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  • il y a 15 ans
Cours de cinéma de Valérie Morignat, docteur en arts et sciences de l’art, maître de conférences en cinéma et chercheur en cyberculture.

Le au Forum des images à Paris.

Tous les cours de cinéma : http://www.forumdesimages.fr/la-webtv/cours-de-cinema
Transcription
00:00:03...
00:00:19J'espère que vous avez un petit peu de temps ce soir,
00:00:21parce que je risque de déborder un petit peu.
00:00:24Donc je préfère tout de suite vous prévenir.
00:00:28J'ai beaucoup de choses à dire sur ce film.
00:00:31Je vais en parler, même si j'ai été dans ma vie antérieure,
00:00:36avant de vivre une nouvelle vie dans mon pays d'origine,
00:00:40la Nouvelle-Calédonie.
00:00:41J'ai été maître de conférence en cinéma pendant sept ans
00:00:45à l'Université Montpellier III.
00:00:48Et j'ai évidemment beaucoup travaillé sur les films,
00:00:51et beaucoup travaillé sur notamment des films qui mettent en scène
00:00:54et qui traitent de problématiques qui sont centrales dans ce film,
00:00:59à savoir celles de la projection dans un corps virtuel,
00:01:02l'évolution dans une réalité virtuelle,
00:01:04et notamment la relation entre ce qu'on appelle la nature avec un grand N
00:01:08et l'artifice ou la technologie.
00:01:11Ce soir, ce que je vais dire à propos d'Avatar
00:01:14va s'inscrire beaucoup plus dans une approche sémiotique,
00:01:17une analyse des signes et une analyse des symboles dans le film Avatar
00:01:21que du côté de l'analyse filmique.
00:01:23Si j'avais dû parler d'Avatar d'un point de vue filmique,
00:01:27je me serais surtout interrogée sur la manière dont a été fabriqué ce film.
00:01:32Je vous incite à aller voir les making-ofs par ailleurs extrêmement intéressants
00:01:36qui circulent sur Internet et qui sont associés aux versions longues
00:01:41de ce coffret DVD.
00:01:43Or, ce soir, ce qui m'intéresse, c'est surtout d'en parler du point de vue du contenu.
00:01:47C'est là que je trouve ce film beaucoup plus intéressant
00:01:50parce qu'il y a évidemment un discours très très important
00:01:55dans ce film autour de la notion,
00:01:59autour de la relation entre la nature et l'artifice,
00:02:02entre le corps et l'esprit.
00:02:05Et il y a un très très grand nombre de symboles judéo-chrétiens
00:02:10qui hantent ce film de part en part et de symboles mythologiques,
00:02:13des vocations archétypales dont je vais parler ce soir.
00:02:17Alors tout d'abord, je vais faire une petite introduction
00:02:21autour des deux grands thèmes qui traversent en général
00:02:24le cinéma que j'appelle un cinéma post-numérique.
00:02:29Les deux grands thèmes sont les suivants.
00:02:31On a une situation que l'on va retrouver par exemple dans un film comme Avalon
00:02:36ou un film comme Existence ou Abrelos Ojos d'Amenabar.
00:02:39La situation est la suivante.
00:02:41Un humain est connecté à une machine
00:02:43et cette machine le plonge dans une réalité virtuelle.
00:02:47Là, on est dans une situation que je pourrais appeler
00:02:49celle du simulacre total.
00:02:51La réalité est complètement subvertie par une réalité virtuelle
00:02:56qui se superpose à elle.
00:02:57Et il est très très difficile pour les protagonistes
00:03:00de retrouver la voie du réel.
00:03:02Et l'accès au réel, ça devient un petit peu le nouveau graal.
00:03:04C'est la situation dans laquelle se trouvent les protagonistes
00:03:06dans le film Avalon puisqu'ils doivent en permanence passer d'un niveau
00:03:10à un autre du jeu vidéo éponyme Avalon pour trouver le réel.
00:03:16Et finalement, le réel est mis en crise en permanence.
00:03:18On doute du lieu où il se trouve et les protagonistes se perdent
00:03:22dans ce simulacre qui est absolument réussi.
00:03:25Ça, c'est une situation que l'on trouve dans beaucoup de films.
00:03:29La deuxième situation, c'est celle qui représente une post-humanité,
00:03:36c'est-à-dire un être humain qui a été augmenté dans ses capacités sensorielles
00:03:40par des organes artificiels, par des prothèses électroniques
00:03:45qui filtrent en permanence ces perceptions,
00:03:47qui augmentent ces possibilités d'investigation de la réalité.
00:03:51Et parfois, ces prothèses poussent tellement loin
00:03:55l'augmentation électronique, l'augmentation artificielle de ce corps
00:04:00qu'on finit par basculer dans une situation qui est celle du clone.
00:04:03Un être humain finit par se retrancher derrière tout ce que son double va faire
00:04:09dans le monde réel et matériel à sa place.
00:04:11Dans cette situation, on voit bien que ce dont traite le cinéma,
00:04:16c'est de cette grande peur, évidemment, que le réel
00:04:20et que tout ce qui constitue le vivant soient remplacés par des images trop réalistes,
00:04:25des images qui ne nous permettent plus, finalement,
00:04:27de faire la distinction entre la copie et l'original.
00:04:29Et là aussi, il y a une quête qui est, évidemment,
00:04:32profondément inscrite dans un questionnement existentiel,
00:04:35parce que si on ne sait plus où est le réel,
00:04:37eh bien, c'est que l'on est en permanence en train de se retourner
00:04:41sur ses origines et de se demander aussi d'où l'on vient.
00:04:44Où se trouve cette origine qui nous a amenés dans ce monde-là ?
00:04:48Est-ce qu'on en appartient vraiment au monde dans lequel on est en train d'évoluer ?
00:04:51Donc, vous voyez que ce qu'il y a d'extrêmement intéressant,
00:04:55c'est que dès que l'on pose la problématique du corps artificiel,
00:04:59s'affirme, évidemment, à travers lui, la question du monde spirituel.
00:05:04C'est une problématique qui traverse le film Avatar de part en part à beaucoup de niveaux.
00:05:12Premièrement, on assiste vraiment à un transfert de propriété du vivant dans les corps artificiels.
00:05:19Et on va le voir à travers des séquences que je vais analyser.
00:05:21Si vous avez vu ce film, vous savez que le héros principal, Jake Sully,
00:05:26dont le nom d'ailleurs fait référence à Jacob dans la Genèse,
00:05:30dont on reparlera tout à l'heure,
00:05:32Jake Sully est handicapé.
00:05:33Son corps est meurtri.
00:05:35C'est un corps qui est amoindri dans ses propriétés naturelles.
00:05:39Et ce qui va lui permettre de vivre une deuxième vie
00:05:41et de se réapproprier sa puissance,
00:05:44c'est évidemment d'investir un corps artificiel.
00:05:48Donc, le corps artificiel, ici, a une puissance de résurrection
00:05:51qui est extrêmement forte et qui offre une deuxième vie,
00:05:53une espèce de vie après la vie à ce personnage-là.
00:05:56Donc là aussi, on est dans une problématique
00:05:58qui touche évidemment, comme je viens de le faire avec ce micro,
00:06:02la question très très forte de la limite entre le corps et l'esprit
00:06:06et surtout de la survivance éventuelle de l'âme.
00:06:10On est dans une thématique qui est celle de la transmigration des âmes.
00:06:15C'est un thème qui traverse ce film de part en part
00:06:18et qui montre bien que dans un monde
00:06:23qui est celui dans lequel nous vivons,
00:06:25un monde qui est emprunt d'une idéologie de l'ultra-visibilité.
00:06:30Tout est hyper-visible, même cette conférence que là,
00:06:33je suis en train de donner et filmée en temps réel,
00:06:35sera sur Internet, elle sera vue de multiples fois, etc.
00:06:41Ce monde de l'ultra-visible qui est ausculté
00:06:43par des outils comme Google Earth
00:06:45qui répertorie toute la surface de la planète,
00:06:49ce monde de l'ultra-visible n'est plus du tout
00:06:51celui de la conquête de terres inconnues.
00:06:54La terra incognita sur notre planète à nous
00:06:57n'est plus du tout d'actualité.
00:07:00Et de ce fait, la fantasmatique aussi,
00:07:01qui était liée à l'exploration, par exemple,
00:07:04de l'époque du Moyen-Âge,
00:07:06la fantasmatique du corps de l'autre,
00:07:08qui donnait lieu d'ailleurs à des représentations
00:07:12absolument fantaisistes
00:07:13de la manière dont l'autre pouvait exister
00:07:16à l'autre bout de la Terre,
00:07:17les siréniens, les cyclopes,
00:07:20la femme à trois têtes, etc.
00:07:22Cette fantasmatique-là du corps de l'autre,
00:07:27aujourd'hui, elle se retranche derrière la fantasmatique
00:07:30de l'autre corps,
00:07:32se crée un autre corps qui nous permettrait
00:07:34d'aller plus loin, de vivre plus longtemps,
00:07:36de nous réincarner,
00:07:37d'opérer vraiment ce qu'on appelle
00:07:40une métampsychose,
00:07:41la migration de l'âme vers d'autres corps.
00:07:43Donc, vous voyez que le recul des distances,
00:07:46aujourd'hui, ce n'est plus le recul des distances géographiques.
00:07:48On va partout à très grande vitesse,
00:07:50avec nos moyens de locomotion,
00:07:52on va partout à très grande vitesse,
00:07:53à travers nos moyens de diffuser l'information
00:07:55et de capter l'information.
00:07:56Le recul, aujourd'hui,
00:07:57c'est celui de la limite de la vie.
00:08:01Bien évidemment,
00:08:02derrière le fait de posséder un avatar,
00:08:05s'instaure une lutte permanente
00:08:08entre l'imitation du vivant,
00:08:10puisque le corps, ici, de l'avatar,
00:08:11d'ailleurs, dans le film, est un corps organique.
00:08:13Il est constitué d'ADN des navis
00:08:15et d'ADN humain.
00:08:17Donc, c'est un corps organique.
00:08:18On est dans l'imitation de la vie.
00:08:19C'est le pur résultat d'une biotechnologie.
00:08:22Donc, on est dans une limite,
00:08:25une course entre...
00:08:26J'ai un conflit entre le fait d'imiter la vie
00:08:30et, en même temps,
00:08:32d'en abolir les limites naturelles,
00:08:35en repoussant tout simplement l'échéance de la mort.
00:08:38Donc, ce film traite de toutes ces questions-là.
00:08:41Notre réalité, aussi,
00:08:42dans les laboratoires de recherche et développement,
00:08:44traite de cette question-là,
00:08:45mais je n'aurai absolument pas le temps d'en parler.
00:08:48Donc, je vais être très, très brève.
00:08:51Les deux grandes directions
00:08:52dans la recherche et le développement,
00:08:53aujourd'hui, c'est celle du poste humain.
00:08:55Vous voyez qu'on retrouve un thème de science-fiction,
00:08:57même au sein des laboratoires
00:08:59qui développent ce type de technologie.
00:09:01Le poste humain, qu'est-ce que c'est ?
00:09:02C'est tout simplement ce que l'on appelle le bionique.
00:09:05La femme bionique, l'homme bionique.
00:09:07Vous achetez un science-évis,
00:09:08vous allez forcément tomber sur un petit encart
00:09:10qui va vous parler de cette femme bionique
00:09:11qui a une jambe électronique, etc.,
00:09:14qu'elle peut contrôler grâce à son esprit, etc.
00:09:19Donc, tout ce que l'on va fabriquer,
00:09:20bras artificiels, rétines artificielles,
00:09:23exosquelettes, réalité augmentée, etc.
00:09:27est ici, fondamentalement, au centre de ce thème
00:09:32que j'ai évoqué tout à l'heure
00:09:33dans le cadre du cinéma de science-fiction,
00:09:35le poste humain.
00:09:36La deuxième voie de recherche,
00:09:38c'est celle du virtuel,
00:09:39que l'on utilise aussi, bien sûr, en permanence,
00:09:42puisque aujourd'hui, plus de 90%
00:09:45dans le cinéma de la poste production est numérique.
