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Les cours du vendredi par Diane Arnaud (professeure d'esthétique filmique).

Il s’agit de questionner les bienfaits éthiques et artistiques des jeux de dupes dans les films – de Lady Eve à Yourself and Yours, en passant par Copie conforme – où les personnages féminins prétendent être une autre. In fine, mentir permettra de mieux faire connaissance.

L’Art du mensonge
Démêlez le vrai du faux en 70 séances ! Du 29 avril au 5 juillet 2026.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.

Un lieu, toutes vos envies.

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Transcription
00:00:06Alors mon idée pour la conférence de ce soir est simple comme bonjour.
00:00:12Dès lors que nous entrons dans le domaine de la fiction, le mensonge, la duperie et la tromperie révèlent leurs
00:00:21vertus essentielles.
00:00:22En tant que lectrice et que spectatrice, je sais bien que ce qui se trame dans les œuvres de fiction
00:00:29est pour de faux, non sans écho avec les jeux de rôle qui ont façonné notre enfance.
00:00:36A ce propos, Jean-Marie Schaffer, auteur de l'ouvrage Pourquoi la fiction, a utilisé une formule aussi charmante que
00:00:44savante pour caractériser le fondement de la fiction.
00:00:47Le théoricien des arts du langage parle de feintises ludiques partagées car il lui importe d'éclairer le caractère ludique
00:00:57et collectif de la fiction à même de sceller un pacte entre les créateurs et les destinataires.
00:01:03La feintise ludique se distingue ainsi des pratiques humaines de feintises sérieuses qui visent sans équivoque à tromper.
00:01:11Produire des leurs garantit l'immersion fictionnelle dès que nous acceptons de suspendre notre incrédulité, c'est bien connu.
00:01:22Clairement, cette expérience de simulation cognitive repose sur une pensée paradoxale.
00:01:29Pour reprendre la célèbre formule de l'ethnologue, philosophe et psychanalyste lacanien, Octave Manoni, je sais bien, mais quand même.
00:01:41C'est le titre mémorable d'un de ses articles publiés en 1964 que vous pouvez trouver dans le recueil
00:01:48« Clé pour l'imaginaire ».
00:01:50Il s'agit par cette formule de désigner à la fois un mensonge paradoxal et un déni partiel.
00:01:58Même si une personne sait rationnellement qu'une chose est fausse, que ce soit une œuvre de fiction, un rêve
00:02:05ou une superstition,
00:02:07elle peut réagir émotionnellement comme si c'était vrai.
00:02:10Le maintien simultané de deux attitudes contradictoires force l'association de la lucidité et de l'illusion, de la connaissance
00:02:21et du mensonge.
00:02:23Après ce rappel théorique de ce dont nous faisons l'expérience devant un film,
00:02:29j'aimerais vous proposer une série d'analyses où la relation tissée entre les personnages remet la question du mensonge,
00:02:36du déni et de la croyance sur la table des opérations fictionnelles.
00:02:43Partons de l'aventure de Madame Muir, une œuvre réalisée en 1946 par Mankiewicz qui se prête, on ne peut
00:02:51mieux, à la discussion.
00:02:53Pour celles et ceux qui ne l'ont pas encore vue, le film, programmé demain à 19h30, si je ne
00:02:59m'abuse,
00:03:00raconte l'histoire de Lucie Muir, une jeune veuve anglaise venue s'installer au début du siècle dernier
00:03:10avec sa fille et avec sa domestique au bord de mer à Whitecliffe, dans une maison hantée par le capitaine
00:03:17Daniel Craig.
00:03:19Au départ, la jeune femme obstinée tient tête aux fantômes autoritaires, si bien qu'ils finissent par s'entendre à
00:03:27merveille.
00:03:27Lors d'une de leurs conversations, Lucie confie au capitaine son inquiétude
00:03:33parce qu'elle fait confiance à un être irréel pour lui expliquer comment mener sa vie.
00:03:39Ce à quoi le fantôme répond avec sa voix grave et profonde, comme vous pouvez le lire,
00:03:45qu'il existera tant qu'elle croira en lui.
