- il y a 2 jours
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Les cours du vendredi par Ariane Hudelet (professeure de culture visuelle à l'Université Paris Cité).
Dans cette conférence, nous évoquons les adaptations de Jane Austen qui s’éloignent volontairement de l’Angleterre du début du XIXᵉ siècle pour investir d’autres espaces géographiques et d’autres époques.
Ariane Hudelet est professeure de culture visuelle à l'Université Paris Cité (UMR ECHELLES) où elle enseigne dans l’UFR d’études anglophones. Elle est l’autrice de Pride and Prejudice : Jane Austen et Joe Wright (Armand Colin, 2006) et co-autrice de The Cinematic Jane Austen (McFarland, 2009). Elle travaille aujourd’hui sur les séries télévisées américaines et co-dirige la revue en ligne TV/Series.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.
Un lieu, toutes vos envies.
http://www.forumdesimages.fr
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Dans cette conférence, nous évoquons les adaptations de Jane Austen qui s’éloignent volontairement de l’Angleterre du début du XIXᵉ siècle pour investir d’autres espaces géographiques et d’autres époques.
Ariane Hudelet est professeure de culture visuelle à l'Université Paris Cité (UMR ECHELLES) où elle enseigne dans l’UFR d’études anglophones. Elle est l’autrice de Pride and Prejudice : Jane Austen et Joe Wright (Armand Colin, 2006) et co-autrice de The Cinematic Jane Austen (McFarland, 2009). Elle travaille aujourd’hui sur les séries télévisées américaines et co-dirige la revue en ligne TV/Series.
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Art et designTranscription
00:00:03Merci beaucoup.
00:00:08Merci, bienvenue.
00:00:10Alors, essayez de fermer les yeux.
00:00:14Et si je vous dis Jane Austen,
00:00:17quelles sont les images qui vous viennent en tête ?
00:00:20Peut-être qu'il n'y en a pas.
00:00:23Peut-être qu'il y en a certaines qui ressemblent à ça.
00:00:30Ou ça, auquel cas, vous avez une certaine précision historique,
00:00:36vous avez des sources de l'époque,
00:00:38mais plus généralement, les images qui nous viennent en tête
00:00:41ressemblent à ça, à ça, éventuellement à ça,
00:00:48et pourquoi pas à ça aussi.
00:00:51Parce que l'imaginaire collectif de Jane Austen,
00:00:53il se sédimente à partir, bien sûr, de notre lecture de ses textes,
00:00:58de ce qu'on imagine éventuellement, à partir de notre lecture,
00:01:02de sources éventuelles de l'époque,
00:01:04mais surtout, et avant tout, aujourd'hui,
00:01:07de cette multitude d'adaptations
00:01:09qui ont nourri cet imaginaire,
00:01:11et un imaginaire qui est désormais très marqué
00:01:13par certains éléments,
00:01:15comme les rombes style empire,
00:01:17les scènes éclairées à la bougie,
00:01:19les scènes de bal,
00:01:20des paysages absolument vierges
00:01:23de tout fil électrique,
00:01:24l'absence de technologie,
00:01:26et c'est souvent ça qu'on cite
00:01:27pour justifier l'attrait
00:01:28que représente encore Jane Austen aujourd'hui,
00:01:31un attrait qui est souvent associé
00:01:32à la nostalgie,
00:01:33la nostalgie pour une époque plus simple,
00:01:35ou une époque avec un style qui nous fascine,
00:01:38une nostalgie qui est parfois considérée
00:01:41comme un petit peu rétrograde,
00:01:42et parfois, au contraire,
00:01:44comme salvatrice.
00:01:47Alors, aujourd'hui,
00:01:48on va mettre de côté les robes empire,
00:01:50on va mettre de côté les bougies,
00:01:52et l'attrait pour ces paysages impeccables,
00:01:56et on va s'intéresser à ces éléments austéniens
00:01:58qui dépassent cet ancrage
00:02:01dans une époque passée,
00:02:03dans une culture passée.
00:02:05Et on va se pencher sur certains films,
00:02:07assez nombreux en fait,
00:02:08qui ont joué au jeu du « et si ? »
00:02:12Et si Emma se passait dans un lycée
00:02:14de Beverly Hills ?
00:02:15Et si Sense and Sensibility se passait
00:02:18dans le Tamil Nadu en 1999 ?
00:02:21Et à travers ces adaptations,
00:02:23qui ont choisi de ne pas conserver
00:02:25le cadre et la période,
00:02:27on va s'intéresser à la manière dont,
00:02:29justement, quels sont les éléments
00:02:31de ces histoires, de ces personnages,
00:02:34qui résonnent avec notre modernité,
00:02:36avec l'ère contemporaine.
00:02:38On va se poser la question aussi
00:02:40de quelle manière on relook,
00:02:43en fait, Jane Austen.
00:02:45Et cette question du « relooking »,
00:02:46qui est un terme un peu dépassé maintenant,
00:02:48ou du « makeover »,
00:02:50qui est le terme anglais
00:02:51qu'on utilise plus fréquemment,
00:02:52ce n'est pas quelque chose de nouveau
00:02:53en parlant de Jane Austen.
00:02:56Même elle, en fait,
00:02:57à propos de la personne
00:02:58de la romancière,
00:03:00si vous réfléchissez,
00:03:01si vous avez des images de Jane Austen,
00:03:02ce sera rarement celle-ci,
00:03:04qui est la seule véritable représentation
00:03:06de son visage,
00:03:07qui est ce portrait de Cassandra,
00:03:09sa sœur,
00:03:10qu'elle a dessinée en 1810
00:03:11et qui est maintenant
00:03:12à la National Portrait Gallery.
00:03:15L'autre représentation authentique
00:03:18qu'on est,
00:03:18c'est une représentation de dos.
00:03:20Donc, son visage nous échappe
00:03:21un petit peu.
00:03:22Donc, c'est un peu frustrant.
00:03:23Et ce portrait initial,
00:03:25il a souvent été considéré
00:03:26comme un peu frustrant.
00:03:27On l'a considéré
00:03:28comme pas assez joli, en fait.
00:03:29Et donc, si vous tapez
00:03:31Jane Austen sur Google,
00:03:33la plupart des images
00:03:34que vous trouverez
00:03:35seront inspirées
00:03:36de ce makeover victorien
00:03:39de Jane Austen,
00:03:40qui date de 1870.
00:03:44Et vous voyez
00:03:45que ça a un petit peu
00:03:45adouci ses traits,
00:03:47ça a un peu arrondi le visage,
00:03:50son nez est un petit peu
00:03:51plus adouci,
00:03:52ses lèvres sont un peu
00:03:53plus épaisses.
00:03:54Et ce relooking,
00:03:55ce makeover,
00:03:57continue encore aujourd'hui.
00:03:59On refaçonne, en fait,
00:04:02l'image de la romancière
00:04:03à nos goûts contemporains.
00:04:06Et en 1995,
00:04:07qui est un peu une année charnière
00:04:09qui a constitué le début
00:04:10de la période
00:04:11qu'on a considérée
00:04:12comme l'Austenmania
00:04:13avec une inflation
00:04:13d'adaptations,
00:04:15le magazine Entertainment Weekly
00:04:17a publié une liste
00:04:18des personnes
00:04:19les plus influentes
00:04:19de 1995.
00:04:21Et parmi ces personnes,
00:04:22il y avait Jane Austen
00:04:23qui a été représentée
00:04:24comme ça au bord
00:04:24de sa piscine
00:04:25à Beverly Hills.
00:04:28Alors, ces adaptations
00:04:28qu'on va considérer
00:04:29aujourd'hui,
00:04:30elles prennent
00:04:31en quelque sorte
00:04:33un petit peu
00:04:33le contre-pied
00:04:34d'un mythe
00:04:36ou d'un cliché
00:04:37qu'on a associé
00:04:38à Jane Austen
00:04:38qui est le mythe
00:04:39de la limitation,
00:04:41le mythe
00:04:41de la restriction.
00:04:43C'est vrai que Jane Austen
00:04:44n'a pas eu
00:04:45une carrière internationale
00:04:47à son époque,
00:04:47elle n'a pas beaucoup voyagé,
00:04:49elle a dépeint aussi
00:04:51un cercle
00:04:51assez restreint
00:04:52de personnages,
00:04:53elle se limitait
00:04:54à ce qu'elle connaissait
00:04:55et donc essentiellement
00:04:56à cette région
00:04:58du sud-ouest
00:04:59de l'Angleterre,
00:05:00le Hampshire,
00:05:00un petit peu à Bath
00:05:01aussi qu'elle avait fréquenté,
00:05:03quelques scènes
00:05:03à Londres
00:05:04mais pas beaucoup.
00:05:06Ici, je vous ai mis
00:05:06sa maison à Chauten
00:05:09et elle-même,
00:05:10elle décrivait
00:05:11la manière
00:05:11dont elle travaillait
00:05:12comme le fait
00:05:13de peindre
00:05:14des miniatures
00:05:15sur un petit morceau
00:05:16d'ivoire
00:05:17qui produit
00:05:18peu d'effets
00:05:19après un long effort.
00:05:21Elle-même a contribué
00:05:22à alimenter le mythe,
00:05:24c'est vrai
00:05:24que ces histoires
00:05:26sont concentrées
00:05:27sur un très petit
00:05:28nombre de personnages
00:05:29notamment,
00:05:30elle donnait un conseil
00:05:31à un de ses neveux
00:05:32je crois dans une de ses lettres
00:05:33et elle lui disait
00:05:34trois ou quatre familles
00:05:35dans un village de campagne,
00:05:36c'est là-dessus
00:05:37qu'il faut écrire.
00:05:38Ça suffit
00:05:39en fait
00:05:40pour avoir
00:05:42des intrigues
00:05:42suffisamment complexes.
00:05:44Et ce mythe
00:05:45de la milimitation
00:05:46a aussi conduit
00:05:47à une certaine frustration
00:05:49de la part
00:05:50de certains lecteurs
00:05:51et critiques,
00:05:52lectrices aussi.
00:05:53Ici, on a une citation
00:05:54de Charlotte Branté
00:05:55qui n'aimait pas
00:05:56Jane Austen
00:05:56qui a lu
00:05:57Pride and Prejudice
00:05:58et qui a été
00:05:58extrêmement frustrée
00:06:01par ce qu'elle considère
00:06:02comme un jardin
00:06:04trop cultivé
00:06:06avec des bordures,
00:06:08avec des fleurs
00:06:08trop délicates,
00:06:10aucune ouverture,
00:06:12pas assez
00:06:12de physionomie vivante,
00:06:14pas de paysage ouvert,
00:06:16pas d'air frais,
00:06:17pas de colline.
00:06:18Donc,
00:06:19tout ceci montre
00:06:20cette frustration
00:06:21avec cette limitation
00:06:22de l'espace.
00:06:23Or,
00:06:24on va voir
00:06:25que d'un point de vue géographique
00:06:26comme d'un point de vue culturel,
00:06:28les adaptations
00:06:28de ces 30 dernières années
00:06:30au contraire,
00:06:32illustrent à quel point
00:06:33ces histoires
00:06:34sont éminemment universelles,
00:06:36adaptables,
00:06:37transposables
00:06:38dans de très nombreux
00:06:39contextes culturels différents
00:06:41avec des limites,
00:06:43bien sûr,
00:06:43des contextes culturels
00:06:44qui sont quand même
00:06:45un petit peu liés
00:06:46à l'histoire
00:06:47de la colonisation
00:06:48britannique,
00:06:49notamment.