00:09:49Le virtuel est évidemment au centre
00:09:52de la fabrication des réalités.
00:09:56Et le jour où les micros seront virtuels aussi,
00:09:59ce sera absolument extraordinaire.
00:10:00D'autant plus que, comme je serai une femme bionique,
00:10:03je pourrai rester à Nouméa sur une plage
00:10:05et envoyer cette femme bionique venir vous parler.
00:10:08Mais ce serait regrettable.
00:10:10Je ne suis pas pressée de vivre dans cette réalité-là.
00:10:13Alors, le film Avatar va évidemment un cran plus loin,
00:10:17et même beaucoup plus loin que ce que je viens d'évoquer
00:10:19dans notre monde réel et dans les films de science-fiction,
00:10:23puisqu'il met en scène la possibilité de matérialiser
00:10:29en l'organisant, et là, je fais un jeu de mots,
00:10:31c'est-à-dire en travaillant sur l'aspect organique,
00:10:34l'Avatar.
00:10:35L'Avatar sort de l'écran.
00:10:36Il sort de l'écran et il devient cette enveloppe organique
00:10:41qui va nous permettre, qui va permettre au réalisateur,
00:10:45et qui va nous permettre à nous de revivre les conditions
00:10:47de la création de la vie.
00:10:50Prenons un instant possession du synopsis de ce film.
00:10:54On est dans une situation où on nous présente
00:10:57des êtres humains qui ont perdu tout contact direct
00:11:01avec la nature.
00:11:02Vous remarquerez dans ce film qu'à aucun moment
00:11:06il n'y a un contact direct avec une source
00:11:09ou une ressource naturelle en provenance de la Terre.
00:11:12Et même sur la planète Pandora,
00:11:15la relation au monde végétal se fait la plupart du temps,
00:11:19pas tout le temps, mais la plupart du temps,
00:11:20par le truchement d'écrans interposés
00:11:24qui vont analyser systématiquement l'intérieur d'une plante,
00:11:28sa nature cellulaire, etc.
00:11:29Et quand bien même le contact serait direct,
00:11:32comme le moment où Jack Sully, par exemple, va croquer dans ce fruit
00:11:35qu'il trouve délicieux,
00:11:37et bien non, il n'est pas direct ce contact.
00:11:39Parce que je vous rappelle que Jack Sully, lui, son vrai corps,
00:11:42est dans le laboratoire, dans une espèce de sarcophage
00:11:45branché à un ordinateur qui lui permet donc de se projeter
00:11:49psychiquement dans ce corps de l'avatar
00:11:52qui lui est sur la planète Pandora.
00:11:54Donc il y a l'utilisation d'une médiation technologique.
00:11:56Il n'y a plus de relation directe.
00:11:58Sur cette planète, les êtres humains se répandent
00:12:02pour pouvoir extraire un ménage extrêmement précieux.
00:12:05Et ils le font, bien sûr,
00:12:07parce qu'ils ne sont pas devenus beaucoup plus intelligents,
00:12:09ils le font, bien sûr, en reproduisant les mêmes erreurs
00:12:11sur leur planète, c'est-à-dire en ravageant absolument tout
00:12:13au mépris des populations qui sont sur la surface
00:12:17de la planète Pandora.
00:12:18Mais la différence, et là c'est une étape absolument capitale,
00:12:22c'est que la technologie ici, si elle est représentée
00:12:25comme éminemment destructrice,
00:12:27elle est aussi représentée comme l'incarnation
00:12:31de la possibilité de la rédemption, de la salvation,
00:12:35de la résurrection, puisque qui va sauver cette planète
00:12:39de ce très grand péril ?
00:12:40C'est aussi le même Jack Sully, et il va le faire
00:12:43à travers cet avatar, sans ce corps artificiel.
00:12:47Il ne peut pas être le messie, ne peut pas être le sauveur
00:12:51sur la surface de cette planète.
00:12:54Et là, le simulacre, qui finit par être tellement crédible
00:12:58qu'il se substitue au réel, c'est la définition même
00:13:01que Baudrillard donne d'ailleurs du simulacre,
00:13:02le simulacre est total, il est total pour Jack Sully lui-même,
00:13:08puisqu'il le dit à un moment donné du film,
00:13:10j'en ai presque oublié ma précédente vie.
00:13:13Je ne me souviens plus, j'ai du mal à me souvenir
00:13:15de ma précédente vie.
00:13:16Et d'autant plus total qu'il finit même par se réincarner
00:13:18totalement dans ce corps.
00:13:20Mais il est total aussi pour les indigènes,
00:13:22tout simplement parce que ils oublient totalement
00:13:27lorsque Jack Sully devient le sauveur,
00:13:29celui qui va ramener la paix sur la planète
00:13:32et dégager finalement les vilains envahisseurs,
00:13:35ils oublient totalement que Jack Sully n'est pas l'un des leurs,
00:13:38que son corps est un corps artificiel,
00:13:40son corps est un simulacre qui trompe jusqu'à la fin,
00:13:43qui trompe jusqu'aux indigènes de cette planète.
00:13:47Donc, ce qu'il y a d'intéressant dans ce film,
00:13:50c'est qu'il met absolument au centre de son scénario
00:13:55une ambivalence qui est la nôtre en permanence.
00:13:59Ce rapport extrêmement ambigu que nous avons
00:14:01avec des technologies qui sont associées à la destruction
00:14:07qu'elles peuvent porter de par leur puissance
00:14:09et qui, en même temps, sont systématiquement investies
00:14:13de ce que je pourrais appeler une forme de nouvelle religiosité.
00:14:16La croyance que ces technologies vont nous sauver,
00:14:19vont nous permettre finalement de recréer
00:14:21ce que nous avons détruit par ailleurs.
00:14:22Et là, c'est le cas, puisque tout ce qui a été détruit sur la Terre,
00:14:25on va le chercher sur la planète Pandora et on y parvient
00:14:28grâce au truchement de toutes ces technologies-là.
00:14:31Donc, dans ce film, l'Avatar n'est pas un corps robotique
00:14:36qui serait pétri par le déterminisme absolument ennuyeux
00:14:39de la plupart des robots du cinéma.
00:14:41Ce n'est pas un double de pixels.
00:14:43Non, il a une tangibilité.
00:14:45Il est capable de réinvestir aussi tout l'aspect sensoriel
00:14:49et même érotique, puisqu'il y a des allusions sexuelles dans ce film.
00:14:53L'Avatar n'est pas juste le véhicule d'une exploration extraterrestre.
00:14:58Et pour cause, non, puisqu'il devient le réceptacle
00:15:01de l'âme de Jack Sully à la fin du film
00:15:02qui se transmigre à l'intérieur de ce corps.
00:15:06Donc, aussi sophistiqué et biotechnologique soit ce corps,
00:15:13néanmoins, il est capable de réinvestir
00:15:15les conditions originelles de la vie.
00:15:17Et d'ailleurs, on va assister à plusieurs reprises
00:15:19à la naissance de ce personnage.
00:15:20Alors, je vais avancer un petit peu.
00:15:23Et je vais donc parler, pour résumer tout ce flot de paroles
00:15:28que je viens de laisser couler,
00:15:32la relation très ambiguë et très ambivalente
00:15:34que présente ce film, c'est tout simplement celle
00:15:36de la complicité et de l'adversité aussi
00:15:40que représentent la technologie.
00:15:42Notre rapport à la technologie est celui-là.
00:15:43Et il est tout aussi compliqué que celui que nous avons à la nature,
00:15:48puisque l'avatar, dans ce film,
00:15:51c'est le moyen de retourner à une nature primordiale,
00:15:56et un violet, c'est la nature de Pandora.
00:15:59C'est une espèce de monde des origines qui est mis en avant.
00:16:02Alors, c'est très intéressant, parce que ça crée un retournement
00:16:04comme ça, chronologique, assez fou,
00:16:06puisque finalement, un film de science-fiction nous montre
00:16:09le monde tel qu'il était, tel qu'on le rêvait,
00:16:11avant que nous, on soit capable de créer toutes ces machines-là.
00:16:13Il y a une espèce de retournement du temps sur lui-même.
00:16:16Donc, dans l'avatar, c'est le moyen de retourner
00:16:18à une nature primordiale et un violet.
00:16:20Et puis, en même temps, l'avatar, il incarne,
00:16:22comme je l'ai dit tout à l'heure,
00:16:23le désir de dépasser cette nature-là,
00:16:25c'est-à-dire de contrôler ce que la nature a décidé, la mort.
00:16:33Et la nature, comment est-elle représentée dans ce film ?
00:16:36Vous verrez dans deux extraits,
00:16:38et je préfère en parler maintenant,
00:16:39puisque tout à l'heure, je vais vous montrer les extraits en entier,
00:16:41ce sera plus facile pour cette présentation.
00:16:43La nature, elle est représentée de deux manières,
00:16:47parce qu'il y a deux natures dans ce film.
00:16:49Il y en a évidemment plusieurs,
00:16:50mais il y en a deux grandes pour schématiser.
00:16:52Il y a la nature de Pandora,
00:16:55et cette nature-là, c'est par définition,
00:16:59dans ce film, une nature utopique.
00:17:02Pourquoi ?
00:17:03Parce qu'elle est sur une planète extraterrestre.
00:17:05C'est évidemment une métaphore.
00:17:06C'est une nature qui est inaccessible,
00:17:08qui est devenue inaccessible,
00:17:09parce qu'elle a été détruite sur la planète Terre.
00:17:11C'est un fantasme.
00:17:12On a la mise en scène ici d'un fantasme.
00:17:15Cette nature et cette animalité,
00:17:16avec laquelle nous avons perdu tout contact,
00:17:20en tout cas dans ce futur absolument effrayant,
00:17:24l'animalité, elle est aussi sur cette planète-là.
00:17:26La relation directe à la nature,
00:17:29elle est mise en scène sur cette planète.
00:17:31Mais cette nature, c'est en quelque sorte une fausse nature.
00:17:34C'est une nature qui est complètement idéalisée.
00:17:37D'où la mort, d'ailleurs, comme je l'ai dit,
00:17:40tend à s'absenter.
00:17:41Elle est reculée, puisque la réincarnation est la règle.
00:17:43Et même au début du film,
00:17:45l'action de Joe, dont j'oublie toujours le nom,
00:17:47le chef général, le gros biscotto,
00:17:52le dit très bien à un moment donné.
00:17:54La première chose qu'il dit, c'est
00:17:55que les omaticariats sont extrêmement difficiles à tuer.
00:17:59Et il les décrit comme des robots.
00:18:01C'est très étrange, cette description.
00:18:02Tout à l'heure, j'étais en train de me concentrer,
00:18:04puis j'entends cet extrait,
00:18:06je n'avais jamais fait attention à ça.
00:18:07Il dit que leurs os sont faits en fibres de carbone,
00:18:11ils sont très durs à tuer, etc.
00:18:13Donc il les décrit comme des robots.
00:18:15Alors que lui est précisément celui
00:18:17qui va incarner cette post-humanité agressive
00:18:19dans le corps du robot écrasant,
00:18:21qui est très loin, évidemment,
00:18:23de l'organicité très tendre et très subtile
00:18:26du peuple de Pandora.
00:18:30Donc cette nature qui est très idéalisée sur Pandora,
00:18:33c'est cette seconde nature
00:18:35que l'être humain se cherche, évidemment.
00:18:38Une seconde vie.
00:18:39Et il y a un petit clin d'œil, évidemment,
00:18:41au monde virtual Second Life,
00:18:43dans le mot que j'utilise là.
00:18:46Et la nature, elle est représentée,
00:18:48d'ailleurs, dans son artifice aussi,
00:18:50puisqu'à chaque fois que l'on va voir
00:18:52les êtres humains en relation avec la nature
00:18:54dans ce film,
00:18:55donc je parle des êtres humains
00:18:55dans leur véritable corps,
00:18:57comme je l'ai dit,
00:18:57on va le faire à travers le truchement
00:18:58de petits écrans,
00:18:59soit quand ils sont directement dans la forêt,
00:19:01soit dans le laboratoire,
00:19:02où pratiquement l'intégralité
00:19:04de la planète Pandora,
00:19:05qui elle aussi est regardée de toutes parts
00:19:07par les machines,
00:19:07a été entièrement reproduite
00:19:10à travers un hologramme tridimensionnel.
