00:00 Le Grand Matin Sud Radio, 7h-8h30, Patrick Roger.
00:04 Il est 7h47, Sud Radio vous explique cette attaque surprise du Ramas, Israël et Gaza en guerre.
00:11 À quoi faut-il s'attendre désormais ? Nous sommes avec Frédéric Ancel, qui est professeur à Sciences Po
00:16 et auteur d'un atlas géopolitique d'Israël, sans doute l'un des meilleurs spécialistes.
00:20 Bonjour Frédéric Ancel.
00:21 Bonjour.
00:22 Avant de voir à quoi il faut s'attendre, peut-être déjà sur ce qui a été vécu ce week-end.
00:27 C'est notre 11 septembre, ont déclaré plusieurs hauts responsables israéliens,
00:31 parce que ce n'était pas des cibles militaires qui étaient visées par le Ramas palestinien,
00:36 mais des civils, des grands-mères, des enfants, des bébés.
00:38 Vous partagez ce sentiment, ce constat ?
00:41 Non seulement je partage, mais je vais plus loin.
00:43 C'est à la fois un 11 septembre, un Bataclan et un 6 octobre 1973.
00:46 6 octobre 1973, le début de la guerre du Kippour, avec la faillite des renseignements militaires israéliens.
00:51 Le Bataclan, parce qu'on a affaire à un groupe islamiste radical extraordinairement violent,
00:56 c'est la branche palestinienne des frères musulmans,
00:59 qui d'ailleurs, entre parenthèses, ne fait pas qu'effectivement il y a des civils,
01:02 mais notamment des jeunes gens, des jeunes femmes, des jeunes hommes,
01:05 en train de danser et en train de boire.
01:06 Donc il faut bien comprendre qu'on a affaire, pas seulement à un groupe politique ou politico-éducatif,
01:11 comme j'entends parfois, mais à un groupe religieux extraordinairement violent.
01:14 Et puis l'11 septembre, j'allais presque dire statistiquement,
01:17 parce que pour Israël ça correspond, d'ailleurs c'est encore plus grave,
01:21 d'un point de vue strictement démographique, que l'11 septembre américain.
01:24 - Vous avez évoqué, Frédéric Ancel, la guerre du Kippour,
01:27 c'était quasiment il y a 50 ans, jour pour jour.
01:30 Est-ce que, selon vous, la date de cette attaque, justement, n'est pas due au hasard ?
01:37 Ça a été clairement choisi.
01:38 - Absolument pas, parce que d'abord, le Hamas ne suit pas notre calendrier grégorien, d'une part,
01:43 pourquoi pas, il ne suit même pas le calendrier hébraïque,
01:45 qui de toute façon, il s'y pôt en Israël il y a deux semaines.
01:47 Donc pas du tout.
01:48 En revanche, le Hamas a joué sur un jour doublement fervi,
01:52 à la fois Chabat et Soukhot, pour des raisons strictement techniques, tactiques, en quelque sorte.
01:56 Mais certainement pas la guerre du Kippour.
01:58 - Alors, beaucoup d'observateurs estiment que c'est l'Iran qui est derrière aussi cette attaque d'ampleur.
02:03 Vous partagez cette analyse ?
02:04 - Oui, absolument. C'est l'Iran qui, d'ailleurs, depuis 2000-2001,
02:07 avec notamment ces fameux faux bateaux de pêche à l'époque,
02:10 qui laissaient à marée basse,
02:12 qui relâchaient des containers d'armes et de munitions pour Gaza, en faveur du Hamas,
02:18 l'Iran a toujours soutenu le Hamas,
02:20 en dépit du fait que l'Iran, on le sait, c'est la grande puissance chiite au monde,
02:24 alors que le Hamas est un mouvement islamiste et radical sunnite.
02:27 Mais face à Israël, ils ont au moins un objectif commun,
02:30 c'est que l'Arabie Séoudite ne reconnaisse pas l'État juif.
02:33 Donc là, on est sur un objectif tout à fait commun,
02:36 ce qui explique bien sûr la volonté de l'Iran,
02:39 non pas de faire la guerre directement à Israël,
02:41 l'Iran ne l'a jamais fait,
02:43 mais une guerre à Israël par procuration via le Hezbollah au sud du Banque,
02:47 et via le Hamas dans la banque de Gaza.
02:49 - Est-ce que parce qu'il y a la guerre en Ukraine aussi,
02:51 et que les deux grands s'opposent, c'est-à-dire les États-Unis et la Russie,
02:55 est-ce que ça complexifie un tout petit peu plus également,
02:59 éventuellement, le soutien à Israël,
03:02 et les réactions face à cette nouvelle guerre qui s'est installée, ou qui s'installe ?
03:07 - Alors, je vous dirais que non,
03:10 parce que les États-Unis ont d'abord immédiatement réagi,
03:13 comme on l'a vu, de manière extrêmement forte,
03:15 faire s'approcher un porte-avions près des eaux territoriales israéliennes,
03:18 ça n'arrive quand même pas tous les jours.
03:20 Et d'autre part, parce que la Russie est dans une ambiguité,
03:24 alors qui pour le coup ne correspond pas à ce qui se produisait
03:27 pendant la guerre froide, et notamment en 1973.
03:29 Les Russes sont assez gênés, parce qu'ils ont été assez favorables à Israël,
03:33 et notamment, Poutine s'entendait bien avec Netanyahou ces dernières années,
03:36 et il y a eu effectivement un changement de paradigme
03:39 avec le rapprochement d'Israël et de l'Ukraine.
03:42 C'est la raison pour laquelle aujourd'hui la Russie est dans un entre-deux,
03:45 mais ce qui n'empêche du coup pas du tout les Américains de continuer à soutenir Israël.
03:49 - Alors Israël, qui par la voix de Netanyahou a dit que
03:53 on n'était pas dans une opération avec les répliques qui sont menées,
03:56 mais dans un cycle plus long d'une guerre, il y a un risque d'embrasement ?
04:01 - Non, je ne pense pas qu'il y ait de risque d'embrasement régional,
04:04 d'abord parce que le Hezbollah a son agenda intra-libanais,
04:06 il n'a pas envie de tout perdre sur un coup de nez en faveur du Hamas,
04:09 qui le méprise par ailleurs.
04:11 La Syrie n'a strictement aucun moyen d'attaquer Israël,
04:14 le Jordan et l'Egypte sont en paix,
04:16 donc il peut être d'ailleurs assez chaleureuse avec l'État libre.
04:18 En revanche, je crois beaucoup malheureusement à une escalade in situ,
04:23 c'est-à-dire que, puisque la nature de l'offensive terroriste est différente,
04:27 et vous l'avez bien souligné avec notamment ces civils et ces otages,
04:30 eh bien la riposte israélienne va aussi être de nature différente,
04:33 et malheureusement je crains des semaines extrêmement douloureuses dans la région.
04:36 - Oui, merci beaucoup Frédéric Ancel pour toutes ces explications,
04:41 vous êtes l'auteur d'un atlas géopolitique d'Israël,
04:44 on y reviendra tout à l'heure avec l'invité politique de Jean-Jacques Bordin,
04:47 Bruno Le Maire, on en parlera forcément,
04:49 et puis également dans son débat, tout à l'heure à 9h30,
04:53 avec notamment le député LR, Meir Habib,
04:56 qui évoque le possible enlèvement d'un français justement aussi par le Hamas,
05:00 qu'on a beaucoup abordé déjà tout ce week-end.
05:05 [Musique]
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