00:03:49Cette déclaration, si franche et si douce, s'adresse en premier lieu à la spectatrice et au spectateur du film.
00:03:58Maintenant qu'il est établi que notre croyance à la fiction repose sur un mensonge paradoxal,
00:04:05autant approfondir la réflexion à travers la relation entre Madame Muir et le fantôme,
00:04:11une relation qui fait reposer la présence-absence sur la croyance.
00:04:17Jacques Derrida a pensé le crédit accordé à l'image filmique en termes de spectralité.
00:04:26Car selon le philosophe, devant les fantômes, la croyance n'est ni assurée, ni contestée.
00:04:34Comme le développe son ouvrage, Spectre de Marx, la croyance, loin d'être une adhésion dogmatique,
00:04:44présente une disposition à accueillir cet impossible qui échappe à la raison pure,
00:04:51et ce, en se plaçant dans une position de vulnérabilité face à ce qui nous dépasse.
00:04:59La réflexion de Derrida le conduit à relier la question du spectre à celle de la foi et du fantasme.
00:05:07En grec, fantasma, ph, comme cela doit être écrit derrière moi,
00:05:17désigne le champ complexe de l'image, accueillant le simulacre, la copie et l'imagination,
00:05:24mais il circonscrit également le domaine de la revenance.
00:05:29Les spectres vont et viennent pour nous dévisager et nous aider à entreapercevoir
00:05:35ce qui, dans notre passé, mais aussi dans notre futur, nous effraie.
00:05:43La question de l'existence du fantôme se pose dans le film au moment
00:05:49où Greg pousse la femme à écrire avec lui ses mémoires de vieux loup de mer.
00:05:54Pour la cause littéraire, le capitaine l'invite à l'appeler Daniel
00:06:00et, en retour un peu biaisé, lui impose un prénom sur mesure.
00:06:06Les Lucie, déclame-t-il, se laisse trop facilement dominer
00:06:11alors que Lucia est un nom de reine et d'amazone.
00:06:16Il le dit très vite en anglais, ce qui explique l'absence du terme dans le sous-titre.
00:06:21L'on peut donc se demander si, dans le film,
00:06:25le fantôme n'incarnerait pas un messager de la libération féminine.
00:06:31Frida Graffe, auteure d'une monographie sur le film
00:06:35intitulée « Les fantômes dont on ne se débarrasse pas »
00:06:39qui date de 1995 et qui a été traduite en 2022 en français,
00:06:45désigne le capitaine Greg en tant que « pantalon mental ».
00:06:50Alors, quelques explications s'imposent.
00:06:54Le scénario co-écrit par Mankiewicz et Philippe Dune
00:06:57est une adaptation du roman de Joséphine Aimée Campbell-Leslie,
00:07:03paru en Angleterre en 1945 sous le titre « The Ghost and Mrs. Muir ».
00:07:08Fait notable, l'écrivaine utilise un pseudonyme,
00:07:13on ne peut plus, phallique, R.A. Dick.
00:07:17Non sans ironie, le roman fait écho à une masculinité d'emprunt,
00:07:24puisque le fantôme littéraire du capitaine
00:07:27n'apparaît pas à Lucie sous forme solide,
00:07:31si ce n'est en songe.
00:07:33Sinon, dans le roman, le présumé revenant
00:07:36se manifeste exclusivement par sa voix tonitruante,
00:07:41aisément interprétable comme voix intérieure,
00:07:45émanant d'une projection de l'esprit féminin
00:07:49en son double masculin.
00:07:51Telle est la condition de possibilité, à l'époque,
00:07:55pour se lancer, en tant que femme,
00:07:58dans l'aventure de l'écriture.
00:08:00Le récit filmique infléchit cette trame initiatique
00:08:04du récit littéraire orienté vers l'émancipation artistique
00:08:08de la jeune veuve en romancière.
00:08:10Car le récit filmique échafaud d'une histoire d'amour platonique
00:08:14entre une femme et un fantôme,
00:08:16bel et bien incarné à l'écran par Aix Harrison.
00:08:21Cependant, je me permets de noter,
00:08:23sans pouvoir vraiment le développer ce soir,
00:08:26que les choix de mise en scène de Mankiewicz
00:08:29laissent planer le doute sur la nature du fantôme.