00:19:14Alors Pandora,
00:19:14ce que j'ai envie de dire à propos d'elle,
00:19:16déjà,
00:19:17c'est qu'elle est,
00:19:19comme je l'ai dit,
00:19:20une utopie.
00:19:21C'est un espace de rêve.
00:19:22Et d'ailleurs,
00:19:23Jack Sully le dit au début du film,
00:19:24il dit,
00:19:25j'ai longtemps rêvé de Pandora,
00:19:27mais j'ai jamais pensé
00:19:28qu'un jour,
00:19:28j'irai là-bas.
00:19:30Pandora,
00:19:31si on relit Hésiode,
00:19:33Pandora,
00:19:33ça veut dire celle qui donne tout.
00:19:35Donc on est vraiment là
00:19:36dans une image idéalisée
00:19:38de la mère prodigue,
00:19:40la mère des origines
00:19:42qui donne sans limite,
00:19:44qui peut redonner notamment
00:19:47aux petits-enfants que nous sommes
00:19:48et qui ont tout dévoré par ailleurs
00:19:50sans se soucier
00:19:51de la destruction
00:19:53que ça représentait.
00:19:54Donc c'est un plan de réalité symbolique
00:19:55pour une humanité
00:19:56qui est représentée
00:19:57comme mourante
00:19:58dans ce film.
00:19:59D'ailleurs,
00:19:59ce film commence par la mort,
00:20:01la mise en scène de la mort
00:20:02du frère de Jack Sully.
00:20:04Elle reprend en charge,
00:20:05Pandora,
00:20:06tout le fantasme
00:20:07du transfert de l'esprit
00:20:08dans un second corps.
00:20:10C'est donc quelque part aussi,
00:20:11évidemment,
00:20:12une image du paradis,
00:20:13un paradis auquel on aimerait
00:20:15avoir accès
00:20:15après une mort symbolique.
00:20:18C'est l'image du paradis perdu,
00:20:20bien sûr,
00:20:21qui est un symbole très fort
00:20:22dans le monde judéo-chrétien
00:20:24et dans sa symbolique.
00:20:27Dans la science-fiction,
00:20:29on a beaucoup de représentations
00:20:30de cet ordre-là
00:20:32où la nature est cette source
00:20:35de paradis perdu
00:20:35que l'on recherche, etc.
00:20:37Mais dans ce film,
00:20:37on en a vraiment
00:20:38une représentation très forte.
00:20:40Je vais tout de suite avancer.
00:20:42Je comptais dire
00:20:43beaucoup plus de choses
00:20:44sur la relation,
00:20:46notamment des images,
00:20:48artificielles
00:20:49et de la planète Pandora,
00:20:50mais je le dirai tout à l'heure.
00:20:52Tout simplement,
00:20:53ce que j'ai envie
00:20:55d'évoquer dès maintenant,
00:20:57avant de commencer
00:20:57le premier extrait
00:20:59ici de ce film,
00:21:01c'est qu'on voit bien ici
00:21:04que la nostalgie
00:21:05de la Terre inconnue,
00:21:07la Terra incognita,
00:21:09qui nous habite aussi,
00:21:11on aimerait encore aller
00:21:12dans un endroit
00:21:13dont on sait
00:21:14qu'il n'a pas été visité
00:21:16par un être humain,
00:21:17un endroit qui n'a pas été
00:21:19photographié, filmé,
00:21:20ultra piétiné
00:21:21par des flopés touristes,
00:21:22etc.
00:21:23Ça devient de plus en plus
00:21:24difficile à trouver.
00:21:25On aimerait pouvoir faire
00:21:28la conquête
00:21:28de ce genre de lieu,
00:21:30mais l'on ne peut plus.
00:21:31Et ce fantasme,
00:21:33cette nostalgie
00:21:33de la Terra incognita
00:21:34se déporte complètement
00:21:35dans ce film,
00:21:37dans la conquête
00:21:38d'une planète lointaine,
00:21:39mais aussi dans celle
00:21:40d'un temps futur,
00:21:41puisque là,
00:21:42on a vraiment
00:21:42la conjonction des deux.
00:21:44Un temps futur,
00:21:45une planète lointaine
00:21:46où l'être humain
00:21:46ne va pas chercher
00:21:47un surplus de technologie,
00:21:49il ne va pas chercher
00:21:49une sophistication,
00:21:50mais il va chercher
00:21:51donc une nature perdue,
00:21:54virginale,
00:21:54et peut-être un avenir
00:21:55non prémédité,
00:21:57non déjà prédéterminé
00:21:59par une société
00:22:01qui chercherait
00:22:02à s'approprier
00:22:03toutes les ressources
00:22:03sans s'interroger,
00:22:06sans se poser
00:22:07de grandes questions profondes
00:22:08et des questions
00:22:08qui relèvent du spirituel.
00:22:10Alors,
00:22:10le spirituel,
00:22:12le monde spirituel,
00:22:13il est d'abord
00:22:14incarné au premier chef
00:22:15par le personnage
00:22:15de Jack Sully.
00:22:17Et Jack Sully,
00:22:19c'est le sauveur
00:22:20de Pandora.
00:22:21Et ce sauveur,
00:22:22il est lui-même
00:22:22deux fois sauvé
00:22:23par la promesse
00:22:24de résurrection technologique.
00:22:25Il est sauvé
00:22:26une première fois
00:22:27parce qu'il va prendre
00:22:28la place de son frère
00:22:29et finalement,
00:22:30ça le sauve
00:22:30parce qu'on comprend bien.
00:22:32D'ailleurs,
00:22:32si on voit
00:22:33les extraits
00:22:34qui ont été coupés
00:22:35de ce film-là,
00:22:36si vous avez la version longue,
00:22:37vous verrez
00:22:37les premières minutes
00:22:38de ce film
00:22:38qui ne sont pas montrées
00:22:39dans le film
00:22:40tel qu'il a été diffusé.
00:22:41Dans ses premières minutes,
00:22:42on montre un Jack Sully
00:22:45ivre,
00:22:47qui est totalement dévasté
00:22:49par l'alcool,
00:22:50qui s'effondre au sol
00:22:51dans une rue,
00:22:52dans une posture christique.
00:22:54C'est un errant,
00:22:56un personnage en perdition.
00:22:58Or,
00:22:58sa première chance
00:22:59de résurrection,
00:23:00finalement,
00:23:00c'est d'occuper
00:23:01la place de son frère.
00:23:02Et sa deuxième chance
00:23:05de résurrection,
00:23:05c'est,
00:23:06je dirais même
00:23:06qu'il en a trois,
00:23:07finalement,
00:23:07c'est quand il va
00:23:08ensuite directement
00:23:09investir
00:23:10une deuxième fois
00:23:11le corps de son frère,
00:23:12c'est-à-dire celui
00:23:12de l'avatar de son frère,
00:23:14et la troisième fois,
00:23:14c'est quand il va
00:23:15s'y réincarner
00:23:16pour de bon.
00:23:16Alors,
00:23:17Jack,
00:23:17c'est le diminutif
00:23:18de Jacob.
00:23:21Jacob étant
00:23:21un personnage
00:23:23extrêmement important
00:23:24de,
00:23:25là aussi,
00:23:26de la tradition
00:23:28judéo-chrétienne,
00:23:29puisque Jacob,
00:23:30d'ailleurs,
00:23:31voulait dire
00:23:32celui que Dieu
00:23:33a soutenu,
00:23:33celui qui est protégé.
00:23:35Donc,
00:23:35c'est un personnage
00:23:36qui est déjà
00:23:36extrêmement investi
00:23:38d'une charge mystique
00:23:39très forte
00:23:40et qui,
00:23:41en même temps,
00:23:41contient lui aussi
00:23:42sa propre ambivalence,
00:23:44puisque celui,
00:23:45ça veut dire souillé,
00:23:46celui qui a été souillé
00:23:47par quelque chose.
00:23:48Donc,
00:23:48c'est un personnage
00:23:48qui va,
00:23:49d'entrée de jeu,
00:23:50on le voit bien,
00:23:51s'engager vers le chemin
00:23:53de la rédemption.
00:23:54Il va chercher,
00:23:55évidemment,
00:23:56à se défaire
00:23:57de ce qu'il a,
00:23:59de ce qu'il retient,
00:24:00de ce qu'il rattache
00:24:01dans la matière.
00:24:02Et le corps
00:24:02est représenté,
00:24:03d'ailleurs,
00:24:04à travers cette charge
00:24:05assez négative.
00:24:07Ce n'est pas le corps,
00:24:07la promesse de résurrection,
00:24:09ici.
00:24:09C'est le fait
00:24:09de l'abandonner.
00:24:10Preuve en est
00:24:10qu'il est handicapé,
00:24:11d'ailleurs.
00:24:12Pour avancer,
00:24:12il devra abandonner ce corps.
00:24:16Jacob,
00:24:16c'était le frère
00:24:17d'Esaü,
00:24:18je le prononce très mal,
00:24:19je suis désolée,
00:24:19qui signifiait
00:24:20le velu,
00:24:21l'irsute.
00:24:23Dans le nom
00:24:25Jake Sully,
00:24:26on a finalement déjà
00:24:29le personnage
00:24:30et son double personnage
00:24:32et son jumeau,
00:24:33puisque Sully s'est souillé
00:24:34et finalement,
00:24:35c'est assez proche
00:24:35du nom du frère jumeau
00:24:38de Jacob,
00:24:39qui signifiait
00:24:40le velu,
00:24:41l'irsute.
00:24:43Alors,
00:24:44dans la première scène
00:24:45que nous allons voir maintenant,
00:24:46je suis obligée
00:24:48de la commenter
00:24:48avant qu'on la voit,
00:24:50puis ensuite,
00:24:50je vais l'interrompre
00:24:50un petit peu,
00:24:52mais si vous vous souvenez
00:24:53de cette première scène,
00:24:54que voit-on ?
00:24:55Une caméra virtuelle
00:24:56qui se promène
00:24:57au-dessus des nuages
00:24:59et qui va plonger
00:25:00à l'intérieur
00:25:01de la forêt.
00:25:02Cette forêt,
00:25:02c'est la forêt
00:25:02de Pandora.
00:25:04Et la forêt de Pandora,
00:25:06on voit bien qu'on a ici
00:25:06une réaffirmation
00:25:08du fait que Pandora,
00:25:10comme je le disais,
00:25:11c'est un fantasme.
00:25:11La forêt de Pandora,
00:25:12elle est montrée
00:25:13pour la première fois
00:25:13à travers le rêve
00:25:14de Jake Sully,
00:25:15puisque la première chose
00:25:16que l'on voit,
00:25:17c'est une image
00:25:17de son rêve.
00:25:18C'est une image subjective
00:25:19qui met en scène
00:25:20un rêve qu'il fait souvent,
00:25:22à l'intérieur duquel
00:25:23il dit très clairement
00:25:25« j'ai commencé à rêver
00:25:27que je volais
00:25:28et j'étais libre ».
00:25:29Le vol, ici,
00:25:33signifie,
00:25:33en tout cas par synonyme,
00:25:35il signifie vraiment,
00:25:36là par synonyme symbolique,
00:25:38la liberté.
00:25:39C'est l'abandon du corps
00:25:42que permet le rêve
00:25:43qui est ici associé
00:25:44à l'idée de liberté.
00:25:45Et en permanence,
00:25:46cette idée va revenir
00:25:47dans le film.
00:25:47Abandonner le corps humain,
00:25:50abandonner le monde matériel
00:25:51et se projeter
00:25:52dans un autre corps,
00:25:53c'est une promesse
00:25:54de liberté.
00:25:55Donc la liberté,
00:25:56ici,
00:25:56elle est associée
00:25:57à la désincarnation
00:25:58à travers le thème
00:25:58du vol.
