00:00 [Musique]
00:06 L'invité de Smart Impact, c'est Nathalie Jahouy. Bonjour.
00:09 Bonjour.
00:10 Bienvenue. Vous êtes donc la présidente du groupe CRIT,
00:13 CRIT devenu mécène de la communauté Les Entreprises Sans Gages.
00:15 On va y revenir. Quelques chiffres, deux chiffres.
00:18 Un chiffre d'affaires de 2,5 milliards d'euros en 2023
00:22 et en France 450 agences d'emploi et d'intérim.
00:25 C'est un groupe qui existe depuis 60 ans.
00:28 On va beaucoup parler d'inclusion dans cette interview.
00:30 Ce thème, l'inclusion, quel part ça prend dans votre stratégie
00:34 et puis peut-être aussi depuis quand ça fait partie de la stratégie du groupe ?
00:38 Écoutez, le groupe existe effectivement depuis 60 ans.
00:43 Il a été créé par mon père en 1962.
00:46 Ça reste une entreprise familiale, cotée en bourse, mais entreprise familiale.
00:51 On a toujours beaucoup travaillé sur l'emploi, sur le recrutement,
00:56 sur la délégation de personnel.
00:59 Quand on travaille sur l'emploi, je crois que l'inclusion, elle va de soi.
01:05 C'est un métier qu'on aime ou qu'on n'aime pas d'ailleurs.
01:07 C'est assez étonnant.
01:09 On a intégré un certain nombre de personnes pour qui l'emploi
01:13 et la gestion de personnel n'étaient pas du tout dans leur scope.
01:16 Mais quand on aime, c'est quand même un métier de passion.
01:18 Et l'emploi, c'est quand même donner.
01:21 Et l'objectif, la mission, c'est effectivement permettre
01:24 à un certain nombre de personnes de pouvoir s'intégrer,
01:27 de pouvoir acquérir de l'expérience et de pouvoir se réaliser dans leur emploi.
01:32 - Oui, parce que par exemple, quand on parle de personnes éloignées de l'emploi,
01:35 ça fait partie des stratégies, redonner une chance, effectivement.
01:39 Mais je me suis toujours posé la question,
01:41 qui on met dans cette catégorie des personnes éloignées de l'emploi ?
01:44 Ça veut dire quoi, en fait ?
01:46 - On met les personnes qui n'ont pas de réseau,
01:49 les personnes qui n'ont pas les bonnes études,
01:52 les personnes qui sont sur des territoires, effectivement, assez défavorisés,
01:57 qui n'ont pas eu une éducation leur permettant d'eux.
02:02 Voilà, il y a beaucoup, beaucoup de facteurs.
02:05 Et donc, notre avantage, avec un réseau de 400 agences,
02:10 plus de 400 agences sur l'ensemble du territoire,
02:12 c'est justement de pouvoir créer ces liens.
02:15 C'est en même temps de la proximité,
02:17 et en même temps de travailler avec des personnes,
02:21 et en même temps de travailler pour le plus grand nombre.
02:23 - Oui, mais alors justement, on travaille pour le plus grand nombre,
02:25 mais est-ce que vous avez des programmes spécifiques, justement,
02:28 pour ces personnes éloignées de l'emploi ?
02:30 - Oui, bien sûr.
02:31 - Et alors, ça prend quelle forme ?
02:32 - On fait plein de choses, c'est-à-dire qu'on fait du mentorat.
02:36 Par exemple, 5 % de nos permanents sont engagés dans le mentorat,
02:41 c'est-à-dire, effectivement, aident,
02:43 prennent de leur temps sur le temps de travail
02:45 pour accompagner des jeunes pour revoir leur CV,
02:49 pour leur donner leur avis,
02:51 pour essayer de les orienter vers les bonnes activités.
02:54 On travaille sur la féminisation d'un certain nombre de métiers.
03:00 - Il y a encore des biais ou des a priori à combattre, bien sûr.
03:03 - Bien sûr, il y en a beaucoup encore.
03:05 - Il y en a beaucoup encore.
03:06 - Sur les personnes qui sont issues de l'immigration,
03:08 qui n'ont pas forcément les bonnes études,
03:12 ou en tout cas celles qui sont en concordance avec les diplômes français.
03:17 - Et le handicap aussi, c'est forcément aussi une...
