00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de faits divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:14Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés alors qu'il...
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delceny.
00:23Et je vous rappelle que jusqu'au 14 juillet, Crime Story est en partenariat avec France Télévisions qui met en
00:29ligne 4 films inspirés par des faits divers.
00:32Vous pouvez en retrouver la liste directement sur la plateforme France TV.
00:40Bonjour Damien.
00:41Bonjour Claudia.
00:41Aujourd'hui dans Crime Story, juge François Renaud, le shérif assassiné.
00:46Nous sommes dans les années 70.
00:48Lyon est alors une place forte du grand banditisme en France.
00:52Un juge, aux méthodes peu orthodoxes, incarne la lutte contre le crime.
00:57Il va en payer le prix.
01:01Jeudi 3 juillet 1975, 2h30 du matin à Lyon.
01:06Dans cette nuit d'été, une vieille BMW arrive au pied de la colline de Fourvière.
01:11A l'intérieur de l'habitacle, il y a une femme côté passager.
01:15C'est un homme qui est au volant.
01:17Lunettes fumées, allure sportive, l'homme est grand, a le visage buriné couleur brique, une crinière grisonnante et une moustache
01:25en croc un peu à la Salvador d'Ali.
01:28C'est François Renaud, un juge d'instruction, âgé de 53 ans, bien connu à Lyon et même au-delà.
01:34A côté de lui, c'est sa compagne, Geneviève.
01:37Le couple vient de passer la soirée chez des amis et rentre au milieu de la nuit chez lui, monté
01:42de l'observance dans le 9e arrondissement, pas très loin de la basilique de Fourvière.
01:47La voiture s'engage dans leur rue derrière le quartier du Vieux Lyon, en face de celui de la Croix
01:51-Rousse.
01:52En pleine montée, le juge s'arrête pour se garer dans la rue, à 80 mètres de l'entrée de
01:57leur immeuble.
01:59François Renaud et Geneviève descendent de la voiture.
02:02Derrière eux, une autre voiture arrive, une Ford Tonus, avec trois hommes à l'intérieur.
02:07Elles s'y mobilisent à leur hauteur, sans doute des gens qui veulent demander leur chemin.
02:12François Renaud s'approche, la vitre côté passager se baisse.
02:16L'un des hommes à l'intérieur de la voiture s'adresse au juge.
02:19En même temps, un autre homme descend du véhicule.
02:23François Renaud remarque alors que les occupants de la voiture sont masqués.
02:26Il comprend tout de suite.
02:28Il se redresse et part en courant, en entraînant Geneviève dans la pente.
02:33Deux des hommes leur tirent dessus, mais le couple continue de courir.
02:37Pendant que l'homme sorti de la voiture remonte dedans,
02:39François Renaud et Geneviève se cachent derrière une autre voiture garée, une coccinelle.
02:45La Ford redémarre et les traquent.
02:48Bientôt, les agresseurs sont de nouveau à leur hauteur.
02:51Le couple ne bouge pas.
02:53Ils entendent la voiture des tueurs s'arrêter.
02:55Une portière qui s'ouvre, des bruits de pas.
02:58L'homme s'arrête.
02:59Il les a repérés et tire.
03:02À travers la carrosserie, le juge est touché et blessé.
03:06Puis le tueur fait le tour de la voiture et une fois face à François Renaud, il vide son chargeur.
03:13La Ford repart.
03:14Il est un peu moins de 2h50.
03:24Damien, Geneviève a été épargnée et elle court prévenir le fils de François Renaud.
03:29Elle va le réveiller, elle va lui dire que son père a eu un accident.
03:33Ce sont les mots qu'elle emploie.
03:35Donc Francis Renaud, lui, il a 20 ans.
03:36Il est réveillé en pleine nuit, il ne comprend pas du tout ce qui se passe.
03:39Il va quand même appeler les pompiers.
03:41Et il dira d'ailleurs plus tard que Geneviève a répété cette phrase un peu énigmatique
03:45qui n'est pas du tout la réalité de ce qui s'est passé en disant
03:48« Ton père a eu un accident ».
03:50Ça montre évidemment l'état de choc total de la compagne de François Renaud.
03:54Le fils, il va donc descendre, lui, dans la rue pour essayer de porter secours à son père.
03:59Il va tomber sur son père qui est gravement blessé et inconscient, allongé sur le trottoir.
04:04Quelques minutes plus tard, les secours arrivent sur place.
04:06François Renaud est transporté en ambulance.
04:09Il est grièvement blessé à la tête.
04:11Il a reçu plusieurs balles de calibre 38 spéciales.
04:14On l'a dit, son agresseur, son tueur, a vidé son chargeur à une très faible distance.
04:19François Renaud, il est dans un état désespéré.
04:22Il meurt dans l'ambulance pendant son transfert à l'hôpital,
04:24quelques minutes seulement après avoir été pris en charge.
04:27C'est la première fois qu'un magistrat français est assassiné depuis la fin de l'occupation.
04:31Oui, c'est un immense choc.
04:33C'est comme une digue qui tombe.
04:35On n'imagine pas à l'époque qu'on peut s'attaquer à un magistrat.
04:38Alors, il y en aura d'autres.
04:40Ensuite, dans les années qui ont suivi, il y aura le juge Michel à Marseille.
04:43Il y aura le juge Borel qui est tué à Djibouti.
04:46Mais ça reste quand même un événement, l'assassinat d'un juge, quelque chose d'extrêmement rare.
04:52Alors, c'est surtout la première fois qu'un juge d'instruction est assassiné,
04:56en quelque sorte, dans l'exercice de ses fonctions.