00:06:50Donc,
00:06:51on va d'abord faire
00:06:51un petit tour d'horizon
00:06:55pour cartographier,
00:06:56pas du tout
00:06:56de manière exhaustive,
00:06:57mais pour avoir
00:06:58une idée un peu quantitative
00:06:59de ce que ça représente
00:07:00par rapport
00:07:01à ces autres adaptations
00:07:02que vous connaissez
00:07:04sans doute,
00:07:05qu'on connaît tous,
00:07:06Pride and Prejudice
00:07:07en costume
00:07:08avec Kieran Knightley,
00:07:09Sense and Sensibility
00:07:09avec Emma Thompson,
00:07:11bientôt,
00:07:12on va avoir
00:07:12Pride and Prejudice
00:07:13avec Emma Corrin
00:07:14sur Netflix
00:07:15à la fin de l'année.
00:07:17Mais donc,
00:07:18qu'est-ce que c'est
00:07:18que ces adaptations
00:07:19sans costume,
00:07:20en quelque sorte ?
00:07:22Alors,
00:07:22d'un point de vue quantitatif,
00:07:23le pays qui en a produit
00:07:25le plus,
00:07:26ce n'est pas
00:07:26la Grande-Bretagne,
00:07:27c'est les Etats-Unis.
00:07:30Et ça commence
00:07:31en 1990
00:07:33quand
00:07:37Moulthelman,
00:07:38pardon,
00:07:38c'est juste que
00:07:38j'en ai oublié un
00:07:39qui était un petit peu avant
00:07:41que j'ai mis sur mes notes
00:07:42et pas dans mon PowerPoint.
00:07:43Voilà.
00:07:44En 1980 déjà,
00:07:46il y avait
00:07:47James Ivory
00:07:47qui avait fait
00:07:48une petite référence
00:07:50à Jane Austen
00:07:51dans un film
00:07:51qui s'appelait
00:07:51Jane Austen in Manhattan
00:07:53où il imaginait
00:07:54une mise en scène
00:07:55d'un texte
00:07:56de Jane Austen
00:07:57sur scène,
00:07:58un film très confidentiel,
00:08:01très arrêt-essai.
00:08:03Mais en effet,
00:08:03là où ça prend
00:08:04un petit peu d'ampleur,
00:08:05c'est avec
00:08:05Metropolitan
00:08:06qui a été
00:08:08programmé
00:08:09dans le cycle
00:08:10ici en 1990
00:08:11où
00:08:13Sturman,
00:08:13qui est un grand fan
00:08:14de Jane Austen,
00:08:15transpose
00:08:17quelques éléments
00:08:18de l'histoire
00:08:18de Mansfield Park
00:08:19et surtout
00:08:19la référence
00:08:20à Mansfield Park
00:08:20dans le milieu
00:08:21de la haute bourgeoisie
00:08:22new-yorkaise.
00:08:23Là aussi,
00:08:25on a un film
00:08:26quand même plutôt
00:08:27d'art et d'essai
00:08:28et une manière
00:08:29d'utiliser Jane Austen
00:08:30pour là aussi
00:08:31faire une satire sociale,
00:08:33dépeindre
00:08:33une société
00:08:34assez oisive,
00:08:36assez désabusée
00:08:37et la lecture
00:08:40de Mansfield Park
00:08:41par l'une des personnages
00:08:42permet justement
00:08:43d'ouvrir
00:08:45quelques questionnements
00:08:46sur les classes sociales
00:08:48et sur ses privilèges
00:08:51de classe.
00:08:52On change de registre
00:08:54radicalement
00:08:55en 1995
00:08:57avec
00:08:58Clueless
00:08:59de Amy Heckerling
00:09:00qui transpose
00:09:02l'intrigue
00:09:02de M1
00:09:03dans un lycée
00:09:04UP
00:09:05de Beverly Hills
00:09:07et dans le milieu
00:09:08très stylé
00:09:09de ces Valley Girls
00:09:10californiennes.
00:09:11C'est une adaptation
00:09:12très fine
00:09:13qui ne reconnaît pas
00:09:16au départ
00:09:17le fait que c'est
00:09:17une adaptation austenienne.
00:09:18Il n'y a pas de mention
00:09:19de Jane Austen
00:09:20dans le titre,
00:09:21il n'y a pas de mention
00:09:22de Jane Austen
00:09:22dans le générique,
00:09:23il n'y a pas vraiment
00:09:24de easter eggs
00:09:25de ces petites références
00:09:28cachées pour les fans
00:09:29sauf à travers
00:09:30le nom d'un des personnages
00:09:31Elton.
00:09:32Mais les transpositions
00:09:34des différents personnages
00:09:35sont assez brillantes.
00:09:37On est guidé
00:09:37par la voix off
00:09:38aussi de l'héroïne
00:09:39Cher
00:09:40qui nous guide
00:09:41au travers
00:09:42de ces différentes
00:09:43pérégrinations
00:09:44au fil de centres
00:09:45commerciaux,
00:09:46sa voiture,
00:09:47le lycée,
00:09:48etc.
00:09:49Et l'équivalence
00:09:50qui est faite
00:09:51entre le système
00:09:52très codé
00:09:52de la société
00:09:53britannique
00:09:54du début
00:09:54du XIXe siècle
00:09:55et le système
00:09:56extrêmement codé
00:09:57et normé
00:09:58du milieu
00:10:00des lycées
00:10:00de la côte ouest
00:10:02est assez remarquable.
00:10:04Et Amy Hackerling,
00:10:05la réalisatrice
00:10:06et scénariste,
00:10:06reconnaît que
00:10:07c'est ce jeu
00:10:09du « et si »
00:10:10qui l'a conduite
00:10:10à faire ce film.
00:10:11Elle s'est dit
00:10:12« et si »
00:10:13ce type
00:10:14d'activité
00:10:15qu'on voit
00:10:15dans Emma
00:10:16se passait
00:10:17dans un contexte
00:10:18un petit peu
00:10:18plus léger.
00:10:19Elle revendique
00:10:20d'avoir voulu faire
00:10:21une « comedy of manners »
00:10:23donc une « comedy de mœurs »
00:10:24à la manière
00:10:25de Emma.
00:10:27Ce qui était intéressant
00:10:28à l'époque,
00:10:29c'est que c'était
00:10:30sans doute
00:10:30la première adaptation
00:10:31qui utilisait
00:10:33un genre
00:10:33en général
00:10:34associé
00:10:34à la culture
00:10:35de masse,
00:10:36le teen movie,
00:10:39pour adapter
00:10:40Jane Austen.
00:10:41Et moi,
00:10:41c'est ça que je trouve
00:10:41particulièrement intéressant,
00:10:43c'est que
00:10:44ça permet
00:10:44d'attirer
00:10:45un public
00:10:46absolument pas
00:10:47prédisposé
00:10:48nécessairement
00:10:49pour Jane Austen
00:10:50à s'intéresser
00:10:52justement
00:10:52à cet romancier.
00:10:54Et par ailleurs,
00:10:55ça attire aussi
00:10:56des fans de Jane Austen
00:10:58ou des critiques
00:10:58de Jane Austen
00:10:59à se pencher
00:11:00sur le teen movie
00:11:00genre qu'ils auraient
00:11:02peut-être auparavant
00:11:02jugé comme
00:11:03un petit peu indigne.
00:11:06La suite
00:11:07nous montre
00:11:08que cette tendance
00:11:10ne faiblit pas.
00:11:11En 2003,
00:11:12on a une adaptation
00:11:13mormone
00:11:14de Pride and Prejudice
00:11:16qui se situe
00:11:16à Provo
00:11:17dans l'Utah
00:11:18et qui établit
00:11:19là aussi
00:11:19une proximité
00:11:21entre
00:11:21les pressions
00:11:23que
00:11:23pouvaient
00:11:25exercer
00:11:25les codes sociaux
00:11:26sur les jeunes filles
00:11:28au début
00:11:29du XIXe siècle
00:11:30avec les pressions
00:11:31du contexte
00:11:33mormon
00:11:33dans l'Utah
00:11:34sur un ton
00:11:35tout à fait léger.
00:11:38Elizabeth Bennet
00:11:39devient une étudiante
00:11:40à l'université.
00:11:42Après,
00:11:43c'est un film
00:11:43qui,
00:11:44comme pas mal
00:11:45d'autres films
00:11:45que je vais mentionner
00:11:46aujourd'hui,
00:11:47a eu une réception
00:11:49assez mitigée.
00:11:50Ce n'est pas considéré
00:11:51comme un chef-d'oeuvre
00:11:52et ça a été
00:11:52assez peu vu.
00:11:53C'est plutôt
00:11:54l'aspect quantitatif
00:11:55qui m'intéresse.
00:11:56En 2007,
00:11:57peu de temps après,
00:11:58on a
00:11:58The Jane Austen Book Club
00:11:59qui se passe à Sacramento
00:12:00en Californie
00:12:02et qui s'intéresse
00:12:04justement à un club
00:12:05de lecture
00:12:06qui rassemble
00:12:07plusieurs amis
00:12:08qui ont un petit peu
00:12:09des problèmes
00:12:09dans leur vie
00:12:10et Jane Austen
00:12:11est représentée
00:12:12comme,
00:12:12en quelque sorte,
00:12:13un guide de développement
00:12:14personnel.
00:12:15Elle commande
00:12:16ce club de lecture
00:12:18où elle ne lise
00:12:19que Jane Austen.
00:12:20Je devrais dire
00:12:21presque il
00:12:21parce qu'il y a aussi
00:12:22un homme
00:12:22qui rejoint
00:12:22le groupe de lecture.
00:12:25Jane Austen
00:12:25est considérée
00:12:26comme une antidote
00:12:27à la vie,
00:12:28un antidote
00:12:30au problème
00:12:31de leur vie
00:12:32et dans chaque roman
00:12:33elles parviennent
00:12:34à trouver
00:12:35des clés,
00:12:36des techniques,
00:12:37des stratégies
00:12:37qui vont leur permettre
00:12:38de progresser,
00:12:40de résoudre leurs problèmes.
00:12:42Et cette idée
00:12:43de Jane Austen
00:12:44comme lecture thérapeutique
00:12:46est quelque chose
00:12:46qui revient souvent
00:12:47dans la réception
00:12:48de Jane Austen.
00:12:51On continue
00:12:52avec une autre adaptation
00:12:53dans l'Utah
00:12:54où je passe
00:12:55assez rapidement,
00:12:55c'est surtout
00:12:56pour le jeu de mots
00:12:58assez mauvais,
00:12:59Sense and Sensibility,
00:13:00S-C-E-N-T-S,
00:13:02donc les senteurs,
00:13:03les parfums,
00:13:04parce que le personnage
00:13:05de Marianne
00:13:06devient un personnage
00:13:07qui aime fabriquer
00:13:08des parfums.
00:13:11Ce qu'on voit
00:13:12dans ce film
00:13:14comme dans plusieurs autres,
00:13:15c'est la tendance
00:13:16à élever un petit peu
00:13:17le niveau social,
00:13:17c'est-à-dire
00:13:18c'est un milieu
00:13:18extrêmement privilégié.
00:13:20Elles étaient
00:13:21extrêmement fortunées
00:13:22et elles perdent
00:13:22leur fortune
00:13:23après que leur père
00:13:24a commis une escroquerie.
00:13:30mais bon,
00:13:30en fait,
00:13:31ça prouve surtout
00:13:31qu'un mauvais jeu de mots
00:13:32ne fait pas
00:13:33une bonne idée
00:13:33d'adaptation au final.
00:13:36En 2011,
00:13:37on a
00:13:38From Prada to Nada
00:13:39avec là aussi
00:13:40une volonté
00:13:41de jeu de mots
00:13:44qui transpose
00:13:45là aussi
00:13:45Sense and Sensibility
00:13:47à Los Angeles.
