00:00 – Bruno Crestani, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:02 Vous êtes là pour parler de cette étude menée par l'Institut de politique énergétique
00:06 à l'Université de Chicago.
00:08 Elle a été publiée hier, on y apprend que la pollution, aujourd'hui,
00:12 est la première menace mondiale pour la santé humaine.
00:14 Alors qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
00:16 Est-ce que ça veut dire que respirer tue ?
00:20 – Alors respirer d'abord, c'est ce qui vous permet de vivre,
00:23 et il ne faut jamais oublier ça.
00:25 Et donc respirer, ça veut dire respirer de l'air pur.
00:28 Si je respire de l'air pollué, effectivement je vais perdre l'espérance de vie.
00:32 C'est ce que montre ce rapport.
00:34 – C'est deux ans d'espérance de vie en moins.
00:35 – En moyenne.
00:37 Alors je voudrais relativiser ça, si vous me permettez.
00:39 – Avec plaisir.
00:40 – Voilà, ça dépend des pays.
00:42 D'accord ? Et donc il y a des pays qui sont extrêmement pollués,
00:45 Chine, Inde, c'est des records incroyables, Bangladesh, incroyable.
00:50 En Europe occidentale, en France en particulier, on est relativement préservé.
00:53 Mais là encore, si je prends la France, c'est très hétérogène.
00:57 Campagne versus ville.
00:58 – Ah, alors justement.
00:59 – Grande ville par rapport à petite ville.
01:01 – Donc quand on est au bord de la mer, on respire mieux, globalement.
01:03 – Oui, globalement, si je suis dans une zone rurale, je respire mieux.
01:06 Mais si je suis au nord de la France ou au sud de la France,
01:08 je vais avoir également plus de risques au nord qu'au sud.
01:12 Je vais prendre un exemple, ici on est à Paris, 15ème.
01:16 Globalement, en moyenne sur Paris, un seuil, un chiffre,
01:19 je vais donner un chiffre, on est aux alentours de 12 microgrammes sur Paris.
01:23 Ok ? Paris Nord, là où je travaille, 18ème, au bord du périph'
01:27 c'est 18 le seuil, le seuil pour la limite pour l'OMS c'est 10.
01:31 Donc vous voyez qu'on est à Paris, on est au-dessus du seuil.
01:33 – On est complètement au-dessus ? – Absolument.
01:35 – Le seuil c'est 10 ans, c'est ça ? – Toute l'année.
01:36 – Et alors qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
01:38 – Ça veut dire que si je respire un air pollué au-dessus de ce seuil,
01:41 j'augmente mon risque de mourir, ce qui est dommage.
01:44 Si je suis un enfant, je respire, j'augmente mon risque d'avoir des maladies chroniques,
01:48 de l'asthme par exemple.
01:49 Si je suis un peu âgé, j'augmente mon risque d'avoir des problèmes cardiovasculaires,
01:54 respiratoires chroniques.
01:56 Et si je suis une femme enceinte, ça augmente mon risque d'avoir un petit bébé
02:00 qui n'est prématuré.
02:01 Donc vous voyez que ce n'est pas bon de respirer un air pollué,
02:03 indiscutablement, même en France, même à Paris.
02:06 – Alors la pollution de l'air, c'est ce que dit l'étude,
02:08 est plus dangereuse aujourd'hui que le tabagisme et la consommation d'alcool.
02:12 Qu'est-ce qui pollue le plus aujourd'hui ?
02:14 – Alors là encore, si vous me permettez, ça dépend des endroits.
02:17 En France, on a totalement atypique,
02:20 27% des hommes continuent à fumer tous les jours en France en 2022.
02:25 23% des femmes, vous allez aux États-Unis ou en Angleterre, c'est moins de 10%.
02:30 Donc en France, le premier tueur, c'est le tabac.
02:33 – Donc d'accord, donc ça, on est préservé.
02:35 – 75 000 morts par an dues au tabac, 48 000 morts, 48 000 dues à la pollution.
02:39 Ce n'est pas négligeable 48 000, c'est trop bien sûr.
02:42 Mais le tabac reste en France le premier tueur.
02:44 – Alors vous, vous êtes pneumologue, chef de service à Bichat,
02:48 est-ce que vous avez vous-même constaté un changement dans votre service ?
02:50 Est-ce qu'il y a de plus en plus de maladies liées à cette pollution ?
02:53 – Alors je dirais qu'il y a d'abord des maladies que je vois diminuer
02:56 parce qu'on soigne beaucoup mieux un certain nombre de maladies.
02:58 Et par contre, les données épidémiologiques sont très claires,
03:01 il y a des maladies qui augmentent.
03:02 L'asthme, ça a augmenté de façon considérable dans les 30 dernières années
03:06 dans l'Europe occidentale et en France et à Paris.
03:09 – Chez les enfants et chez les adultes.
03:10 – Chez les enfants, chez les adultes.
03:11 Et ça, c'est clairement lié à la pollution, il y a d'autres facteurs,
03:15 mais c'est clairement lié à la pollution, on a pu le démontrer de façon claire.
03:18 Il y a aussi des maladies qui augmentent,
03:19 une maladie relativement rare, personne ne la connaît,
03:22 la fibrose pulmonaire, au-delà de 75%,
03:24 c'est presque 1% des adultes qui vont être atteints.
03:28 On voit une explosion de cette maladie dans le monde entier, y compris en France.
03:31 Et ça, on pense que c'est aussi lié à la pollution.
03:34 Et enfin, dernière chose, si on arrêtait de fumer,
03:37 il resterait encore quelques cancers du poumon.
03:39 90% des cancers du poumon chez les non-fumeurs, c'est la pollution.
