00:00 Hier, Nicole Belloubet, la ministre de l'Education nationale, a annoncé donc le déploiement d'une force mobile scolaire nationale dès la rentrée prochaine
00:07 pour assurer la sécurité physique dans les établissements en difficulté. Je reprends ces propos.
00:13 On en parle avec vous. Bonjour Yanis Roder.
00:16 - Bonjour.
00:17 - Merci d'être avec nous. Vous êtes professeur d'histoire-géo en Seine-Saint-Denis,
00:20 directeur de l'Observatoire de l'éducation à la Fondation Jean Jaurès.
00:24 Là, on en est à l'état d'annonce, mais qu'est-ce que vous pensez de ce futur dispositif ?
00:29 - Écoutez, on n'a pas encore tous les contours puisque la ministre a précisé qu'elle en préciserait elle-même les contours la semaine prochaine.
00:36 Il existe déjà des équipes de sécurité, des équipes mobiles, qui en cas d'incident ou en cas de tension dans un établissement,
00:43 dans chaque académie, peuvent venir assurer la sécurité autour de l'établissement.
00:47 J'imagine que l'idée de madame la ministre, Nicole Belloubet, est davantage d'une force plus conséquente,
00:57 peut-être avec d'autres moyens, qui viendraient sécuriser un espace, un établissement en cas de tension grave,
01:05 comme ça a pu être le cas au lycée Maurice Ravel.
01:08 Je pense que c'est une bonne disposition. Il faudra encore une fois en voir les contours.
01:14 Mais évidemment, j'ai entendu précédemment votre sondage interne qui disait que 73% de vos auditeurs...
01:21 - Trouvent ça inefficace.
01:23 - Voilà, que ce soit efficace. Moi je pense, je me permets de dire que ça peut être efficace ponctuellement,
01:28 mais il ne faut pas confondre les choses. Ce n'est pas ce qui va résoudre la crise que traverse aujourd'hui,
01:34 ou plutôt les tensions que traverse l'école du fait de sa remise en cause, de sa remise en question,
01:38 par de ce que j'appellerais moi, des entrepreneurs identitaires et religieux, pour le dire autrement, des islamistes.
01:44 Évidemment, ce n'est pas cela qui va arrêter, mais ça va sécuriser et les élèves, et les enseignants, et toutes les équipes pédagogiques.
01:51 Ça c'est déjà très important.
01:52 - Une mesure d'apaisement et de pédagogie. Là on l'a vu hier à Bordeaux, un lycéen de 16 ans en garde à vue
01:58 a reconnu avoir envoyé des messages de mort, ayant ciblé plusieurs profs.
02:02 Alors lui, il dit par paresse d'aller en cours lors de sa garde à vue.
02:05 Il en court jusqu'à deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.
02:09 La question de la punition, elle se pose aussi, parce qu'on a l'impression que la pédagogie à ses limites.
02:14 Il n'y a eu que des incidents cette semaine. Quel est votre avis Yanis Rodel ?
02:18 - Vous savez, quand on est enseignant, on sait très bien que la sanction a une dimension pédagogique.
02:23 Vous savez, le propre d'une société, c'est de poser les cadres à ses jeunes et à ses enfants.
02:28 Dans une famille, vous posez les cadres. Dans la société, il y a des autorités, des autorités qui relèvent de l'État,
02:36 qui posent les cadres. On ne peut pas faire tout et n'importe quoi.
02:39 Vous savez, je pense qu'on fait, en tout cas certains font une erreur en pensant que les enfants sont des adultes en miniature.
02:45 Ce ne sont pas des adultes. Nous devons les éduquer. Et pour éduquer les enfants, il faut marquer des limites.
02:51 Voilà, tout simplement.
02:52 - On a l'impression que les cadres là ne suffisent pas en ce moment. Il y a une escalade de la violence là encore cette semaine.
02:58 - Le propre de l'adolescence, c'est le sentiment d'impunité. Voilà, c'est comme ça.
03:03 Et c'est le défi. On a tous été adolescent, je l'ai été aussi. J'ai défié mes parents, l'autorité, etc.
