00:00 En matière budgétaire, l'heure de la facilité est finie.
00:12 Et le budget qui s'esquisse pour 2024 sera bien teinté de rigueur.
00:17 Une rigueur incontournable pour deux raisons principales.
00:20 1. La séquence d'exception du « quoi qu'il en coûte »
00:23 où les États européens ont financé des dépenses courantes sur de l'endettement massif est maintenant close.
00:29 L'Allemagne renoue avec le frein de la dette, mise en veilleuse depuis le Covid,
00:34 sonnant la fin de partie et le gouvernement français a clairement annoncé que le désendettement devenait sa priorité.
00:41 2. L'inflation, un premier temps allié des finances publiques, devient un obstacle maintenant qu'elle décélère.
00:48 Et c'est surtout ce second point qui impose sa loi.
00:52 Car les finances publiques sortent d'une séquence d'exception
00:55 où en dépit d'un affichage dispendieux jusqu'en 2023,
00:59 la montée en puissance de l'inflation a dans un premier temps facilité la résolution de l'équation comptable des gouvernements.
01:06 Pour des raisons purement mécaniques.
01:08 Parce que l'inflation a, dans sa phase d'accélération,
01:12 boosté instantanément la base fiscale et tous les impôts qui sont les plus immédiatement indexés sur cette dernière,
01:18 notamment l'ATVA et les impôts sur les bénéfices.
01:22 Simultanément, les dépenses n'ont suivi qu'avec un temps de retard.
01:26 C'est le cas notamment du point de la fonction publique.
01:29 Depuis des années, le gel du point a certes participé à l'érosion du pouvoir d'achat des agents de l'État.
01:35 Mais la situation s'est encore aggravée en dépit des revalorisations trompeuses de juillet 2022 et juillet 2023.
01:44 Ces dernières ont été en effet à la fois tardives et de surcroît incomplètes.
01:49 Idem concernant toute une série de revalorisations, retraites, prestations sociales, minima, etc.
01:56 Le cas de la revalorisation des retraites de base est emblématique.
02:00 Le gouvernement ne cesse de mettre à profit l'érosion inflationniste pour contenir ses dépenses.
02:07 Ce régime à double vitesse des dépenses et des recettes,
02:10 favorable dans un premier temps au rééquilibrage des comptes publics, est maintenant terminé.
02:15 D'un côté, la dynamique des rentrées fiscales ralentit, sous l'effet de la désinflation et du ralentissement de la croissance.
02:23 De l'autre, les mesures lancées fin 2022 portent leurs effets en année pleine.
02:28 Le suivi mensuel des comptes de l'État porte déjà la trace de cette bifurcation.
02:32 En cumulé sur les six premiers mois de l'année, les recettes sont à la peine,
02:37 plombées notamment par les moindres rentrées d'impôts sur les sociétés.
02:41 A l'inverse, les dépenses encaissent l'intégralité des revalorisations tardives de 2022
02:47 et de la prolongation des dispositifs de soutien au pouvoir d'achat.
02:52 Contrairement à 2021 et 2022, où le gouvernement a fait mieux que prévu en termes de déficit public,
02:59 l'année 2023 risque de décevoir.
03:02 La cible de 5% de déficit sera probablement enfoncée,
03:06 émettant un signal inquiétant d'aggravation de la situation budgétaire aux autorités bruxelloises.
03:13 Le gouvernement est donc maintenant en lutte pour boucler le budget 2024.
03:18 Les engagements financiers supplémentaires, contenus dans les lois pluriannuelles
03:23 concernant notamment la transition écologique et la défense, compliquent de surcroît l'équation.
03:29 À quoi s'ajoute la montée inévitable et non compressible des charges financières imputables à la dette.
03:37 Si pour faire bonne figure, le gouvernement maintient symboliquement l'annonce d'une baisse d'impôt de 2 milliards sur la classe moyenne à horizon 2027,
03:45 objectif qui ne l'engage en rien cette année,
03:48 l'heure est bien au coup et rabotage à tout va dans les ministères,
03:53 à l'instar de l'augmentation probable de la franchise médicale.
03:57 À la chasse aux niches fiscales, notamment sur le gazoil non routier.
04:01 À des hausses perlées de prélèvements, en particulier sur le transport aérien.
04:06 À l'étalement des baisses d'impôts, déjà programmées, en témoigne le lissage annoncé sur 4 ans de la baisse de la CVAE.
04:14 Et au repli accéléré des multiples dispositifs de soutien au pouvoir d'achat.
04:20 La consommation va devoir voler de ses propres ailes.
04:23 Or, avec une inflation qui ne reflue que très lentement,
04:27 la fin programmée du bouclier tarifaire qui expose les ménages à de rudes coûts sur les prix de l'électricité,
04:33 +10% en août 2023, puis +18,5% en janvier 2024,
04:41 difficile d'être confiant sur la capacité de résistance de la croissance.
04:46 Rigueur sans croissance, c'est le pire des scénarios.
04:50 Celui dans lequel les gouvernements écopent sans fin, ajoutant de la rigueur à la rigueur,
04:56 pour maintenir à flot une embarcation budgétaire dont la base fiscale se dérobe.
05:03 [Musique]
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