00:00 et puis on a une autre activité qui nous occupe les uns les autres,
00:03 sauf ceux qui sont restés bien évidemment à l'abbayerie,
00:05 qui travaillent au quotidien pour se préparer,
00:07 mais nécessairement oui, ça revient de temps en temps.
00:11 Vous avez des souvenirs qui vous hantent particulièrement ?
00:15 Qu'est-ce qui vous fait penser à ça ?
00:17 C'est quoi ? C'est le silence ? La vision de ce que vous avez vu ?
00:21 À quoi vous pensez quand vous y pensez ?
00:23 On pense surtout aux victimes et puis aux familles des victimes,
00:27 parce que, et encore une fois, les derniers événements doivent raviver chez eux
00:31 beaucoup des mois, je pense que c'est surtout d'un point de vue humain
00:36 qu'on se rappelle de ces événements.
00:39 Vous étiez chez vous à 21h avant de recevoir les premiers messages d'alerte,
00:43 qu'est-ce que vous vous dites ?
00:44 Est-ce que vous comprenez tout de suite à quoi vous avez affaire ?
00:47 Vous dites que c'est une attaque terroriste ?
00:48 Ce qu'il faut se souvenir, c'est qu'en fait le 13 novembre 2015,
00:51 ce sont 8 attentats qui ont eu lieu en 33 minutes,
00:54 2 au Stade de France, 5 à Paris et le dernier au Stade de France.
00:58 Donc les deux premiers attentats au Stade de France
01:00 avaient fait commencer à penser à tous les groupes d'intervention
01:03 qu'il se passait quelque chose, une explosion, ça peut être un accident,
01:06 deux au Stade de France, on savait que c'était un attentat.
01:09 Évidemment, on n'imaginait pas que le cœur de Paris allait être attaqué.
01:12 Donc vous vous dites tout de suite, c'est terroriste,
01:14 on sait exactement ce qu'on doit faire ?
01:16 Dès que les attentats ont lieu au Stade de France, oui,
01:19 mais on a été prévenus à 21h47 pour ma part, des attentats dans Paris,
01:24 une demi-heure plus tard, on rentrait au Bataclan.
01:26 Justement, vous arrivez au Bataclan,
01:28 quelles sont les priorités pour les équipes à ce moment-là ?
01:30 Est-ce que c'est sécuriser les victimes, c'est neutraliser les terroristes,
01:33 c'est quoi le protocole ?
01:35 Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans une scène de crime comme celle-ci,
01:38 il faut d'abord sécuriser en effet,
01:40 parce que les pompiers ne peuvent pas rentrer pour venir en secours des victimes.
01:44 Donc on avait très peu d'informations, c'est souvent le cas sur ces crises majeures,
01:48 le temps de comprendre exactement ce qui se passe.
01:50 Il nous a fallu quelques minutes pour rentrer et d'abord investiguer le rez-de-chaussée,
01:54 le sécuriser, et puis ensuite monter au premier étage,
01:56 et un peu moins d'une heure après, savoir qu'il y avait une prise d'otage dans le couloir.
02:01 C'est seulement après une heure qu'on a donné assaut.
02:03 Alors, excusez-moi pour cette question un peu naïve,
02:05 parce que je sais que les équipes sont évidemment préparées,
02:08 mais est-ce qu'au moment où vous entrez dans le Bataclan, vous avez peur ?
02:13 On est émus par d'autres choses, des réflexes, c'est un travail de groupe,
02:18 on suit celui qui est devant, on est poussé par celui qui est derrière.
02:20 La peur, elle vient après, en fait, elle vient avec l'assidération,
02:23 de se rendre compte de tous ces morts, ça vient après.
02:27 Pour ma part, j'avais surtout peur, mais j'étais plutôt rassuré après,
02:31 mais j'avais surtout peur pour mes hommes, c'est normal.
02:34 Alors justement, vous parlez de vos hommes, vous étiez dans la colonne d'intervention.
02:37 Ce n'est pas commun pour un chef, si ?
02:39 Non, je n'étais pas devant, fort heureusement.
02:42 Non, mais quand vous donnez une instruction qui a autant de conséquences que celle de ce soir-là,
02:47 c'est-à-dire rentrer dans un couloir pour affronter des terroristes
02:50 avec des otages au milieu, c'est naturel d'aller avec eux,
02:53 même à l'arrière pour les soutenir.
02:55 Est-ce que vous avez souffert d'un stress post-traumatique, vous ?
03:00 Honnêtement, je ne crois pas.
03:01 Alors après, on est toujours marqué, on est nécessairement marqué
03:04 par une opération comme celle-ci.