04:58Donc, il y a une émotion à Lyon en particulier, mais il y a surtout une émotion nationale.
05:02Jean Le Canuet, ministre de la justice de l'époque, adresse immédiatement au premier président de la cour d'appel
05:08de Lyon un télégramme dans lequel il exprime son indignation devant le lâche attentat, écrit-il, qui a coûté la
05:16vie au juge Renaud.
05:17Oui, il va le qualifier de magistrat qui avait concouru avec une particulière efficacité à la lutte contre le banditisme.
05:25Le lendemain de l'assassinat de François Renaud, donc le vendredi 4 juillet 1975, le ministre de la justice descend
05:32à Lyon.
05:32Il se rend à l'institut médico-légal, là où le corps de François Renaud repose.
05:37Et quand il sort de l'institut médico-légal, de la morgue, il va prononcer une phrase un peu étonnante.
05:43Il va rendre hommage à un homme qui a eu le courage de s'identifier à la fonction de juge
05:49d'instruction, au point d'apparaître comme un justicier.
05:55Le mot justicier reflète bien l'image controversée du juge François Renaud.
06:00Dans le milieu judiciaire, on le surnomme le shérif.
06:03Peut-être moins à cause de sa moustache que pour sa manière d'instruire les affaires en s'affranchissant parfois
06:08de certains codes.
06:09Et ça ne semblait pas lui déplaire.
06:12Revenons en arrière.
06:13François Renaud est né le 5 mars 1923, au Tonquin, dans l'ancienne Indochine, une partie de la colonie française
06:20qui correspond aujourd'hui au nord du Vietnam.
06:23Sa famille est originaire de Saône-et-Loire, mais la carrière de son père, Maurice François Renaud, un médecin officier
06:29militaire, les a emmenés jusqu'à l'autre bout du monde.
06:32Après une enfance loin de la France, François Renaud revient dans l'Hexagone.
06:37Il fait son lycée, puis ses études de droit à Lyon.
06:40En 1943, François Renaud va avoir 20 ans, quand est instauré par une loi du 16 février, le STO, le
06:48Service du Travail Obligatoire.
06:49La France est alors occupée par l'Allemagne nazie et à partir de cette date, la réquisition et le transfert
06:55vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français contre leur gré devient possible.
07:00L'objectif est d'obliger ses Français à participer à l'effort de guerre allemand et plus précisément d'aider
07:07l'Allemagne d'Adolf Hitler à faire face à ses besoins grandissants dans les usines, l'agriculture et l'aménagement
07:13de chemins de fer par exemple.
07:15Pour François Renaud, pas question de participer.
07:18Alors qu'il pourrait être réquisitionné, il décide de rejoindre la Résistance.
07:22Il s'engage dans deux maquis de Saône-et-Loire, d'abord celui de Lèves, puis celui de Corlet.
07:29Il s'illustre en particulier en remontant un jour à moto et à contresens un convoi allemand.
07:35Mitraillette à la main, il tire sur l'occupant.
07:38Le magazine Tribune de Lyon, un journal local, résumera plus tard sa personnalité en deux mots, intrépide et téméraire.
07:47Dix ans plus tard, François Renaud a intégré la magistrature et à partir de 1956, il est nommé juge suppléant
07:53dans les colonies.
07:55Les années suivantes le mènent en Côte d'Ivoire, au Niger, au Mali, puis au Burkina Faso.
08:00De cette expérience, il garde une très grande liberté dans la manière de mener ses procédures.
08:05C'est à cette période que François Renaud se marie avec Lydia, la mère de ses deux enfants.
08:11Quelques années plus tard, le couple divorce.
08:13Le magistrat revient à Lyon en 1966 et occupe un poste de juge d'instruction.
08:19Il vit alors dans une tour qui surplombe la ville avec ses deux fils.
08:23En 1972, trois ans avant sa mort, François Renaud est nommé premier juge d'instruction du palais de justice de
08:30Lyon.
08:31Il a alors 49 ans et il est connu comme un magistrat d'une haute conscience professionnelle
08:36et d'une méthode rigoureuse, reconnaissable entre mille, avec ses vestes de tweed à carreaux et ses accessoires aux couleurs
08:43criardes.
08:46Damien, François Renaud est décrit comme un joyeux vivant en privé dans le cadre professionnel.
08:52Oui, surtout des malfaiteurs et de leurs avocats qui savent que quand ils entrent dans le bureau du juge Renaud,
08:58l'affaire ne va pas être simple.
09:00Il y a tout un côté un peu cérémonial dans la façon dont François Renaud organise ses interrogatoires dans son
09:05bureau.
09:06On dira, beaucoup disent qu'il met les pieds sur le bureau, qu'il fume pendant les interrogatoires,
09:11qu'il interroge un peu comme un policier sans ménagement les inculpés.
09:14On est loin d'une ambiance feutrée habituelle d'un cabinet de juge d'instruction.
09:18Alors, évidemment, ça énerve un peu les voyous qui lui font face.
09:21Les avocats aussi sont agacés par des méthodes qu'il juge peu orthodoxes et un peu trop expéditives.
09:26Il y a aussi certains magistrats, certains confrères de François Renaud
09:29qui trouvent que ce n'est pas une bonne manière de se comporter.
09:32En plus de cet aspect qui relève davantage de la forme, plusieurs d'entre eux le critiquent aussi sur le
09:37fond.
