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Sylvette Baudrot a toute sa vie exercé un métier de l'ombre au cinéma : scripte. À 96 ans, et 70 années d'activité à servir des réalisateurs comme Alfred Hitchcock, Laurel et Hardy, Jacques Tati ou encore Alain Resnais, Sylvette perd progressivement son principal outil de travail : sa mémoire.
Séance Actu en présence de Sylvette Baudrot, Ayoub Bougria, Aurore Moutier, Sophie Audier et Carole Desbarats.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.
Un lieu, toutes vos envies.
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00:00:01...
00:00:08Bonsoir à toutes et tous.
00:00:10Merci beaucoup d'être là pour parler d'un objet un peu étrange,
00:00:14quand même, d'une expérience, d'une époque aussi,
00:00:17qui est à la fois complètement la nôtre, d'un certain point de vue,
00:00:22et radicalement étrangère à ce qu'on vit.
00:00:24C'est vraiment si loin, si proche.
00:00:26Il y a pile un quart de siècle, il n'y a pas de suspens,
00:00:29celui-là pour vous parler de Love Story, plutôt la première version,
00:00:33qui était l'adaptation de l'émission néerlandaise Big Brother,
00:00:35qui fait partie de ce qu'on appelle aujourd'hui la télé-réalité d'enfermement.
00:00:42Soit, là, dans ce cas-là, 11 personnes, célibataires, 5 filles et 6 garçons,
00:00:46me semble-t-il, qui vivaient ensemble dans une maison décorée par Ikea.
00:00:50C'est vraiment la vérité, ils avaient un contrat.
00:00:52Et jouaient à la vraie vie devant des caméras qui les filmaient sans discontinuer.
00:00:58Il y a eu une seconde saison, mais la première, c'est déjà beaucoup.
00:01:01L'émission a surgi, c'est vraiment le mot à mes yeux, sur M6, mais aussi sur le câble.
00:01:05On y reviendra.
00:01:06C'était le 26 avril 2001.
00:01:08Elle s'est terminée, la même date que se terminera le cycle vérité et mensonge,
00:01:11c'est-à-dire le 5 juillet de 2001.
00:01:14Elle a été la première émission vraiment populaire de télé-réalité dans notre pays.
00:01:19Un trimestre à peine, mais un trimestre qui donnait le sentiment d'une longue crise collective,
00:01:23à la fois excitée et outrée, d'un examen des polarités françaises, en général entre le haut et le bas,
00:01:29d'une projection généralisée d'intimité, qu'on a appelée aussi l'extimité,
00:01:35d'un tour de passe-passe entre vérité et mensonge, d'un changement assez net,
00:01:38mais aussi un peu confus dans notre rapport aux images,
00:01:41avec un mélange de cynisme et d'une certaine innocence qu'il fallait bien chercher.
00:01:47Pour ma part, j'ai aimé Love Story d'une certaine manière et dans certaines conditions que je vais essayer
00:01:52d'exposer
00:01:52et qui m'ont valu pas mal de haussement d'épaule, voire un peu plus,
00:01:56principalement de la part des personnes qui ne regardaient pas, mais pas seulement, il faut le reconnaître.
00:02:01En 2001, comme l'a dit Élise, j'étais dans la rédaction des Cahiers du Cinéma,
00:02:05où on a été plusieurs à défendre le Loft, même si ce n'était pas l'ensemble de la revue,
00:02:10mais j'y reviendrai.
00:02:10Et je l'espère moins pour jouer aux anciens combattants que pour essayer d'éclairer ce que l'émission a
00:02:14déclenché dans la cinéphilie,
00:02:16puisqu'on est quand même dans un lieu a priori de cinéma et c'est un peu de ça dont
00:02:19on va parler.
00:02:20Mais d'abord, on peut dézoomer un peu pour celles et ceux qui étaient trop jeunes
00:02:24ou qui ont réussi à se calfeutrer sans allumer la télé au printemps 2001.
00:02:27Je rappelle que le Loft a réuni à ce moment-là à peu près deux tiers des 15-25 ans
00:02:31devant leurs écrans,
00:02:33mais aussi la moitié de celles qu'on appelait alors les ménagères,
00:02:37à partir desquelles était fixé le prix de la publicité.
00:02:40L'émission a fait trois fois la une du Monde, deux fois celle de Libération
00:02:45et de bien d'autres journaux comme L'Express, Le Parisien, enfin il y en a plein.
00:02:50Télérama a titré « Tout ce que vous auriez voulu ne pas savoir sur Loft Story ».
00:02:55Comme s'il ne fallait pas vraiment y toucher, mais en parler quand même.
00:02:58C'était plus qu'un emballement minute, ça a vraiment duré plusieurs mois,
00:03:02pour remonter jusqu'à la classe politique qui s'est exprimée,
00:03:04en général pour ne pas rater le train du contemporain et de la jeunesse.
00:03:08Sauf que je dois dire que cette idée du phénomène, qu'on me parle d'un phénomène de foire,
00:03:13ce n'est pas forcément celle qui m'intéresse, j'y reviendrai, mais plutôt comme un ensemble de symptômes,
00:03:18parce que Loft Story se jouait ailleurs à mes yeux.
00:03:20L'émission a eu pour moi cette capacité à créer une étrangeté,
00:03:24c'est un des premiers mots que j'ai employés ce soir et c'est vraiment ce qui m'a
00:03:26frappé.