03:20 - Bien sûr.
03:21 - Je crois qu'il y a 30 000 intérimaires qui travaillent chaque jour grâce à Crit.
03:25 Je ne sais pas si vous l'avez quantifié,
03:27 mais il y a beaucoup de personnes en situation de handicap parmi ces intérimaires.
03:31 - Non, alors ce n'est pas la majorité.
03:32 On délègue à peu près 35 000 intérimaires.
03:34 Mais nous, on fait un gros travail d'accompagnement.
03:37 D'abord, on a des permanents qui sont en situation, effectivement, de handicap
03:40 et on est dans les quotas.
03:42 De temps en temps, il faut des critères et des contraintes.
03:44 - C'était bien d'avoir les contraintes.
03:46 - Oui, je crois qu'il y a des cas dans lesquels ça aide, oui.
03:50 On met du temps à s'adapter, peut-être, je crois que c'est nécessaire,
03:54 comme sur la parité, comme sur un certain nombre de domaines particuliers.
04:00 Donc nous, l'objectif, et on a aujourd'hui d'ailleurs aussi des personnes,
04:06 des intérimaires qu'on embauche en CD2i, en CDI intérimaire.
04:10 Et du coup, on peut les accompagner parce que ce qui nous intéresse,
04:12 c'est le parcours, en fait, d'emploi.
04:14 Et c'est pouvoir proposer des missions, soit,
04:17 parce que de temps en temps, on va nous faire le reproche que c'est du précaire.
04:20 En réalité, ce n'est pas tout à fait vrai parce que ça permet, effectivement,
04:24 de pouvoir accumuler un certain nombre d'expériences.
04:28 Parce qu'il y a des jeunes qui ne savent pas du tout
04:30 ce que c'est que le monde économique et le monde de l'entreprise.
04:32 Donc c'est important de pouvoir, en fait...
04:34 - Et qui, parfois, se disent "ce n'est pas pour moi".
04:36 Il y a aussi une forme d'autocensure, dans certains cas.
04:38 - Bien sûr, vous avez raison.
04:39 C'est-à-dire qu'ils voient ça de loin, ils se disent "les entreprises,
04:41 ce n'est pas pour moi".
04:42 Pour autant, aujourd'hui, l'emploi, c'est quand même les entreprises.
04:46 Et donc, c'est pour ça que les entreprises s'engagent.
04:53 Mais peut-être...
04:54 - On va y revenir, mais si vous voulez commencer à parler, on peut commencer à parler.
04:57 J'ai encore une petite question qui peut être pour les personnes en situation de handicap,
05:01 ou plus généralement, sur les biais de recrutement.
05:03 Ça, ça m'intéresse toujours parce qu'on en a tous, des biais.
05:06 Moi, je suis sûr que je recrute quelqu'un, j'ai un biais de recrutement.
05:08 Mais j'imagine que vous formez vos équipes, vos recruteurs.
05:12 Justement, et là, je parle du handicap pour dire,
05:14 ce n'est pas parce qu'il a ou elle a ce handicap que ce métier n'est pas pour lui ou pour elle ?
05:18 - Il y a certains métiers, quand même, en fonction du handicap, qui ne sont pas possibles.
05:21 - Oui, d'accord.
05:22 - Globalement, oui, c'est vrai, vous avez raison.
05:23 C'est-à-dire qu'il peut y avoir pas mal de préjugés.
05:27 Et donc, il faut réussir à passer à travers, effectivement, et faire tomber ces préjugés.
05:34 Donc, nous, on organise des informations en invitant un certain nombre de personnes,
05:41 des personnes aussi extérieures, des personnes handicapées,
05:44 qui vont venir, elles, parler de leurs expériences, petit à petit,
05:47 pour essayer de faire tomber, effectivement, ces préjugés.
05:51 - Alors, je voudrais qu'on parle, effectivement, de cette communauté.
05:53 Les entreprises s'engagent, dont Bsmart est partenaire, d'ailleurs,
05:58 et Smart Impact, par la même occasion.
06:00 Crit est devenu mécène depuis le mois de février.
06:03 C'est-à-dire que vous étiez membre de la communauté depuis, je crois, 4 ans, c'est ça ?
06:06 - 2020.