03:07 Un stress post-traumatique, non.
03:10 Vous avez été suivi ou pas ?
03:11 Oui, on avait demandé aux psys de venir à l'ABRI,
03:15 rencontrer d'abord les équipes par groupe et individuellement.
03:18 Oui, on a quand même été suivi, oui.
03:20 Alors, on vous a reproché le délai d'action,
03:22 vous avez mis presque deux heures à intervenir après votre arrivée dans la salle.
03:26 Est-ce que huit ans après, vous pensez que vous auriez pu faire autrement ?
03:29 Non, je ne pense pas.
03:30 Il faut considérer qu'un groupe d'intervention, c'est un dispositif assez lourd.
03:34 Ce n'est pas des collègues qui sont déjà dans une voiture et qui tournent en pareil.
03:39 Vous vous rendez compte qu'il a fallu moins d'une demi-heure
03:41 entre le moment où on a été appelé et où on est rentré dans le Bataclan.
03:43 Ce qui, en termes d'intervention au sens propre, est très court.
03:47 Et comme je vous l'ai dit, il a fallu un bon moment pour sécuriser le Bat,
03:50 monter à l'étage et ensuite se rendre compte qu'une prise d'otage était en cours.
03:54 À quel moment vous vous êtes rendu compte qu'il y avait une prise d'otage ?
03:56 Eh bien, quand on a essayé de pousser la porte du couloir et que…
03:59 Donc vous étiez déjà monté à l'étage à ce moment-là ?
04:01 Oui, on était déjà à l'étage.
04:02 Et puis, passer à la soue à peu près une heure après le début de la crise,
04:06 je parle de la prise d'otage en tant que telle, c'est très court aussi.
04:09 Alors, il ne faut pas aller trop vite non plus parce que si on s'était précipité,
04:12 par exemple, à l'intérieur et que les terroristes étaient en bas,
04:14 les pompiers, les intervenants se seraient fait couper en deux,
04:17 ce n'est pas une autre chose, ça ne sert à rien
04:20 puisque une fois que vous avez les intervenants au tapis,
04:23 on ne peut plus rien faire.
04:24 On peut toujours gloser, mais moi je pense que c'est une opération
04:27 qui d'ailleurs, pour en avoir parlé avec des collègues étrangers,
04:30 reste une opération qui a été brillamment menée
04:32 et puis le résultat est là, tous les otages du couloir sont sortis,
04:35 ce qui quelque part, même avec le recul, me semble presque miraculeux
04:39 parce que tout était fait pour que…
04:41 la situation était telle qu'on avait beaucoup plus de risques
04:44 d'avoir des blessés, des morts parmi les otages et les intervenants
04:48 que le résultat qu'on a eu, même si on a eu un blessé grave,
04:50 il faut s'en souvenir.
04:52 – Depuis 2015, vous avez vécu de nombreuses interventions,
04:55 est-ce que le 13 novembre a changé quelque chose dans votre manière de travailler ?
04:59 – À la BRI, oui, on a travaillé sur la vélocité,
05:01 on a travaillé aussi sur des équipes pour protéger les pompiers
05:05 et rentrer sur des scènes comme celle-ci pour aller chercher des blessés,
05:09 éventuellement même sous le feu, on a travaillé pour ça
05:13 et puis on apprend toujours de ces opérations,
05:15 on avait appris de l'hyper cachère, on a appris du bataclan,
05:17 nos aînés avaient appris aussi de leurs interventions,
05:20 la BRI était déjà intervenue dans le passé sur du contre-terrorisme.
05:23 – Alors, vous en parliez tout à l'heure, les événements actuels dans le monde
05:26 font redouter de nouvelles attaques, notamment en France,
05:28 est-ce que vous pensez que la France est bien préparée,
05:30 peut-être mieux préparée depuis 2015 ?
05:33 – Entre la BRI à Paris, le RAID et le GIGN, sur le reste du territoire,
05:37 oui, je pense qu'aujourd'hui vous avez trois unités d'intervention de très haut niveau,
05:41 je parle pour le contre-terrorisme à proprement dit,
05:43 pour faire face à une crise de ce genre, oui, je suis assez optimiste,
05:46 après, il faut aussi savoir que la DGSI fait un travail formidable,
05:51 il y a fort heureusement plus d'attentats qui sont évités que commis.
05:55 – Merci beaucoup Christophe Molmy,
05:56 je rappelle que le 13 novembre 2015, il y a 8 ans,
05:58 vous étiez à la tête de la BRI, merci beaucoup.
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