09:37Oui, il trouve notamment que François Renaud a une tendance à abuser de l'arsenal judiciaire et juridique
09:44dont il dispose pour faire craquer, pour faire avouer certains suspects.
09:48Il a par exemple tendance à utiliser de manière assez intensive la détention provisoire.
09:54Alors, il faut savoir qu'à l'époque, il est encore possible pour un juge d'instruction
09:58de décider du placement en détention provisoire d'une personne qui est inculpée.
10:02Les termes ont changé depuis. On ne dit plus inculpée, on dit mise en examen maintenant.
10:05Mais à l'époque, le juge d'instruction, il a le pouvoir d'inculper un suspect
10:09et de choisir ou pas de le placer en détention provisoire.
10:12Aujourd'hui, ça n'est plus possible. Un juge d'instruction, il doit saisir un juge de la liberté et
10:17de la détention
10:17qui est un autre magistrat qui décide du placement ou non en détention.
10:21Lui, il a un peu tous les pouvoirs à l'époque et certains lui reprochent d'en abuser.
10:26Il est aussi capable de mettre en place ce qu'on appelle des détentions-pression.
10:29C'est-à-dire mettre quelqu'un en prison pour faire pression sur lui
10:32ou voire même mettre des proches de cette personne, par exemple des compagnes de voyous
10:36qu'il peut placer en détention provisoire pour essayer de faire craquer le voyou en question
10:41et faire ainsi sortir sa compagne ou son épouse de prison.
10:45Il peut aussi refuser un certain nombre de parloirs à des détenus, parfois même pendant des années.
10:50Donc on voit bien qu'il y a une façon de faire qui est quand même assez particulière,
10:54un peu cow-boy, un peu shérif, d'où il tiendra d'ailleurs son surnom.
10:58Et ça fait de lui un personnage à part, assez critiqué, même si tous, même ses détracteurs,
11:04lui reconnaissent une chose, une force de travail absolument considérable et énorme.
11:09Entre 1972 et 1975, il va traiter des centaines de dossiers criminels en même temps
11:15et souvent des affaires complexes, des affaires difficiles.
11:19D'ailleurs, le parquet général sait se servir de cette puissance de travail du juge Renaud.
11:24Le parquet général n'hésite pas d'ailleurs à attendre parfois qu'il soit de permanence certains jours
11:29pour lui confier une affaire délicate ou une affaire complexe dans laquelle on veut à tout prix des poursuites.
11:35Les policiers de Lyon usent aussi de ce stratagème ?
11:38Oui, parce qu'on doute bien que les policiers, ils aiment bien les méthodes de François Renaud,
11:42qui sont peu ou prou d'ailleurs un peu les leurs.
11:45Donc ils essayent toujours de faire saisir leur dossier et de le confier au juge Renaud
11:49parce qu'ils ont l'impression que le juge d'instruction va être plutôt de leur côté
11:53puisqu'il est plutôt détesté par les voyous et plutôt adulé par les policiers.
11:57Donc ils sont aussi convaincus que quand c'est le juge Renaud qui dirige l'enquête,
12:02puisque c'est le travail d'un juge d'instruction de piloter l'enquête,
12:05ils auront à leur disposition un certain nombre de techniques et d'autorisations
12:09qu'ils n'auraient peut-être pas eues avec un autre magistrat.
12:13La réputation et la popularité ou non du juge Renaud
12:17tient aussi à des éléments d'ordre moins professionnels.
12:20De manière générale, il est différent des autres magistrats.
12:24Par son look, qui tranche avec la sobriété habituelle des juges,
12:27et par ses activités moins mondaines et plus nocturnes.
12:31Il fréquente les bars, il aime faire la fête, multiplier les conquêtes
12:35et s'imprégner du monde de la nuit.
12:36Et même si sa probité n'est jamais remise en question,
12:40on le voit parfois accoudé au même comptoir que ce qu'il met en prison.
12:44Mais c'est d'après ses proches, un homme qui ne transige pas avec ses valeurs.
12:49Pour preuve, un mois plus tôt, son fils aîné, Roland Renaud,
12:53a été incarcéré à la prison Saint-Paul à Lyon pour trafic de drogue
12:56après avoir vendu du cannabis.
12:59Le juge Renaud, qui croyait dur comme fer en l'équité,
13:02n'a tenté d'obtenir aucun traitement de faveur pour lui.
13:05Et c'est depuis sa cellule, en écoutant la radio,
13:08que Roland Renaud apprend la mort de son père.
13:12Rien n'est évident dans cette affaire,
13:13sinon que François Renaud est mort victime de son opiniâtreté dans son travail.
13:17Le syndicat de la magistrature, dont le juge était l'un des membres,
13:20a rendu ce soir hommage au courage du magistrat assassiné.
13:24Et le syndicat dénonce aussi l'absence d'une politique criminelle cohérente
13:27à l'encontre des grands criminels, l'absence aussi de moyens.
13:30Le juge Renaud était le magistrat le plus détesté par les truands et les détenus.
13:34Il était devenu leur bête noire et il est vrai que François Renaud ne faisait pas de cadeaux.
13:38Il avait érigé la détention provisoire en moyen d'enquête.
13:41Mais les hommes qui apparaissent dans les dossiers dont il avait la charge
13:44étaient souvent de ces grands délinquants mouillés dans plusieurs affaires politico-crabuleuses.
13:50Les voisins de cellules du fils Renaud explosent de joie en entendant la nouvelle.
13:54Pour célébrer l'événement, ils frappent bruyamment sur les barreaux des cellules avec des objets métalliques.
