perpétuité, 22 ans de sûreté.
33:07 Juste un mot, pourquoi une peine aussi lourde ?
33:12 On ne peut pas faire moins.
33:13 Voilà un crime crapuleux où on va tuer quatre personnes, où l'on va tuer une famille complète,
33:21 et uniquement, trois, cinq personnes, les deux parents, les quatre personnes, pardon,
33:27 pour des raisons financières, uniquement pour hériter de la maison,
33:32 hériter d'une assurance vie, éviter de rembourser le prêt qu'a fait le beau-père.
33:36 Il n'y a aucun autre mobile, aucun autre mobile dit noble.
33:40 Comment, dans de telles conditions, avec un crime prémédité,
33:43 on est en présence d'un assassinat et non pas d'un simple homicide volontaire,
33:46 requérir autre chose que la réclusion criminelle à perpétuité,
33:49 dans la mesure où les experts ont exclu toute espèce d'atténuation de la responsabilité ?
33:54 Les experts ont été impitoyables sur le profil d'Éric Brouillas,
34:01 qui est resté erratique dans sa posture,
34:04 il n'a absolument pas vacillé une seconde.
34:07 C'est donc quelqu'un qui, à froid, a décidé, pour des questions purement crapuleuses,
34:12 parce qu'il voulait réussir dans la vie,
34:14 et jusqu'à maintenant il n'avait pas réussi financièrement dans la vie,
34:17 et bien a exterminé une belle famille,
34:19 qu'il avait adoptée, comme l'a très bien dit Maitre Laliard, comme enfant.
34:22 Tout à fait. L'ex-gendre va tout faire pour sortir de prison, puis il va disparaître.
34:27 Éric Brouillas, 5h30 pour devenir un tueur en série.
34:30 Il reste dangereux, il n'a pas pris conscience de la gravité de ses actes.
34:34 L'enquête de l'heure du crime, je vous retrouve tout de suite sur RTL.
34:37 Dans l'heure du crime, aujourd'hui, l'affaire Éric Brouillas.
34:49 En 1999, cet homme a été condamné à la perpétuité pour avoir tué sa belle famille.
34:54 4 personnes à Saint-Andéol, près de Lyon.
34:57 Malgré les preuves accablantes, il va continuer à se dire innocent.
35:01 Vendredi 2 octobre 2015, 16 ans après sa condamnation,
35:06 les juges refusent la remise en liberté d'Éric Brouillas.
35:09 Les experts psychiatres le considèrent toujours dangereux.
35:12 Il n'aurait toujours pas pris conscience de la gravité de ses actes.
35:17 Lundi 25 octobre 2021, Éric Brouillas sort de prison après 25 années passées derrière les barreaux.
35:24 Libéré pour raison médicale.
35:26 Trois mois plus tard, 12 janvier 2022, il meurt à 54 ans dans la Loire d'un cancer du poumon.
35:34 En l'espace de quelques secondes, je suis passé de l'amour à la haine.
35:39 La lumière s'est faite, comme on dit.
35:41 Il a donné une image de saint, alors qu'en fait c'était le diable.
35:46 La voix de Samantha, elle a été l'épouse d'Éric Brouillas,
35:50 et c'était dans l'émission télé au bout de l'enquête sur France 2.
35:55 Jean-Olivier Vieux, vous êtes procureur général honoraire,
35:59 vous avez été l'avocat général lors du procès d'Éric Brouillas.
36:02 Alors je sais que vous n'êtes pas psy,
36:04 mais qu'est-ce qu'il avait dans sa tête, Éric Brouillas,
36:07 quand il a décidé de tuer sa belle famille, selon vous ?
36:10 Un moment où on va verser dans l'extrémité.
36:14 Et ce passage à l'extrémité, c'est quelque chose qui est toujours très difficile à expliquer.
36:19 J'ai été à l'accusation dans le procès du faux docteur Roman,
36:22 qui a tué sa femme, ses deux enfants, son père et sa mère.
36:26 Eh bien, le parcours criminel extrême que j'ai constaté chez le faux docteur Roman,
36:33 il s'apparente beaucoup à celui d'Éric Brouillas.
36:36 À un moment donné, parce qu'il faut qu'il y ait ce besoin de moyens financiers
36:41 pour réaliser son rêve économique fou, eh bien on va aller jusqu'à l'extrême.
36:46 Et c'est ça qui est très, très, très difficile à comprendre.
36:49 Et c'est évidemment ce qui rend ces personnages extrêmement dangereux sur le plan psychiatrique.
36:54 Et les expertises qu'il a subies, et qui je vois ont été confirmées tout à fait par les experts
37:00 qui l'ont examiné en détention et qui n'étaient pas les mêmes que ceux
37:03 qui l'ont examiné au cours de l'instruction, ces expertises se rejoignent.