00:03:27J'y voyais un rapport à la durée, une façon de mêler des archétypes et de les détruire en même
00:03:32temps,
00:03:33une expérience de pop culture et de spectateurs qui dépassaient les frontières habituelles de la télévision,
00:03:39même de la fiction en général.
00:03:41C'est une période de toute façon assez créative pour le petit écran,
00:03:44notamment du côté des séries.
00:03:45En 2001, c'est en même temps que Loft, on a à l'antenne à la fois les Sopranos,
00:03:50Oz, à la Maison Blanche, 24 heures chrono, c'est le début d'Alias,
00:03:54et le tout début de Six Feet Under.
00:03:57L'arrivée de l'émission s'est donc faite dans un contexte où on ne regardait déjà plus le petit
00:04:00écran exactement du même oeil.
00:04:03Alors on ne se trouvait pas devant un objet d'art, au sens le plus évident du terme,
00:04:06puisque rien dans les intentions de production de Loft Story ou dans les conditions de sa réception
00:04:11n'était artistique, en tout cas a priori.
00:04:13En même temps, l'histoire des formes du XXe siècle de Marcel Duchamp à Warhol,
00:04:18qui peignait des boîtes de concert, qui filmait des hommes et femmes,
00:04:21qui proclamaient super stars,
00:04:24tout ça nous avait en quelque sorte préparé à regarder dans le banal,
00:04:27parfois dans le trivial, pour y déceler un moment artistique.
00:04:31C'est une question qui se pose à la marge et qui percute des principes,
00:04:35des valeurs et parfois une morale.
00:04:36Je me souviens d'un texte de Thierry Jousse,
00:04:39qui était paru juste avant la seconde saison du Loft en mars 2002,
00:04:42qui s'appelait « De la vie des marionnettes ».
00:04:44Donc une référence à un téléfilm, je précise, de Bergman,
00:04:47qui était tournée en Allemagne en 1980,
00:04:50et il écrit cette phrase qui exprime de façon un peu plus concise
00:04:53ce que je viens de dire.
00:04:54« Loft story n'est pas de l'art, mais il touche à des formes
00:04:57qui concernent directement l'art ».
00:04:58C'est une manière aussi de pointer ce que je considère
00:05:01comme une idée importante, c'est-à-dire le caractère hybride
00:05:03de Loft story, sa polysémie fondamentale,
00:05:06sa nouveauté également, qui pouvait ressembler à une espèce de fourre-tout.
00:05:10Jousse l'a résumé, je le cite à nouveau.
00:05:12« Qu'est-ce que le Loft, donc ? »
00:05:14« L'entreprise, la société, un porno, une installation,
00:05:19un parc d'attractions, une sitcom, un site internet,
00:05:23une surprise partie, il y en a encore cinq,
00:05:25un laboratoire de clonage, un camp d'entraînement,
00:05:28un club med, une agence de casting,
00:05:30un précipité en temps réel, un panel sociologique,
00:05:34une utopie perverse, une œuvre d'art conceptuelle,
00:05:37un film de campus. »
00:05:39C'est-à-dire « moi, vous, nous »,
00:05:41puisqu'ici, c'est le regardeur qui fait le tableau.
00:05:44Donc là, Jousse, il en revient évidemment à Duchamp
00:05:45et à sa fameuse phrase qui a été prononcée en 1965.
00:05:50Il a aussi expliqué dans un entretien en 1960,
00:05:53Duchamp, « L'œuvre d'art exige deux pôles,
00:05:56j'attache même plus d'importance au regardeur qu'à l'artiste. »
00:06:00On se conviendra que c'est assez pratique ici,
00:06:02même si dans Love Story, d'une certaine façon,
00:06:04il manque un côté, puisqu'il n'y a pas d'auteur.
00:06:06C'est une notion que j'aimerais évoquer un peu plus tard.
00:06:09Mais ce qui m'a traversé d'abord,
00:06:11c'est le sentiment assez fort que personne ne regardait
00:06:14Love Story du même endroit.
00:06:16Il y a un surgissement, la France secouée
00:06:18par un phénomène que tout le monde regarde,
00:06:20mais que personne ne regarde de la même façon.
00:06:22Comme si, face au mur d'images du Loft,
00:06:25se dressait un mur de regard complètement disparate.
00:06:28Je relate mon expérience,
00:06:30ce sentiment d'être saisi par le programme
00:06:32et de ne pas me sentir du tout proche
00:06:34de ce que j'appellerais une critique post-Guy Debord,
00:06:36des images, qui étaient représentées à l'époque,
00:06:38par exemple, par David Dufresne,
00:06:40qui a fait une chronique quotidienne sur le Loft,
00:06:43dans Libération, basée sur, je dirais,
00:06:45l'ironie et la distance morale.
00:06:47Plutôt moralisante que morale.
00:06:49Personnellement, si j'ai été pris par surprise,
00:06:51c'est que je n'avais jamais regardé plus de 5 minutes
00:06:53de perdu de vue,
00:06:54ou de ce qu'on appelait la trash TV,
00:06:56la télé poubelle.
00:06:57J'aimais le sport,
00:06:58comme un flux assez émouvant.
00:07:00J'avais vu que Serge Danais,
00:07:01le critique,
00:07:02écrivait sur le tennis à la télévision,
00:07:04mais pas plus.
00:07:05Et pourtant, j'ai regardé le Loft,
00:07:07presque envers et contre tout,
00:07:08dès le premier soir.
00:07:10Alors, je vais essayer de dire comment et pourquoi,
00:07:11mais aussi de dresser une sorte de bilan
00:07:14de cet objet qui serait probablement
00:07:15rentré dans les mythologies de Barthes.