14:00Déjà, en 1973, à l'occasion d'une mutinerie à la prison Saint-Paul,
14:04des détenus avaient crié haut et fort leur haine du juge.
14:08Montés sur le toit, ils avaient scandé « Renaud, Renaud, on aura ta peau ».
14:12Il faut se figurer qu'à l'époque, Lyon est un véritable carrefour du crime organisé.
14:17Braquage, réseaux mafieux, proxénétisme, la prison Saint-Paul est pleine de ce qui font de cette ville
14:23de plus de 500 000 habitants la capitale du crime en France.
14:28Et pour ceux qui ont été convoqués par le juge, la ténacité de François Renaud,
14:33surtout quand il s'en prend à leur épouse, ne passe pas.
14:37Dans les heures qui suivent son assassinat, à l'extérieur de la prison, l'enquête a déjà commencé.
14:42Le jour même, les grands noms de la police et de la justice lyonnaise se réunissent,
14:46montés de l'observance, sur les lieux de l'assassinat.
14:49Les officiers de la police judiciaire qui travaillent sur l'affaire comprennent vite
14:53que dans l'exécution du juge Renaud, rien n'a été laissé au hasard.
14:57Tout a été parfaitement planifié.
14:59Ils voient à quel endroit les tueurs ont pu l'attendre.
15:02Comment il était évident qu'une fois tombé dans ce guet-apens,
15:05le juge n'aurait aucune chance de s'en sortir.
15:07À la question « qui pouvait lui en vouloir ? »,
15:10les enquêteurs répondent en dressant une liste d'une centaine de noms.
15:14Parmi eux, il y a tous les détenus et les prévenus qui craignent et détestent le magistrat.
15:19Mais pas seulement.
15:20Une semaine après l'assassinat du juge Renaud,
15:22le ministre de la justice reçoit son fils cadet
15:25et lui dit qu'il étudie sérieusement la piste d'une affaire privée.
15:29Indifférent personnel que François Renaud aurait pu avoir
15:33et qui aurait pu être la cause de son assassinat.
15:36Hypothèse qui a le don de mettre très en colère son fils, Francis Renaud.
15:45Damien, sur quoi se fonde le ministre de la justice pour formuler cette hypothèse ?
15:50Un peu sur les ondits lyonnais, sur les rumeurs lyonnaises
15:53qui font de François Renaud un homme à femme,
15:55un homme avec une vie un peu dissolue,
15:57une vie privée un peu dissolue, un côté un peu sulfureux.
16:00Et donc, certains pensent que son assassinat pourrait, en fait,
16:04non pas être le résultat d'un règlement de compte fomenté par des voyous,
16:07mais quelque chose lié à une affaire intime,
16:10une affaire de Marie Jaloux, par exemple.
16:12Pour le fils du magistrat, ça ne tient pas du tout la route.
16:15Pour le fils du magistrat, ça ne tient pas la route.
16:16Mais pour les policiers qui ont démarré leur enquête,
16:18ça ne tient pas la route non plus.
16:20Pour eux, il est évident que l'assassinat du juge
16:23est lié à son travail, à son activité professionnelle.
16:26Et c'est vrai que ça semble être le plus probable,
16:28dans la mesure où, on l'a dit,
16:30le juge Renaud travaille sur des affaires sensibles
16:32qui touchent toute la sphère du grand banditisme lyonnais.
16:35Et Dieu sait qu'à l'époque, cette sphère est puissante.
16:37On l'a dit en quelques minutes,
16:38les enquêteurs ont dressé une liste d'une centaine de suspects possibles.
16:42Il y a un vrai crime organisé qui est installé à l'époque à Lyon.
16:46Et où il n'y a pas de raison de faire de cadeau à qui que ce soit,
16:50y compris à un juge.
16:51Francis Renaud, le fils cadet du juge,
16:53a une raison supplémentaire de penser cela.
16:56En fait, il sait que son père se sentait menacé.
16:59Son père ne s'en cachait pas,
17:01enfin en tout cas, dans le privé, il ne s'en cachait pas.
17:03Et justement, la veille de sa mort,
17:05il a déjeuné avec son fils Francis.
17:08Et il lui a dit la phrase suivante,
17:09« Je suis un tournant de ma vie et il est possible que je me fasse flinguer. »
17:14Il a aussi ajouté au cours du même déjeuner avec son fils,
17:17« Si je me fais flinguer, c'est parce que je suis sur une grosse affaire. »
17:21Est-ce qu'on sait de quelle affaire il parle ?
17:23À ce moment-là, non, parce qu'il n'en dit pas plus à son fils,
17:25il ne rentre pas dans les détails.
17:27Mais on sait quand même,
17:28enfin en tout cas, les enquêteurs savent,
17:29sauf qu'à l'époque, le juge Renaud,
17:31il travaille en particulier sur l'affaire dite du gang des Lyonnais.
17:36Dans les années 70, on leur attribue une cinquantaine de coups de ce type.
17:40Oui, c'est ça, c'est vraiment pendant cette période
17:42qu'ils vont effectuer la plupart de leur braquage.
17:45Alors, c'est une alliance assez étrange, le gang des Lyonnais,
17:48entre des anciens de la guerre d'Algérie
17:50et des truands plutôt jeunes de la génération montante
17:53de la banlieue lyonnaise à l'époque.
17:55Comme souvent, cette équipe criminelle,
17:57elle va faire connaissance, où ça ?
17:59Bah, derrière les murs d'une prison.