37:06 C'est bien ça le danger, c'est bien ça qui est frais.
37:09 - Juste encore un petit mot, Jean-Olivier Viau.
37:12 Alors il y a quelque chose de malicieux chez ce personnage, chez Éric Brouillas,
37:16 de diabolique même dans son geste, mais c'est également totalement puéril.
37:21 - C'est puéril parce qu'à un moment donné, on est dans une telle extrémité
37:25 que l'on ne prend pas la mesure de ce qui est crédible ou pas crédible.
37:29 On se perçoit de soi-même que l'on est cela, et on voudrait que ce cela soit partagé par les autres.
37:34 Mais il faut bien comprendre que c'est presque une question de survie.
37:37 Vous avez rappelé la phrase "quand on avoue on se pend",
37:40 il était enfermé par ce personnage, et il est pour lui capital, pour sa survie,
37:46 que le reste de son existence soit non pas celui d'un homme qui était condamné
37:51 pour avoir tué pour des mobiles sordides, mais celui d'un innocent injustement condamné par la justice.
37:57 Sinon il n'aurait pas pu survivre. C'est ça le drame.
38:01 - Oui, mais vous l'expliquez très très bien Jean-Olivier Viau.
38:04 Maître Frédéric Laliard, vous êtes l'avocat de Samantha Bébien.
38:09 Dans cette affaire, effectivement, cette femme, on l'a entendu sa voix.
38:13 C'est terrifiant parce que des années après, elle continue à porter ce deuil
38:17 qui n'a jamais été fait de sa famille, de cette tragédie.
38:21 - Oui, c'est difficile. Vous savez, dans le cadre de la détention d'Erybrias,
38:26 un de ses enfants, puisqu'ils ont eu trois enfants,
38:29 un de ses enfants est allé au parloir, a voulu voir son père.
38:33 Les deux autres ont toujours refusé.
38:35 Et à cet enfant, il a continué à expliquer qu'il n'était pour rien et qu'il était innocent,
38:41 à tel point que ce jeune enfant, à l'époque, qui est allé voir son père,
38:45 qui était adolescent, a voulu le croire.
38:48 Il a fallu que Samantha, la maman, lui explique quel était le dossier,
38:54 quelles étaient les versions données par son père, qui ne correspondaient à rien,
38:58 pour que cet enfant finisse par se convaincre deux, trois années plus tard,
39:02 que son père était bien le coupable.
39:05 Mais ça a été tout cela.
39:07 Il a fallu aussi résister à ces demandes de mise en liberté de la part d'Erybrias,
39:12 où nous étions régulièrement sollicités pour savoir ce que l'on en pensait.
39:16 Et l'obstacle insurmontable des expertises a fait que Erybrias n'est pas sorti.
39:21 Mais il avait un parcours parfait en détention.
39:23 Il a eu des diplômes, il n'a eu aucun incident.
39:26 Et il aurait pu sortir dans les expertises.
39:29 - Et effectivement, il a peut-être trompé son monde jusqu'au bout.
39:32 Maître Gabriel Versinies, je termine cette émission avec vous.
39:35 C'est vous qui le connaissez peut-être le mieux, Erybrias.
39:38 Vous avez été son avocat. Vraiment, il vous a marqué cet homme.
39:41 - Oui. Je reste toujours avec l'image de cet Erybrias,
39:45 que j'allais voir à la maison d'arrêt de Villefranche,
39:49 arrivant d'un pas très lent, le porc très altière, la tête haute,
39:54 esquissant un bonjour du bout des lèvres.
39:57 Cet homme est une énigme et il restera une énigme.
40:01 C'est un dossier et c'est un homme qui, effectivement,
40:05 a marqué mon existence professionnelle.
40:07 - Toujours en mystère. Même pour vous qui êtes avocat et qui le connaissez si bien.
40:11 - Oui, cela reste un mystère.
40:14 L'homme par nature n'aime pas obligatoirement les mystères.
40:17 Il aime les affaires teintées de mystères,
40:19 mais à la fin, on doit avoir la vérité.
40:22 Et là, les décennies se sont écoulées, depuis 1995,
40:28 nous sommes en 2024, et personne ne saura rien.
40:32 Il avait raison, Erybrias, vous ne saurez rien.
40:35 - Merci infiniment, Maître Gabriel Vercigny, Maître Frédéric Laliard et Jean-Olivier Vieux,
40:40 d'avoir été aujourd'hui les invités de l'heure du crime.
40:43 Merci à l'équipe de l'émission, rédaction en chef Justine Vignaud,
40:46 préparation Marie Beaussard, Marie-Lou Goyer, réalisation Jonathan Griveaux.
40:51 Jean-Alphonse Richard sur RTL, l'heure du crime.
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