00:13:48Ce qui est intéressant,
00:13:49c'est que ça se situe
00:13:50dans le milieu
00:13:51latino-américain
00:13:53et là aussi
00:13:54un intérêt
00:13:55pour les classes sociales
00:13:56puisque les deux héroïnes
00:13:57l'équivalent
00:13:59de Ellen et Marianne
00:14:00en fait
00:14:00perdent leur fortune
00:14:01là aussi
00:14:02avec la mort
00:14:03de leur père
00:14:04et sont obligées
00:14:05de déménager
00:14:05de Beverly Hills
00:14:07où elles habitaient
00:14:08et d'aller habiter
00:14:09chez leur tante
00:14:10à Aurelia
00:14:11dans le quartier
00:14:12est de Los Angeles
00:14:13donc un énorme
00:14:15déclassement
00:14:16social.
00:14:18Là aussi
00:14:19une sortie
00:14:19assez confidentielle
00:14:20une réception critique
00:14:22plutôt mitigée
00:14:23mais
00:14:24l'insertion
00:14:27de diversité ethnique
00:14:29dans Jane Austen
00:14:30est assez intéressante
00:14:32et se poursuit
00:14:32en 2019
00:14:34avec
00:14:34Pride and Prejudice
00:14:36Atlanta
00:14:36où tout
00:14:38le casting
00:14:39est afro-américain
00:14:40où le père
00:14:41devient un révérend
00:14:42un pasteur
00:14:44et ce qui est intéressant
00:14:45aussi
00:14:46c'est que ça s'accompagne
00:14:47d'une revalorisation
00:14:49du rôle
00:14:50de Mrs. Bennet
00:14:51la mère
00:14:51de la famille
00:14:52qui est assez stupide
00:14:54dans le roman
00:14:55et qu'on n'aime pas beaucoup
00:14:56et ici
00:14:56elle devient
00:14:57une autrice
00:14:57populaire
00:14:58de livres
00:14:59de développement personnel
00:15:00justement
00:15:01où elle explique
00:15:02comment trouver
00:15:03l'accord parfait
00:15:04comment trouver
00:15:05un mari
00:15:06voilà
00:15:07et c'est sa voix off
00:15:08qui nous guide
00:15:09donc là aussi
00:15:10je trouve que c'est
00:15:10assez intéressant
00:15:11dans les déviations
00:15:13qui sont
00:15:14apportées
00:15:16mais comme c'est
00:15:17quand même
00:15:18pas mal la norme
00:15:19dans la plupart
00:15:20dans la plupart
00:15:20de ces films
00:15:21la satire sociale
00:15:22disparaît
00:15:23en grande partie
00:15:24ce qui est un petit peu
00:15:25dommage
00:15:25parce qu'il y aurait eu
00:15:26de quoi faire
00:15:27je pense
00:15:27en rajoutant
00:15:28un petit peu
00:15:28une question politique
00:15:30aussi un petit peu plus
00:15:31dans ce film
00:15:33notamment après
00:15:34qui arrive aussi
00:15:35après toute une vague
00:15:37d'adaptations
00:15:37qui ont exploré
00:15:39cette question raciale
00:15:40il y a eu bien sûr
00:15:41Bridgerton
00:15:42qui a ouvert
00:15:43le casting
00:15:46à une bien plus
00:15:47grande diversité
00:15:47mais il y a aussi
00:15:48une adaptation
00:15:49de Sanditon
00:15:49de Jane Austen
00:15:50où justement
00:15:51là des personnages
00:15:52étaient noirs
00:15:56question de diversité
00:15:57aussi intéressante
00:15:58avec Fire Island
00:15:59qui sort en 2022
00:16:00et qui transpose
00:16:02l'histoire
00:16:02de Pride and Prejudice
00:16:03dans la communauté gay
00:16:04sur l'île
00:16:06de Fire Island
00:16:07qui est au large
00:16:08de Long Island
00:16:08à New York
00:16:09et qui est très connu
00:16:11comme un spot LGBT
00:16:13loin des règles
00:16:14éthéronormées
00:16:15très gay friendly
00:16:16où il y a beaucoup
00:16:17beaucoup de fêtes
00:16:18où se retrouvent
00:16:19beaucoup de stars
00:16:20beaucoup de gays
00:16:21new-yorkais
00:16:22pour faire la fête
00:16:23en général
00:16:23un univers assez mondain
00:16:26et donc on y suit
00:16:28un personnage gay
00:16:29qui a construit
00:16:30quand même son idée
00:16:31des relations amoureuses
00:16:32selon les normes
00:16:34des comédies romantiques
00:16:35hétéros
00:16:36et on suit un petit peu
00:16:38là aussi
00:16:39son parcours
00:16:40vers la connaissance
00:16:41de soi
00:16:41la connaissance
00:16:42des autres
00:16:43et c'est une adaptation
00:16:44donc queer
00:16:45qui transpose
00:16:47les questions
00:16:48de hiérarchie de classe
00:16:49qu'on a dans
00:16:49Pride and Prejudice
00:16:50de Jane Austen
00:16:51au sein des hiérarchies
00:16:53qui existent
00:16:54au sein de la communauté
00:16:56LGBTQ
00:17:00voilà et on arrive au bout
00:17:01même si encore une fois
00:17:02ce n'est pas exhaustif
00:17:03avec une très récente
00:17:04voilà 2025
00:17:05qui se passe dans le Colorado
00:17:06donc c'était pour montrer
00:17:07que ça parcourt un petit peu
00:17:09tout le territoire américain
00:17:12de l'est à l'ouest
00:17:13en passant par le mid-ouest
00:17:15voilà qui est présenté
00:17:16je vous avoue
00:17:16je vous avoue
00:17:17très honnêtement
00:17:18je ne l'ai pas vu
00:17:18c'est présenté
00:17:19comme un film de Noël
00:17:22réconfortant
00:17:22et c'est ce qui ressort
00:17:24de plus en plus
00:17:25il y en a d'autres
00:17:26que je n'ai pas cités là
00:17:28il y a de plus en plus
00:17:29de ces films
00:17:29à petit budget
00:17:30qui sortent directement
00:17:32sur les plateformes
00:17:34et qui s'adressent
00:17:36vraiment à une audience
00:17:37un petit peu de niche
00:17:41alors quittons les Etats-Unis
00:17:43et allons dans un deuxième pays
00:17:46qui a démontré justement
00:17:47cet intérêt pour des actualisations
00:17:50de ces histoires de Jane Austen
00:17:52et ce pays c'est l'Inde
00:17:54et ça commence en 2000
00:17:57avec un film tamoul
00:17:59qui là aussi est programmé
00:18:00lors de ce cycle
00:18:02aux formes des images
00:18:03Kandu Kanden Kandu Kanden
00:18:06qui est là aussi
00:18:08un film qui ne revendique pas
00:18:10d'être une adaptation de Jane Austen
00:18:12il n'y a pas de mention
00:18:13de Jane Austen au générique
00:18:16il n'y a pas de référence
00:18:18au nom des personnages
00:18:20ou des lieux
00:18:22c'est très implicite
00:18:23néanmoins
00:18:24c'est évident
00:18:25que c'est une adaptation
00:18:25c'est très précisément
00:18:27inspiré de l'histoire du roman
00:18:29mais aussi du film de Ang Lee
00:18:31on voit qu'il y a
00:18:32certains éléments
00:18:33qui ont été conservés
00:18:35qui viennent du film
00:18:36de Ang Lee
00:18:37de 1995
00:18:38adapté de Sense and Sensibility
00:18:40et ce qui est très intéressant
00:18:42dans Kandu Kanden
00:18:43c'est l'équivalence
00:18:46les équivalents politiques
00:18:47et socio-économiques
00:18:49c'est-à-dire que
00:18:49dans Sense and Sensibility
00:18:51de Jane Austen
00:18:52on avait cette dualité
00:18:54du titre
00:18:55qui est difficilement traduisible
00:18:57bien en français
00:18:58raison et sentiment
00:18:59éventuellement
00:19:01et ce titre évoque
00:19:03des mutations
00:19:03qui ont eu lieu
00:19:04essentiellement au 18ème siècle
00:19:06le 18ème siècle anglais
00:19:08qu'on sépare souvent
00:19:09en deux époques
00:19:10l'ère de la raison
00:19:12avec les lumières
00:19:13l'avènement d'une philosophie
00:19:15pragmatique
00:19:16etc
00:19:16et l'ère de la sensibilité
00:19:18qui est marquée
00:19:19au contraire
00:19:20par l'avènement
00:19:20du sentimentalisme
00:19:21par une insistance
00:19:23sur les pouvoirs
00:19:24de l'imagination
00:19:24et le roman
00:19:26de Jane Austen
00:19:27arrive à un moment précis
00:19:28où les excès
00:19:29de la sensibilité
00:19:30sont remis en cause
00:19:32notamment
00:19:33suite aux excès
00:19:34représentés
00:19:35par l'élan révolutionnaire
00:19:37de 1789
00:19:38et le roman
00:19:39est vraiment passionnant
00:19:40pour ça
00:19:41c'est à dire
00:19:41qu'il ne prend pas
00:19:42de position univoque
00:19:44pour l'un
00:19:45contre l'autre
00:19:46ou inversement
00:19:47et Kandu Kandun
00:19:49décline
00:19:50en quelque sorte
00:19:50cette ambivalence
00:19:51en réfléchissant
00:19:53aux échanges
00:19:54et aux tensions
00:19:55entre ces deux pôles
00:19:56de raison
00:19:57et de sensibilité
00:19:58mais en l'appliquant
00:20:00aux mutations
00:20:00qui affectent l'Inde
00:20:02au tournant
00:20:03du 21ème siècle
00:20:05alors
00:20:06ça peut être
00:20:06des mutations
00:20:08qui affectent
00:20:09le fonctionnement
00:20:09de la société
00:20:10avec notamment
00:20:11les débats
00:20:11sur mariage d'amour
00:20:13contre mariage arrangé
00:20:14des débats
00:20:15sur le statut
00:20:16de la femme
00:20:16sur les conventions
00:20:17sociales
00:20:18sur la situation
00:20:19politique
00:20:20et militaire
00:20:21mais aussi
00:20:22sur les évolutions
00:20:23économiques
00:20:24et culturelles
00:20:25de l'Inde
00:20:26du tournant
00:20:26du 21ème siècle
00:20:27avec notamment
00:20:28une opposition
00:20:30entre l'économie
00:20:30traditionnelle
00:20:31et les revenus financiers
00:20:33et un questionnement
00:20:35aussi
00:20:35de l'occidentalisation
00:20:37de la culture
00:20:39à ce moment-là
00:20:40au contraire
00:20:41de références culturelles
00:20:42et religieuses
00:20:43ancestrales
00:20:43j'en parlerai
00:20:44un tout petit peu plus
00:20:45tout à l'heure
00:20:45donc moi ce qui m'intéresse
00:20:47c'est que finalement
00:20:48dans cette adaptation
00:20:49de Tamine Dadou
00:20:50il y a une inscription