18:00Ses deux chefs, entre guillemets,
18:02enfin en tout cas, ses deux fondateurs,
18:03c'est Joannie Chavelle, qui est un ancien de la guerre d'Algérie,
18:06et Edmond Vidal, dit Momon Vidal,
18:09qui lui fait partie de cette génération montante du banditisme lyonnais.
18:14Ensemble, ils vont donc monter une équipe,
18:16cette équipe du gang des Lyonnais,
18:18qui va être à l'origine de dizaines et de dizaines de braquages,
18:22de hold-up, dont certains extrêmement retentissants,
18:25le plus important d'entre eux,
18:27étant le casque de la poste de Strasbourg,
18:30c'est un peu le chef-d'oeuvre du gang,
18:31ils sont quand même repartis avec 100 millions de francs dans les poches.
18:35Nous avons des renseignements,
18:36il était 9h ce matin,
18:38un fourgon des PTT pénètre dans la cour de la poste centrale de Strasbourg,
18:42ils transportent 8 sacs contenant les pensions,
18:44rentes et salaires de plusieurs milliers de personnes.
18:46Le déchargement s'effectue normalement,
18:48jusqu'au moment où 6 cambrioleurs interviennent
18:49et s'emparent du chargement.
18:51Sur place, quelques dizaines de minutes plus tard,
18:53les principaux témoins continuaient leur travail.
18:57Ce gang, il a aussi un côté un peu plus sombre,
19:00parce qu'en plus de ses activités criminelles,
19:03j'ai envie de dire classiques pour un gang criminel,
19:06il y a tout un tas de liens possibles avec des politiques,
19:09notamment via le service d'action civique, le SAC,
19:13alors qui est un groupuscule qui a tourné pendant la guerre d'Algérie,
19:17qui était plutôt proche des partis gaullistes
19:19et qui a déjà trempé dans quelques affaires assez violentes et assez sordides.
19:24Donc il y a des liens entre ce gang des Lyonnais et le service d'action civique.
19:29Donc des liens, ça veut dire aussi peut-être un certain nombre de protections,
19:33y compris au sein de la police ou de la magistrature.
19:37D'ailleurs, il faudra une opération tout à fait hors norme pour démanteler le gang des Lyonnais.
19:42Ça s'appellera l'opération Chacal, elle va mobiliser en tout 900 policiers.
19:47Mais à ce moment-là, et depuis le 20 décembre 1974,
19:52les principaux membres présumés de ce gang des Lyonnais sont en prison.
19:56Oui, après l'opération Chacal, le juge Renaud a permis l'arrestation
20:00de 28 membres présumés du gang des Lyonnais,
20:03dont, on l'a dit, les têtes pensantes.
20:05Edmond Vidal, le chef en personne, a été arrêté, il est en prison.
20:09Alors lui, il a vraiment une détestation quasiment personnelle vis-à-vis du juge Renaud,
20:14notamment parce que, comme il en a, entre guillemets, l'habitude,
20:17le juge Renaud, il a aussi inculpé et mis en prison la femme, la compagne d'Edmond Vidal.
20:23Donc il y a vraiment une opposition très personnelle entre les deux hommes.
20:27Mais en tout cas, ce n'est pas lui qui a pu être l'assassin du juge Renaud,
20:30puisqu'à l'époque, il est en prison, il est détenu derrière les barreaux.
20:33En revanche, certains imaginent qu'Edmond Vidal a pu commanditer cet assassinat.
20:41Depuis sa cellule, Edmond Vidal, qui a appris la mort du juge François Renaud,
20:45sait qu'il va inévitablement être suspecté.
20:48Le lendemain de l'assassinat, il décide donc d'écrire spontanément à Paris Match
20:53pour dire qu'il réprouve le lâche-assassinat du juge Renaud.
20:56Une démarche étonnante et inédite.
21:00Dans le courant du mois de juillet, plusieurs informateurs font savoir aux policiers
21:04qu'ils pourraient les aider à résoudre l'énigme.
21:06Trois d'entre eux, jugés particulièrement fiables,
21:09désignent aux policiers les trois mêmes hommes comme étant les tueurs.
21:13Il y a Jean-Pierre Marin, Michel Lamouré et Robert Alfani.
21:18Selon eux, Jean-Pierre Marin conduisait la voiture,
21:21Michel Lamouré était assis côté passager
21:23et Robert Alfani était installé à l'arrière.
21:27Toujours selon les informateurs,
21:28ce sont les deux premiers qui ont tiré sur le juge.
21:31Ces trois hommes font partie du milieu lyonnais
21:34et sont déjà bien connus des services de police.
21:36Ils ont respectivement été condamnés pour des vols et pour proxénétisme.
21:40Mais aucun d'eux ne fait partie du gang
21:43ou n'a été confronté au juge Renaud.
21:45Alors pourquoi s'en prendre à lui ?
21:47Les informateurs ont la réponse.
21:49Ils auraient, disent-ils, tout simplement satisfait
21:53la demande d'un certain Nic le Grec,
21:55un voyou qui, lui, est bien membre du gang des Lyonnais.
22:00Ayant échappé au coup de filet de décembre 1974,
22:03il a fui en Espagne.
22:04Et il aurait une dette envers Edmond Vidal.
22:07500 000 francs qui, selon les enquêteurs,
22:10auraient tout à fait pu l'inciter à faire plaisir à son créancier
22:13en organisant l'assassinat du juge.
22:16Dans le courant du mois d'août,
22:18les enquêteurs ont donc une certitude et trois non.
22:21Mais pas de preuve pour autant.
