00:00L'être humain est un coquinou et c'est rare qu'il dise « j'ai peur de mourir ».
00:03Surtout les hommes d'ailleurs, c'est l'égalope.
00:05Je suis psychologue en soins palliatifs.
00:09Le rôle d'un psychologue en soins palliatifs,
00:10il est s'occuper bien évidemment du patient,
00:12il est s'occuper de sa famille,
00:14parce que comme un bébé ne vient pas seul au monde,
00:17un patient ne part pas seul au monde.
00:18Et aussi de m'occuper de l'équipe.
00:20Tous les hommes, ils disent « non mais ça va,
00:22mourir c'est pas ça qui m'inquiète, je veux pas souffrir ».
00:24Moi ça m'est égal le mot que l'on met,
00:26mais ça s'appelle bien avoir peur de mourir.
00:28Et on a le droit d'avoir peur de mourir.
00:30J'aurais peur je pense.
00:31Et en fait ce métier de soins palliatifs
00:33peut paraître comme ça triste,
00:35mais ça fait 30 ans que j'aime,
00:38ça fait 30 ans que je ris, qu'il y a de la joie.
00:40C'est des joies qu'ils portent sur des petites choses.
00:42J'avais un vieux monsieur,
00:43son kiff absolu c'était qu'on le rase.
00:45Et une dame, elle voulait tout le temps qu'on lui fasse les ongles.
00:49Jusqu'au jour où elle m'a dit « on ne m'a pas fait les ongles,
00:52il va falloir que vous vous y colliez ».
00:53Je lui ai dit « ça, ça va être difficile ».
00:56On a quand même essayé,
00:59on arrive.
01:00Ce n'était pas l'ongle que j'avais fait, mais c'était le doigt.
01:02J'ai surtout découvert que,
01:03nom de Dieu, il faut vivre quoi.
01:05Ça vaut le coup, jusqu'au dernier instant,
01:08que d'être en relation avec l'autre.
01:09Il y a des histoires insolites, nos vies sont insolites.
01:12Ah un sacré Zoé.
01:13Son mari n'était pas bien, sa femme était morte.
01:16Il s'aperçoit qu'elle a des amants.
01:18Et il me dit « c'est pas grave, je l'aime ».
01:20Il y avait un monsieur, qui était un vieux monsieur,
01:22et il me dit « il faut que je te le dise.
01:25Toute ma vie, j'ai cassé ça, toute ma famille.
01:27Moi, ce que j'aime, c'est les hommes ».
01:29Et ce gars l'opin me dit,
01:32il me dit « maintenant, tu vas te débrouiller avec tout ça.
01:35Parce que quand je ne serai plus là,
01:36ils vont te poser des questions ».
01:39Ça n'a pas loupé.
01:40En fait, la chose que je dis aux étudiants,
01:42c'est que si vous n'aimez pas vos patients,
01:43faites un autre métier.
01:44Et moi, quand on m'a élevé, quand j'étais étudiant,
01:47on m'a dit « tu mets ta blouse,
01:49quand tu as ta blouse,
01:50tu l'encaisses,
01:52puis quand tu l'enlèves, tu la laisses à l'hôpital ».
01:54Résultat, je ne mets plus de blouse,
01:55parce que ça m'emmerde.
01:57Et je ne suis pas là pour me déguiser.
01:59Et je ne suis pas là pour dire ça,
02:01je le laisse dans un coin, ça je le reprends.
02:03Je prends tout.
02:04Et j'ai de la chance parce que ma maison
02:06est à à peu près trois quarts d'heure de route de l'hôpital.
02:09Et donc, j'ai trois quarts d'heure
02:11pour humer ce que j'ai vécu,
02:13pour m'énerver après le Marseillais
02:15qui conduit comme une patate.
02:16Il faut rire du fait que je m'énerve encore,
02:19alors que je viens de vivre des trucs pas possibles
02:21et que je suis toujours aussi couillon.
02:23Et je me dis, t'es en vie du doigt, t'es en vie.
02:25Il n'y a pas assez de moyens
02:27dans le sens où le soin palliatif,
02:29ça demande beaucoup d'humains.
02:30Je peux comprendre les gens qui nous payent
02:32que ça fait un peu beaucoup pour eux.
02:34Mais des fois, ça coûte pas cher un pot de peinture.
02:37Et oui, j'aimerais qu'il y ait plus de sous.
02:39J'aimerais qu'on puisse offrir aux patients
02:42qui partent quelque chose de beau.
02:43Ce que je pense de l'euthanasie,
02:45c'est que je trouve que c'est légitime
02:48qu'elle soit demandée et qu'elle soit autorisée.
02:50Ce qui m'agace un peu,
02:51c'est qu'on soit obligé de le légiférer.
02:53Je n'ai pas besoin d'un juge pour savoir ce que j'ai à faire
02:56et surtout pour savoir ce que le patient a à faire.
02:58Franchement, on devrait grandir par rapport à la mort
03:02parce que ce n'est pas la fin des haricots.
03:05C'est le début du long voyage.
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