00:20:51dans un cadre
00:20:52socio-économique
00:20:53très juste
00:20:54très présent
00:20:55et assez politique
00:20:57qui est plutôt
00:20:59gommé
00:20:59dans pas mal
00:21:00d'adaptations
00:21:00américaines
00:21:01notamment
00:21:06Karnou Konens
00:21:07s'adressait
00:21:09à l'époque
00:21:09essentiellement
00:21:10à un public
00:21:10indien
00:21:11et notamment
00:21:12à un public
00:21:12du sud
00:21:13de l'Inde
00:21:13c'est vraiment
00:21:14un film
00:21:14en tamoul
00:21:16qui au départ
00:21:17ne s'adressait
00:21:18pas beaucoup
00:21:18à un public
00:21:19étranger
00:21:22ce sera aussi
00:21:23le cas
00:21:23et je me suis trompée
00:21:25dans l'ordre
00:21:25de mes apparitions
00:21:26c'est pas du tout
00:21:27le cas
00:21:28au contraire
00:21:29en 2004
00:21:29qu'en sort
00:21:30Bride and Prejudice
00:21:31traduit assez mal
00:21:32en français
00:21:33par coup de foudre
00:21:34à Bollywood
00:21:34pardon
00:21:35que vous pourrez voir
00:21:35tout à l'heure
00:21:36à 21h
00:21:37je vous y encourage
00:21:37vivement
00:21:39qui a été réalisé
00:21:40par une réalisatrice
00:21:43britannique
00:21:44d'origine indienne
00:21:45Gurinder Chada
00:21:46et qui s'intéresse
00:21:48bon là
00:21:48clairement
00:21:49la filiation
00:21:50avec Jane Austen
00:21:50est plus évidente
00:21:51ne serait-ce que
00:21:52par le titre
00:21:53mais aussi
00:21:55par les noms
00:21:55des personnages
00:21:57et c'était aussi
00:21:59une manière
00:22:00de surfer
00:22:01sur une tendance
00:22:02en 2004
00:22:05qui faisait que
00:22:06les films Bollywood
00:22:06étaient un petit peu
00:22:07plus populaires
00:22:08à l'ouest
00:22:08c'est-à-dire que
00:22:09c'était
00:22:10auparavant
00:22:11il y avait très peu
00:22:11de gens qui connaissaient
00:22:12le cinéma indien
00:22:13et en 2004
00:22:14c'est après
00:22:162004 ça vient après
00:22:17deux films notamment
00:22:18qui ont eu pas mal
00:22:19de succès en Europe
00:22:19Lagan en 2001
00:22:21et Devdas en 2002
00:22:23et il y a eu
00:22:24un intérêt
00:22:25nouveau
00:22:26en fait
00:22:26une capacité
00:22:27des films Bollywood
00:22:29à s'exporter
00:22:29à partir du début
00:22:30du 21ème siècle
00:22:31et donc
00:22:31Bride and Prejudice
00:22:32était un peu calibré
00:22:33pour un public multiple
00:22:35à la fois en Inde
00:22:36et en Grande-Bretagne
00:22:38et en Occident
00:22:39en général
00:22:39d'ailleurs
00:22:40il y a beaucoup plus
00:22:41plus en Occident
00:22:42qu'en Inde même
00:22:44il est sorti aussi
00:22:45au même moment
00:22:46qu'une autre adaptation
00:22:47d'un texte classique
00:22:48britannique
00:22:49Vanity Fair
00:22:51adapté lui aussi
00:22:52par une réalisatrice
00:22:54anglo-indienne
00:22:55Miraner
00:22:56et on verra
00:22:58tout à l'heure
00:22:58comment c'est un film
00:23:00aussi qui s'inscrit
00:23:01dans une logique
00:23:02de rapprochement
00:23:03en fait
00:23:04entre les cultures
00:23:05dans une idéalisation
00:23:06un peu de ce dialogue
00:23:08interculturel
00:23:09et donc là
00:23:09le fait d'adapter
00:23:10Pride and Prejudice
00:23:11roman canonique
00:23:12britannique
00:23:14dans un contexte
00:23:16voilà
00:23:16dans le contexte
00:23:16d'une ancienne colonie
00:23:17procède délibérément
00:23:19d'une volonté
00:23:21de rapprochement
00:23:24et je parle
00:23:26brièvement
00:23:26de Aisha
00:23:27qui elle aussi
00:23:28surfe un petit peu
00:23:29sur la même vague
00:23:30qui décide
00:23:31de situer Emma
00:23:32à Delhi
00:23:34en 2010
00:23:35et qui choisit
00:23:37là aussi
00:23:38de monter
00:23:38un petit peu
00:23:39en grade
00:23:40du point de vue
00:23:40de la catégorie
00:23:41socio-professionnelle
00:23:42on est vraiment
00:23:42dans le milieu
00:23:43de la jet set
00:23:43dans Aisha
00:23:46et à travers
00:23:48une critique
00:23:49apparente
00:23:49d'un personnage
00:23:50principal
00:23:51très privilégié
00:23:53et très oisif
00:23:53on a surtout
00:23:55une ode
00:23:55au consumérisme
00:23:57débridé
00:23:58une glorification
00:23:59de la modernité
00:24:01économique
00:24:01et culturelle
00:24:02de l'Inde
00:24:03avec
00:24:03voilà
00:24:04comme
00:24:04on peut très bien
00:24:06voir la différence
00:24:07voilà
00:24:07de
00:24:07outfits
00:24:08d'habillement
00:24:10entre Aisha
00:24:11et Kandoukandène
00:24:13on a très peu
00:24:13de saris
00:24:14on a beaucoup
00:24:14d'habillement
00:24:15à l'occidental
00:24:15beaucoup de centres
00:24:16commerciaux aussi
00:24:18et très très peu
00:24:19de place
00:24:20pour la satire
00:24:21mais ce que
00:24:23montrent ces films
00:24:24pour le moment
00:24:24c'est que
00:24:26ici on a
00:24:27ces romans
00:24:27de Jane Austen
00:24:28qui sont
00:24:28pris comme une sorte
00:24:30de structure mythologique
00:24:32presque
00:24:32qui s'adapte
00:24:33à différentes cultures
00:24:34il ne s'agit plus
00:24:35du tout
00:24:36de restituer
00:24:36un texte
00:24:37canonique
00:24:38ou de s'interroger
00:24:39à des stratégies
00:24:40formelles
00:24:41quand on a
00:24:41les codes
00:24:42du cinéma
00:24:42Bollywood
00:24:43on est
00:24:43à milieu
00:24:44de l'écriture
00:24:47extrêmement
00:24:48retenue
00:24:48en fait
00:24:49de Jane Austen
00:24:50mais
00:24:51on voit
00:24:51à quel point
00:24:52les éléments
00:24:53de ces personnages
00:24:54et de ces structures
00:24:55narratives
00:24:55et de ces thématiques
00:24:57s'incarnent
00:24:58avec une grande justesse
00:24:59dans des cultures
00:25:01extrêmement variées
00:25:02extrêmement diverses
00:25:03c'est donc
00:25:04la force
00:25:05et la simplicité
00:25:05des intrigues
00:25:06des relations
00:25:07entre les personnages
00:25:08du rythme
00:25:09narratif
00:25:09aussi
00:25:10il me semble
00:25:10que les romans
00:25:11de Jane Austen
00:25:11sont assez légers
00:25:13en description
00:25:13ça va vite
00:25:14en fait
00:25:15dans les romans
00:25:15de Jane Austen
00:25:16et donc
00:25:16ça se prête
00:25:17très bien
00:25:17à des adaptations
00:25:18multiples
00:25:19qui transcendent
00:25:20aussi les barrières
00:25:21culturelles
00:25:23ce qui me frappe
00:25:24aussi
00:25:25c'est que
00:25:25de tous les auteurs
00:25:26britanniques
00:25:27du 18e
00:25:27ou 19e siècle
00:25:28Jane Austen
00:25:29est la seule
00:25:30à avoir
00:25:30suscité
00:25:31une filmographie
00:25:31d'une telle diversité
00:25:33on trouve
00:25:33une telle diversité
00:25:34avec Shakespeare
00:25:36mais pas vraiment
00:25:38avec des auteurs
00:25:39du 18e
00:25:3919e
00:25:42revenons
00:25:43à l'essentiel
00:25:44revenons aux origines
00:25:45et en Angleterre
00:25:46alors est-ce qu'on trouve
00:25:47aussi ce phénomène
00:25:48en Angleterre
00:25:49alors on le trouve
00:25:49bien sûr
00:25:50avec un film
00:25:50extrêmement populaire
00:25:51qui est sorti
00:25:52en 2001
00:25:53le journal
00:25:53de Bridget Jones
00:25:55et ses multiples adaptations
00:25:56au départ
00:25:57c'est un roman
00:25:59de Helen Fielding
00:26:00qui s'inspire
00:26:02de l'histoire
00:26:03de Pride and Prejudice
00:26:04de manière assez souple
00:26:06et le film
00:26:07a surtout fait date
00:26:08le premier
00:26:09parce qu'il a utilisé
00:26:10pour jouer le rôle
00:26:11de Mark Darcy
00:26:12le même acteur
00:26:14Colin Firth
00:26:14qui jouait le rôle
00:26:15de Mr Darcy
00:26:16dans la série BBC
00:26:17de 1995
00:26:18donc ça faisait
00:26:19une espèce
00:26:20de connexion
00:26:24transmédiatique
00:26:24qui plaisait
00:26:25beaucoup
00:26:25aux fans
00:26:27et là aussi
00:26:28Jane Austen
00:26:30est une manière
00:26:30d'interroger
00:26:32un moment
00:26:33de crise
00:26:33dans la vie
00:26:34du personnage
00:26:35en l'occurrence
00:26:36le personnage
00:26:37de la trentaine
00:26:37qui se demande
00:26:38un petit peu
00:26:39ce qu'elle va devenir
00:26:41et les deux autres
00:26:42en fait
00:26:42il y a assez peu
00:26:43d'adaptations
00:26:44qui actualisent
00:26:45les histoires
00:26:46en Angleterre
00:26:49et les deux autres
00:26:50en fait
00:26:50je me demande
00:26:50si elles se passent
00:26:51vraiment en Angleterre
00:26:52parce que je vais
00:26:53commencer avec
00:26:54Austin Land
00:26:55même si c'est
00:26:55la plus récente
00:26:57Austin Land
00:26:58imagine un personnage
00:27:00américain
00:27:00la trentaine
00:27:01aussi
00:27:01en pleine crise
00:27:02existentielle
00:27:04fan de Pride
00:27:05and Prejudice
00:27:05qui décide
00:27:06de casser sa tirelire
00:27:07pour aller dans
00:27:08un parc à thème
00:27:09complètement imaginaire
00:27:11où on peut vivre
00:27:13comme dans Jane Austen
00:27:14on peut s'habiller
00:27:15comme dans Jane Austen
00:27:16parler comme dans Jane Austen
00:27:17manger comme dans Jane Austen
00:27:19et donc
00:27:19elle se rend
00:27:20en Angleterre
00:27:21dans cette espèce
00:27:23de Disneyland
00:27:25austénien
00:27:27où elle retrouve
00:27:28bien sûr
00:27:28des différences
00:27:29de classe
00:27:29selon quel type
00:27:31de forfait
00:27:31on a acheté
00:27:32etc.