00:07:18Le thème du cycle qui nous occupe là,
00:07:20ce soir, c'est l'art du mensonge,
00:07:21nous aiguille dans une direction
00:07:23qui occupe tout l'espace du Loft.
00:07:24La question des personnes et des personnages,
00:07:27celle de la dimension écrite,
00:07:28entre parenthèses,
00:07:29de ce qui se jouait à l'image
00:07:30contre les faits de vérité
00:07:31des situations quotidiennes.
00:07:33On voyait les candidats du jeu
00:07:34vaquer à leurs occupations
00:07:36sans qu'il ne se passe rien de particulier.
00:07:38Mais aussi, il y a l'argument publicitaire de M6
00:07:40qui parlait de fiction vraie.
00:07:43Aujourd'hui, revoir ou revoir Love Story,
00:07:46c'est aussi la replacer dans l'histoire des images,
00:07:48notamment venues du cinéma,
00:07:49et utiliser les outils qui s'offrent à nous,
00:07:52comme par exemple ceux du féminisme
00:07:53et notamment la critique du gaze.
00:07:56En général, on parle de...
00:07:57C'est une façon américaine ou anglaise
00:08:00de dire le regard.
00:08:01En général, on parle du male gaze,
00:08:03mais cette notion de gaze, en général,
00:08:07une autre façon de nommer le regard
00:08:08en lui conférant une force qui objectifie,
00:08:11c'est pertinent, je pense,
00:08:12de la déconstruire un peu
00:08:13pour évoquer le loft.
00:08:15On a souvent dit que le loft
00:08:16marquait une origine,
00:08:17comme c'était le point de départ
00:08:19de notre ère de l'exhibition de soi,
00:08:21les réseaux, etc.
00:08:26Et ce n'est pas faux,
00:08:27mais malgré soi,
00:08:28j'y vois moins un début qu'une fin.
00:08:29Parce qu'en fait,
00:08:30tout s'est transformé à partir de ce moment-là.
00:08:32On peut même parler de mutation,
00:08:33parce que maintenant,
00:08:34en ce qui concerne la télé-réalité,
00:08:36il y a des candidats et des candidates
00:08:37qui sont plutôt des professionnels.
00:08:39Et les influenceurs des réseaux
00:08:42revendiquent leur capacité d'agir.
00:08:45Ils et elles ne partagent plus vraiment
00:08:46le pouvoir avec d'autres.
00:08:47Laure, Kenza, Stevie et leurs camarades
00:08:49ont plutôt essuyé les plâtres.
00:08:52La télé-réalité,
00:08:53elle reste extrêmement produite
00:08:54et regardée à travers le monde.
00:08:55Et pourtant, le loft demeure une exception.
00:08:58Après cette émission,
00:08:59il se trouve que j'ai assez peu regardé
00:09:01la télé-réalité,
00:09:02sauf peut-être récemment
00:09:03la première saison de Frenchy Shore,
00:09:05qui a valu quand même une remarque
00:09:06de la ministre de la Culture, je crois,
00:09:08ou Drag Race,
00:09:09qui me semble avoir inventé
00:09:10une forme de spectacle assez saisissante.
00:09:13Mais cela dit,
00:09:14c'est plus si fort,
00:09:15à mes yeux en tout cas.
00:09:17Il reste finalement peu de traces du loft,
00:09:19même si le décès de Lohana Petrucciani,
00:09:22sur lequel je reviendrai en fin de conférence,
00:09:24a ravivé les feux médiatiques.
00:09:26J'ai cherché à revoir
00:09:29pas mal d'émissions quotidiennes,
00:09:30et ce n'est pas si simple, en fait.
00:09:31J'ai voulu aussi retrouver
00:09:33la version 24-24,
00:09:34c'est-à-dire qu'on pouvait regarder
00:09:35toute la nuit, toute la journée,
00:09:37si on voulait, le loft,
00:09:38en s'abonnant à TPS,
00:09:39et ça reste extrêmement peu visible.
00:09:42C'était peut-être irregardable,
00:09:43selon certains,
00:09:44mais c'est devenu invisible.
00:09:46Au fond, c'est presque une archéologie
00:09:47que je vous propose,
00:09:49qui pourrait commencer
00:09:50avec ce premier extrait
00:09:51qui est pris quasiment au hasard
00:09:53de ce que j'ai pu trouver,
00:09:54de la version 24 heures sur 24.
00:09:56Nous sommes vers le début du loft,
00:09:58ça doit être les derniers jours d'avril
00:10:00ou début mai 2001.
00:10:02Il est assez tard,
00:10:03disons qu'on en regarde
00:10:04environ 2-3 minutes.
00:10:07Connexion avec le loft ?
00:10:27Sous-titrage Société Radio-Canada
00:10:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:10:59Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:59Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:31Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:32Je propose peut-être qu'on laisse
00:12:33les images en fond
00:12:34pendant que je parle,
00:12:35si ça ne vous dérange pas,
00:12:37parce que finalement,
00:12:38c'est assez fidèle
00:12:39à ce que le loft
00:12:39pouvait représenter
00:12:40comme expérience
00:12:41dans certaines dispositions,
00:12:43et donc je vous l'offre.
00:12:45On pouvait rentrer
00:12:46le soir chez soi
00:12:47et si on était abonné,
00:12:48allumer la télévision
00:12:49pour voir ça.
00:12:51Alors là,
00:12:51c'est une nuit assez calme
00:12:52qui ressemblait
00:12:53peut-être au nôtre.