22:22Or, sans éléments autres que les témoignages,
22:26aussi fiables soient-ils,
22:27ils ne peuvent pas inculper leurs suspects.
22:30Début janvier, les trois suspects de l'assassinat du juge Renaud
22:33n'ont toujours pas été inquiétés.
22:34Et officiellement, l'enquête patine.
22:37Mais dans l'ombre,
22:38les policiers attendent juste de trouver l'élément
22:41qui leur permettra de les confondre.
22:43Ou de les attraper pour une autre affaire
22:44et de les cuisiner au passage.
22:46Le lundi 12 janvier 1976,
22:49six mois après l'assassinat du juge Renaud,
22:52Roger Chex, nouveau préfet délégué pour la police
22:55auprès du préfet du Rhône,
22:56tient une cérémonie de vœux à la préfecture.
22:59Lors de cet événement,
23:00il se confie aux journalistes.
23:02Il laisse entendre que les assassins du juge Renaud
23:04auraient été identifiés,
23:06mais que leur inculpation reste difficile
23:08car elle est basée essentiellement
23:10sur des témoignages d'indicateurs.
23:12La police peut connaître le nom des coupables
23:14et ne disposait d'aucun moyen
23:16de les confondre, lâche-t-il.
23:21Damien, pour les enquêteurs,
23:22cette révélation change tout.
23:24Disons que c'est surtout la médiatisation
23:25qui va suivre qui change tout.
23:27Alors d'abord, c'est le journal local,
23:28Le Progrès, qui va titrer
23:30« Les assassins du juge Renaud identifiés ».
23:33Mais le journal va expliquer dans le même temps
23:35que la culpabilité de ces assassins
23:37ne peut pas être prouvée matériellement.
23:40Alors c'est évidemment le genre de scoop
23:42qui fâche beaucoup les enquêteurs
23:43parce que maintenant,
23:44les enquêteurs qui gardaient cette information
23:46un peu secrète
23:47savent que ceux qui sont soupçonnés
23:49d'avoir fait le coup
23:49vont évidemment se méfier.
23:51Mais le vrai problème,
23:52il va arriver quelques jours plus tard
23:54lorsque le même journal,
23:55Le Progrès,
23:56va publier un nouvel article
23:58expliquant que ces assassins présumés,
24:01ils ont été mouillés dans une autre affaire
24:03deux ans plus tôt.
24:04Alors, ils ne donnent aucun nom
24:06de suspect dans l'article,
24:07mais il y a tellement de détails
24:09sur l'affaire en question
24:10qu'ils sont finalement
24:11assez facilement identifiables
24:12à tel point
24:13que Jean-Pierre Marin,
24:15par exemple,
24:16lui, il va se reconnaître tout de suite
24:17dans le papier du Progrès
24:18alors qu'il n'y est pas cité.
24:19Il va contacter son avocat
24:21pour lui demander
24:22de le défendre publiquement
24:23parce qu'il se sent menacé
24:25et qu'il est aussi traîné dans la boue
24:27alors que selon lui,
24:28il n'a rien à voir dans cette affaire.
24:30Pour les policiers,
24:31cette réaction de Jean-Pierre Marin
24:32confirme justement son rôle.
24:34Oui, alors les policiers se disent
24:35quand même,
24:35il se sent visé
24:36alors que son nom n'est même pas cité
24:38dans le journal,
24:39donc ça confirme les soupçons
24:41et que si ce n'était pas eux,
24:42si ce n'était pas lui,
24:43il pourrait simplement
24:44aller voir les policiers
24:45et venir s'expliquer tranquillement
24:47mais qu'au contraire,
24:48là,
24:48ils ont décidé un peu
24:49de prendre leur distance.
24:50La semaine suivante,
24:51le journal L'Express
24:53va lui révéler
24:54un rapport confidentiel
24:55qui met en cause
24:56à nouveau
24:57les trois mêmes hommes.
24:58L'un d'entre eux,
24:59Michel Lamouré,
25:00donne une interview télévisée
25:01qui fait sensation.
25:02Alors rappelons quand même
25:03que dans cette interview,
25:04on ne le voit pas.
25:05Michel Lamouré,
25:05il est de dos,
25:06il est dans le noir,
25:07évidemment il ne veut pas
25:07montrer son visage
25:08mais avec ses mots à lui,
25:10en gros,
25:10il explique qu'il n'a aucun intérêt
25:13à vouloir attenter
25:14à l'avis du juge Renaud.
25:16Vous affirmez
25:16que vous n'êtes pour rien
25:17dans cette affaire ?
25:18Je l'affirme.
25:20D'après la police,
25:21tout de même,
25:22vous et vos amis,
25:23vous n'êtes pas
25:23des enfants de cœur ?
25:26Eh bien bien sûr
25:26parce qu'on a
25:28un passé judiciaire,
25:29quelques condamnations
25:31et de là
25:33à assassiner un juge,
25:35ça fait deux.
25:35Surtout que je vous dis bien,
25:37ni je ne le connais,
25:39ni je n'ai jamais eu affaire
25:41à lui
25:41dans aucune affaire,
25:42dans aucun dossier,
25:43c'est facilement prouvable.
25:44Donc je ne vois pas
25:45pourquoi on nous met en avant.
25:48Cette attention médiatique
25:50ne change rien
25:51au fait que la police
25:52n'a toujours aucun élément
25:54pour confondre les truands.
25:55Non,
25:55mais ils ne font même
25:56toujours pas l'objet
25:56de la moindre procédure judiciaire,
25:59tout simplement
26:00parce que les policiers
26:00ne disposent toujours
26:01d'aucune charge matérielle
26:04contre eux.