00:26:00L'absence de corps réel,
00:26:02c'est la condition
00:26:02de la liberté,
00:26:03à double titre,
00:26:04symboliquement,
00:26:05à travers ici,
00:26:05le motif du rêve,
00:26:06et puis physiquement,
00:26:08à travers le fait
00:26:09que ce corps
00:26:09ne lui sert plus à rien
00:26:10et qu'il va vraiment,
00:26:11vraiment retrouver
00:26:12sa liberté
00:26:13et ses jambes
00:26:13à travers le corps
00:26:14de l'avatar.
00:26:15Et quand il va se réveiller,
00:26:17puisqu'on nous montre
00:26:17cette scène de sommeil
00:26:19et qui cède tout de suite
00:26:20à une scène de réveil,
00:26:21quand il va se réveiller,
00:26:22le très grand changement
00:26:23est avant tout chromatique.
00:26:24On est nimbé immédiatement
00:26:27de cette couleur
00:26:27qui sera omniprésente
00:26:28dans le film Avatar
00:26:29et qui est la couleur
00:26:30du corps des Omatikaya,
00:26:32c'est le bleu.
00:26:33Le bleu,
00:26:35sur le plan
00:26:36de la symbolique
00:26:37des couleurs,
00:26:39c'est la couleur
00:26:40de l'immatériel.
00:26:41Alors il y a une source,
00:26:43une origine sémiotique
00:26:45à ça.
00:26:45C'est tout simplement
00:26:46que c'est aussi
00:26:48la couleur du ciel,
00:26:50c'est la couleur
00:26:51dominante de la mer,
00:26:52c'est la couleur
00:26:53donc de l'infini,
00:26:54de ce qui n'a pas
00:26:55d'obstacle,
00:26:56de ce qui ne peut pas
00:26:56être emprisonné
00:26:58et de ce qui échappe
00:26:59à la limitation.
00:27:00C'est aussi pourquoi,
00:27:01évidemment,
00:27:02cette couleur-là,
00:27:03elle est associée
00:27:05à l'irréalité,
00:27:06à la surréalité,
00:27:07à l'outre-monde,
00:27:08à un monde divin,
00:27:09au monde de l'esprit.
00:27:12Jack Sully
00:27:13est nimbé
00:27:13d'une aura bleue
00:27:14dès son réveil.
00:27:15Le bleu,
00:27:15il a très clairement,
00:27:17très notamment
00:27:17dans ce film,
00:27:18une fonction narrative.
00:27:21Il associe
00:27:22le protagoniste
00:27:24à une classe supérieure
00:27:26de personnages.
00:27:27Donc d'entrée de jeu,
00:27:28cette couleur
00:27:29est tout à fait prophétique
00:27:30puisqu'elle va
00:27:31inscrire Jack Sully
00:27:33dans la position
00:27:34du messie,
00:27:35le messie,
00:27:35le porteur de lumière.
00:27:36Ce sera lui,
00:27:37d'ailleurs,
00:27:37quand il tendra les bras
00:27:38dans la forêt de Pandora
00:27:40et que tous les esprits,
00:27:43ces petites créatures
00:27:43phosphorescentes
00:27:44viendront se poser
00:27:45sur lui,
00:27:46pour le nimbé d'ailleurs,
00:27:47de la même couleur.
00:27:49Dans la symbolique chrétienne,
00:27:50le bleu,
00:27:50c'était par ailleurs
00:27:51la couleur du manteau divin.
00:27:53Et c'est,
00:27:54j'insiste beaucoup,
00:27:55évidemment,
00:27:56sur l'importance
00:27:57de cette couleur
00:27:58puisqu'elle est absolument
00:27:59centrale dans ce film.
00:28:01Alors on va
00:28:02donc regarder
00:28:03tout de suite cet extrait
00:28:04et je l'interromperai
00:28:05après
00:28:06pour vous montrer
00:28:08que tout le début
00:28:09de ce film,
00:28:10c'est une première transmigration,
00:28:13un premier voyage
00:28:14de l'âme
00:28:15hors du corps
00:28:15et on a
00:28:17là,
00:28:18en scène,
00:28:19l'espace
00:28:19du purgatoire,
00:28:21de l'enfer
00:28:21et du paradis.
00:28:23Évidemment,
00:28:23je vous le donne
00:28:23en mille,
00:28:25le paradis,
00:28:25c'est la planète Pandora.
00:28:35Je suis libre.
00:28:38Je suis libre.
00:28:40trop après.
00:28:41Vous devez vous réveiller.
00:28:43Sous-titrage Société Radio-Canada
00:29:37Sous-titrage Société Radio-Canada
00:29:52Sous-titrage Société Radio-Canada
00:30:40Sous-titrage Société Radio-Canada
00:30:43Ils sont en apesanteur
00:30:45Donc il y a une représentation extrêmement ambiguë ici du corps puisque certes ils sont dans un corps mais ce
00:30:50corps est en apesanteur.
00:30:52Ces êtres sont représentés comme des âmes flottantes à l'intérieur de cet espace qui lui-même, de par ce
00:30:58caractère chromatique bleu, est un espace qui est relativement irréel.
00:31:06Alors le thème du réveil ici est très important parce qu'il est associé à une mort.
00:31:12Lui se réveille, il revient à la vie, il sort de cet état transitoire de cryogénie, mais il en sort
00:31:18finalement pour nous ramener en arrière et nous évoquer la mort de ce frère dont il a pris la place.
00:31:25Le remplacement du frère décédé évoque ici la puissance de négation de la mort à laquelle est rattaché le motif
00:31:37du double.
00:31:38Dans la littérature fantastique, le double il est toujours associé à la mort, mais il est associé à la mort
00:31:43à travers l'idée d'un mauvais présage.
00:31:45Voir son double, c'est avoir d'entrée de jeu la conscience du fait que l'on va bientôt mourir.
00:31:52C'est toujours très dangereux de rencontrer son double dans la littérature fantastique, notamment du XIXe siècle.
00:31:56Le double ici, vous le verrez, a changé profondément de symbolique puisque le double ici il est associé à une
00:32:02possibilité de vivre une deuxième fois.
00:32:05Notre monde de plus en plus emprunt de virtuels et de prolongation de nos modes d'existence à travers tous
00:32:13nos modes virtuels crée cette association.
00:32:17Il y a une association de plus en plus positive au fait d'avoir un double.
00:32:22On vit deux fois plus et deux fois plus longtemps en apparence dans deux fois plus d'endroits à travers
00:32:27notamment toutes les identités numériques que nous nous créons en permanence sur Internet.
00:32:32Alors on va regarder la scène maintenant du réveil et on va voir la manière dont ce flashback qui va
00:32:39nous parler de la mort du frère va mettre en place un espace très important
00:32:45qui est donc celui de la migration des âmes à travers le purgatoire, l'enfer et le paradis.
00:32:52Alors on va voir, je suis obligée de le commenter en décalé pour que la caméra puisse tout filmer.
00:32:57On va voir donc, vous serez très sensibles à ça, vraiment une représentation extrêmement proche de ce sarcophage dans lequel
00:33:07il était et du cercueil qui lui va partir à l'intérieur du crématorium où le corps du frère va
00:33:13brûler.
00:33:14Mais d'autre part, au moment où le corps du frère va brûler dans le crématorium, le vaisseau qui emmène
00:33:21Jack Sully vers son nouveau destin et vers Pandora, lui aussi traverse l'espace.
00:33:26Donc on a l'idée d'un déplacement ici dans l'espace qui est tout à fait l'équivalent du
00:33:32déplacement de l'âme du frère dont on ne sait pas finalement s'il atterrira lui en enfer au paradis,
00:33:38du frère qui est décédé, mais aussi du déplacement de l'identité de Jack Sully qui prend la place de
00:33:42son frère, qui accepte cette transposition par le biais de ce contrat qu'il va accepter.
00:33:49Le feu ici, évidemment, a une très très forte connotation du côté de toutes les symboliques de la purification.
00:33:57C'est un feu qui est alchimique puisqu'il va ici réellement faire disparaître le corps physique et faire disparaître
00:34:08aussi cette autre vie,
00:34:09cet autre monde qui était celui de la terre finalement et l'ancienne vie de Jack Sully.
00:34:13Donc Jack Sully commence à entrer dans un processus de purification en prenant l'identité, en tout cas en récupérant
00:34:19la place de son frère
00:34:21et en assistant à la dévastation par le feu du corps de son frère, il engendre lui-même son propre
00:34:29parcours purificateur.
00:34:31C'est un personnage qui va entrer sur un chemin dont il ne va pas sortir avant la fin du
00:34:35film qui est celui de sa transformation spirituelle.
00:34:40Ce que l'on peut regarder aussi si on veut observer la relation entre le corps de chair et le
00:34:45corps artificiel,
00:34:46donc entre la technologie et la nature et cette relation conflictuelle, amoureuse, très ambivalente que nous avons avec les technologies,
00:34:54c'est le fait que pour pouvoir se libérer, il faut que la chair soit détruite.
00:34:59Il y a quand même une apologie ici du virtuel qui est très forte.
00:35:03D'ailleurs, quand Jack Sully arrivera sur la planète Pandora, on verra ses soldats qui diront « Ah, voilà de
00:35:08la viande fraîche ».
00:35:09Donc le corps est associé à la viande. La viande, c'est quand même l'animal mort.
00:35:12Le corps doit donc être éliminé pour pouvoir s'engager sur le chemin de la résurrection.
00:35:19Vous ferez attention au fait que quand le vaisseau spatial est montré en train de traverser l'univers,
00:35:26et dans le même temps, le cercueil part dans le crématorium,
00:35:29sur le plan du son, Cameron utilise ici des cœurs humains qui évoquent là aussi un espace céleste, un espace
00:35:40angélique.
00:35:42Je vais vous laisser découvrir.
00:36:13Je vais vous laisser parler.
00:36:17Je vais vous laisser parler.
00:36:19Je vais vous laisser parler.
00:36:19Mais je n'ai jamais pensé que je vais aller là.
00:36:30Le frère représente un investissement important.
00:36:34Nous voulions parler à vous de votre contrat.
00:36:36Et depuis que votre génome est identifié à ses, vous pourriez passer à ses chaussures.
00:36:43Donc, vous pourriez passer à ses chaussures.
00:36:44Donc, vous pourriez.
00:36:59C'est bon.
00:37:00C'est bon.
00:37:01C'est bon.
00:37:04C'est bon.
00:37:30Ça, c'est une récurrence dans le cinéma de science fiction, qui représente des réalités virtuelles.
00:37:37L'association entre l'espace céleste, l'espace de la survivance des âmes et celui d'un monde virtuel ultra
00:37:46-technologique, etc., est tout à fait récurrente.
00:37:49Ici, ce qui est évident, c'est que Jack Sully est devenu l'avatar de son frère.
00:37:56Au sens propre, il est devenu l'avatar de son frère.
00:37:59Alors, il va prendre possession du corps avataresque, si je peux me permettre le néologisme, de son frère.
00:38:03Mais il est devenu l'avatar de son frère.
00:38:05Il est un double qui se substitue à l'original.
00:38:10D'où cette phrase « One life ends, another begins ».
00:38:16C'est la puissance de simulacre que met en scène ici Cameroun.
00:38:22Un simulacre qui est tellement, tellement crédible qu'il finit par remplacer le réel.
00:38:27Ça, c'est une très grande peur associée au développement des technologies du virtuel.
00:38:33Très, très souvent, les gens me demandent quand je fais des interventions sur ces sujets-là.
00:38:38Mais enfin, vous parlez de tout ça, c'est un peu effrayant.
00:38:40Est-ce que vous ne pensez pas qu'un jour, on ne fera plus la différence entre ces mondes virtuels
00:38:45dans lesquels nous immergeons et le monde réel ?
00:38:49Ça me paraît plutôt relevé de la phobie que d'autres choses.
00:38:52Je n'y crois pas tellement.
00:38:54Alors, on va avancer.
00:38:55Vous venez de voir juste cet extrait.