00:12:54À d'autres moments,
00:12:56c'était beaucoup plus animé,
00:12:58collectif, festif.
00:12:59À l'époque,
00:13:01je vais partir sur un truc
00:13:02très différent,
00:13:03Seinfeld venait de se terminer,
00:13:04enfin en 98.
00:13:05Je parle de la sitcom américaine
00:13:07co-créée par Larry David
00:13:08et Jerry Seinfeld,
00:13:09et l'un des arguments
00:13:10pour mettre en avant
00:13:10cette série et son génie comique,
00:13:12y compris publicitaire d'ailleurs,
00:13:14c'était de dire
00:13:15« It's a show about nothing ».
00:13:17C'est une série sur rien.
00:13:19Cette comédie
00:13:20aux confins de l'absurde
00:13:21surfait sur le rien
00:13:22comme une matière de base,
00:13:23et tout le monde était content.
00:13:24Il y avait évidemment
00:13:25une part de mauvaise foi,
00:13:26puisque même le rien comique
00:13:28demande du travail,
00:13:29beaucoup de travail même.
00:13:30Mais c'était ça le socle,
00:13:32le rien,
00:13:32c'est-à-dire une forme de quotidien.
00:13:34Il y a une scène vraiment géniale
00:13:36dans la quatrième saison
00:13:37où Jerry et George,
00:13:38qui sont deux des personnages principaux,
00:13:40vont essayer de vendre
00:13:40une série à NBC.
00:13:42En fait, la série dans laquelle
00:13:44leurs personnages
00:13:44sont déjà en train de jouer.
00:13:46Jerry fait du stand-up,
00:13:48George a envie d'écrire,
00:13:49ils ont cette idée fixe.
00:13:50Il ne doit absolument rien
00:13:52se passer dans cette série.
00:13:54Enfin, surtout George,
00:13:55qui est à fond sur la question,
00:13:56il dit,
00:13:56c'est comme la vie,
00:13:57vous mangez,
00:13:58vous allez faire du shopping,
00:13:58vous lisez,
00:13:59vous mangez,
00:13:59vous lisez,
00:14:00vous allez faire du shopping.
00:14:01Et ça n'en finit pas.
00:14:02Il continue comme ça.
00:14:04Le responsable de la chaîne
00:14:04lui demande,
00:14:05quelle est l'histoire ?
00:14:06Et là,
00:14:07vraiment,
00:14:07il répond en hurlant,
00:14:08no stories !
00:14:10Pas d'histoire.
00:14:12Mais alors,
00:14:12pourquoi je regarderais ?
00:14:13Il répond le type,
00:14:14et George,
00:14:15imperturbable,
00:14:15parce que ça passe à la télé.
00:14:19On peut voir une démonstration
00:14:20de cynisme un peu méta,
00:14:21mais je trouve au contraire
00:14:22que ça aide à se laver
00:14:23un peu du type d'attente
00:14:24qu'on pourrait avoir
00:14:25par rapport à une expérience visuelle
00:14:26où la question du vide
00:14:27et comment il se remplit
00:14:28paraît importante.
00:14:30C'est très aléatoire
00:14:31la manière dont ce vide
00:14:32se remplissait devant Love Story.
00:14:34Sur l'extrait actuel,
00:14:36on peut se demander
00:14:37ce que Jean-Edouard,
00:14:38d'ailleurs,
00:14:38il est parti, là,
00:14:39je vois.
00:14:40On peut se demander
00:14:41ce que Jean-Edouard
00:14:42a lu pendant toutes ses minutes.
00:14:44On peut penser à autre chose,
00:14:45on peut faire autre chose,
00:14:46la preuve.
00:14:47On peut occuper l'espace
00:14:48et le temps différemment.
00:14:50Et bientôt,
00:14:51il y aura un plan,
00:14:51vous allez voir,
00:14:52de caméras infrarouges
00:14:53dans le dortoir.
00:14:54Et ce sera encore plus aride
00:14:55que cette année maintenant.
00:14:58J'ai lu les commentaires
00:14:59sous la vidéo YouTube.
00:15:00L'un des internautes
00:15:01a quand même pris le temps
00:15:02d'écrire.
00:15:03C'est dommage,
00:15:03c'est 45 minutes de dodo.
00:15:06Et en effet,
00:15:07on ne peut pas le contredire.
00:15:09On peut voir
00:15:10que la logique déflationniste
00:15:12du loft,
00:15:13dans cette version-là,
00:15:13en tout cas,
00:15:14celle du 24-24,
00:15:15partait sur des bases
00:15:16assez radicales.
00:15:17Dans mon rapport personnel
00:15:19aux images,
00:15:19j'ai tout de suite pensé
00:15:21à Andy Warhol,
00:15:23l'artiste et cinéaste
00:15:24qu'on associe au pop art.
00:15:25J'aurais pu évoquer
00:15:26son film Sleep de 1964
00:15:28où il cadre le poète
00:15:30John Giornio
00:15:30dans son sommeil
00:15:31pendant plusieurs heures.
00:15:35en répétant des boucles
00:15:36comme ça.
00:15:37Le film n'a pas de durée fixe
00:15:38et il dépendait
00:15:39de la vitesse de projection.
00:15:41Mais c'est presque
00:15:41trop travaillé.
00:15:43Les axes de vue changent
00:15:44pas mal
00:15:45et on peut déceler.
00:15:46D'ailleurs,
00:15:46c'est très beau.