03:09 Puis j'ai rencontré des limites.
03:10 - Vous n'avez pas l'impression là, quand même, c'est une génération encore alerte à la bombe à l'ICT scolaire.
03:15 Damien, mardi, un collégien intercepté avec un couteau quand même dans la Drôme.
03:19 On est au-delà des crises d'adolescence là quand même.
03:22 Comment vous voyez cette escalade et cette montée de la violence, vous ?
03:27 - Je n'étais pas en train de vous dire que nous étions simplement dans une crise d'adolescence.
03:30 Je répondais simplement à la question de l'autorité.
03:32 Oui, mais justement, aujourd'hui, avec la crise, le fait que ce soit les adolescents vient s'ajouter autre chose.
03:40 Ces adolescents sont soumis à un matraquage sur les réseaux sociaux par des entrepreneurs identitaires et religieux islamistes
03:47 qui les conditionnent, qui leur font croire beaucoup de choses et qui sont très influents en réalité.
03:55 Et cela, c'est très problématique parce qu'ils construisent tout un discours victimaire qui vient vraiment, comment dire,
04:04 dont s'emparent ces jeunes et auquel ils finissent par adhérer.
04:08 Et ce discours victimaire, il est très dangereux parce que ce discours victimaire, il dit simplement que,
04:13 si j'étais un jeune, je suis une victime du système, victime postcoloniale, victime du racisme, victime de l'islamophobie, etc.
04:20 Et donc, je développe tout un système de pensée qui va faire que je vais en vouloir au système
04:27 et en même temps, je vais attaquer le premier objet de ce système qui est l'école.
04:32 Et en même temps, derrière, les entrepreneurs identitaires et religieux savent exactement pourquoi ils ciblent l'école.
04:38 Et pourquoi ?
04:40 Ils ciblent l'école tout simplement parce que l'école de la République, c'est cette école qui offre la possibilité de la liberté,
04:47 c'est-à-dire la possibilité d'échapper aux déterminismes qui sont les nôtres.
04:51 Vous naissez dans une famille, par exemple, de croyants, et bien l'école va vous dire "oui, tu as le droit de croire,
04:57 bien sûr, liberté de conscience, liberté de culte, ça s'appelle la laïcité,
05:00 mais en même temps, il existe d'autres manières de voir le monde et nous allons te les faire découvrir."
05:04 Et ça, c'est absolument insupportable pour les islamistes.
05:07 Du coup, la suspension des messageries, des espaces numériques de travail dans les collèges et les lycées,
05:13 ça ne sera pas suffisant non plus ?
05:15 Ou c'est déjà aussi une bonne mesure ?
05:17 Il faut le faire, parce qu'aujourd'hui, nous ne sommes pas en mesure d'assurer la sécurité,
05:22 la sécurisation de ces espaces numériques, jusqu'à ce qu'on puisse assurer la sécurité.
05:27 Mais bien sûr que c'est un travail maintenant de long terme,
05:30 c'est un travail d'abord, je me permets de le dire, d'une prise de conscience générale
05:35 des difficultés qui sont maintenant devant nous,
05:39 parce que cette prise de conscience, vous savez, moi ça fait 20 ans, ça fait même plus de 20 ans que je parle sur ces questions-là.
05:44 On s'est souvent senti un peu seul.
05:46 Aujourd'hui, on l'est moins, mais aujourd'hui on l'est moins, pourquoi ?
05:50 À cause des drames qui sont advenus.
05:52 L'assassinat de Samuel Paty, de Dominique Bernard, les menaces de mort permanente,
05:55 l'autocensure des enseignants qui explose, les contestations qui ne cessent d'augmenter.
06:00 Donc, on est devant le fait accompli.
06:02 Maintenant, il faut une prise de conscience générale
06:04 et réfléchir aux réponses que l'institution doit apporter.
06:07 Et les réponses, elles sont aussi des réponses individuelles de chaque enseignant,
06:11 mais aussi dans chaque famille.
06:13 - Merci beaucoup Yanis Roder. Je rappelle que vous êtes professeur d'histoire géo en Seine-Saint-Denis.
06:17 Merci beaucoup.
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