00:38:57Je l'ai prolongé un petit peu.
00:38:58Au moment où ils approchent de la planète Pandora, ils vont passer au-dessus d'une tour dont on remarquera
00:39:05qu'elle s'appelle, enfin, un portail qui s'appelle Hell's Gate.
00:39:08Le portail de l'enfer, la porte de l'enfer.
00:39:11Donc, on a ici la reconduction du grand schéma purgatoire.
00:39:16C'était tout le passage de la cryogénie.
00:39:18Le feu et puis ensuite l'enfer.
00:39:20On passe en enfer.
00:39:22Et le paradis, c'est ce qu'il y a au-delà de cette station humaine où ils sont tous
00:39:26posés et qui s'appelle Hell's Gate, enfin, qui est juste après Hell's Gate.
00:39:30Ce qu'on a dans ce dialogue très, très court dans le vaisseau, c'est aussi l'affirmation du fait
00:39:35que la mort, la mort ici va reculer.
00:39:39La mort ne doit pas être d'actualité.
00:39:41Il le dit.
00:39:42Mettez ces masques.
00:39:43Si vous ne mettez pas vos exomasques, vous serez morts en quatre minutes.
00:39:46Et il n'y a pas de mort ici.
00:39:47Je ne veux pas de mort.
00:39:48Je ne vois pas de mort aujourd'hui.
00:39:50Je n'en veux pas.
00:39:50Donc, il y a une volonté de nier, finalement, d'effacer la mort à laquelle on vient pourtant d'assister.
00:39:57Mais là, on est maintenant sur Pandora.
00:39:59Les choses ne vont plus se passer de la même manière.
00:40:02On va regarder un extrait qui est la scène du laboratoire.
00:40:05Une scène où, pour la première fois, Jack va voir son avatar ou plutôt son avatar qui est celui de
00:40:12son frère et qui lui rappelle aussi son frère, etc.
00:40:14Et de nouveau, cette couleur bleue va avoir une fonction narrative importante.
00:40:21Elle va réaffirmer non seulement le statut messianique du personnage, mais elle va aussi agir comme un présage.
00:40:28Pourquoi ?
00:40:29Parce que lorsqu'il va se rapprocher de ces sortes de cocons qui, eux, sont aussi symétriques.
00:40:37Je ne dis pas analogue, je dis bien symétriques.
00:40:40C'est-à-dire l'opposé, sur le plan symbolique, du cercueil.
00:40:44On vient de voir un cercueil avec un mort dedans et maintenant, on voit un cocon avec un avatar dedans
00:40:48qui va bientôt naître.
00:40:50Donc, on voit bien qu'on est tout à fait ici dans un cycle qui nous amène vers une renaissance
00:40:54et vers une résurrection.
00:40:56Et ce qu'il y a de prophétique, c'est le moment où Jack va s'approcher de ce cocon
00:41:00dont émane une magnifique lumière bleue.
00:41:04Il va, sous son visage, va être éclairé par cette lumière bleue qui va le nimber et qui va créer
00:41:10un rapport d'analogie visuelle très fort entre le corps de l'avatar et la promesse que contient ce corps,
00:41:17évidemment, et son corps à lui.
00:41:19Son visage, d'ailleurs, va se refléter tel un masque sur la surface de la vitre dans laquelle l'avatar
00:41:26est enfermé.
00:41:29Ce sont des détails qui sont extrêmement ténus, mais qui sont tout effet annonciateurs de ce qui va se produire
00:41:35par la suite.
00:41:36Et dans ce film, on peut absolument se fier aux tout petits détails que disent-ils Cameron, même dans les
00:41:43dialogues.
00:41:44Si vous regardez ce film une deuxième fois, vous faites attention à tout ce que les personnages disent et vous
00:41:48saurez, vous connaîtrez leur destin.
00:41:51La pilote d'hélicoptère dont j'oublie tout le temps le nom dit au début du film « Moi, je
00:41:56n'ai pas envie de devenir un martyr ».
00:41:58Et bien sûr, c'est elle le martyr du film. Elle dira ça. Un autre personnage dira « Oh, mais
00:42:04j'étouffe sur cette planète ».
00:42:06Et il va mourir étouffé.
00:42:08Donc, tout ce que disent les personnages s'inscrit dans quelque chose qui relève de la prophétie.
00:42:14Il y a un effet d'annonce qui est très, très ténu et qui, évidemment, est traduit aussi par les
00:42:20images et par l'utilisation des couleurs.
00:42:22Alors, on a des indices sonores qui sont là aussi intéressants dans cette scène.
00:42:28Le moment où il s'approche de ces cocons qui contiennent les avatars est intéressant sur le plan sonore parce
00:42:35qu'on entend une respiration qui fait penser au détendeur d'un plongeur.
00:42:41Donc, on a une respiration ici qui évoque un milieu aquatique, le moment de l'immersion.
00:42:47Alors, c'est un monde qui, là, sur le plan de notre inconscient à nous, s'inscrit dans le monde
00:42:55des profondeurs, dans la notion de profondeur.
00:42:57Et la profondeur, eh bien, c'est ce qui, évidemment, va distinguer aussi les omatikaya.
00:43:03Ce sont des êtres qui se posent énormément de questions, qui sont animés par des croyances extrêmement fortes,
00:43:11qui interrogent leurs actes, qui parlent entre eux, qui échangent de manière directe et de manière concertée.
00:43:17Avec leurs proches et avec l'intégralité du monde dans lequel ils vivent.
00:43:21Ce qui n'est plus le cas, évidemment, des humains qui, eux, sont prisonniers d'un monde d'écrans et
00:43:27de surfaces qui s'interposent en permanence.
00:43:30Donc, on a ici tous les indices de la profondeur qui sont associés à l'avatar.
00:43:34L'avatar étant lui-même, donc, à l'image du peuple de la planète Pandora.
00:43:48Le corps humain, donc, associé au début du film à la mort et à la souffrance, trouve complètement son opposé
00:43:54symétrique dans le corps de l'avatar,
00:43:57qui est associé à la vie à travers ces sons que je viens de décrire.
00:43:59On entend les battements du cœur, on entend l'eau, l'immersion.
00:44:02C'est le liquide originel, le liquide amniotique.
00:44:07Tout nous confirme que cette créature, qui est pourtant totalement artificielle, est absolument vivante.
00:44:12Et d'ailleurs, un des personnages dit, c'est incroyable, il a vraiment grandi depuis le début du voyage.
00:44:16Donc, c'est une créature en pleine croissance.
00:44:19Il ne lui manque plus qu'une seule chose, c'est l'âme de Jack Sully.
00:44:23Je vous laisse regarder cet extrait.
00:44:28C'est parti, c'est parti, c'est parti.
00:44:55C'est parti, c'est parti, c'est parti, c'est parti.
00:45:49Quand à deux reprises, on voit le visage de Jack qui se reflète
00:45:53sur le torse de l'avatar et à l'endroit du cœur.
00:45:57Donc, il y a une association ici qui est extrêmement signifiante.
00:46:03La couleur bleue qui apparaît ici, qui est associée à tous ces sons qui connotent ce liquide originel,
00:46:11c'est évidemment la prémonition pour nous du fait que Jack qui a commencé son parcours éminemment transformateur ici,
00:46:21son cheminement spirituel, va rencontrer sa profondeur à travers le fait de changer de corps
00:46:27et à travers sa rencontre avec la culture des peuples qui vivent sur cette planète Pandora.
00:46:35Le contraste avec la relation humaine aux choses ici est saisissant dans le fait que deux secondes après,
00:46:44il confesse tout ce qu'il vient de vivre à un écran, à une caméra, donc à une forme d
00:46:50'hypersurface.
00:46:51Il y a une espèce de confession, l'intimité ici est complètement extériorisée et elle se projette dans des machines,
00:46:58ce qui est évidemment totalement à l'opposé de la profondeur représentée par ce bleu, par le corps des avatars,
00:47:06et aussi une profondeur qui est donc, comme je l'ai dit, associée à l'eau, associée au monde sous
00:47:11-marin, au monde des abysses,
00:47:13que l'on retrouve dans la représentation de la forêt sur Pandora,
00:47:16puisque dans la forêt, il y a énormément d'éléments qui apparaissent comme des plantes extraterrestres
00:47:24et quand on est plongeur, on reconnaît, ou quand on vient, qu'on a été souvent en contact en tout
00:47:29cas avec le corail,
00:47:33on reconnaît des éléments qui sont en réalité des éléments coralliens que l'on trouve beaucoup dans le Pacifique Sud,
00:47:38mais qui sont tout simplement mis à l'envers et agrandis, ce qui donne la sensation que ce sont des
00:47:42plantes extraterrestres,
00:47:43alors qu'en réalité, Cameron est allé chercher beaucoup, beaucoup son inspiration dans le monde sous-marin.
00:47:48La phosphorescence, par excellence, étant associée évidemment à cela,
00:47:52et toutes les petites méduses qui se posent sur le corps de Jack,
00:47:56quand son statut messianique va être clairement représenté.
00:48:01On va regarder un extrait qui va nous montrer, de manière assez humoristique,
00:48:09ce rapport à une nature qui est mise à distance, qui est représentée comme totalement artificielle,
00:48:16en tout cas un rapport qui n'est plus vécu comme séduisant ou comme complémentaire par les êtres humains.
00:48:21C'est le moment où Sigourney Weaver, ou alias Grace Augustine,
00:48:26il y a d'ailleurs là un effet d'écho très intéressant entre Saint-Augustin qui a beaucoup écrit sur
00:48:30la grâce
00:48:30et le fait que le personnage s'appelle Grace Augustine, je vous laisserai aller chercher ça,
00:48:35parce que vraiment c'est tellement dense que je n'ai pas le temps de l'évoquer.
00:48:37Le moment où elle rentre dans la salle de contrôle,
00:48:41et elle va se retrouver face à cet affreux bonhomme,
00:48:46le gars là du marketing sur le vaisseau, celui qui s'occupe des achats et des ventes du minerai,
00:48:54ce moment est très intéressant, parce que lui, il est en train de jouer au golf sur un faux green.
00:48:58Et on a donc vraiment là la représentation de toute la relation dévoyée à la nature,
00:49:04du fait que la vraie nature, elle n'existe plus,
00:49:07seule subsiste l'idée de nature, la projection artificielle de la nature,
00:49:12ou artificialisée, puisqu'on a ce green au sol,
00:49:16et le gars est très très content de son coup,
00:49:17il a rentré la balle dans le trou et dit,
00:49:21« Ah, vous avez vu ça ? »
00:49:22« Ben non, évidemment, on n'avait rien vu, vous aviez encore le nez sur vos écrans. »
00:49:26Et il s'adresse donc aux autres personnages du laboratoire
00:49:30qui, eux, sont en train, effectivement, sur leurs écrans,
00:49:33d'observer la nature de Pandora.
00:49:36Elle est observée à travers des écrans, non pas qui filmeraient la nature,
00:49:40mais au contraire des écrans qui représentent une version artificielle de cette nature,
00:49:46puisque c'est une version holographique et tridimensionnelle.
00:49:49Donc il y a une double représentation d'une fausse nature
00:49:52et d'un contact qui est définitivement perdu avec les choses naturelles.
00:49:55Donc vous voyez que là aussi, il y a la prémonition du fait
00:49:57qu'on va retrouver un vrai contact aux choses
00:50:01en allant vraiment sur cette planète
00:50:03et en mettant de côté tous ces objets
00:50:06qui nous tiennent à distance
00:50:09et qui créent, du coup, ce rapport extrêmement faussé aux choses,
00:50:12puisque là, le seul rapport quotidien de ces gens-là,
00:50:15finalement, c'est le rapport à l'image qu'ils ont des choses.
00:50:20De ce fait, à travers cette représentation extrêmement astucieuse
00:50:25de la part du réalisateur,
00:50:27dans notre inconscient, à nous, spectateurs du film,
00:50:29la nature de Pandora ne peut apparaître que incroyablement vraie
00:50:34et incroyablement désirable.
