00:00A force d'avoir crié au loup trop souvent, d'avoir surjoué depuis deux décennies la thématique de la faillite de l'État,
00:16le discours de l'insoutenabilité de la dette publique n'est plus audible.
00:21Souvenons-nous de la célèbre déclaration du Premier ministre François Fillon de 2007.
00:26Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite.
00:30Ce type de surenchère n'aide pas le pilotage raisonné des finances publiques,
00:34surtout lorsque, 17 ans plus tard, le même pays dispose d'une note encore très favorable sur le marché des fonds souverains,
00:42élève sans difficulté et avec un spread très faible par rapport à l'Allemagne, plus de 250 milliards d'euros par an.
00:50C'est toute la difficulté du gouvernement aujourd'hui.
00:53Il en appelle à l'urgence quand les grandes agences de notation font preuve de mensuétude
00:58et alors même que le spread des OAT à 10 ans ne témoigne d'aucune perception d'une montée du risque par les opérateurs de marché.
01:07Or, la donne a changé et les messages d'alerte ne doivent pas être pris à la légère cette fois-ci.
01:13Il y a d'abord le niveau de la dette publique, à près de 111% du PIB.
01:18Personne ne sait dire quel est le bon ou juste niveau de la dette publique, certes.
01:23Tout dépend du rendement économique et social des investissements qui sous-tendent cet endettement.
01:29Et un sous-investissement est sans doute plus préjudiciable aux générations futures
01:34qu'une dette contrôlée qui sacrifierait le potentiel de croissance et de soutenabilité.
01:40Cependant, depuis 2007, l'essentiel du surcroît de dette a été dédié au soutien aux revenus courants des agents privés,
01:49pour éviter que nos économies ne sombrent.
01:52Nos capacités productives ont ainsi été préservées, évitant une destruction massive de matière fiscale.
01:59Mais nos économies doivent maintenant affronter un service de dette très nettement supérieur à capacités productives pratiquement inchangées.
02:08Et ce, alors que l'artifice des taux zéros ne joue plus comme facilitateur.
02:14Ensuite, si l'on tente de se projeter dans un futur proche,
02:17il est raisonnable de penser que l'inflation reviendra graduellement sur un sentier de 2%,
02:23sur fond d'une croissance potentielle dont il serait très hasardeux de supposer qu'elle décollera de sa tendance de 1%.
02:30Ni la démographie, ni l'arrière-plan de productivité n'incitent à l'optimisme aujourd'hui.
02:37Être raisonnable en matière de projection de dette, c'est donc miser sur une croissance nominale tendancielle de 3%.
02:44Or 3%, c'est précisément le niveau des taux que sert l'État français à 10 ans, si l'on se réfère à l'emprunt phare.
02:53Un palier de taux qui résiste à la décrue anticipée des taux courts.
02:58Partant de ces hypothèses, la formule qui détermine le niveau de déficit qui stabilise la dette en pourcentage du PIB est sans appel.
03:07Quand le taux d'intérêt est égal à la croissance nominale, le déficit hors charge d'intérêt qui stabilise la dette est de 0%.
03:17Si l'on ajoute à cette estimation le poids des charges d'intérêt, entre 1,5 et 2% du PIB, cela donne la cible de déficit à atteindre.
03:27A 5,5% fin 2023, nous en sommes loin.
03:31L'État a besoin d'un ajustement de près de 4 points du PIB pour s'en approcher.
03:37Un ajustement qui s'engage alors même que les probabilités de ralentissement l'emportent sur celles d'accélération de la croissance,
03:45et alors même que tous les pays développés sont confrontés au même agenda de consolidation.
03:51Penser dans ce contexte qu'un hypothétique rebond en 2025 ou 2026 nous sauvera, constitue une hypothèse héroïque.
03:59Ajoutons à cela les coûts induits par un cahier des charges qui s'alourdit au plan sécuritaire et climatique,
04:06et le risque d'emballement qui s'amplifie avec le niveau de dette rapporté au PIB.
04:10Alors oui, la France est en situation alarmante.
04:14Ni le timing, ni l'environnement de croissance internationale, ni les risques géopolitiques ne sont favorables à la maîtrise de la dette.
04:23Crier à la faillite est prématuré, mais cela a tous les attributs d'un ajustement mal timé, mal dosé,
04:31ceux sur lesquels s'effrite décennie après décennie le potentiel de croissance hexagonale,
04:37et qui hypothèque les investissements qui pourraient redonner souffle à son économie.
Commentaires