00:00 Bonjour, je suis Christian Cailliau et je suis sur France Inter.
00:03 Le héros du passager du Polar Lys.
00:05 C'est une femme qui a l'apparence d'une vamp, on pourrait dire,
00:11 d'une femme fatale qui se sert de la séduction qu'elle exerce sur les hommes pour vivre.
00:19 Mais en fait, c'est une femme en lutte qui cherche sa liberté,
00:23 qui se bat pour sa liberté.
00:24 À une époque où la place des femmes, on le sait, n'était pas facile.
00:27 Est-ce que ça a changé ? C'est une autre histoire.
00:30 C'est un personnage très beau, je trouve, dans ce milieu d'hommes
00:35 qui s'interrogent tous sur sa place ici.
00:39 Là, ce ne sont pas les outils que j'ai utilisés pour dessiner l'album.
00:43 C'est beaucoup plus dans l'estompe et les matières pour faire les brumes du Nord,
00:51 pour rendre les odeurs de mazout et de fer du bateau.
00:57 Et voilà.
00:58 En fait, l'idée, c'est une femme qui a l'air un peu grave et triste,
01:03 mais qui en même temps est très belle et très forte.
01:07 Elle a quand même signe distinctif des cheveux un peu à la garçonne.
01:12 Elle correspond à l'archétype de la femme un peu, de la femme fatale,
01:17 mais ce n'est qu'une apparence, souvent.
01:21 Voici Brancatia Worms dans Le Passager du Polar Lys.
01:28 Le Passager du Polar Lys.
01:30 Alors, contrairement à l'image de couverture, l'histoire débute à Montparnasse,
01:36 dans les années 20.
01:38 On a une joyeuse bande de joyeux lurons qui embarquent une jeune fille qui passait par là.
01:44 La soirée va mal terminer.
01:46 Mais brutalement, après cet événement fatidique,
01:50 on se retrouve à Hambourg pour embarquer sur un cargo mixte,
01:53 avec très peu de passagers,
01:56 et qui va remonter les côtes de Norvège,
01:59 s'arrêtant dans différents petits ports.
02:02 Sauf que dès la deuxième escale, il y a un mort sur le bateau.
02:06 Et nous allons découvrir quels sont les tourments et les destins fatidiques,
02:14 mais fabuleux, que vont vivre les personnages
02:18 durant cette traversée vers les eaux glacées du Cercle Polaire.
02:22 Il y a un personnage, forcément,
02:27 qui m'a fait comprendre d'un seul coup que la bande dessinée
02:30 était un langage magnifique pour suggérer les choses plus que tout dire.
02:36 Et ça a été évidemment un auteur et un personnage qui ont été très importants pour moi,
02:44 qui ont déterminé non seulement mon envie de faire de la bande dessinée,
02:48 mais aussi qui ont participé beaucoup à ma vie,
02:53 puisque c'est des choses qui m'ont donné envie de partir,
02:58 sillonner le monde et être marin aussi.
03:01 Et voilà...
03:03 Est-ce que...
03:06 On le reconnaît à peu près, quand même, non ?
03:08 Moi, j'arrive à le reconnaître, j'espère qu'il en est de même pour vous.
03:11 Donc pour moi, il s'agit de Corto Maltès, d'Hugo Pratt,
03:17 qui va voyager de par le monde, qui est un fier marin,
03:20 et qui va aussi croiser des écrivains sur sa route,
03:23 Jack London ou d'autres.
03:26 Ma première référence, c'est un livre.
03:29 Et un truc, je vais frimer un peu, mais ça s'est réellement passé.
03:32 En fait, j'avais à 13, 14 ans,
03:35 j'ai été bouleversé par « L'étranger » d'Albert Camus.
03:38 La littérature a déclenché des images, des sensations.
03:42 J'ai toujours été un peu hésitant entre l'écriture et le dessin.
03:46 Ça tombe bien, la bande dessinée, c'est les deux ensemble.
03:50 Deuxième référence, je l'ai évoquée tout à l'heure par le dessin,
03:54 ça a été la rencontre avec Hugo Pratt, « Rencontre par les livres ».
03:58 Là, il y avait le dessin et l'évocation, comme peut le faire la littérature,
04:02 sans tout dévoiler.
04:04 Et en plus, il y avait l'exotisme du voyage
04:06 qui m'a amené, quelques années après, à partir sillonner le monde.
04:10 La troisième, ça a été le jour où j'ai pris, à 20 ans, l'avion
04:14 pour partir à Brazzaville, au Congo, pour un an et demi.
04:19 Et après les dix années qui ont suivi, j'ai sillonné l'Afrique,
04:23 l'océan Indien, minimum six mois par an.
04:26 Et le voyage a alimenté, a rallumé mon envie de dessiner,
04:32 de dessiner le monde et d'être un témoin du monde.
04:36 Pas un acteur, en fait, mais un témoin.
04:39 La quatrième pierre dans mon jardin qui a été déterminante,
04:43 c'est qu'après justement avoir été pendant dix ans promeneur à pied,
04:48 je rencontre Bernard Giraudot.
04:50 On devient amis, on décide de faire des livres ensemble
04:52 et il me fait embarquer, dans tous les sens du terme,
04:56 mais surtout au propre.
04:57 C'est-à-dire, on prend des bateaux ensemble et je découvre le monde autrement,
05:02 une autre façon de voyager, la communauté des hommes et des femmes sur un bateau.
05:06 Et d'un seul coup, j'en avais besoin.
05:10 Ça devenait plus un...
05:12 Le voyage maritime est un voyage rêvé, un voyage...
05:16 On attend l'escale à venir, mais dès qu'on quitte le bateau,
05:19 on revient au bateau pour rêver de l'escale suivante.
05:21 Il y a quelque chose de magnifique dans le voyage maritime.
05:25 Quand il y a du bateau, il y a du caillot.
05:27 de la France.
05:28 Merci.
05:28 Merci à tous !
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