00:50:36On va recréer un lien, et d'ailleurs,
00:50:38The Bound, ce lien est omniprésent
00:50:41dans les échanges entre les personnages,
00:50:43la manière dont ils en parlent,
00:50:44l'apprentissage aussi de la relation aux animaux dans ce film.
00:50:49Donc, de ce fait, la nature de Pandora
00:50:52est présentée comme la nature originelle perdue,
00:50:56la seule possible.
00:50:58On va regarder cet extrait,
00:51:01et on va ensuite, justement,
00:51:04nous aussi, nous rapprocher de la planète Pandora.
00:51:06On va regarder un long extrait que je vais analyser.
00:51:09et c'est celui de la naissance,
00:51:12nouvelle naissance, en quelque sorte, de Jack,
00:51:14lorsqu'il va basculer réellement dans le cœur de l'avatar.
00:51:16C'est parti, c'est parti.
00:51:55La couleur verte ici, elle est omniprésente sur les écrans.
00:52:00On va la retrouver dans la scène suivante à deux moments, à deux niveaux.
00:52:05Premièrement, à travers d'autres écrans qui vont représenter l'intérieur du cerveau de Jack Solly lorsqu'il va être
00:52:13branché à son avatar.
00:52:15Ici, le vert, c'est la couleur de la nature.
00:52:18Et sur le plan sémiotique, de toute manière, le vert, c'est ce qui est associé à la nature.
00:52:22Ce qui est assez amusant, c'est que dans beaucoup de films qui vont traiter d'une réalité informatique, numérique,
00:52:29le vert est aussi omniprésent, comme dans The Matrix, par exemple.
00:52:32C'est lié beaucoup quand même à la carte mère des ordinateurs, qui elle-même est verte.
00:52:36Mais vous savez, même dans le langage informatique, il y a tellement de métaphores végétales,
00:52:39les arborescences de catalogues, par exemple.
00:52:42Si on va vraiment chercher, ou les racines, on va chercher dans le langage informatique,
00:52:47on va trouver beaucoup de références au monde naturel, que ce soit celui de l'eau ou celui des plantes.
00:52:54Alors ici, le vert, il est dans les machines, dans tous ces écrans qui sont autant de surfaces,
00:52:59qui nous coupent de la réalité des choses.
00:53:01Mais le vert, on va le retrouver aussi dans la scène de la naissance de Jack, quand il va rentrer
00:53:06dans son avatar.
00:53:06C'est le moment de transition extrêmement intéressant, où il rentre d'une fois de plus dans un sarcophage,
00:53:12sauf que celui-là, c'est celui qui va lui permettre de se brancher à ce corps distant.
00:53:17Et là, il va être nimbé, cette fois-ci, d'une couleur verte.
00:53:20Donc c'est une couleur qui le rapproche symboliquement de la nature.
00:53:24Et effectivement, ce moment-là, de toute façon, va le rapprocher de la nature, de sa véritable nature,
00:53:30sa nature qui est celle d'être habitée par des questions profondes,
00:53:35puisque c'est un personnage qui va se rebeller contre le système et qui va prendre le parti des Omatsikaïa,
00:53:41et en même temps, se rapprocher de la nature réelle,
00:53:45puisque grâce à ce corps, il va retrouver toutes les sensations physiques et tout le plaisir gustatif, sensoriel,
00:53:51qu'il avait perdu, et il va pouvoir courir, s'ébattre partout dans cette merveilleuse forêt de Pandora.
00:53:55Alors dans cette séquence, il y a énormément de choses qui vont se passer.
00:54:00Alors je vais en parler maintenant.
00:54:03J'hésite toujours dans ces moments-là à ce que je dois parler avant ou après.
00:54:05L'idéal, c'est de le faire pendant, mais là, on ne peut pas.
00:54:08Mais je n'ai pas envie de couper ce passage, donc on le regardera en entier.
00:54:13Alors je vais vous en parler un petit peu avant.
00:54:17J'aimerais que vous remarquiez ce contraste extrêmement fort entre cette obsession des surfaces que l'on va voir
00:54:23et ces machines qui permettent d'aller tout regarder dans le détail, de tout rationaliser.
00:54:29Les scientifiques qui vont observer le cerveau de Jake, etc.
00:54:31Et ce retour aux sources, ce plaisir que Jake aura de courir à l'extérieur, de manger un fruit,
00:54:39où là, on retrouve les choses en volume.
00:54:42On retrouve un contact qui est beaucoup plus profond et très très différent aux choses.
00:54:47Alors tout ça est représenté par plusieurs étapes.
00:54:49D'abord, il y a le passage du tunnel.
00:54:50Comment représenter, quand on est un réalisateur et qu'on doit représenter le moment
00:54:55où l'esprit de quelqu'un va se projeter dans le corps d'une créature distante,
00:55:00comment est-ce qu'on fait pour le représenter ?
00:55:02On peut utiliser plusieurs ressorts pour ça.
00:55:05On peut montrer la manière dont les choses fonctionnent,
00:55:07même de manière un petit peu triviale et plutôt comique aujourd'hui en 2011,
00:55:13comme par exemple dans la première version du film Tron,
00:55:15celle de Lisberger qui date de 1982,
00:55:17le moment où l'informaticien se fait littéralement scanner par un petit rayon laser
00:55:22qui le scanne dans son dos et qui le transforme en un personnage informationnel.
00:55:26Pof, il est projeté dans un monde virtuel.
00:55:28Donc là, on a le process qui est montré.
00:55:30On nous montre comment la machine scanne le petit bonhomme
00:55:32et le transporte dans un monde virtuel.
00:55:34Mais on a une autre façon aussi de le faire,
00:55:36et c'est celle que va emprunter Cameron,
00:55:37c'est d'utiliser des stratégies de représentation
00:55:41qui ont été utilisées beaucoup aussi par le cinéma de science-fiction,
00:55:45qui habituellement servent à représenter un déplacement dans l'espace à très grande vitesse,
00:55:49c'est-à-dire à la vitesse de la lumière.
00:55:50On pensera au film de Kubrick dans 2001, l'Odyssée de l'espace.
00:55:55À chaque fois qu'il voyage à la vitesse de la lumière,
00:55:57souvenez-vous que tous ces points lumineux sous cet espace sidéral
00:56:00soudain devient un espace de traits,
00:56:03et puis on est dans un tunnel de lumière
00:56:06qui nous projette donc très très loin et ailleurs,
00:56:09et à très grande vitesse.
00:56:11C'est la stratégie que va utiliser ici Cameron
00:56:15pour signifier le déplacement psychique à l'intérieur du corps de l'avatar.
00:56:19Il va utiliser ça.
00:56:21Donc on a quand même au début la prédominance matérielle des choses.
00:56:28On nous fait bien comprendre que c'est grâce à toutes ces machines
00:56:30que cette transmigration est possible.
00:56:33Mais le passage, lui, il est représenté comme un passage en hyper-espace
00:56:36dans le cinéma de science-fiction.
00:56:38Il y a cet emprunt-là.
00:56:38Il y a évidemment une charge mystique aussi qui est grande,
00:56:41puisqu'on ne peut pas s'empêcher de penser à tous ces récits
00:56:46que l'on appelle des récits d'expérience de mort imminente,
00:56:49near-death experience,
00:56:50où les gens témoignent du fait que,
00:56:53suite à un grand choc, un accident, ce que vous voulez,
00:56:55ils se sont vus sortir de leur corps
00:56:57et être absorbés dans un tunnel avec une lumière au bout.
00:57:01Alors ce tunnel avec la lumière au bout,
00:57:02il y a des gens qui vont interpréter cela de manière très rationnelle
00:57:08en disant que c'est tout simplement l'empreinte
00:57:11de ce qu'il y a dans le cerveau du moment de la venue au monde,
00:57:13le moment où on sort du vagin et puis on découvre le monde.
00:57:16Alors ce moment-là, il le représente aussi, bien sûr, Cameron,
00:57:19puisque là, on va être littéralement projeté
00:57:21par le truchement d'une image subjective dans le corps de Jake Sully.
00:57:25Et en même temps, on est un peu dans une situation
00:57:27sur le plan représentatif du jeu vidéo.
00:57:31C'est une image qui a quand même une forte empreinte
00:57:33là, du côté de l'image de jeu vidéo.
00:57:35On est quand même à l'intérieur de son corps à lui aussi.
00:57:39On est, nous aussi, dans la situation d'un nouveau-né,
00:57:42en même temps que Jake Sully,
00:57:43puisqu'on va voir un espace flou,
00:57:46donc des perceptions qui ne sont pas très nettes.
00:57:48Et après tout, quand on vient au monde,
00:57:50on est loin de voir les choses très nettement.
00:57:52Regardons même les yeux des petits chatons qui changent de couleur.
00:57:55Ils ne voient pas grand-chose les premières 24 heures.
00:57:56Là, c'est à peu près pareil, sauf qu'il va aller plus vite, bien sûr.
00:57:58Mais qui se penche sur Jake Sully,
00:58:03alors qu'il est dans le corps de cet avatar ?
00:58:05Deux personnages qui sont à la fois des accoucheurs
00:58:09et des biotechniciens,
00:58:12et qui sont surtout un homme et une femme.
00:58:15Donc sur le plan symbolique,
00:58:16on a la reconstitution du schéma parental.
00:58:21Inconsciemment, évidemment, ici,
00:58:24tout concourt à inscrire ce moment
00:58:27comme un moment naturel.
00:58:29Là, on va avoir tendance à effacer de plus en plus
00:58:31l'origine artificielle de ce corps et de cette situation.
00:58:35Donc les images que Deleuze appellerait
00:58:37des images perception, au cinéma,
00:58:39les images perception sont celles
00:58:40qui nous mettent dans, vraiment,
00:58:44très fortement dans l'empreinte
00:58:45presque physiologique du personnage
00:58:47qui vit la situation,
00:58:49sont celles d'un nouveau-né,
00:58:50au début, à travers ces flous.
00:58:51Les deux biologistes,
00:58:52ce sont les parents,
00:58:53un homme, une femme.
00:58:54Les couleurs du labo
00:58:56évoquent la salle d'accouchement
00:58:57et la salle de chirurgie, le vert.
00:58:58Mais le vert, c'est aussi, comme je l'ai dit,
00:59:00la couleur de la nature qui se rapproche,
00:59:02du lien à la nature qui se rapproche.
00:59:04Sur le plan
00:59:06de la référence cinématographique,
00:59:08on a aussi,
00:59:09c'est absolument impossible
00:59:10de faire l'impasse là-dessus,
00:59:12Frankenstein, la créature,
00:59:14le moment de rébellion,
00:59:14puisque que fait Jack Solly
00:59:16dès qu'il est dans son avatar ?
00:59:17Il se contrefiche absolument
00:59:19de ce que lui disent les autres.
00:59:21Non, ne bouge pas,
00:59:21ne fais pas ça, c'est dangereux.
00:59:22Il se lève, casse tout.
00:59:24Il est complètement épris
00:59:27par ce sentiment de liberté
00:59:29et de libération.
00:59:30Et donc, il va se lever,
00:59:31se précipiter à l'extérieur.
00:59:32Il va faire peur, d'ailleurs,
00:59:33aux accoucheurs, aux techniciens
00:59:35qui sont autour.
00:59:36Et il va s'enfuir.
00:59:37Donc ça, c'est un moment, d'ailleurs,
00:59:40où sur le plan sonore,
00:59:41il y a une dimension
00:59:42qui est assez effrayante.
00:59:43Soudain, c'est inquiétant.
00:59:44C'est le moment de rébellion
00:59:45de la créature,
00:59:46le moment où,
00:59:48comme dans toutes les représentations
00:59:52d'une situation
00:59:53où on a une créature artificielle
00:59:54et son créateur,
00:59:55c'est le moment de rébellion,
00:59:56le moment où la créature
00:59:57risque potentiellement
00:59:58d'échapper à ce
01:00:00pour quoi elle a été conçue.
01:00:01Donc ça, c'est aussi
01:00:03un indice prophétique.