26:06Au début de l'année 1976,
26:09la donne change.
26:10Et ce,
26:11grâce à une autre affaire.
26:13Cinq mois après
26:14le meurtre du juge,
26:15le mardi 9 décembre 1975,
26:18Christophe Mérieux,
26:19un petit garçon de 9 ans,
26:20fils d'un riche industriel lyonnais,
26:22est enlevé par des ravisseurs
26:23qui promettent
26:24de le rendre à ses parents
26:25s'ils acceptent
26:26de payer une rançon
26:27de 20 millions de francs,
26:29soit 6 millions d'euros.
26:30Une somme colossale
26:32dont la famille s'acquitte.
26:34Quatre jours après le rapte,
26:36l'argent est remis
26:37et le petit garçon
26:38est retrouvé sain et sauf.
26:39Bonsoir,
26:40principale affaire
26:41de la soirée,
26:42c'est la conclusion
26:42d'un enlèvement d'enfants
26:44à Lyon.
26:44Une conclusion heureuse,
26:46je m'empresse de vous le dire.
26:47Enlevé mardi dernier,
26:48le petit Christophe Mérieux,
26:50qui est le fils du PDG
26:51des établissements
26:52pharmaceutiques Mérieux,
26:53a été retrouvé sain et sauf
26:55en début de soirée.
26:56Ses parents ont payé
26:57la plus forte rançon
26:59jamais versé en France
27:00et dans le monde
27:01à des ravisseurs d'enfants.
27:02L'enquête dans cette affaire
27:03permet de démontrer
27:04que Jean-Pierre Marin
27:05a pris part
27:06au rapte de l'enfant.
27:07Si les policiers
27:08manquent d'éléments matériels
27:09pour le coincer
27:10dans l'assassinat du juge Renaud,
27:11ils ont en revanche
27:13des preuves de son implication
27:14dans cet enlèvement.
27:15D'ailleurs,
27:16ils constatent que
27:17Jean-Pierre Marin,
27:18alors qu'il se pavanait
27:19dans les rues de Lyon
27:20après la mort du juge,
27:21a soudainement disparu
27:22des radars
27:23depuis l'affaire
27:24Christophe Mérieux.
27:25Le lundi 8 mars 1976,
27:28Jean-Pierre Marin,
27:29recherché par la police,
27:30est repéré
27:31dans un appartement
27:32de Champagne au Mont d'Or,
27:33dans la banlieue nord de Lyon.
27:35Avant de tenter
27:36de l'interpeller,
27:37les policiers décident
27:37de mettre en place
27:38un dispositif de surveillance
27:39pour s'assurer
27:40que c'est bien lui
27:41qui se cache ici.
27:43Mais le suspect
27:43repère leur manège.
27:45Le mardi 9 mars,
27:46il sort de l'appartement
27:47où il est éterré,
27:49monte dans sa voiture
27:49et tente
27:50le tout pour le tout.
27:52Assis au volant,
27:53il appuie à fond
27:54sur l'accélérateur
27:55et fonce dans
27:55les véhicules de police
27:56qui se sont rapidement
27:57mis en place
27:58pour lui faire barrage.
27:59Sa voiture s'immobilise.
28:01La suite
28:02est racontée
28:03dans le communiqué
28:03du parquet.
28:05Menacé d'un pistolet
28:06de calibre 11.43,
28:07dit le communiqué,
28:08les policiers
28:09ont dû se protéger
28:10en faisant usage
28:10de leurs armes.
28:12Jean-Pierre Marin
28:12a été tué sur le coup.
28:20Damien,
28:20la mort du bandit
28:22compromet plus
28:23qu'elle ne favorise
28:24l'enquête
28:24sur le rapte
28:25de Christophe Mérieux.
28:26Peut-être encore plus
28:26celle sur l'assassinat
28:28du juge François Renaud.
28:30Parce que même
28:30s'il n'était pas
28:31arrêté pour ça
28:32et si l'enquête
28:33visait le rapte
28:34du petit Mérieux
28:35et pas l'assassinat
28:36du juge Renaud,
28:36évidemment que les policiers
28:38étaient en quelque sorte
28:40contents
28:40de le coincer
28:41sur l'affaire Mérieux
28:42pour pouvoir aussi
28:44lui poser des questions
28:45sur l'affaire Renaud.
28:46Dans les années
28:47qui suivent,
28:47l'enquête piétine
28:48et les proches du juge
28:49sont convaincus
28:50que l'on cherche
28:51à étouffer l'affaire
28:52pour des raisons politiques.
28:53Oui, c'est vrai
28:54que l'avancée
28:55très erratique
28:56de cette enquête
28:57pourtant importante,
28:58pourtant très symbolique,
28:59pose question.
29:00Donc la famille
29:00et les amis du juge Renaud,
29:02ils pensent toujours
29:03que cette fameuse
29:04grosse affaire
29:05évoquée par le juge
29:06lui-même la veille
29:07de son assassinat
29:08et sur laquelle
29:08il travaillait
29:09et dont il a donc
29:10vaguement parlé
29:11à son fils,
29:12ils sont sûrs
29:13que cette affaire
29:13en fait,
29:14elle mettait en lumière
29:15des liens
29:16entre le gang de Lyonnais
29:17mais avec des politiques.
29:19Plus précisément
29:20que l'argent
29:21des braquages
29:22servait à financer
29:23le SAC,
29:24on l'a dit,
29:24le service d'action civique
29:26qui était cette milice
29:27liée au parti gaulliste.