00:15:47une puissance picturale
00:15:48qui rappelle
00:15:48la peinture classique
00:15:49chez Warhol.
00:15:51Il y a aussi
00:15:52un autre film de Warhol,
00:15:53Empire,
00:15:54que là,
00:15:54c'est 8 heures
00:15:55sur l'Empire State Building
00:15:57du coucher du soleil
00:15:58jusqu'à la nuit noire.
00:16:00Il était assisté
00:16:01par Jonas Mekas
00:16:02ce jour-là
00:16:02et c'est l'un des plus
00:16:03beaux plans fixes
00:16:04de l'histoire du cinéma,
00:16:05l'un des plus longs aussi.
00:16:06Je crois que c'est 8 heures.
00:16:08Mais je préfère
00:16:09utiliser une autre image
00:16:12de Warhol
00:16:13qui n'a pas été
00:16:13directement pensée par lui
00:16:15comme s'il fallait
00:16:16préférer la copie
00:16:17à l'original
00:16:18pour rester Warholien.
00:16:20C'est un texte
00:16:20de Pierre-Yves Gé
00:16:21qui est paru
00:16:22dans la version numérique
00:16:22du Vanity Fair
00:16:23français.
00:16:25Je remercie d'ailleurs
00:16:26Audrey Fournier
00:16:27de l'avoir dégoté
00:16:28pour moi
00:16:29qui a attiré
00:16:31mon attention
00:16:31sur ce court-métrage.
00:16:32Le texte,
00:16:33lui, date de 2016
00:16:34et il pose la question
00:16:35de savoir si Love Story
00:16:36a été, je cite,
00:16:37le dernier film
00:16:38de la nouvelle vague.
00:16:40Carrément.
00:16:41Je comprends que vous riez
00:16:42effectivement
00:16:43mais pourquoi pas
00:16:44parce que l'auteur parle
00:16:45de l'art du dialogue vain
00:16:46en référence à Romer
00:16:47de l'improvisation
00:16:48comme une base commune
00:16:49mais c'est une référence
00:16:51à l'ennui Warholien
00:16:52qui m'a apparu
00:16:52la plus proche
00:16:53de ma façon de voir.
00:16:55Je vais vous montrer
00:16:57un petit court film
00:16:59de 4 minutes et quelques
00:17:00qui s'appelle
00:17:01Le dîner de la star.
00:17:02Le titre original
00:17:04est plus fidèle
00:17:05à ce qui se passe réellement.
00:17:06c'est Andy Warhol
00:17:08eats a hamburger.
00:17:10Ça a été réalisé
00:17:11en 1982
00:17:11par le Norvégien
00:17:12Jürgen Lett
00:17:13qui a demandé
00:17:15à Warhol
00:17:15de s'asseoir
00:17:16face à lui
00:17:16pour manger.
00:17:19On va quitter
00:17:20le loft
00:17:20quelques instants.
00:17:21On y reviendra.
00:17:221
00:17:261
00:17:272
00:17:291
00:17:302
00:17:331
00:17:341
00:17:431
00:17:55C'est un peu comme ça.
00:18:20C'est un peu comme ça.
00:18:46C'est un peu comme ça.
00:19:14C'est un peu comme ça.
00:19:47C'est un peu comme ça.
00:20:17C'est un peu comme ça.
00:20:56C'est un peu comme ça.
00:21:14C'est un peu comme ça.
00:21:14C'est un peu comme ça.
00:21:15C'est un peu comme ça.
00:21:15C'est un peu comme ça.
00:21:16C'est un peu comme ça.
00:21:17C'est un peu comme ça.
00:21:17C'est un peu comme ça.
00:21:19C'est un peu comme ça.
00:21:20C'est un peu comme ça.
00:21:21C'est un peu comme ça.
00:21:21C'est un peu comme ça.
00:21:22C'est un peu comme ça.
00:21:22C'est un peu comme ça.
00:21:55C'est un peu comme ça.
00:22:49un peu comme ça.
00:22:52un peu comme ça.
00:23:22C'est un peu comme ça.
00:24:02et un peu comme ça.
00:24:23qui est un peu comme ça.
00:24:52Il manque le son.
00:24:54Il manque un peu comme ça.
00:24:59Il manque un peu comme ça.
00:25:03Il manque un peu comme ça.
00:25:06On prend l'antenne quand Laure regrette le départ d'un garçon.
00:25:33C'est un peu comme ça.
00:25:52C'est un peu comme ça.
00:26:07C'est un peu comme ça.
00:26:19C'est un peu comme ça.
00:26:20C'est un peu comme ça.
00:26:51C'est un peu comme ça.
00:27:04C'est un peu comme ça.
00:27:18C'est un peu comme ça.
00:27:30C'est un peu comme ça.
00:27:40C'est un peu comme ça.
00:28:10C'est un peu comme ça.
00:28:15C'est un peu comme ça.
00:28:31qui est un peu comme ça.
00:28:44qui est un peu comme ça.
00:28:51qui est un peu comme ça.
00:28:57C'est un peu comme ça.
00:29:04qui est un peu comme ça.
00:29:08C'est un peu comme ça.
00:29:12C'est un peu comme ça.
00:29:30C'est un peu comme ça.
00:29:36C'est un peu comme ça.
00:29:41C'est un peu comme ça.
00:29:45C'est un peu comme ça.
00:29:49C'est un peu comme ça.
00:29:55C'est un peu comme ça.
00:30:04que ça n'était comme ça.