00:27:33donc c'est
00:27:35difficile de dire
00:27:36que ça se passe
00:27:36en Angleterre
00:27:37ça se passe
00:27:37dans une espèce
00:27:38de
00:27:40facsimilé
00:27:42un petit peu
00:27:42factice
00:27:43de l'Angleterre
00:27:45telle qu'on l'imagine
00:27:45austenienne
00:27:46telle qu'on l'imagine
00:27:48plus intéressant
00:27:49il me semble
00:27:50c'est Lost in Austen
00:27:52une mini-série
00:27:54sortie en 2008
00:27:56qui imagine
00:27:57un personnage
00:27:58là encore
00:27:59la trentaine
00:28:00assez peu
00:28:02satisfaite
00:28:02de sa vie
00:28:04elle a un job
00:28:05qui ne l'intéresse pas
00:28:06elle a
00:28:06un compagnon
00:28:09qui ne va pas du tout
00:28:10complètement
00:28:11très peu romantique
00:28:12qui boit trop
00:28:13très peu dans la communication
00:28:16et son seul
00:28:17réconfort
00:28:17c'est de lire
00:28:18Pride and Prejudice
00:28:18et de fantasmer
00:28:19complètement sur
00:28:20Pride and Prejudice
00:28:22jusqu'au jour
00:28:23où
00:28:23elle se rend
00:28:24dans sa salle de bain
00:28:25et elle trouve
00:28:26Elisabeth Bennett
00:28:27dans sa baignoire
00:28:28et elle se rend compte
00:28:29que derrière sa baignoire
00:28:30se situe une porte
00:28:32qui conduit
00:28:33vers le monde
00:28:34fictionnel
00:28:35de Pride and Prejudice
00:28:36donc on a
00:28:37une histoire typique
00:28:38de monde parallèle
00:28:40où on peut rentrer
00:28:41dans la fiction
00:28:42un petit peu
00:28:42comme ce qu'on a
00:28:43dans les romans
00:28:43de Jasper Ford
00:28:44je ne sais pas
00:28:45si vous avez lu
00:28:45ou que vous connaissez
00:28:46ces romans
00:28:47de Jasper Ford
00:28:48et donc bien sûr
00:28:49au fil de quatre épisodes
00:28:51Amanda
00:28:52la personnage principale
00:28:53va vivre
00:28:54dans le milieu
00:28:55de Pride and Prejudice
00:28:56à la place
00:28:56d'Elisabeth Bennett
00:28:57pendant qu'Elisabeth Bennett
00:28:58va vivre sa vie
00:28:59au début du 21ème siècle
00:29:02et en bonne fan
00:29:04Amanda va essayer
00:29:05de conserver
00:29:06l'intrigue
00:29:06sur les bonnes
00:29:07comme elle doit
00:29:08se dérouler
00:29:09mais en fait
00:29:10tout va
00:29:11tout va mal tourner
00:29:12et ça va être
00:29:13très compliqué
00:29:13pour elle
00:29:15alors
00:29:16tout ceci
00:29:19fait référence
00:29:21à un espace
00:29:21qui est donc
00:29:22plus évanescent
00:29:24plus fantasmé
00:29:26et qui
00:29:27pourrait se rapprocher
00:29:29aussi
00:29:29d'un espace
00:29:31très différent
00:29:31pour certaines adaptations
00:29:32qui a trait
00:29:34à l'interface
00:29:35par le biais
00:29:36de laquelle
00:29:36on y a accès
00:29:37ce sont les adaptations
00:29:38sur forme de vlog
00:29:40et on en a trois
00:29:41principalement
00:29:42qui ont fait date
00:29:45The Lizzie Bennett Diaries
00:29:47en 2012
00:29:47Welcome to Sanditon
00:29:49en 2013
00:29:50et Emma Approved
00:29:51en 2014
00:29:52toutes les trois
00:29:53émanant
00:29:54de la même compagnie
00:29:55de production
00:29:55qui s'appelle
00:29:57Pemberley Digital
00:29:59et les trois
00:30:00utilisent la forme
00:30:01du vlog
00:30:01c'est-à-dire
00:30:02on imagine
00:30:02que tout se passe
00:30:04par cette interface
00:30:05ordinateur
00:30:06avec des personnages
00:30:07qui se situent
00:30:08devant leur webcam
00:30:08qui échangent
00:30:09avec les autres
00:30:10parfois
00:30:12par le biais
00:30:13de plateformes
00:30:15ou de vidéoconférences
00:30:18et donc
00:30:19un cadre
00:30:20très étroit
00:30:21et un cadre
00:30:22qui est plus associé
00:30:23avec le digital
00:30:24avec
00:30:25les communications
00:30:27numériques
00:30:27qu'avec un espace
00:30:28très spécifique
00:30:30The Lizzie Bennett
00:30:31a eu
00:30:32énormément
00:30:32de succès
00:30:33donc tout ceci
00:30:34c'était sur Youtube
00:30:35mais aussi
00:30:36sur les réseaux sociaux
00:30:37c'est-à-dire
00:30:37qu'il y avait
00:30:37on poussait plus loin
00:30:39ce fantasme
00:30:40d'interaction
00:30:41avec la fiction
00:30:42qu'on a déjà
00:30:42dans Lost in Austin
00:30:44puisque
00:30:44notamment
00:30:45dans Welcome to Sanditon
00:30:47les spectateurs
00:30:49pouvaient
00:30:50interagir
00:30:51et créer
00:30:51leur propre contenu
00:30:53en le mettant
00:30:54en ligne
00:30:55et en le soumettant
00:30:57pour être intégré
00:30:58dans la fiction
00:31:00voilà
00:31:01c'est assez
00:31:03bien fait
00:31:04c'est aussi
00:31:05très bien produit
00:31:05c'est-à-dire
00:31:06l'image est très belle
00:31:07il y a un éclairage
00:31:08parfait
00:31:09un cadrage
00:31:10intéressant
00:31:10et donc
00:31:11pour arriver
00:31:11à maintenir
00:31:12l'intérêt
00:31:12des spectateurs
00:31:13dans un cadre
00:31:14aussi contraint
00:31:15c'était
00:31:16assez remarquable
00:31:19alors
00:31:19je vais assez vite
00:31:21parce que
00:31:22c'est surtout
00:31:23cet aspect
00:31:25quantitatif
00:31:26qui m'intéresse
00:31:27et donc
00:31:28qu'est-ce qu'on peut
00:31:29en tirer
00:31:29comme petite conclusion
00:31:31intermédiaire
00:31:32avant de s'attarder
00:31:33sur quelques
00:31:34exemples spécifiques
00:31:37alors
00:31:37tout d'abord
00:31:38on voit clairement
00:31:39une évolution
00:31:40des adaptations
00:31:41qui reflète
00:31:42les mutations
00:31:43médiatiques
00:31:44de ces dernières années
00:31:45c'est-à-dire
00:31:45on a un phénomène
00:31:47de mondialisation
00:31:48des adaptations
00:31:48avant les années 90
00:31:50l'essentiel des adaptations
00:31:51de Jane Austen
00:31:52était produite
00:31:53en Grande-Bretagne
00:31:54parfois aux Etats-Unis
00:31:55mais quand même
00:31:56majoritairement
00:31:57en Grande-Bretagne
00:31:58ici on voit
00:31:58que ça prend de l'ampleur
00:32:00je n'ai pas mentionné
00:32:02Jane Austen
00:32:03à gâcher ma vie
00:32:05qui nous fait pénétrer
00:32:07un petit peu
00:32:07aussi dans
00:32:08Austen en France
00:32:09mais c'est à la fois
00:32:10en France
00:32:10et en Angleterre
00:32:11mais ce n'est pas vraiment
00:32:12une adaptation
00:32:13d'un roman
00:32:13de Jane Austen
00:32:15mais on voit quand même
00:32:16cet ancrage
00:32:16dans une histoire
00:32:17anglophone
00:32:18bien sûr
00:32:20Jane Austen
00:32:21a longtemps été
00:32:21considérée
00:32:22comme une espèce
00:32:23de quintessence
00:32:24de l'anglicité
00:32:25et il y a quand même
00:32:27cet ancrage
00:32:27dans une culture
00:32:29anglophone
00:32:29qui reste
00:32:30même en Inde
00:32:33on voit aussi
00:32:34que ces adaptations
00:32:34épousent
00:32:35c'est ce que je mentionnais
00:32:36tout à l'heure
00:32:36une logique nouvelle
00:32:39du contexte médiatique
00:32:40qui est la logique
00:32:41qu'on appelle en anglais
00:32:42le narrow casting
00:32:44au contraire
00:32:44du broadcasting
00:32:46le broadcasting
00:32:47c'est la diffusion
00:32:48pour un grand nombre
00:32:49c'était ce qui dominait
00:32:51notamment à l'époque
00:32:52de la télévision linéaire
00:32:53avec l'avènement
00:32:55du câble
00:32:56puis du satellite
00:32:57puis des plateformes
00:32:58du streaming
00:32:59etc
00:32:59on a
00:33:00une explosion
00:33:02de la variété
00:33:03des contenus
00:33:04même si j'aime pas ce terme
00:33:05et des productions
00:33:08des oeuvres
00:33:09qui se destinent
00:33:12à un fragment
00:33:14toujours plus restreint
00:33:15en fait
00:33:15du public
00:33:16d'où l'idée
00:33:18d'étroitesse
00:33:18en fait
00:33:19du public
00:33:20ou ce qu'on pourrait dire
00:33:20en anglais
00:33:21des adaptations
00:33:22de niche
00:33:22c'est une adaptation
00:33:24qui va toucher surtout
00:33:25la communauté LGBT
00:33:26ou qui va intéresser
00:33:27en particulier
00:33:28la population latino
00:33:30ou qui va intéresser
00:33:32en particulier
00:33:33le milieu
00:33:35de l'église
00:33:37des saints
00:33:37du dernier jour
00:33:38pas exclusivement
00:33:40bien sûr
00:33:40mais la spécificité
00:33:42du contexte
00:33:44va nécessairement
00:33:45avoir une sorte
00:33:47de fidélisation
00:33:48d'une niche
00:33:50d'un public
00:33:51de niche
00:33:52passage bien sûr
00:33:53du grand écran
00:33:54au petit écran
00:33:55aux plateformes
00:33:56et réseaux
00:33:56la plupart des derniers
00:33:57films que j'ai mentionnés
00:33:58ne sont pas des films
00:33:59de cinéma
00:34:01et donc
00:34:02que reste-t-il
00:34:04d'Austenien
00:34:06dans toute cette
00:34:07constellation
00:34:08d'actualisation
00:34:09d'Austen
00:34:11souvent
00:34:12ce qui reste avant tout
00:34:13c'est la trame
00:34:14narrative romantique
00:34:15ce qu'on appelle
00:34:16en anglais
00:34:16the marriage plot
00:34:18parce qu'en effet
00:34:20tous les romans
00:34:21de Jane Austen
00:34:21se terminent
00:34:22avec un mariage
00:34:23mais si vous avez
00:34:24bien lu les romans
00:34:25vous savez aussi
00:34:26qu'en général
00:34:27c'est pas si simple
00:34:28et qu'il y a une distance
00:34:30ironique
00:34:30et qu'on peut
00:34:32profiter de cette fin
00:34:33heureuse
00:34:33mais qu'on n'est pas dupe
00:34:34et qu'on sait très bien
00:34:36que c'est une convention
00:34:37or dans de très
00:34:38nombreuses adaptations
00:34:39cette distance ironique
00:34:40face à la gratification
00:34:42de la fin heureuse
00:34:43passe à la trappe
00:34:46ce qui reste aussi
00:34:48ce sont les enjeux
00:34:49socio-économiques
00:34:50on parle énormément
00:34:52d'argent
00:34:52dans les romans
00:34:53de Jane Austen
00:34:54c'est très important
00:34:55c'est une question
00:34:56cruciale
00:34:56de survie
00:34:57vraiment
00:34:57et la peur
00:34:59du déclassement social
00:35:00c'est quelque chose
00:35:01qui revient souvent
00:35:01dans de nombreux
00:35:04films
00:35:05et de nombreuses séries
00:35:06dont j'ai parlé
00:35:08quelque chose aussi
00:35:09qui fait la force
00:35:10de ces intrigues
00:35:11et l'universalité
00:35:12de ces intrigues
00:35:13c'est le fait
00:35:14de fonder
00:35:15la structure narrative
00:35:17sur des erreurs
00:35:19de compréhension
00:35:20de soi
00:35:20et des autres
00:35:21et sur une exploration
00:35:24du trajet compliqué
00:35:25vers la connaissance
00:35:26comment on prend conscience