29:29Est-ce que c'est crédible ?
29:30En tout cas,
29:31on sait qu'après avoir
29:32formulé cette hypothèse
29:33pour la première fois
29:34dans les médias,
29:35Yves Bismuth
29:36qui est à l'époque
29:37l'avocat de la famille
29:38du juge Renaud
29:39va voir son cabinet
29:41cambriolé,
29:42fouillé
29:42et même incendié.
29:44Donc lui,
29:44il fait un lien
29:45direct entre les deux événements,
29:47il dira
29:47« je fais une liaison
29:49avec ce que je faisais
29:50pour le juge Renaud,
29:51peut-être une mesure
29:52d'intimidation
29:53pour me dire
29:54d'arrêter de poursuivre
29:55et d'insister
29:56auprès des juges
29:58d'instruction ».
29:58Alors,
29:59c'est crédible
29:59mais ça n'a jamais
30:01non plus été démontré.
30:02Il faut préciser
30:03qu'après la mort
30:04de Jean-Pierre Marin,
30:05l'enquête n'a connu
30:06aucun développement important
30:07et sa famille
30:08n'a eu de cesse
30:09de tout faire
30:10pour relancer le dossier.
30:11Oui,
30:12et pourtant sans jamais
30:13réussir à obtenir
30:14quoi que ce soit
30:15de concret,
30:16six juges d'instruction
30:17se sont succédés
30:18dans le dossier
30:19de l'assassinat
30:20du juge Renaud.
30:21Mais finalement,
30:22en 1992,
30:2317 ans après les faits,
30:25le juge d'instruction,
30:26le dernier,
30:27Georges Fenech,
30:28va rendre
30:28une ordonnance
30:29de non-lieu
30:30dans cette affaire.
30:32Juste après
30:32l'assassinat du juge,
30:34on s'en souvient,
30:34Jean Le Canuet,
30:35le ministre de la Justice,
30:37avait dit
30:37« les assassins
30:38ne connaîtront pas de répit
30:40et s'il s'agit
30:41d'une tentative
30:41d'intimidation
30:42de la justice,
30:43elle restera sans effet »,
30:44force est de constater
30:45qu'il s'est trompé
30:46et que 50 ans plus tard,
30:48personne n'a jamais
30:49été inquiété
30:50par la justice
30:51pour avoir assassiné
30:53dans la rue
30:53et avec une arme de poing
30:55un juge d'instruction.
30:58Après avoir quitté
30:59la magistrature,
31:00l'ancien juge
31:01d'instruction,
31:02Georges Fenech,
31:02a raconté
31:03qu'il avait signé
31:04ce non-lieu
31:04« la mort dans l'âme »
31:06et que c'était aussi
31:07pour lui
31:07une manière
31:08de rendre hommage
31:09au courage
31:09du juge assassiné
31:10en ayant lui-même
31:11le courage
31:12de reconnaître
31:13que la justice
31:14avait échoué.
31:15Mais la famille
31:16de François Renaud
31:16n'a jamais pu
31:17se satisfaire
31:18de cette décision.
31:19Plus de 50 ans
31:20après sa mort,
31:21son fils,
31:22Francis Renaud,
31:23désormais âgé
31:23de 71 ans,
31:25continue à se battre
31:26pour que toute la lumière
31:27soit faite
31:27sur l'assassinat
31:28de son père.
31:29Aujourd'hui,
31:30il souhaite
31:30que le Paul Colquais,
31:31situé au parquet
31:32de Nanterre,
31:33se saisisse de l'affaire
31:34car il est invraisemblable
31:36pour lui
31:36qu'on laisse impuni
31:37l'assassinat d'un juge.
31:39Actuellement,
31:40la loi ne permet pas
31:41à ce Paul
31:42de se saisir
31:43d'une affaire
31:43liée au crime organisé
31:45car il se concentre
31:46sur les affaires
31:46criminelles sérielles.
31:48Si la famille du juge
31:49obtenait
31:50que son assassinat
31:51soit récupéré
31:52par le Paul de Nanterre,
31:53ce serait une première
31:54dans l'histoire
31:55des cold cases
31:55et un moindre mal
31:57pour Francis Renaud,
31:58le fils du juge
31:59qui répète à l'envie
32:01que la vérité
32:02est imprescriptible.
32:19Vous venez d'écouter
32:20Crime Story,
32:21juge François Renaud,
32:23le shérif assassiné.
32:24Cet épisode de Crime Story
32:25est diffusé dans le cadre
32:27d'un partenariat
32:27avec France Télévisions
32:28qui met en ligne
32:29jusqu'au 15 juillet
32:31quatre films
32:32inspirés par des faits divers.
32:33Vous pouvez en retrouver
32:34la liste directement
32:35sur la plateforme France TV.
32:37Ce récit Crime Story
32:38était écrit par Claudia Prolongeau
32:40et raconté avec Damien Delceny.
32:42Pour écouter
32:42tous nos autres podcasts,
32:44c'est sur le site
32:44leparisien.fr
32:45et sur n'importe quelle
32:46plateforme d'écoute.
32:47Cette semaine,
32:48il y avait à la production
32:49Clara Garnier-Amourou,
32:51Thibaut Lambert
32:51et Clémentine Spiller
32:52et à la réalisation
32:54Julien Moncouquiole.
32:55Jules Lavi
32:55est le rédacteur en chef.
32:57Si vous aimez Crime Story,
32:58vous pouvez vous abonner
32:59et nous laisser des commentaires
33:00ou des petites étoiles.
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