00:30:05« Ce n'était pas grave que ça »
00:30:06Ses gosses savaient très bien gérer la caméra.
00:30:09Ils se jouaient du regard caméra et du hors-champ italiano
00:30:11écrivait avec l'objectif leurs propres scénarios
00:30:14les alliances et les renversements
00:30:16et un peu plus loin il ajoute
00:30:17j'ai jamais cru à la thèse du loft
00:30:20c'est écrit, c'est des acteurs
00:30:22plus que des acteurs, ils étaient pour moi
00:30:24des stars, certains avaient
00:30:26l'étoffe naturelle des grands second rôles du cinéma
00:30:29populaire, d'autres étaient
00:30:30des vedettes de séries télé et puis
00:30:32il y avait Loana qui elle
00:30:34est une star de cinéma
00:30:36on reviendra sur Loana
00:30:37ce qui me frappe ici c'est l'idée d'une émancipation
00:30:40possible, fragile mais possible qui n'a pas
00:30:42du tout, mais vraiment du tout
00:30:44été perçue ou envisagée même
00:30:46les premiers à nier aux habitants
00:30:48du loft leur statut de sujet étaient celles
00:30:50et ceux qui parlaient d'exploitation
00:30:51et ne voulaient voir en elles et en eux que des victimes
00:30:55toute possibilité d'émancipation
00:30:56a été effacée, notamment dans la réception
00:30:58critique de Love Story
00:30:59à laquelle Laurent Achard fait allusion
00:31:01et qui a envahut toutes les strates de la société
00:31:03avec une violence qu'on imagine assez bien aujourd'hui
00:31:06heureusement il n'y avait pas assez de news à l'époque
00:31:07mais en gros la culture du clash est devenue
00:31:10la norme
00:31:11et ça a été quand même assez fou
00:31:13évidemment c'était le droit le plus strict des commentateurs
00:31:16que de commenter et de ne pas aimer Love Story
00:31:19il y a un article scientifique assez pince sans rire
00:31:22du sociologue Gabriel Segret
00:31:23paru en 2009
00:31:24qui a recensé les réactions à la diffusion
00:31:27il a aussi ensuite écrit un livre qui s'appelle
00:31:29Love Story ou la télévision de la honte
00:31:32la télé-réalité exposée au rejet
00:31:35il explique que la brutalité des dénonciations de Love Story
00:31:38était au fond une manière d'exprimer l'idée d'un monde en perdition
00:31:41une vraie angoisse de début du siècle
00:31:44il relève que les accusations d'exhibitionnisme envers les candidats
00:31:47se doublaient d'une accusation de censure contre la chaîne
00:31:50soit on en montrait trop
00:31:51soit on en montrait pas assez
00:31:53on accusait aussi les Love Story d'être des acteurs et des actrices
00:31:56mais on reprochait à la production de les manipuler
00:31:58parce qu'ils et elles étaient des personnes réelles
00:32:02je cite encore Gabriel Segret
00:32:04je le cite d'ailleurs pour la première fois
00:32:06il explique
00:32:06le discours va s'orienter dans le registre médical
00:32:09relation pathologique et perverse entre téléspectateurs et candidats
00:32:14éthique, morale sexuelle, éthique corporelle transgressée
00:32:17et civique, droit à l'intimité bafoué
00:32:21logiquement, il poursuit
00:32:22le monde de la médecine, de la psychanalyse, de la philosophie
00:32:25et le monde religieux se mobiliseront contre les missions
00:32:28et puiseront largement dans ces registres de condamnation
00:32:32Segret relève qu'on va assez vite parler d'interdits, de fantasmes
00:32:35de jeu du cirque, de sadisme, de masochisme
00:32:39et que sur le sujet, l'humanité et le Figaro parleront à l'unisson
00:32:44Jean Baudrillard, dans une tribune publiée par Libé
00:32:47utilise les mots nullité, insignifiance, platitude
00:32:52il évoque, en développant quand même un peu plus que ça
00:32:55je cite, une banalité de synthèse fabriquée en circuit fermé
00:32:59et sous écran de contrôle
00:33:00en cela, dit-il, le microcosme artificiel du loft est semblable à Disneyland
00:33:05qui donne l'illusion d'un monde réel, d'un monde extérieur
00:33:08alors que les deux sont exactement à l'image l'un de l'autre
00:33:12tous les Etats-Unis sont Disneyland
00:33:14et nous sommes tous dans le loft
00:33:16alors d'une certaine manière, pour celles et ceux qui la rejettent
00:33:20l'off story incarne la victoire du ça, des pulsions sans filtre
00:33:24on parle de fascisme rampant
00:33:26et les références au nazisme et au camp de concentration ne sont pas rares
00:33:29dans le monde du 19 mai 2001
00:33:32le philosophe Jean-Jacques Delfour condamne, je cite
00:33:34l'immonde totalitarisme que véhicule ce drancy télévisé
00:33:39satellisé et internétisé
00:33:42imaginé par un Goebbels cathodique
00:33:44dans un article de Marianne
00:33:46il est question d'une colossale tournante
00:33:48par laquelle M6 excite notre jeunesse
00:33:52et enfin
00:33:53David Dufresne compare dans Libération du 10 mai 2001
00:33:55les éliminations dans le loft
00:33:56avec les licenciements
00:33:59qui ont lieu au même moment
00:34:00dans les multinationales Danone et Marks & Spencer
00:34:03voilà un extrait de sa chronique