01:00:05C'est un indice du fait
01:00:06qu'il va se rebeller
01:00:07et qu'il échappera
01:00:09à ce système
01:00:11qui pourtant l'a envoyé là
01:00:12pour une mission
01:00:13extrêmement précise.
01:00:14Il se rebellera plus tard.
01:00:16Donc on a évidemment
01:00:17une évocation cinématographique
01:00:18de la créature de Frankenstein
01:00:20avec cette jonction
01:00:21d'autant plus importante
01:00:23liée au fait que,
01:00:24rappelons-le,
01:00:24cet avatar dans lequel il renaît,
01:00:26c'est l'avatar de son frère
01:00:27qui est mort.
01:00:28Tout comme la créature
01:00:29de Frankenstein elle-même
01:00:30est composée
01:00:31de morceaux,
01:00:33de cadavres.
01:00:34Donc il y a ici
01:00:35une transformation
01:00:38de l'inanimé
01:00:39en animé
01:00:40qui est représentée
01:00:41dans cette scène
01:00:42de la rébellion
01:00:42de la créature.
01:00:45Quand il va courir
01:00:46à l'extérieur,
01:00:47il va manger ce fruit,
01:00:48etc.,
01:00:49bien sûr c'est la liberté,
01:00:50la libération.
01:00:50On notera que la libération
01:00:52ici est rendue possible
01:00:53par les machines,
01:00:54même s'il se rapproche
01:00:55de la nature.
01:00:56Mais c'est aussi
01:00:57une deuxième fois
01:00:58une représentation
01:00:59pour Cameron
01:00:59de la puissance
01:01:00du simulacre.
01:01:01Ce que Cameron nous montre là,
01:01:02c'est que toutes les sensations
01:01:04que Jake a
01:01:05sont incroyablement vraies.
01:01:08Puisque je vous rappelle
01:01:08qu'il n'est pas lui
01:01:09réellement ce corps-là.
01:01:10Il est simplement
01:01:11projeté à distance
01:01:12à l'intérieur.
01:01:13Il est relié à l'intérieur
01:01:14par des machines.
01:01:14Mais ces sensations
01:01:15sont terriblement fortes.
01:01:17Comme celle de Ted Paykel
01:01:20dans le film Existence
01:01:21quand il rentre
01:01:21pour la première fois
01:01:22dans le monde virtuel
01:01:23et qu'on voit ses pieds
01:01:24marcher sur ce sol
01:01:25un peu cotonneux.
01:01:26Il y a un plan
01:01:27très important
01:01:28qui nous montre cela
01:01:29et qui nous montre
01:01:29qu'il a des sensations
01:01:30très particulières
01:01:31et incroyablement fortes.
01:01:32Et là, le fruit
01:01:33qu'il consomme
01:01:33nous montre cela.
01:01:34qu'il n'y a pas de force.
01:01:50Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:52sur la suite.
01:02:22N'est-ce qu'il n'y a pas de force.
01:02:32C'est un bon sens.
01:02:33C'est un bon sens.
01:02:37Faiselock, 40%.
01:02:42Je vais en...
01:02:43Je vais en 4.
01:02:49Faiselock, 99%.
01:02:50Le lien est stable.
01:03:14J'ai évoqué...
01:03:16C'est difficile de l'évoquer rapidement.
01:03:19Le fait que la nature sur Pandora est une nature idéalisée.
01:03:22On n'est pas dans une volonté de représenter un monde véritablement extraterrestre avec tout l'aspect...
01:03:30On n'est pas dans le monde de Ridley Scott.
01:03:32On n'est pas dans Alien de Ridley Scott.
01:03:34On est dans un monde qui est à la fois loin, distant et en même temps très proche de la
01:03:39forêt et du monde tel que l'on a connu.
01:03:42Dans ce monde, je suis obligée de résumer un petit peu parce que je voudrais arriver à la scène de
01:03:46la forêt.
01:03:47La scène que j'appelle la scène de Prométhée.
01:03:51Je vais devoir passer rapidement au-dessus d'un extrait que je n'ai pas le temps d'analyser.
01:03:57Mais je vais quand même l'évoquer rapidement quand il arrive dans la forêt avec Grace Augustine,
01:04:02qui va donc vouloir analyser des petits éléments, notamment prélever des morceaux de plantes, etc.
01:04:08On est frappé par l'analogie forte entre la forêt de Pandora et la forêt telle que nous on la
01:04:16connaît dans notre monde qui en contient encore fort heureusement.
01:04:19Ce qui est saisissant aussi, c'est évidemment la dimension des arbres et puis le fameux arbre où vivent Léomaticaïa.
01:04:24Sur le plan symbolique, cet arbre, c'est l'axis mundi, c'est l'arbre cosmique.
01:04:31C'est le symbole vraiment ici du caractère aussi cyclique de l'évolution.
01:04:35L'arbre cosmique, c'était celui qui, pour citer Mercier à Eliade, qui a tant écrit sur les symboles,
01:04:41c'était cet arbre qui, perdant ses feuilles et les récupérant, meurt et renaît d'innombrables fois.
01:04:47Ce fantasme de la renaissance et de ce cycle cassé de la mort, c'est celui que l'on investit
01:04:56dans le fait de créer des doubles artificiels à l'intérieur desquels nous pouvons nous projeter.
01:05:00Donc vous voyez qu'ici, il y a une rhétorique permanente de la régénérescence et de la régénération qui est
01:05:06représentée aussi dans les plantes.
01:05:08Et ces plantes indiquent, dans la forêt aussi, une image d'un monde sous-marin qui est celui de la
01:05:18profondeur, qui est celui du monde spirituel,
01:05:20qui va devenir de plus en plus important.
01:05:22Et un épisode que je ne peux pas montrer si nous n'en avons pas le temps, c'est celui
01:05:25où lorsqu'il est dans la forêt, il va se faire poursuivre, souvenez-vous,
01:05:27par ce gros chat vilain qui ressemble plutôt à une bête préhistorique.
01:05:32Donc là aussi, il y a un anachronisme, nos origines disparues à nous se replient devant nous et dans un
01:05:38monde futur, ce qui est donc un anachronisme très intéressant.
01:05:41Quand il se fait poursuivre par cette vilaine bestiole, il arrive à s'échapper de cela en sautant d'une
01:05:48falaise et il va atterrir après une très longue chute, il va atterrir dans l'eau.
01:05:51C'est une représentation du baptême, c'est le bain baptismal ici, qui véritablement va représenter le moment, l'articulation
01:06:03déterminante dans le parcours,
01:06:05qui devient le parcours d'un héros épique de ce personnage, puisque à travers cette chute, il accomplit finalement la
01:06:13deuxième phase.
01:06:14Après la naissance, il y a le baptême et ce baptême, ce moment de chute dans l'eau va l
01:06:19'emmener très très loin et il va se perdre.
01:06:21Il va donc sortir finalement de son rang, sortir de son groupe et il va devoir rencontrer son altérité, rencontrer
01:06:30son double intérieur.
01:06:32Et son double intérieur, c'est son animalité aussi, puisque ce personnage va se retrouver dans cette situation critique.
01:06:37La nuit tombe, il est seul dans cette forêt et il va être entouré par des animaux qui vont l
01:06:42'attaquer.
01:06:43Donc il va se retrouver dans une situation qui est celle du héros épique et puis celle aussi du petit
01:06:48poussé dans la forêt.
01:06:50Et il n'y a pas de cailloux blanc, mais heureusement toutes ces phosphorescences vont apparaître et vont le mettre
01:06:56sur son chemin, celui de la salvation.
01:06:58Et ce héros épique va vivre un très grand changement identitaire. Ce changement identitaire va être manifesté dans cette scène
01:07:06que l'on va analyser.
01:07:07Et qui est une scène qui montre vraiment que Pandora, derrière ses apparences, je devrais dire plutôt extrêmement similaires, très
01:07:17en résonance avec celle d'une apparence terrestre.
01:07:21Derrière ça, finalement, on est face à une topologie, c'est-à-dire un espace qui est complètement inversé.
01:07:27Soudain, ce monde devient un monde des profondeurs au sens propre du terme.
01:07:30Quand la nuit tombe, les phosphorescences apparaissent. Ces phosphorescences sont liées au monde sous-marin.
01:07:35Les esprits se manifestent à travers des petites méduses, mais qui flottent dans les airs.
01:07:41Et si tout cela flotte dans les airs, c'est bien parce que symboliquement, on est à l'intérieur de
01:07:45la profondeur.
01:07:46On est passé sous le monde des surfaces. On est au-delà des apparences.
01:07:49On est pénétré par l'intériorité extrêmement émouvante dont est porteuse la population omaticaïa.
01:07:57Et à ce moment donné, que va faire Jack Sully ?
01:08:01Il va devenir Prométhée. Et Prométhée, on va le voir, il y est à Pandore, qui est quand même bien
01:08:08sûr à l'origine du nom Pandora dans cette planète.
01:08:11En Prométhée, c'est d'après l'hymne homérique, c'est celui qui a le premier trouvé le moyen de
01:08:22faire surgir la flamme.
01:08:23Ce qui est exactement ce que va faire Jack Sully puisqu'il va allumer du feu. Il va tout de
01:08:29suite chercher à se défendre de ses attaques en trouvant de la résine, en la mettant sur un bâton, en
01:08:34allumant le feu.
01:08:35Et c'est ce qui va faire surgir d'ailleurs tous les problèmes. C'est ce qui va faire surgir
01:08:39la mort sur la planète.
01:08:42La mort sur la planète va surgir au moment, en tout cas à l'écran de la représentation, au moment
01:08:48où lui déclare finalement ici la guerre aux habitudes de la forêt en allumant ce feu.
01:08:54Puisqu'elle va surgir, Neytiri, elle va être obligée de tuer ses animaux pour le sauver lui.
01:08:59Le fait qu'elle surgisse, ça inscrit d'autant plus ce personnage dans le mythe de Prométhée. Pourquoi ?
01:09:04Parce que Prométhée, c'est celui qui fait surgir la flamme. C'est celui qui est appelé le prévoyant, le
01:09:12bienfaiteur de l'humanité.
01:09:14Je me fais référence à Hésiode. Mais c'est aussi celui qui, par Hésiode, est appelé l'être aux pensées
01:09:20fourbes.
01:09:20Et effectivement, celui qui a des pensées fourbes, c'est celui dont on ne peut pas véritablement capturer la trajectoire.
01:09:26Ce sera le cas, puisqu'il va être un simulateur. En plus d'être un simulacre, il va se faire
01:09:33passer pour un personnage qui vient juste rentrer en contact amical avec Léomaticaia,
01:09:39alors qu'en réalité, il est là pour filer des informations à Action Joe, qui est dans son palais de
01:09:46verre. Je ne me souviens plus de son nom.
01:09:49Et fourbe une deuxième fois, puisqu'il va aussi trahir sa propre humanité pour être totalement au service de Léomaticaia.
01:09:57Alors Prométhée, c'est celui qui apporte les malheurs à l'humanité aussi. Pourquoi ? Parce qu'il va séparer
01:10:04l'humanité des dieux avec lesquels elle vivait confondue.
01:10:08Mais les dieux seuls pouvaient détenir le secret de la technique. Or Prométhée va donner aux êtres humains, à travers
01:10:13le feu, l'usage de la technique.
01:10:15Donc c'est le père de la technique aussi sur le plan symbolique. Vous voyez que là, on est dans
01:10:21une résonance mythologique absolument stupéfiante relativement au thème très important que traite ce film,
01:10:27à savoir la création d'un simulacre technologique extrêmement poussé. Donc Prométhée, c'est le père de la technique. Il
01:10:34dérobe aux dieux le secret du feu, mais pas n'importe quel feu, le feu artificiel.
01:10:39C'est-à-dire le secret de fabrication du feu, que donc Hésiode appelle le feu artificiel. Le dérobe aux
01:10:44dieux, il le donne aux êtres humains. Et l'acquisition de cette technique a un prix, et c'est là
01:10:49que surgit Pandora.
01:10:50Puisqu'en réponse à cela, et pour punir l'humanité, c'est une vision évidemment extrêmement machiste, mais bon, allons
01:10:57-y.