06:07 - Oui, donc 4 ans, et vous êtes mécène depuis février.
06:10 Pourquoi cette présence renforcée ? Qu'est-ce que ça signifie ?
06:13 - En fait, je faisais partie depuis 2020.
06:17 Sylvain Raymond et Thibaut Biguilly m'avaient proposé, en fait,
06:22 de venir au comité d'orientation au moment où les entreprises s'engagent ont été créées,
06:27 parce qu'ils connaissaient déjà mon implication sur ces sujets.
06:31 Et ils m'avaient proposé d'être présente.
06:35 Et en fait, on a été présente, j'ai été présente, l'entreprise a été présente et tous les salariés.
06:41 Et donc, du coup, on a fait beaucoup d'actions.
06:43 On a mené beaucoup d'actions sur les territoires.
06:46 On a mené des opérations qui étaient assez intéressantes aussi.
06:51 Par exemple, on a 400 agences, une agence, un projet.
06:54 C'est-à-dire qu'on a dit à chacune de nos agences,
06:57 choisissez un projet, principalement sur l'emploi, l'inclusion, la diversité,
07:03 et vous allez le défendre.
07:05 Et ensuite, on fait des challenges.
07:07 Alors, ça tournait autour du handicap, de la féminisation, de l'immigration, de la diversité, etc.
07:12 - Toutes les thématiques qu'on a abordées.
07:14 - Toutes les thématiques avant.
07:15 - Et c'est intéressant parce que ça, ça recoupe, pardon de vous interrompre,
07:17 ça recoupe cette logique de maillage territorial, départemental,
07:21 de la communauté et des entreprises s'engagent.
07:23 C'est vraiment cette volonté d'être au plus près du terrain.
07:27 - C'est ça.
07:28 Et cette volonté, effectivement, ensuite, de devenir mécène,
07:31 c'est parce qu'on est un soutien de la communauté, des entreprises s'engagent,
07:38 parce qu'il faut quand même noter quelque chose qui n'est pas si fréquent que ça.
07:44 C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le public et le privé acceptent, comprennent, reconnaissent
07:54 que l'un et l'autre ont besoin de tout le monde, des uns et des autres.
07:59 - C'est assez nouveau, ça ?
08:00 - Et ça, c'est assez nouveau. Et ça, c'est assez remarquable quand même.
08:03 C'est-à-dire qu'on ne dise pas simplement le public, c'est le bien commun, national,
08:11 et les entreprises, c'est que le profit.
08:13 Et ça, cette reconnaissance-là, de la part du gouvernement,
08:19 de la part de, effectivement, durant cette période, je pense qu'elle est très importante.
08:26 Et je pense que c'est important de reconnaître aussi qu'on est là.
08:31 - Oui, et puis, ce qui est intéressant, on le dit à chaque fois quand on est avec une entreprise
08:35 qui vient dans le cadre de ce partenariat avec les entreprises s'engagent,
08:38 c'était un peu chacun dans son silo pendant des années.
08:41 Et là, on essaye de commencer à tisser des liens et ça ne fait pas de mal.
08:45 Je suis d'accord avec vous. Je voudrais revenir sur le mentorat parce que vous-même, vous êtes mentor.
08:50 - Oui.
08:51 - Alors, avec qui, depuis quand, comment ça se passe ? Je suis curieux de ça.
08:54 - Moi, je suis mentor d'un jeune homme issu de Côte d'Ivoire et qui, effectivement, a fait des études là-bas
09:06 et qui a fait des études en France aussi en université et qui a un diplôme qui est adorable, très poli,
09:14 qui se présente très bien, mais qui, finalement, n'a pas de réseau et qui n'a pas de connaissances, en fait,
09:24 vraiment de l'entreprise. Et donc, de fait, l'idée, c'est de lui apprendre à faire son CV,
09:32 c'est de le mettre sur des stages, de comprendre et de l'aider à savoir, lui, ce qu'il veut faire,
09:37 dans quel type de secteur d'activité il peut avancer.
09:40 C'est un travail, effectivement, de suivi de longue haleine, mais c'est vraiment intéressant.
09:46 - Merci beaucoup, Nathalie Jahoui. A bientôt sur Bismarck.
09:49 On passe à notre débat, le pacte vert, au cœur des enjeux de ces élections européennes.
09:54 Merci.
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