00:34:05mardi soir, les filles ont fait leur proposition
00:34:07aux téléspectateurs à présent de voter
00:34:09pour savoir qui d'Aziz ou de Jean-Edouard
00:34:11doit être expulsé
00:34:12ce soir l'un des deux partira avec sa valise
00:34:14en direct sur M6
00:34:16en attendant, ils tournent en rond
00:34:18peste, vannes et caméramans
00:34:19cherchent à comprendre
00:34:20c'est le jeu dans le jeu
00:34:22l'autodestruction du groupe
00:34:24juste ici c'était qui aime qui
00:34:27maintenant c'est qui n'aime pas qui
00:34:29précarité, quand tu nous tiens
00:34:31chez Danone ou Marks & Spencer
00:34:33on dégraisse pour engraisser les actionnaires
00:34:35dans Love Story c'est plus subtil
00:34:37ce sont les employés qui s'auto-licencient pour gonfler le DIMAT
00:34:40et le portefeuille de M6
00:34:42la Réal TV
00:34:43une nouvelle manière d'organiser les plans sociaux
00:34:48on parlerait sans doute aujourd'hui de panique morale
00:34:51en observant cette manière d'arrimer la plupart des mots d'une société
00:34:55souvent bien réelle
00:34:56à un objet spécifique qui devient le réceptacle idéal
00:34:59alors évidemment il y a des questions soulevées dans tous ces arguments
00:35:02et en même temps une manière de ne pas voir
00:35:04de ne pas regarder en fait
00:35:06pour certains en tout cas
00:35:08comme une question de principe
00:35:09moi je l'ai vécu de près
00:35:10donc comme le disait Élise Tessarek tout à l'heure
00:35:16une partie de la rédaction dont je faisais partie
00:35:17a placé Love Story dans sa liste des 10 meilleurs films de 2001
00:35:20c'était dans le numéro 564
00:35:22pour les personnes qui veulent aller voir les archives
00:35:25qu'ils ont mis sur le site d'ailleurs depuis l'année dernière
00:35:27alors le résumé n'est pas tout à fait juste
00:35:29de dire qu'il était dans les 10 meilleurs films
00:35:31parce que l'émission a été placée en appendice de la liste
00:35:34de cette année là
00:35:35comme un bonus en fait en quelque sorte
00:35:37dont on ne savait pas trop quoi faire
00:35:38les auteurs et pas beaucoup les autrices
00:35:41étaient encore là dans la vraie liste
00:35:42Milo Landra avait été le film de l'année
00:35:44on trouvait aussi Manuel de Oliveira
00:35:47Jia Zonke
00:35:47Millennium Mambo de Houssia Hossien
00:35:50et donc le Loft
00:35:51en post-cryptum
00:35:52qui a été cité individuellement par 5 rédacteurs et rédactrices
00:35:56dont la personne qui était assise à cette place
00:35:58d'ailleurs la semaine dernière
00:35:59Hélène Frappa
00:36:015 sur 16
00:36:02donc ce n'est pas non plus la majorité
00:36:04mais avec beaucoup de conviction
00:36:06et ce n'était pas vraiment une surprise
00:36:08parce que Erwann Higuinen et moi
00:36:11avions écrit un texte
00:36:12intitulé Pour Love Story
00:36:13dans le numéro de juin 2001
00:36:15donc là vraiment quasiment en direct
00:36:16pendant la diffusion
00:36:17et ce choix symbolique
00:36:19dans l'un des temples de la cinéphilie
00:36:21qui a défendu et incarné la nouvelle vague
00:36:23je le rappelle
00:36:24mais qui a aussi connu sa période Mao
00:36:25dans les années 70
00:36:27a valu à la rédaction des courriers de protestation
00:36:29une micro tempête médiatique
00:36:32à laquelle j'avais dû répondre avec Jean-Marc Lalanne
00:36:34qui était alors co-rédacteur au chef de la revue
00:36:37dans un court texte
00:36:38on expliquait notamment la chose suivante
00:36:41avant de placer Love Story dans notre liste
00:36:43nous avions déjà analysé
00:36:44en quoi l'émission produisait des télescopages passionnants
00:36:47à la croisée du film narratif
00:36:49et de la pure image temps
00:36:50de la comédie sentimentale
00:36:52et des vagabondages du cinéma moderne
00:36:55le Loft avait suscité
00:36:56une importante glose sociologique
00:36:58quand ce n'était pas décrit d'orfraie
00:37:00et il nous avait paru important
00:37:02d'en resituer les enjeux vers le cinéma
00:37:04de le considérer comme une proposition esthétique
00:37:07même à son corps défendant
00:37:09alors bon 25 ans plus tard
00:37:11je pense que distribuer les bons et les mauvais points
00:37:13c'est probablement hors sujet
00:37:14mais à l'époque c'était chaud
00:37:16c'est à dire que
00:37:17j'en terminerai avec cette histoire
00:37:19de la réception du Loft avec un micro secret
00:37:21qui est issu d'un comité de réaction des Cahiers
00:37:23il y a eu beaucoup de discussions houleuses
00:37:26comme dans toutes les rédactions d'ailleurs
00:37:27et notamment sur le désir de certains critiques
00:37:29dont je faisais partie de ne pas parler que des films
00:37:31pour s'intéresser à la télé-réalité
00:37:34parfois à la pornographie
00:37:36mais aussi aux séries
00:37:37c'était peut-être même le plus violent à l'époque
00:37:39il fallait être anti-Loft et anti-Friends
00:37:42jusqu'à ce que quelques cinéphiles
00:37:44voient les Sopranos et là retournent leur veste