00:35:28de ces erreurs
00:35:29comment on prend conscience
00:35:30que les premières impressions
00:35:32ne sont pas toujours
00:35:33les bonnes
00:35:33le premier titre
00:35:35de Pride and Prejudice
00:35:36c'était
00:35:36First Impressions
00:35:38ces premières impressions
00:35:39comment suit-on
00:35:41le cheminement intellectuel
00:35:43ou autre
00:35:44d'une héroïne
00:35:45qui prend conscience
00:35:46de ses erreurs
00:35:47et qui tout à coup
00:35:48accepte de penser
00:35:49autrement
00:35:52ce qui reste aussi
00:35:54ce sont souvent
00:35:54les perspectives féminines
00:35:56le fait de concentrer
00:35:57cette perspective
00:35:59sur la conscience
00:36:01de personnages féminins
00:36:03qui pensent par elles-mêmes
00:36:06mais aussi
00:36:07de prendre conscience
00:36:08que sur ces trajectoires
00:36:10individuelles
00:36:11pèsent de lourdes
00:36:12contraintes sociales
00:36:14l'inscription
00:36:15de l'individuel
00:36:16dans le social
00:36:17tous ces éléments
00:36:18sont des éléments
00:36:19assez définitoires
00:36:20des romans de Jane Austen
00:36:21et qui se transposent
00:36:23à l'infini
00:36:24dans les différents
00:36:27contextes
00:36:28qu'on a pu avoir
00:36:29donc voilà
00:36:30en termes contemporains
00:36:32ce serait
00:36:33Pride and Prejudice
00:36:34and Poor Communication
00:36:38Alors
00:36:39pour
00:36:41passer en revue
00:36:42quelques exemples
00:36:43bien sûr
00:36:43il y en a trop
00:36:44il a fallu faire des choix
00:36:46il faudra peut-être
00:36:47que je coupe
00:36:47deux trois choses
00:36:48auxquelles j'avais pensé
00:36:49mais
00:36:51l'aspect
00:36:51qui me paraît
00:36:53particulièrement intéressant
00:36:54c'est l'aspect
00:36:55post-colonial
00:36:56dans les adaptations
00:36:57indiennes
00:36:58de Jane Austen
00:37:02notamment
00:37:02parce que
00:37:04on a trois adaptations
00:37:05avec surtout deux
00:37:05qui sont intéressantes
00:37:07mais qui révèlent
00:37:09vraiment des résonances
00:37:09diverses
00:37:10entre l'oeuvre d'Austen
00:37:11et l'Inde
00:37:12du début du 21ème siècle
00:37:16alors
00:37:16j'ai mentionné
00:37:18donc
00:37:19Karno Kannon
00:37:19Karno Kannon
00:37:20cette insistance
00:37:22sur
00:37:22le contexte
00:37:25socio-économique
00:37:26politique
00:37:26du début
00:37:27du 21ème siècle
00:37:28et la manière
00:37:29dont le film
00:37:30prenait ça en charge
00:37:31de façon assez
00:37:33courageuse
00:37:35et extrêmement esthétique
00:37:36aussi
00:37:36c'est un film
00:37:37qu'on a grand plaisir
00:37:38à regarder
00:37:39je ne sais pas si
00:37:39certains d'entre vous
00:37:40sont venus le voir
00:37:41je ne sais pas si
00:37:41il a déjà été programmé
00:37:43ici ou si
00:37:44va l'être
00:37:45c'est demain
00:37:46donc voilà
00:37:47ça vaut vraiment le coup
00:37:49c'est un film
00:37:50pour lequel il faut faire
00:37:51un peu d'efforts
00:37:51parce qu'encore une fois
00:37:52il n'a pas été conçu
00:37:53pour un public occidental
00:37:55donc il faut décoder
00:37:56certaines références
00:37:59donc ça se passe
00:38:00dans le sud de l'Inde
00:38:02on découvre
00:38:03les deux personnages
00:38:05émergeants
00:38:06d'une sorte de piscine
00:38:08comme deux déesses
00:38:11nautiques
00:38:11et la première scène
00:38:14de danse
00:38:15est tournée
00:38:16dans les magnifiques
00:38:17paysages du sud de l'Inde
00:38:18avec une mise en scène
00:38:19pastorale
00:38:20qui magnifie
00:38:21l'actrice
00:38:22Ashwarya Rai
00:38:23qui lance des graines
00:38:24qui chante
00:38:25parmi ses personnages
00:38:27masqués
00:38:28qui danse
00:38:28qui bêche
00:38:29etc
00:38:32mais
00:38:33ce qui compte
00:38:34vraiment
00:38:34dans le contexte
00:38:35c'est qu'on comprend
00:38:36au fur et à mesure
00:38:37c'est que cette
00:38:38Inde contemporaine
00:38:39est en pleine mutation
00:38:40notamment en matière
00:38:41d'économie
00:38:42de mode de vie
00:38:43d'idéologie
00:38:45et donc le film
00:38:46va jouer beaucoup
00:38:47sur la bipolarité
00:38:49tradition
00:38:50modernité
00:38:51et ce qui est intéressant
00:38:52c'est qu'il ne va pas
00:38:53être dogmatique
00:38:54il ne va pas dire
00:38:55oh là là
00:38:55oui c'est terrible
00:38:56toute cette modernisation
00:38:57cette occidentalisation
00:38:58c'est une catastrophe
00:38:59on perd notre âme
00:39:00mais il ne va pas
00:39:01non plus adopter
00:39:02les idéaux
00:39:04contemporains
00:39:04sans nuance
00:39:06donc c'est ça
00:39:07qui me paraît
00:39:07intéressant
00:39:08petit exemple
00:39:09dans
00:39:10Raison et Sentiments
00:39:12vous vous souvenez
00:39:14peut-être
00:39:14que
00:39:15le personnage
00:39:17de Marianne
00:39:17la plus jeune soeur
00:39:18la cadette
00:39:19est ce personnage
00:39:21exalté
00:39:22qui va tomber
00:39:23amoureuse
00:39:23de Willoughby
00:39:24qui est jeune
00:39:25énergique
00:39:26fringant
00:39:27qui la séduit
00:39:29pour finalement
00:39:30l'abandonner
00:39:30et qu'au final
00:39:31elle va
00:39:33trouver un certain
00:39:34réconfort
00:39:34on l'espère pour elle
00:39:35auprès du colonel
00:39:37Brandon
00:39:38qui est vieillissant
00:39:39qui est assez peu
00:39:40glamour
00:39:41mais qui gagne
00:39:42son estime
00:39:43et qui l'épouse
00:39:44à la fin
00:39:44dans le roman
00:39:46c'est le colonel
00:39:47colonel Brandon
00:39:48donc colonel Brandon
00:39:50ici
00:39:51il devient
00:39:52le major
00:39:53major ballard
00:39:54et d'ailleurs
00:39:54le film s'ouvre
00:39:55avec une scène de guerre
00:39:56où le major ballard
00:39:57perd sa jambe
00:39:58littéralement
00:40:00au cours
00:40:00de la guerre
00:40:01du Kargil
00:40:02qui était une guerre
00:40:02entre l'Inde
00:40:03et le Pakistan
00:40:05où
00:40:05les soldats
00:40:07notamment du sud
00:40:07de l'Inde
00:40:08ont été un peu
00:40:10abandonnés
00:40:11par le gouvernement
00:40:11de Delhi
00:40:12après la fin
00:40:13de la guerre
00:40:14donc c'est inscrit
00:40:15quand même
00:40:15dans un contexte
00:40:17assez chargé
00:40:19et il en souffre
00:40:20beaucoup
00:40:21il est devenu
00:40:22alcoolique
00:40:22et le film
00:40:24va suivre un petit peu
00:40:25sa réhabilitation
00:40:26notamment
00:40:26grâce à une activité
00:40:29horticole
00:40:30donc traditionnelle
00:40:31qui met en avant
00:40:32la richesse naturelle
00:40:33de l'Inde
00:40:34et une activité
00:40:36qui va l'opposer
00:40:37fortement
00:40:38à l'autre personnage
00:40:39qui est l'équivalent
00:40:40de Willoughby
00:40:41et qu'on découvre
00:40:43dans un plan
00:40:43totalement opposé
00:40:44quasiment en noir et blanc
00:40:45où on le voit
00:40:46donc en costume occidental
00:40:48avec un téléphone portable
00:40:49de l'époque
00:40:50avec ses silhouettes sombres
00:40:52et en fait
00:40:53c'est une émission
00:40:54de télévision
00:40:55qui le présente
00:40:56comme
00:40:57le wonder kit
00:40:59de la finance
00:40:59le nouveau visage
00:41:01de l'Inde
00:41:02qui va faire
00:41:04exploser l'économie
00:41:05etc.
00:41:06avec une espèce
00:41:07d'infographie
00:41:08moderne
00:41:09voilà
00:41:10donc du point de vue
00:41:11esthétique
00:41:11on ne pourrait pas avoir
00:41:12de manière plus flagrante
00:41:14cette opposition
00:41:15entre tradition
00:41:17et modernité
00:41:19non seulement
00:41:20il est associé
00:41:21à ce type
00:41:22de costume
00:41:24occidentalisé
00:41:24à cette activité
00:41:26de finance
00:41:27qui par ailleurs
00:41:28va contribuer
00:41:29à la ruine
00:41:29de la famille
00:41:30des deux sœurs
00:41:32mais il est aussi
00:41:34associé
00:41:35à une Mercedes
00:41:36donc une voiture
00:41:37occidentale
00:41:38dans une scène
00:41:39qui est assez intéressante
00:41:40parce qu'elle propose
00:41:42une variation
00:41:43sur un thème
00:41:44c'est-à-dire
00:41:44dans le roman
00:41:46c'est le moment
00:41:47où Marianne
00:41:48tout exalté
00:41:48par faire une promenade
00:41:50dans la campagne
00:41:52mais il y a un risque
00:41:53d'orage
00:41:53mais elle n'y prête
00:41:54pas garde
00:41:56et au bout d'un moment
00:41:58elle tombe
00:41:59et elle se foule
00:42:00la cheville
00:42:01arrive alors
00:42:02un jeune homme
00:42:03avec un fusil
00:42:04et un chien
00:42:05dans le roman
00:42:06qui la prend dans ses bras
00:42:08et qui la ramène
00:42:08dans sa famille
00:42:09dans le film
00:42:11de Ang Lee
00:42:11si vous l'avez en tête
00:42:12avec Emma Thompson
00:42:13on a besoin
00:42:15d'un petit peu plus
00:42:15de drama
00:42:16donc dans le film
00:42:17de Ang Lee
00:42:18il y a une grosse tempête
00:42:20pas juste de la pluie
00:42:21grosse grosse tempête
00:42:22elle dévale une colline
00:42:24elle se fait très très mal
00:42:25et arrive alors
00:42:26un cavalier
00:42:27avec une cape
00:42:28sur un cheval blanc
00:42:30qui se cabre
00:42:31avant de descendre
00:42:33de cheval
00:42:33et de la sauver
00:42:34donc on avait déjà
00:42:35une évolution du chien
00:42:37vers le cheval blanc
00:42:38et donc c'est intéressant
00:42:39de voir que là aussi
00:42:40l'orage est sur le point
00:42:41de gronder
00:42:42et cette fois-ci
00:42:43ce n'est pas
00:42:44un chien
00:42:44ou un cheval
00:42:45mais la Mercedes noire
00:42:47qui symbolise
00:42:48l'accessoire
00:42:49du héros
00:42:50qui se révélera
00:42:51au final
00:42:52assez peu fiable
00:42:55donc c'est ce type
00:42:57de variation
00:42:58sur un thème
00:42:58qui a assez éclairant
00:43:00sur les résonances
00:43:01de l'histoire
00:43:01dans différents contextes
00:43:03et à différentes époques
00:43:07passons maintenant
00:43:11à un autre exemple
00:43:13de
00:43:17alors peut-être
00:43:18avant de passer
00:43:19à Bride and Prejudice
00:43:24remettre en contexte
00:43:28non pardon
00:43:29je le ferai plus tard
00:43:29donc passons à Bride and Prejudice
00:43:31qui va reprendre
00:43:33cette idée
00:43:34de tradition
00:43:36et modernité
00:43:37puisque c'est réalisé
00:43:38de manière
00:43:38assez peu
00:43:39longtemps après
00:43:402004
00:43:40donc dans le même
00:43:41moment de boom économique
00:43:43et d'ouverture
00:43:44au monde aussi
00:43:44de l'Inde
