00:00 - Il est 7h13 sur Sud Radio, la sécheresse. Alors que la France connaît son premier véritable épisode de l'année,
00:09 le maire LR de Saint-Raphaël dans le Var, qui est également président du comité d'Esterelle et Côte d'Azur agglomération,
00:21 je vais y arriver un petit peu évidemment, ce matin c'est un peu difficile, nous sommes vendredi,
00:25 il critique Frédéric Masquelier, l'empressement de l'administration a réglementé l'utilisation d'eau, sans passer par l'intermédiaire des élus.
00:33 Frédéric Masquelier, rebonjour. - Bonjour.
00:36 - Qu'est-ce que vous critiquez dans la gestion de la sécheresse actuellement alors ?
00:41 - C'est encore une fois une approche systémique, celle qu'on a pu connaître notamment dans le cadre du Covid,
00:47 et on reproduit absolument les mêmes réflexes avec des schémas théoriques, en mettant sous la main de toise l'ensemble des collectivités,
00:59 notamment à travers un concept de solidarité territoriale qui est totalement dévoyé de sa vocation initiale,
01:06 qui était celle d'un partage de la ressource, et surtout on n'analyse pas les véritables causes des problèmes.
01:14 - Oui c'est ça. Mais alors quelques exemples pour que les auditeurs comprennent bien. Qu'est-ce qui ne va pas alors justement ?
01:20 - Si je vous prends un exemple, vous avez la communauté de communes des Pays de Friance qui est en souffrance hydrique,
01:26 c'est un fait dans la mesure où ils pisent leurs ressources sur une source d'eau en particulier, celle de la Tignolle.
01:32 Vous apercevez que vous avez des taux de fuite de l'ordre de 50%, vous apercevez que vous avez eu un sous-investissement au cours des dernières années,
01:39 et puis vous apercevez surtout que ces villages perchent au-dessus d'une des plus grandes réserves d'eau en France,
01:46 qui est le lac de Saint-Cathien, et qui contient 60 millions de mètres cubes.
01:50 Donc là, dans un cas comme celui-là, vous avez une solution évidente qui est celle du raccordement sur cette source d'eau.
01:58 Et au lieu de cela, on va imposer des restrictions à tout un bassin de vie,
02:03 et notamment aussi des restrictions à leurs habitants en leur interdisant de construire,
02:09 ou encore en s'attaquant au tourisme alors qu'il s'agit quand même de la première ressource économique de l'Est-de-Var.
02:15 - Et c'est-à-dire que les maires, eux, ne voudraient pas prendre cette décision qui est décidée par l'administration, par l'État ?
02:23 - Ce qu'il faut, c'est inciter à l'investissement, ce n'est pas répartir la pénurie.
02:30 Si on prend l'exemple que je vous ai indiqué, c'est comme si vous aviez des pertes de jeunes qui étaient obligatoires
02:37 du fait que certaines personnes auraient des fins de mois difficiles.
02:40 C'est absurde ces pensées que l'on peut résoudre avec une approche administrative
02:44 des problèmes qui reposent en réalité sur la technologie.
02:47 Nous avons des pays qui sont davantage en souffrance du point de vue de la gestion d'eau que la France.
02:52 Eh bien, c'est par la science, c'est par l'innovation, c'est par la technologie qui les résolvent.
02:56 - Oui, mais bien souvent aussi, Frédéric Masquelier, ce qui peut se passer,
02:59 c'est que les élus locaux, eux, ils voient avant tout leur intérêt face aussi à la grogne des populations
03:05 et il y a parfois des décisions douloureuses à prendre.
03:09 Et si c'est pris un peu au-dessus, c'est peut-être plus facile à prendre, évidemment,
03:17 parce que vous, élus, vous pouvez avoir peur de prendre des coups, non ?
03:22 - Vous savez, la gestion de l'eau repose sur les collectivités locales depuis près d'un siècle et demi.
03:28 On s'aperçoit que ça fonctionne relativement bien et l'État peut évidemment avoir des mécanismes incitatifs.
03:36 Mais encore faut-il que ces mécanismes incitatifs soient vertueux,
03:39 c'est-à-dire qu'ils incitent davantage dans le cadre de l'investissement,
03:43 qu'on ne mette pas des années aussi pour faire émerger des solutions de bon sens,
03:46 comme la réutilisation des eaux usées, dont l'utilisation, c'est pouvoir nettoyer les rues
03:52 ou encore arroser les parcs et jardins.
03:54 On ne croit pas qu'il faille les mêmes précautions sanitaires que celles qui sont demandées
03:58 lorsqu'il s'agit de distribuer de l'eau potable aux populations humaines.
04:02 Voilà, donc il faut simplifier les choses, il faut raccourcir également les délais.
04:07 Nous avons de grandes technologies, nous avons des opérateurs également français
04:11 qui sont des leaders mondiaux dans ce domaine.
04:13 Elles sont éprouvées, tout le monde les connaît et nous avons également les budgets.
04:18 Donc ce que les maires demandent, c'est qu'on nous laisse faire, qu'on nous donne confiance
04:22 et qu'on nous laisse évidemment la gestion de cette question de l'eau.
04:27 - Oui, vous craignez justement cet été qui arrive, tout de même Frédéric Masquelier,
04:32 non ? Déjà l'année dernière ça avait été effectivement compliqué
04:36 et là le niveau est encore très bas, malgré les pluies de ces derniers jours avec les orages.
04:43 - Autant on sait qu'on est dans une transition écologique et qu'il y a un réchauffement climatique,
04:49 la personne ne le conteste, autant en termes de climatologie,
04:52 les données scientifiques ne sont pas encore établies,
04:55 c'est-à-dire que personne ne peut vous dire sérieusement quel sera le climat dans 15 jours.
05:00 Donc comme c'est une donnée qui n'est pas établie, on n'a pas non plus à se projeter sur des schémas
05:07 qui encore une fois risquent de profondément ancrer des territoires.
05:10 Nous sommes encore une fois un territoire touristique et l'image que nous donnons à l'extérieur est catastrophique
05:16 avec la manière dont ceci est géré, il y a de nombreux touristes qui peuvent hésiter à venir dans la région
05:25 dans la mesure où on nous la présente aujourd'hui quasiment comme un lieu désertique.
05:30 Et ceci doit être pris en conscience et en responsabilité.
05:33 - Merci Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël et président d'Esterelle et de Côte d'Azur Agglomérations
05:38 d'avoir été avec nous en direct ce matin sur Sud Radio.