00:37:45mais c'est une autre histoire
00:37:48lors d'un comité de réaction
00:37:49une figure historique a fini par lâcher
00:37:51comme pour clore le débat
00:37:52bon écoutez
00:37:53Loana
00:37:54c'est moins pire que Mao
00:37:57ce qui était intéressant à mes yeux
00:37:59et que je revendique toujours
00:38:00c'est qu'un certain rapport au cinéma
00:38:02peut aider à avancer dans la jungle des images
00:38:05ce qui était clair pour moi
00:38:06et qu'il est toujours
00:38:07c'est qu'on pouvait être un spectateur
00:38:09ou une spectatrice de Romer ou d'Ackerman
00:38:10et son souvenir en voyant le Loft
00:38:13non pas pour construire une équivalence
00:38:14mais pour réfléchir à ce que produisent ces images
00:38:17avec une émotion très frontale
00:38:18dans cet entretien à Libé dont je parlais
00:38:21qui est un peu vraiment assez beau
00:38:23Laurent Achard parle de ça
00:38:25notamment à propos du flux 24-24
00:38:27il dit
00:38:27les après-midi d'ennuis devaient être très beaux
00:38:30avec ces plans fixes et cette durée à la Ackerman
00:38:42alors là c'est moi qui reprend la parole
00:38:44personne ne dira que Loana égale Jeanne Dillman
00:38:47on comprend que Jeanne Dillman
00:38:48lavant la vaisselle ou épluchant les pommes de terre
00:38:51elle le faisait sous les yeux d'une grande artiste
00:38:53mais on peut aussi regretter
00:38:55qu'aucun pas de deux n'ait été possible
00:38:56Ackerman a filmé Jeanne Dillman
00:38:59en souvenir des femmes de sa famille
00:39:01et moi j'aurais voulu croire que Loana était de sa famille
00:39:04je sais que ce n'est pas vrai
00:39:05mais j'aurais voulu y croire
00:39:08dans un entretien qui a été donné à Marie-Claude Treilloux
00:39:11qui est une magnifique cinéaste
00:39:13Ackerman a exprimé une idée assez forte
00:39:15elle dit
00:39:16je voulais prendre des images
00:39:18alors elle parle de Jeanne Dillman mais pas que
00:39:20je voulais prendre des images
00:39:21qui dans le cinéma en général font partie des ellipses
00:39:24qui sont les images les plus dévalorisées
00:39:27car il y a une hiérarchie dans les images
00:39:29par exemple un accident de voiture ou un baiser en gros plan
00:39:31c'est plus élevé dans la hiérarchie que faire la vaisselle
00:39:34faire la vaisselle c'est le plus bas
00:39:36surtout de dos
00:39:38je travaille dans les images qui sont entre les images
00:39:41alors entre le loft et les images de cinéma
00:39:43c'est plus une circulation qu'une filiation finalement
00:39:47qui s'est jouée
00:39:48et Loft Story a pu aider à penser
00:39:52Justine Triet dans les cahiers
00:39:54encore une fois mais moi j'y étais plus depuis assez longtemps
00:39:56en 2013 après la révélation de son premier long métrage
00:39:59La bataille de Solferino
00:40:00était interrogée par Florence Maillard et Stéphane Delorme
00:40:03et elle parle du loft
00:40:04sans que personne ne lui demande rien
00:40:06elle dit
00:40:07il y a quelques années j'étais obsédé par l'idée de justesse
00:40:10quand Loft Story est arrivé
00:40:11on était tous en train de se dire
00:40:13les gens sont justes comme on ne l'a jamais vu
00:40:16maintenant on est tellement habitué
00:40:18qu'on ne peut plus se limiter à ça
00:40:19je reviens beaucoup vers l'écriture
00:40:20il faut des choses plus étonnantes
00:40:22cette chose en plus je l'ai trouvée dans la rupture de ton
00:40:26donc on voit bien dans ce que dit Justine Triet
00:40:28que la question n'était pas forcément de faire allégeance au loft
00:40:31mais d'y trouver une matière neuve
00:40:32quitte à pouvoir la remettre en question
00:40:34et ça faisait partie donc pour une jeune cinéaste française
00:40:37des années 2010
00:40:38et futur palme d'or
00:40:39d'un corpus référentiel
00:40:41ce que Triet dans cet entretien
00:40:43elle parle aussi de Weizmann, de Piala, de Cassavetz
00:40:46et cette idée de justesse
00:40:48dont elle parle
00:40:49elle est assez frappante
00:40:49quand il s'agit de parler du loft
00:40:51et au fond Love Story ressemble
00:40:53comme l'a écrit Jean-Sébastien Chauvin
00:40:55au subtil alliage du naturalisme et du théâtre
00:40:58de l'unique et du pluriel
00:41:00le tout je rajouterais
00:41:02sous une forme impure, triviale et sans attache
00:41:05et ça c'était difficile de le voir
00:41:06et ce qu'on va voir maintenant
00:41:08pourrait aussi peut-être nous aider là-dedans
00:41:10je vous propose de regarder un extrait de
00:41:12Thaine
00:41:13le film d'Abbas Kiarostami
00:41:26Stéphane Chauvin
00:41:28Stéphane Chauvin
00:41:39C'est parti.
00:42:03C'est parti.
00:42:59C'est parti.
00:43:01C'est parti.
00:43:15C'est parti.
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00:45:14C'est parti.
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00:56:14C'est parti.
00:56:44qui est parti.
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00:59:23qui est parti.
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