00:43:46et dans Bride and Prejudice
00:43:47ça va être décliné
00:43:48pas tant
00:43:50sur la dimension économique
00:43:52que sur la dimension
00:43:53mondialisée
00:43:54c'est à dire
00:43:55que ça se passe
00:43:55certes
00:43:56dans le Penjab
00:43:57tout au nord de l'Inde
00:43:58dans une famille
00:43:59à l'activité rurale
00:44:00là aussi
00:44:01mais au lieu d'avoir
00:44:02une héroïne en sari
00:44:03qui danse
00:44:04au milieu de figures mythiques
00:44:06qui bêchent la terre
00:44:08ici
00:44:09c'est une femme
00:44:10qui est en t-shirt
00:44:11et qui conduit un tracteur
00:44:12donc il y a tout de suite
00:44:12une modernisation
00:44:13du personnage
00:44:16et qui fait
00:44:18ses propres choix
00:44:18même si son père
00:44:19lui donne des conseils
00:44:20ici
00:44:20ça c'est le générique du film
00:44:22où on voit finalement
00:44:23l'apparition
00:44:24des deux personnages principaux
00:44:25qui incarnent
00:44:26cette tension
00:44:29ruralité indienne
00:44:30et de l'autre côté
00:44:32les personnages masculins
00:44:33qui arrivent en avion
00:44:35Bingley
00:44:36qui est un
00:44:37non-resident indien
00:44:39donc un indien descendu
00:44:41issu de l'immigration
00:44:41deuxième génération
00:44:43d'un milieu
00:44:44extrêmement privilégié
00:44:45et son ami
00:44:46Will Darcy
00:44:47qui est américain
00:44:49et c'est intéressant
00:44:50de voir l'opposition
00:44:50entre le tracteur
00:44:51et l'avion
00:44:52qui arrive en même temps
00:44:54et qui survole
00:44:55par ailleurs
00:44:55des buildings
00:44:57en construction
00:44:58qui montrent
00:44:58là aussi
00:44:59l'essor économique
00:45:00de l'Inde
00:45:05alors
00:45:07donc ce qui va
00:45:09nous intéresser
00:45:10beaucoup
00:45:10c'est
00:45:11cette dimension
00:45:13de mondialisation
00:45:15puisque l'intrigue
00:45:16va se situer
00:45:17non seulement
00:45:17au Penjab
00:45:18mais aussi
00:45:19en Angleterre
00:45:21à Goa
00:45:21d'abord
00:45:22dans une partie
00:45:24de l'Inde
00:45:25qui est vraiment
00:45:26ouverte au tourisme
00:45:27avec beaucoup
00:45:28de grands hôtels
00:45:29etc
00:45:29puis en Angleterre
00:45:31puis aux Etats-Unis
00:45:32donc il y a énormément
00:45:33de mobilité
00:45:35mais il n'y a certainement
00:45:37pas là aussi
00:45:38une adoption
00:45:38de la modernité
00:45:40occidentale
00:45:41sans réserve
00:45:42et là aussi
00:45:43le discours
00:45:44est assez
00:45:46mesuré
00:45:46on va regarder
00:45:47un bref extrait
00:45:49où la famille Bakshi
00:45:51donc l'équivalent
00:45:52de la famille Bennett
00:45:55discute
00:45:55des opportunités
00:45:59que permettrait
00:46:00une expatriation
00:46:01Madame Bakshi
00:46:02trouve qu'ils auraient dû
00:46:05émigrer
00:46:06aux Etats-Unis
00:46:06comme tant d'autres
00:46:07parce que la vie
00:46:09serait plus belle ailleurs
00:46:09Monsieur Bakshi
00:46:11trouve au contraire
00:46:12qu'il y a
00:46:13une foultitude
00:46:14d'opportunités
00:46:15en Inde
00:46:15et qu'il n'est pas nécessaire
00:46:16de bouger
00:46:17et voici leur échange
00:46:47Maraj
00:46:48s'il n'est pas nécessaire
00:46:51qu'il n'est pas nécessaire
00:47:19de bouger
00:47:21La seconde est remplie de l'eau chaud quand j'ai failli.
00:47:24Le père s'assoit et lui a dit « Mais pourquoi est le troisième poulot empty ? »
00:47:27Il a dit « Alors, c'est quand je ne me sens pas comme swimming à tout ! »
00:47:54Néanmoins, la critique du consumérisme a ses limites dans Pride and Prejudice, puisque le film fétichise un petit peu chacun
00:48:05des endroits qu'il représente.
00:48:10Notamment le moment où Mina s'apprête à quitter l'Inde pour aller rendre visite à de la famille en
00:48:17Angleterre.
00:48:17On a cette jolie carte poçale du temple d'or d'Amritsar et l'arrivée en Angleterre qui est marquée
00:48:26par ses plans en plongée sur les aimants remarquables de Londres.
00:48:32On voit aussi que l'évolution des relations entre Mina, l'équivalent d'Elizabeth, et Darcy a lieu au moment
00:48:41où elle se rend compte de ses erreurs passées.
00:48:43Dans le roman, ça a lieu lorsqu'elle marche en forêt.
00:48:46Là, en fait, ça a lieu dans un avion où ils sont côte à côte, et surtout quand il l
00:48:51'emmène faire un petit tour dans son hélicoptère.
00:48:56Mais ce qui marque aussi dans Pride and Prejudice, c'est une sorte d'inversion des hiérarchies dans Pride and
00:49:04Prejudice, si vous vous souvenez.
00:49:07Darcy arrive dans la petite communauté de Meryton avec énormément de préjugés de classe,
00:49:11et il regarde tout le monde de haut.
00:49:14Dans Pride and Prejudice, cette relation est inversée.
00:49:18Quand Darcy arrive en Inde, à Amritsar, certes, il est pétri de préjugés culturels,
00:49:26mais la mise en scène met en avant le fait qu'il est clueless, si on veut utiliser les termes
00:49:31d'un autre film.
00:49:32C'est-à-dire qu'il est paumé, il n'a pas du tout les références qu'il faut.
00:49:35Et très souvent, le personnage de Mina ou les personnages féminins sont placés en hauteur,
00:49:40tandis que Darcy est représenté en contrebas.
00:49:43Donc l'utilisation de plongée et de contre-plongée, là aussi, contribue à cette hiérarchie inversée.
00:49:49On voit aussi qu'il manque énormément de références culturelles,
00:49:53il ne sait pas comment s'habiller, il ne sait pas comment danser,
00:49:55c'est un petit peu elle qui lui tient la main, un petit peu pour qu'il parvienne à trouver
00:50:03son chemin.
00:50:05Donc une sorte d'inversion des relations de pouvoir entre les deux.
00:50:11Je passe un petit peu sur cet extrait-là, parce qu'on va accélérer un petit peu.
00:50:15Et en fait, la rédemption de Darcy arrive lorsqu'il parvient à s'intégrer de manière plus ou moins symbolique
00:50:22à cette culture indienne, notamment quand il s'oppose à Wickham,
00:50:27Wickham qui est donc le méchant dans Pride and Prejudice,
00:50:30qui s'est enfui avec Lelia, qui a complètement compromis sa réputation.
00:50:36Et ici, on a le moment où il le confronte, et c'est dans un cinéma,
00:50:39un cinéma qui passe un film Bollywood dans lequel il y a une bagarre à ce moment-là,
00:50:45et les deux hommes se bagarrent sur la scène, devant l'écran de cinéma et le film,
00:50:51en imitant les mouvements de la bagarre du film.
00:50:54Donc c'est comme s'il s'intégrait à ce modèle de film Bollywood.
00:50:58Et de la même manière, je ne vous révèle pas trop sur la fin, si vous restez tout à l
00:51:02'heure,
00:51:02mais on voit qu'il a abandonné la peur du ridicule pour rejoindre justement l'harmonie
00:51:09qui est représentée par la musique indienne à la fin.
00:51:17Alors, ce qui m'intéresse, avant de passer à la suite,
00:51:22c'est la manière dont, que ce soit Kandu Kanden ou Pride and Prejudice,
00:51:27on a un phénomène de réponse, il me semble, de l'ancienne puissance coloniale,
00:51:35de la culture de l'ancienne colonie face à l'ancienne puissance coloniale.
00:51:43En 1989, des critiques littéraires, Ashcroft, Griffiths et Tiffin,
00:51:49avaient écrit un texte qui s'appelle The Empire Writes Back,
00:51:54L'Empire Contre-écrit, qui était le premier grand travail universitaire
00:52:01sur la littérature postcoloniale et la manière dont cette littérature postcoloniale
00:52:07s'attaque au canon colonial et propose une voie différente
00:52:13et se réapproprie aussi cette histoire coloniale par l'écriture.
00:52:18Et il me semble que ces adaptations de Jane Austen en Inde permettent aussi
00:52:23de se réapproprier ce canon qui, pendant si longtemps, a été imposé.
00:52:28Jane Austen, comme je le disais, c'est quand même la quintessence de l'anglicité,
00:52:31c'est ce canon littéraire qui a été imposé aux pays colonisés pendant des décennies.
00:52:37Et le fait de se l'approprier, de le transformer, de l'indianiser
00:52:42et de proposer une sorte de parabole de réconciliation,
00:52:45comme on peut l'avoir dans Bride and Prejudice,
00:52:49s'inscrit dans cette réflexion postcoloniale
00:52:52sur le statut de cette culture littéraire associée à l'histoire coloniale aussi.
00:53:00Alors, il va me falloir faire des choix un petit peu cruciaux
00:53:05pour qu'on puisse discuter.
00:53:09J'aurais voulu, je vais utiliser une figure de style qui s'appelle la prétérition,
00:53:14pour ne pas vraiment faire ce que j'ai dit tout en vous disant quand même que je le fais,
00:53:17j'aurais voulu vous parler du makeover encore,
00:53:20de revenir à l'image du makeover
00:53:22et de vous parler de la manière dont Clueless utilise cette image du makeover
00:53:29pour réfléchir sur cet idéal de transformation de soi
00:53:33que l'on trouve dans Jane Austen,
00:53:36puisque le makeover est un peu au cœur du film de Clueless,
00:53:40mais j'imagine que c'est un film que vous pouvez facilement voir par ailleurs.
00:53:45Et donc, vous connaissez sans doute la scène célèbre
00:53:49où elle transforme l'apparence du personnage de taille.
00:53:54Et je citerai simplement la citation de Cher Horowitz,
00:53:59l'équivalent de Emma dans Clueless,
00:54:02qui décide de changer et d'améliorer sa vie
00:54:05parce qu'elle prend conscience de toutes les erreurs qu'elle a faites.
00:54:08Et elle dit,
00:54:09« I needed a makeover, but this time I would makeover my soul. »
00:54:14Voilà, ça semble très, très, très corny, comme on dit en anglais,
00:54:17ça faisait un peu kitsch, ce makeover de l'âme.
00:54:21Et ça pourrait paraître un petit peu cliché,
00:54:24mais le film justement va tellement loin dans les clichés,
00:54:27en mettant en scène justement le moment où elle prend conscience de ses erreurs
00:54:31devant une fontaine qui s'illumine de bleu, de rouge,
00:54:35que justement on a là aussi ce petit décalage ironique dans la forme,
00:54:41plutôt gros décalage ironique dans la forme,
00:54:43qui fait écho là aussi à la voie narrative ironique
00:54:46qu'on pouvait avoir chez Jane Austen.
00:54:49Mais j'accélère un petit peu parce que je voudrais vous parler
00:54:53de ce dernier type d'espace
00:54:57dans lequel on peut transposer Jane Austen.
