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00:09 Le pouvoir d'achat des ménages n'est peut-être pas ce que l'on croit.
00:13 Et cela peut affecter profondément le regard que l'on porte sur 2024.
00:18 Officiellement, le pouvoir d'achat a fait de la résistance en 2023.
00:21 Mesuré par l'INSEE, par unité de consommation, pour tenir compte de l'évolution du nombre et de la taille des ménages,
00:28 il a traversé l'épisode inflationniste en se maintenant proche ou au-dessus de la ligne de flottaison d'un trimestre à l'autre,
00:36 en dépit d'un à-coup au tournant de 2022-2023.
00:40 Un constat plus lisible en tendance annuelle.
00:43 Sur cette base, non seulement la consommation a surnagé, mais les ménages ont épargné plus qu'à leur habitude.
00:49 Et c'est sur ce socle apparemment robuste que se forge la prévision de consommation pour 2024.
00:56 Sachant que la désinflation viendra en début d'année à la rescousse du pouvoir d'achat des salaires.
01:01 Salaires dont la croissance est maintenant sur une orbite supérieure à 4%.
01:07 De quoi conforter un scénario de résistance prolongée de la conjoncture française.
01:12 Un optimisme qu'il faut tempérer cependant, lorsque l'on prend la mesure des hypothèses qui sous-tendent le diagnostic.
01:19 Car le revenu disponible des ménages est d'abord une convention qui agrège des ressources très hétérogènes.
01:26 Parfois inégalement réparties et qui n'ont pas toutes la même portée en termes de potentiel de dépense.
01:32 Il y a les salaires certes, les prestations sociales, les revenus des indépendants, auxquels on retire toute une série de charges fiscales et sociales.
01:41 Cela colle avec ce que les ménages perçoivent intuitivement comme constituant leur capacité de dépense.
01:47 Mais le revenu disponible est alimenté aussi d'autres ressources qui elles sont moins facilement mobilisables par les ménages,
01:56 ayant trait à leur autoproduction et à la propriété.
02:00 Parmi ces dernières, deux gros flux posent question.
02:03 Le premier est un revenu fictif, pure convention comptable.
02:07 Celui des ménages producteurs d'un service destiné à eux-mêmes,
02:11 notamment lorsqu'ils emploient du personnel domestique ou lorsqu'ils sont propriétaires de leur logement, s'hébergeant eux-mêmes.
02:18 Dans les deux cas, l'INSEE évalue la valeur de la prestation, qui apparaîtra à la fois en ressources et en consommation des ménages.
02:26 Le plus gros poste étant les loyers fictifs que les propriétaires se verseraient à eux-mêmes.
02:32 Évidemment, ce flux n'a pas de réalité.
02:34 Or, il contribue très fortement à la croissance du revenu disponible des ménages depuis un an.
02:41 La seconde composante, ce sont les revenus d'intérêt des ménages, issus de leur épargne.
02:46 Ces revenus ont explosé, partant de très bas avec les taux zéro.
02:51 Ils ont triplé, voire quintuplé sur un an au cours des derniers trimestres.
02:55 Contribuant eux aussi très fortement à la progression du revenu disponible.
03:00 Or, ces derniers ont d'abord vocation à être recapitalisés automatiquement.
03:05 Les ménages ne les intègrent généralement pas dans le périmètre de leurs revenus consommables.
03:11 Leur fonction est de protéger, et encore partiellement l'épargne, de l'érosion inflationniste.
03:17 Les études microéconomiques montrent que la propension à consommer ces flux est extrêmement faible,
03:23 d'autant qu'ils sont fortement concentrés sur les plus riches.
03:26 Il est donc pertinent de reconsidérer la hausse du pouvoir d'achat sur un périmètre étroit,
03:31 excluant ces deux composantes dont la dynamique exceptionnelle voile celle des éléments
03:36 plus spontanément considérés par les ménages comme armant leur potentiel de dépense.
03:42 Pour l'obtenir, il suffit de diminuer le RDB, mesuré par l'INSEE,
03:47 des revenus d'intérêt et des revenus fictifs perçus par les ménages, propriétaires et employeurs.
03:54 Et là, le diagnostic est nettement amendé et plus sombre.
03:57 Le pouvoir d'achat a bien été profondément attaqué sur ces composantes les plus usuelles,
04:03 celles qui financent la consommation de la plus grande partie des ménages.
04:07 Au troisième trimestre, ils décrochent de presque 4% sur un an.
04:12 Les ménages s'affirment pessimistes sur leur situation financière,
04:15 récalcitrants à engager de grosses dépenses engageantes.
04:19 Ils ont déjà comprimé leurs dépenses alimentaires et énergétiques.
04:23 En 2024, ce sont les dépenses de biens durables, équipements domestiques,
04:27 automobiles notamment, qui risquent d'en faire les frais.
04:31 [Musique]
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