01:10:58Zeus enverra donc en guise de punition Pandora aux êtres humains, la première femme parmi les hommes. Et vous connaissez
01:11:07tous la boîte de Pandore, d'où surgiront les mots de l'humanité.
01:11:10Et pas n'importe lequel. Qu'est-ce qui surgit d'abord de la boîte de Pandore ? C'est
01:11:15la mort qui surgit de la boîte de Pandore. Or là, c'est absolument représenté, puisque la mort va surgir
01:11:21droit derrière, en même temps que Neityri, elle va devoir tuer les animaux de cette forêt.
01:11:26Et elle sera très en colère, puisqu'elle va lui dire, mais enfin, ce n'était pas nécessaire, et à
01:11:30cause de toi, imbécile, j'ai dû le faire. Donc là, on est dans une représentation du mythe de Prométhée
01:11:35qui est évidente.
01:11:36Et ce qui me permet juste de revenir un tout petit peu sur Pandora, ça m'a fait donner un
01:11:41plaisir fou de retourner dans la mythologie pour analyser tous ces détails dans ce film-là.
01:11:51Elle est fabriquée, Pandora, par la forge d'Ephaïstos. Elle-même, c'est une créature artificielle. Donc finalement, il y
01:12:00a un rapport d'analogie qui se crée entre, non pas Prométhée et Pandora,
01:12:05mais entre Jake Sully et Pandora. Donc elle est fabriquée par la boîte, par la forge d'Ephaïstos. Et elle
01:12:17est, comme je dis, celle qui donne tout.
01:12:19Alors, Neityri, ici, elle incarne Pandora. On est sur la planète Pandora, mais cette femme est l'incarnation, évidemment, de
01:12:26cette femme Pandora et aussi de l'esprit de cette planète,
01:12:29puisque c'est le premier personnage féminin fort dans cette histoire-là et qu'elle va l'accompagner. C'est
01:12:34elle aussi qui va l'accompagner jusque dans la mort,
01:12:37puisqu'il va mourir une seconde fois pour renaître. Et elle sera présente à ce moment donné.
01:12:43Donc là, on a une représentation extrêmement forte de la lutte entre la technique et la nature sauvage. Et la
01:12:50lutte, bien sûr, entre Jake et l'animalité originelle,
01:12:53qui a été perdue sur Terre, mais qu'il retrouve là. Et simplement, un dernier détail, l'ancien nom de
01:12:58Pandora, c'est un nom que je trouve très, très joli.
01:13:00C'est Anésidora. Et ça veut dire celle qui fait surgir les présents des profondeurs. Donc là, le thème de
01:13:06la profondeur est très important.
01:13:08On va regarder cette scène-là. Faites attention aux trois gros plans que Cameron va faire sur... Je crois que
01:13:15c'est une boîte d'allumettes
01:13:16qu'il va faire tomber. Et il y a trois gros plans très insistants sur ces boîtes d'allumettes et
01:13:21qui surgissent juste au moment de l'attaque aussi.
01:13:23Donc c'est des moments menaçants qui montrent qu'il y a une représentation d'une nature qui est assez...
01:13:29Pardon, d'une technique qui, là, est diabolique dans cette scène-là.
01:13:33Et on est vraiment dans un passage infernal. Ces espèces d'animaux qui l'attaquent sont comme des cerbères. Donc
01:13:37on va regarder cet extrait.
01:14:12Et on va regarder cet extrait.
01:14:19C'est parti !
01:14:47C'est parti !
01:14:50C'est parti !
01:15:20C'est parti !
01:15:21C'est parti !
01:15:24C'est parti !
01:15:26C'est parti !
01:15:31C'est parti !
01:15:54C'est parti !
01:15:55C'est parti !
01:16:00C'est parti !
01:16:15C'est parti !
01:16:23C'est parti !
01:16:25C'est parti !
01:16:26C'est parti !
01:16:33C'est parti !
01:16:56C'est parti !
01:17:03C'est parti !
01:17:26C'est parti !
01:17:34C'est parti !
01:17:58C'est parti !
01:18:26C'est parti !
01:18:43C'est parti !
01:18:53C'est parti !
01:19:13C'est parti !
01:19:24C'est parti !
01:19:43C'est parti !
01:19:46C'est parti !
01:19:48C'est parti !
01:20:16C'est parti !
01:20:19C'est parti !
01:20:44C'est parti !
01:20:50C'est parti !
01:21:12Et ces petits organismes !
01:21:14Ce sont des nénuphars vivants qui volent dans l'air,
01:21:17et qui nous indiquent encore une fois qu'on est dans le monde des profondeurs !
01:21:19Bien sûr on est passé dans le monde de la profondeur et sous le monde des surfaces.
01:21:26On va donc malheureusement devoir passer outre beaucoup de passages la mort de Grace Augustine,
01:21:35le moment où, elle, malheureusement, ne pourra pas la sauver, il sera trop tard,
01:21:39ce moment est symétrique
01:21:41du moment de la naissance
01:21:44de Jack puisque là aussi on va la voir
01:21:46partir dans un tunnel
01:21:48sauf que ce tunnel c'est celui
01:21:49qui va l'amener elle vers la mort
01:21:52et non pas vers la renaissance donc vous voyez qu'il y a
01:21:53des effets de miroir
01:21:55en plus d'avoir des effets de micro
01:21:56en permanence dans ce film
01:21:58ce que l'on va regarder comme dernier passage
01:22:01puisque je dois absolument conclure
01:22:04c'est le passage
01:22:07terriblement émouvant
01:22:07
01:22:10il est prêt de mourir
01:22:11parce qu'il est au sol
01:22:13parce qu'il a été débranché
01:22:15son vrai corps a été débranché
01:22:17après une lutte terrible
01:22:18contre le général
01:22:22post-humain qui était dans son
01:22:24robot
01:22:25et qui a été attaqué
01:22:27la zone
01:22:29où se trouvait le vrai corps de Jack Sully
01:22:32celui qu'on a oublié finalement
01:22:33parce qu'on passe beaucoup plus de temps
01:22:35avec le corps de son avatar
01:22:37il va trouver son corps
01:22:39il va le débrancher
01:22:40et Neytiri
01:22:41elle ne réalise pas tout de suite
01:22:43la raison pour laquelle
01:22:44l'avatar de Jack est au sol
01:22:46mourant
01:22:46ou plutôt inanimé
01:22:48et elle doit
01:22:49en une fraction de seconde
01:22:51extrêmement courte
01:22:53elle doit trouver
01:22:53où se trouve
01:22:54le corps
01:22:56réel de Jack Sully
01:22:58pour
01:22:58pour tenter de le réanimer
01:23:00et elle ne va pas réaliser tout de suite
01:23:01d'ailleurs que
01:23:02le vrai corps de Jack Sully
01:23:03est en train de mourir
01:23:04étouffé tout simplement
01:23:06parce qu'il n'a pas
01:23:07pu accéder
01:23:08au masque
01:23:09qui lui permet de respirer
01:23:11sur cette planète
01:23:12et donc elle va le sauver
01:23:13et c'est le seul moment
01:23:15dans le film
01:23:16
01:23:17on assiste à une véritable
01:23:19confrontation
01:23:20à l'altérité
01:23:22c'est le seul moment
01:23:22finalement
01:23:23où la disproportion
01:23:24d'ailleurs de leur corps
01:23:26réel
01:23:26va apparaître
01:23:28puisqu'elle
01:23:28est géante
01:23:29et elle tient
01:23:30ce tout petit corps
01:23:32de Jack Sully
01:23:33le vrai corps humain
01:23:34de Jack Sully
01:23:34dans ses bras
01:23:35alors c'est amusant
01:23:36parce qu'il y a aussi
01:23:36un renversement
01:23:37de la représentation
01:23:38du genre féminin masculin
01:23:40là c'est cette femme
01:23:40qui est absolument immense
01:23:41et ce bonhomme
01:23:42qui est tout petit
01:23:43dans cette scène là
01:23:44c'est un clin d'œil inverse
01:23:46à des dizaines d'années
01:23:48de représentations cinématographiques
01:23:49qui nous montrent l'inverse
01:23:50donc là
01:23:51le héros
01:23:52le messie
01:23:53le sauveur
01:23:54est tout petit
01:23:54dans les bras
01:23:55de cette grande femme
01:23:56au maticaïa
01:23:58et
01:23:58tous les deux
01:23:59vont se dire
01:24:00I see you
01:24:01je te vois
01:24:02il y a une reconnaissance
01:24:03là dedans
01:24:04qui est très importante
01:24:05de l'altérité
01:24:07et il y a une véritable
01:24:09représentation aussi
01:24:10de l'amour
01:24:11dans cette scène là
01:24:11puisqu'ils se reconnaissent
01:24:13l'un l'autre
01:24:14dans leur fragilité
01:24:15et ils s'acceptent
01:24:15l'un l'autre
01:24:16dans leur vulnérabilité
01:24:17ce qui est évidemment
01:24:17la seule façon
01:24:18de véritablement rencontrer
01:24:20quelqu'un à mon avis
01:24:20je vous montre cette scène
01:24:35j'ai
01:24:37j'ai
01:24:55C'est parti.
01:25:18Je te vois.
01:25:25Je te vois.
01:25:31Ça, c'est quand même la scène de Résurrection Ultime.
01:25:36C'est le retour à la vie, même si la résurrection réelle va venir un petit peu plus tard, puisqu
01:25:42'il va définitivement couper l'écran de contrôle et couper avec son ancienne identité pour vivre, pour se transférer intégralement
01:25:53dans le corps de son avatar.
01:25:54Mais dans cette scène-là, on a l'image du retour à la vie par le souffle vital.
01:26:00C'est la récupération aussi du souffle et c'est le premier souffle.
01:26:03Donc, vous voyez que la boucle est bouclée parce que si on l'a vu naître tout à l'heure
01:26:07dans le corps de son avatar, on le voit naître une deuxième fois dans son corps humain grâce à ce
01:26:12masque néanmoins artificiel par lequel il respire.
01:26:15Et le retour à la vie réelle, le retour au souffle primordial, il jaillit vraiment ici de la confrontation, comme
01:26:24je l'ai dit, réelle entre l'autre et soi, sans intermédiaire.
01:26:30Il n'y a plus d'intermédiaire.
01:26:31Chacun se rencontre dans son vrai corps ici, dans ses divergences et dans ses faiblesses.
01:26:36Sur le plan visuel, il y a quelque chose qui est proche de la nativité aussi dans cette image-là,
01:26:43dans la manière dont elle le tient, dans la posture physique.
01:26:46Et on est ici dans une image qui va nous amener de la renaissance à l'immortalité, puisqu'il va
01:26:54effectivement accéder en quelque sorte à une forme d'immortalité en quittant les limitations de son corps physique.
01:27:01En tout cas, dans tous les cas de figure, on atterrit ici sur une surface qui est beaucoup, beaucoup empruntée
01:27:11par le cinéma de science-fiction, mais pas uniquement.
01:27:15Par notre relation aussi aux jeux vidéo et au monde virtuel, c'est ce fantasme qui vise à nous permettre
01:27:21de nous réincarner comme Vishnu pouvait le faire.
01:27:25Et pourquoi est-ce que je dis Vishnu ? Parce que vous savez, avatar, ça signifie l'incarnation, les incarnations
01:27:33successives de Vishnu sur la Terre.
01:27:34C'est ce que signifie le mot avatar.
01:27:36Donc finalement, on atterrit ici sur cette surface de projection qui se prête à tous les fantasmes les plus grands
01:27:44au cinéma,
01:27:45qui est celle de la réincarnation dans des corps multiples et dans des espaces au sein desquels l'imitation n
01:27:52'est plus celle de la mort.
01:27:54Voilà, et c'est pourquoi le film d'ailleurs se clôt sur sa promesse initiale, un nouveau départ dans un
01:28:01nouveau monde,
01:28:02qui était la promesse faite à Jack Sully au tout début du film.
01:28:04Merci beaucoup.
01:28:04Applaudissements
01:28:06Applaudissements
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