03:43 Et ça, ça existe, c'est une vraie réalité que je vois tous les jours dans mon service.
03:47 Ça impacte aussi beaucoup les enfants, vous en parliez,
03:49 il y a eu une épidémie de bronchiolite cet été, c'était apparemment énorme.
03:54 Est-ce que c'est lié à cette pollution ?
03:55 Alors cet été, on a eu quelque chose d'assez particulier,
03:59 c'est qu'il y a des virus qui circulent.
04:00 La première cause de bronchiolite chez l'enfant, ce sont les virus,
04:03 chez l'adulte également, ça peut toucher également les adultes, dont le VRS.
04:07 Et c'est clair que ça, c'est potentialisé par la pollution.
04:11 Et encore plus s'il y a de l'allergie.
04:13 Alors si vous mettez ensemble virus + pollen + pollution,
04:17 et bien là, c'est l'explosion et c'est ça qu'on voit
04:19 et qui fait que les urgences sont pleines,
04:21 les consultations des pédiatres et des médecins généralistes.
04:24 Alors Bruno Crestani, quelles sont les solutions ?
04:26 Comment on améliore cette situation ? Comment on respire mieux ?
04:28 D'abord, il faut se rendre compte qu'on respire mieux
04:31 parce que la pollution diminue.
04:33 Même à Paris, les chiffres sont clairs.
04:36 Dans les 15 dernières années, les mesures qui ont été prises,
04:39 ça s'améliore pour les particules fines en France.
04:43 Et là où on vit tous, ça s'améliore parce qu'on a pris des mesures.
04:48 Des mesures qui ne font pas plaisir.
04:49 Effectivement, ça ne me fait pas plaisir de ne pas pouvoir venir
04:51 avec ma voiture dans le centre de Paris.
04:53 Mais en fait, il y a moins de pollution.
04:54 Donc c'est quoi ? C'est moins de voitures ?
04:54 Moins de voitures, c'est très clair.
04:56 Moins de diesel parmi les voitures.
04:59 Du chauffage avec plutôt du gaz ou de l'électricité que du fuel
05:04 parce que malheureusement, ça pollue le fuel.
05:07 Donc ça, c'est des choses qu'on peut faire tous,
05:09 pas seulement les autres, c'est tous.
05:12 Donc ça, c'est des points très importants sur lesquels on peut tous agir.
05:17 Si je peux quand même insister, et arrêter de fumer.
05:21 Oui, surtout.
05:22 Et surtout arrêter de fumer.
05:23 Alors, les masques anti-pollution, ça marche ?
05:25 Alors, les masques anti-pollution, il faut faire un peu attention
05:27 à ce qu'on entend par masque anti-pollution.
05:29 On a vécu le Covid tous ensemble dans les trois dernières années.
05:32 On a vu que les masques, ça protégeait contre les virus.
05:35 Donc ça protège contre certaines particules.
05:38 Attention, les plus petites particules,
05:40 celles qui vont pénétrer dans votre poumon,
05:42 passer dans la circulation, abîmer vos artères,
05:45 celles-là ne vont pas être arrêtées par les masques habituels.
05:48 Donc ça peut marcher, mais pour que ça marche vraiment bien,
05:52 il faudrait que ce soit tellement hermétique
05:54 qu'en fait vous ne pourriez plus marcher, faire du sport.
05:57 Donc vous voyez la limite.
05:58 Alors, est-ce qu'il y a des fonds nécessaires pour lutter contre la pollution ?
06:01 Alors, il n'y a jamais assez de fonds nécessaires pour lutter contre la pollution.
06:05 Et d'ailleurs, c'est une des remarques de ce rapport, c'est extrêmement intéressant.
06:08 Quels sont les pays les plus pollués aujourd'hui ?
06:10 Ce sont les pays les plus pauvres en réalité.
06:12 Donc des pays où justement, il y a très peu d'investissements
06:15 pour lutter contre la pollution.
06:16 Donc là, il y a une espèce de déséquilibre,
06:18 beaucoup de pollution, peu d'investissement.
06:20 Et donc là, il faut modifier cet équilibre.
06:22 Mais même dans nos pays, il y a clairement besoin de financer mieux
06:28 la recherche sur ces effets de la pollution
06:31 et sur les systèmes de prévention.
06:33 Merci beaucoup, le message est passé.
06:35 Merci Bruno Crestani d'avoir été avec nous.
06:37 Je rappelle que vous êtes chef de service pneumologie de l'hôpital Bichat
06:40 et également président de la Fondation du Souffle.
06:42 Oui, soutenez la Fondation du Souffle si je peux me permettre.
06:45 On l'a noté, merci.
06:48 Je vous pose une petite question personnelle.
06:49 Quand on fait du vélo dans une ville comme Paris,
06:51 est-ce qu'on se met en danger ?
06:52 On dit que ça nous met en forme,
06:55 mais est-ce que de notre côté, on se met en danger ?
06:57 Alors c'est sûr que si vous faites du sport et notamment faire du vélo,
07:01 vous allez augmenter votre ventilation.
07:03 Si vous vous respirez de l'air pollué,
07:05 vous allez effectivement vous exposer à de la pollution.
07:08 Donc oui, évitez de faire du sport sur des axes très riches en voitures
07:16 et notamment lors des pics de pollution.
07:17 Inversement, si tous ceux qui sont dans leur voiture prenaient leur vélo,
07:21 vous voyez le bénéfice, il serait absolument colossal.
07:24 Thomas Soto, il prend son vélo lui.
07:26 Bravo Thomas.
07:27 Quand j'arrive à trouver ma vélibe.
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