00:54:59Et ça m'a fait penser à une citation qu'on a au début du roman
00:55:03qui s'appelle « The Go Between » de Hartley,
00:55:06qui commence en disant « The past is another country ».
00:55:10Le passé est un pays étranger.
00:55:12Ici c'est la fiction est un pays étranger.
00:55:14Comment représenter non pas tant le monde de Jane Austen
00:55:19qui nous reste à jamais inaccessible,
00:55:21mais le fantasme que nous ressentons pour ce monde.
00:55:25Et cet échange entre notre contemporainéité
00:55:29et cet espace fictionnel inaccessible,
00:55:33mais qu'on rêve toujours plus de toucher.
00:55:36Et c'est ce qu'on a dans « Lost in Austen » 2008,
00:55:41cette mini-série,
00:55:42cette idée du fantasme d'incorporation.
00:55:45Donc je vais vous montrer le tout début de « Lost in Austen ».
00:55:54C'est une vérité,
00:55:55c'est une vérité généralement éclatée,
00:55:57que nous tous voulons éloignent à l'escapée.
00:56:01Je me suis toujours éloignée à mon livre préféré,
00:56:05« Pride et Prejudice ».
00:56:08Je l'ai lu ça tellement de fois,
00:56:11les mots se disent en ma tête,
00:56:13et c'est comme un ouvre.
00:56:14C'est comme je suis en fait, c'est devenu un place que je connais tellement intimately.
00:56:24Je peux voir ce monde, je peux toucher ça.
00:56:33Je peux voir Darcy.
00:56:37Wow, Amanda !
00:56:40Now, where was I ?
00:56:46Petite mise en bouche pour ce fantasme de Jane Austen.
00:56:51On voit qu'il y a une dimension presque climatique, on dirait en anglais,
00:56:56quand elle se sent investie de ce monde de Jane Austen.
00:57:02Dans Lost in Austen, Pride and Prejudice devient littéralement un livre dont on est le héros,
00:57:09ce type de littérature qui a commencé à être assez populaire dans les années 80.
00:57:13C'est-à-dire, tout à coup, à travers ce personnage de Amanda,
00:57:18on imagine la manière dont on pourrait avoir un impact direct sur cette histoire
00:57:23et surtout, on a ce fantasme de perception sensorielle de ce monde fictionnel.
00:57:32Ce qui est intéressant, parce que dans les romans de Jane Austen, il y a assez peu de corps,
00:57:36il y a assez peu de détails sensoriels, justement.
00:57:41Très peu de descriptions, très peu de mentions du corps.
00:57:44Tout est, en général, filtré par la perception des différents personnages.
00:57:49Alors que la mini-série révèle quelque chose qui est flagrant dans la réception austenienne,
00:57:54c'est-à-dire l'envie de ressentir ce que c'était à l'époque.
00:57:58On ne compte plus le nombre de Jane Austen parties, de recréations, en fait, de situations austeniennes,
00:58:09de balles régences où on est censé arriver en costume avec le bon chapeau, les gants, etc.
00:58:17Le plaisir aussi de recréer les danses de l'époque pour comprendre un petit peu les relations sociales.
00:58:25Donc, une dimension très phénoménologique, pour utiliser un mot sérieux,
00:58:31dans notre relation à ces mondes narratifs.
00:58:36On voit aussi, dans l'Orsten Austen, l'influence des jeux vidéo
00:58:41et de l'interactivité que permettent les jeux vidéo.
00:58:43Plus tard, dans la série, cette séquence, la fantasmée, qui se passe dans sa tête, en fait.
00:58:48On voit que ça se passe dans sa tête parce qu'il y a du flou,
00:58:50parce qu'il y a des éclairages qui sont totalement irréalistes.
00:58:53Aussi, parce que ces fantasmes sont les nôtres.
00:58:56On a l'impression de reconnaître des scènes de films.
00:58:59Ce ne sont pas des scènes de films austeniennes,
00:59:02mais ce sont des sortes de pastiches de scènes de films qu'on a pu voir,
00:59:07de Joe Wright, de la série BBC, etc.
00:59:10Plus tard dans la série, le personnage de Amanda ira jusqu'à demander à Darcy
00:59:14de plonger dans le lac, en fait, et de sortir avec sa chemise collée au corps.
00:59:19Et elle lui dira qu'elle est en train de vivre un drôle de moment post-moderne à ce moment
00:59:25-là.
00:59:26Donc, l'Orsten Austen joue beaucoup avec tous ces filtres intermédiaires, en fait,
00:59:30qui ont constitué notre imaginaire austenien au fur et à mesure.
00:59:34Ça s'intègre aussi dans une lignée de films qui s'intéresse plus à notre relation aux œuvres
00:59:42que à recréer ses œuvres elles-mêmes.
00:59:45Dans la lignée, par exemple, de Looking for Richard, de Al Pacino,
00:59:49qui est sortie en 1996, qui adapte en quelque sorte Richard III,
00:59:53mais qui est constamment en train de réfléchir à pourquoi on s'intéresse à Richard III aujourd'hui,
00:59:58à travers des interviews, etc.
01:00:00C'est ce que fait aussi Michael Winterbottom dans son adaptation de Tristram Shandy,
01:00:06autre grand classique du 18e anglais, qui s'appelle A Cock and Ball Story,
01:00:10qui est un roman longtemps réputé inadaptable.
01:00:14Et donc, il va faire un film sur le fait de faire un film qui est adapté de Tristram Shandy,
01:00:19et le fait qu'on n'y arrive jamais.
01:00:20Ce qui est intéressant, puisque le roman lui-même est un roman sur le fait qu'on n'arrive jamais
01:00:24à écrire l'histoire de sa propre vie.
01:00:28Donc, on voit ici cette espèce de feuilleté assez complexe de référence,
01:00:36et d'insistance, encore une fois, sur le sensoriel.
01:00:41Plus tard dans la série, on aura des gros plans sur les assiettes quand ils sont en train de manger,
01:00:46pour avoir une idée de à quoi ça ressemble, cette nourriture.
01:00:50À un moment donné, elle a besoin de se laver les dents.
01:00:52Et la famille Bennett lui montre une espèce de petit plateau avec des brindilles, du sel et de la craie.
01:01:00Donc là, en général, après, on va googler sur comment est-ce qu'on se laver les dents au XVIIIe
01:01:04siècle.
01:01:06Donc, c'est cette idée de réalité de ce monde fictionnel qui m'intéresse ici,
01:01:12dans notre réflexion sur les actualisations, en fait, des différentes histoires austeniennes,
01:01:18dans cette volonté d'identification absolue avec le monde fictionnel.
01:01:27Alors, pour conclure, ce qui m'a intéressée aujourd'hui, bien sûr, c'est le fait que ces adaptations montrent,
01:01:41certes,
01:01:41l'universalité de ces romans, de ces histoires, de ces personnages, mais aussi la fascination grandissante qu'on ressent
01:01:48par rapport, non seulement à ces histoires, non seulement à ces personnages, à ces textes ou à ces œuvres,
01:01:54mais par rapport à notre propre fascination pour ces histoires.
01:01:58Et c'est quelque chose, je trouve, qui a évolué depuis le moment où j'ai fait ma thèse,
01:02:04avec une plus grande diversité, encore une fois, des types d'adaptations, une volonté constante de faire ces variations sur
01:02:12un thème
01:02:12en fonction des différents contextes très, très variés.
01:02:16Et ce qui m'a frappée aussi, c'est que ça suscite beaucoup moins de réactions.
01:02:21Quand j'écrivais ma thèse, enfin, jusqu'en 2003, on ne va pas dire quand est-ce que j'avais
01:02:26commencé,
01:02:28il y avait beaucoup de réactions très, très, très radicales, en fait.
01:02:32Il y avait beaucoup de gens qui trouvaient ça dommageable, ces adaptations qui ne faisaient pas comme on devrait,
01:02:39elles trahissaient Jane Austen, elles abétissaient les histoires.
01:02:44Et donc, il y avait pas mal d'écrits assez amers, notamment provenant de critiques austéniens.
01:02:53Or, aujourd'hui, je trouve qu'il y a beaucoup moins ça, en fait.
01:02:57Ça suscite moins de réactions.
01:02:59Alors, je me suis posé la question, pourquoi ?
01:03:02Pourquoi il y a moins de passion, finalement, dans la manière de réagir à ces adaptations ?
01:03:08Je pense que c'est lié à une certaine érosion des hiérarchies culturelles,
01:03:11ce que je trouve extrêmement bien.
01:03:14et beaucoup plus de passerelles, en fait, avec ce qu'on a longtemps considéré comme la culture d'élite et
01:03:21la culture de masse.
01:03:22En anglais, on dit high-brow et low-brow culture, qui s'érode quand même radicalement,
01:03:28notamment aussi avec l'ère numérique.
01:03:32Mais c'est peut-être aussi lié à une forme de dilution de contenu.
01:03:35C'est-à-dire qu'on a de moins en moins d'orsten communs, peut-être.
01:03:40Alors, ça reviendra peut-être avec la série Netflix, puisque Netflix est encore une plateforme qui essaye de s'adresser
01:03:48à un vaste public.
01:03:49On verra.
01:03:53Voilà, une petite baisse de passion, quand même, dans la réception.
01:03:59Mais néanmoins, il me semble que ce mélange des genres, des contextes, qui caractérisent toutes ces actualisations,
01:04:08renforce encore cette ouverture du public austénien potentiel.
01:04:12Le fait que de transposer dans un nouveau genre, dans un nouveau contexte, va amener des nouveaux publics, des nouveaux
01:04:20lecteurs et lectrices, je l'espère.
01:04:23Et de nouveau, voilà, encore une fois, une rencontre entre différents types de cultures.
01:04:31D'ailleurs, Kandu Conan, c'est sans doute ce qui a conduit Rajiv Menon, le réalisateur,
01:04:36à être invité au British Council de Madras pour présenter son film.
01:04:42Et puis, voilà, il est programmé au Forum des images, plus de 20 ans plus tard.
01:04:48Donc, Jane Austen, c'est quand même une extraordinaire passeuse entre les cultures aujourd'hui.
01:04:55Et ses textes se prêtent, il me semble, magnifiquement bien à de telles recréations,
01:05:00parce qu'ils ont ce potentiel d'adaptabilité, aussi ce potentiel cinématographique,
01:05:06notamment parce qu'ils laissent une place essentielle à l'initiative, à l'imagination, à l'intelligence des lectrices et
01:05:13des lecteurs.
01:05:14Parce qu'il y a beaucoup de creux du texte, beaucoup d'indirection, d'ouverture, d'ironie, encore une fois,
01:05:25qui peut être interprétée d'une manière ou d'une autre.
01:05:28Également, ce dont je parlais, le minimalisme de ces descriptions, là aussi, laisse énormément d'ouverture.
01:05:34On a beaucoup d'ambiguïté aussi, de paradoxes, beaucoup de refus du simplisme ou de l'explication.
01:05:40Donc, tous ces creux du texte, en quelque sorte, appellent nécessairement une forme de désir,
01:05:45désir de combler ces creux sous différentes formes.
01:05:48Et nécessairement aussi une forme de frustration, quand ces creux sont comblés, en quelque sorte.
01:05:53D'où cette volonté de retourner constamment au texte et d'en fournir de nouvelles adaptations.
01:06:00Donc, voilà, ces adaptations qui ont longtemps été étudiées dans une logique de manque,
01:06:06sont peut-être passées dans une logique aujourd'hui de surplus par rapport au texte.
01:06:11Elles ne constituent certes pas des appauvrissements ou des profanations,
01:06:15mais plus des enrichissements, comme toute interprétation, de toute façon.
01:06:20Merci et je suis ouverte pour toute discussion, toute question.
01:06:23Merci.
01:06:24Merci.
01:06:24Merci.
01:06:26Merci.
01:06:27Merci.
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01:06:28Merci.
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