00:00Placée en procédure pour déficit excessif, la France se retrouve face à un défi monumental.
00:15Changer la trajectoire de ses finances publiques pour se rapprocher des clous mastrichiens.
00:20A savoir un déficit public ne dépassant pas 3% du PIB et un taux d'endettement inférieur à 60.
00:26Rien que ça ! Un sacré challenge, car à force de crier au loup, le discours politique a perdu toute crédibilité.
00:34Pour ceux qui s'en souviennent, c'est la fameuse déclaration de 2007 du Premier ministre François Fillon.
00:39« Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite ».
00:4217 ans après, le poids de la dette a quasiment été multiplié par deux.
00:46Sans que cela n'effraie ni les agences de notation qui classent toujours la France parmi les pays les plus sûrs,
00:52ni les investisseurs étrangers qui se ruent encore et encore sur les obligations d'État français avec autant d'appétit.
00:59Alors vive la dette, et surtout à quoi bon faire des efforts pour la réduire ?
01:04Simplement parce qu'elle a été mal utilisée, gaspillée.
01:07Parce que l'étau zéro s'est terminé, parce que plus l'ajustement sera tardif, plus il sera violent et causera de la casse sociale.
01:14Certes, nul économiste ne sait calculer quel est le bon ou le juste niveau de la dette.
01:18Tout va dépendre de son utilisation.
01:21Or, depuis près de 20 ans, elle a essentiellement servi à soutenir le revenu des ménages
01:26et, en fin de période, à préserver le tissu productif des effets de la crise de la Covid pour éviter que l'économie collapse.
01:33En définitive, très peu de moyens ont été mobilisés pour accroître la productivité
01:38en investissant dans les infrastructures, en R&D, dans l'éducation.
01:42Finalement, les dépenses de soutien à court terme ont pris le pas sur les mesures de long terme,
01:47les seules pourtant capables de rehausser un potentiel de croissance rabougue.
01:51Bilan, l'économie française doit maintenant affronter un service de la dette,
01:55c'est-à-dire ce que l'État, le contribuable in fine, doit rembourser chaque année en forte augmentation
02:00alors que la capacité productive du pays est restée pratiquement achangée.
02:04La dette, c'est aussi un contexte économique et financier.
02:09S'il entend de se projeter dans un futur proche, 2024-2025,
02:12il faut anticiper le retour graduel de l'inflation vers 2% sur fond d'une croissance potentielle
02:19qui ne décollera pas de sa tendance de 1%.
02:22Être raisonnable en matière de projection de la dette, c'est donc miser sur une croissance nominale tendancielle de 3%.
02:29Or, à 3%, c'est précisément le niveau des taux que sert l'État français à 10 ans,
02:35un palier qui résiste et résistera à la décrue anticipée des taux courts.
02:40Partant de ces hypothèses, pour stabiliser la dette, le déficit doit être proche de zéro hors charges d'intérêt,
02:46ce qui dans le jargon économique s'appelle le déficit primaire.
02:50Il faut maintenant ajouter à cette estimation le poids des charges d'intérêt, entre 1,5 et 2%.
02:56Cela donne la cible de déficit à atteindre.
02:59A 5,6% fin 2023, à 5,1% encore prévu pour cette année, la France en est loin.
03:06L'État a besoin d'un ajustement de près de 4 points du PIB pour s'en approcher.
03:11Un ajustement va devoir s'engager, alors même que les probabilités de ralentissement l'emportent sur celles d'accélération de la croissance,
03:18et alors même que tous les pays développés sont confrontés au même agenda de consolidation.
03:23La dette publique française atteint des sommets vertigines et les chiffres actuels ne pourront pas être ignorés par le gouvernement.
03:31Si la France continue d'agir comme si tout allait bien,
03:33elle risque de se retrouver dans une situation où l'ajustement budgétaire nécessaire devient catastrophique.
03:39Non pas en raison de la dette elle-même, mais en raison de la façon dont elle est gérée.
03:43Crier à la faillite est peut-être prématuré,
03:46mais ignorer les signes avant-coureurs serait une erreur stratégique monumentale.
03:51A bon entendeur !
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