00:08:33Ainsi, la présence fantastique peut s'apparenter également
00:08:37dans le film à une projection mentale,
00:08:40parce que l'héroïne,
00:08:42pendant plusieurs passages,
00:08:43et grâce notamment à des mouvements d'appareil,
00:08:46semble intégrer le point de vue de l'entité
00:08:50lui en rendue visite pendant son sommeil
00:08:54ou qu'elle a imaginé, c'est probable, aussi en songe.
00:08:59Alors, si j'apporte cette précision,
00:09:02c'est bien évidemment pour influencer la projection
00:09:06du premier extrait de ce soir,
00:09:08ce n'est pas trop tôt, me direz-vous,
00:09:11qui a lieu après que Greg a épié Lucie,
00:09:15embrassé un séducteur de Pacotie,
00:09:19qui a abusé de sa naïveté.
00:09:23Merci, Quentin, de projeter l'extrait numéro 1
00:09:29qui va durer un peu plus de 3 minutes.
00:09:36Je pensais que vous étiez une femme avec des sens.
00:09:40Mais vous êtes comme tout le reste de eux.
00:09:42C'est une foule pour un homme qui va vous promettre le monde
00:09:45et d'en prendre tout ce que vous avez à donner.
00:09:51Oh, ne vous trompe pas, mon ami.
00:09:55C'est pas votre faute.
00:09:57Je devrais savoir qu'il était sur la charte.
00:10:00Vous avez fait votre choix.
00:10:02C'est la seule chose que vous pouvez faire.
00:10:04Vous avez choisi la vie.
00:10:06Et c'est ce que c'est ce que c'est.
00:10:09C'est ce que c'est le fait.
00:10:12Et c'est pourquoi je vais partir, mon ami.
00:10:15Oh, je ne peux pas vous aider.
00:10:18Je ne peux pas vous aider.
00:10:18Je ne peux plus vous confuser et vous détruire
00:10:20ce que vous avez de la chance que vous avez de l'avenir.
00:10:24Vous devez faire votre propre vie
00:10:26amongst le lily.
00:10:30C'est ce que vous avez de l'avenir.
00:10:34C'est ce que vous avez de l'avenir.
00:10:43Et vous avez de l'avenir.
00:10:51Je veux vous aider...
00:11:02Je veux dire...
00:11:04Je veux dire...
00:11:07Vous et personne d'autre.
00:11:12Le livre que vous imaginiez de la maison, de la maison, de la maison, de la maison, de la maison
00:11:16de la maison.
00:11:23Il a été un rêve, Lucia.
00:11:35Et en la nuit, et en les années après, vous vous souvenez seulement comme un rêve.
00:11:43Et il va mourir, et tous les rêves doivent mourir.
00:12:23Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:43Merci.
00:12:44Alors dans le film uniquement, et pas dans le roman donc,
00:12:49le fantôme du capitaine Greg choisit de se retirer,
00:12:54de sorte que sa Lucia traverse de son propre chef
00:12:58les preuves obligées des expériences sentimentales vouées aux désillusions.
00:13:03La fin de l'extrait reste gravée dans nos mémoires.
00:13:08Elle célèbre la seule fois du film où le capitaine, d'habitude si réel et massif,
00:13:15revêt une forme évanescente par la grâce de la surimpression.
00:13:19L'effacement graduel se produit tandis qu'il déclame, vous l'avez entendu,
00:13:24une tirade regard-caméra empruntée à une autre scène dans le roman, pour être précise.
00:13:30Alors il est notable que le fondu enchaîné, chassant du visible, l'image du fantôme,
00:13:36se produise dans la perspective de la porte-fenêtre entre-ouverte,
00:13:41l'endroit où le fantôme s'est immiscé pour la première fois,
00:13:45tel un courant d'air, avant que sa silhouette en contre-jour s'impose
00:13:50face à Lucie endormie sur sa chaise.
00:13:53Dans un plan serré de la séquence que nous devons voir,
00:13:58un plan d'ailleurs qui n'est pas signalé dans le scénario,
00:14:02le vieux loup de mer se rapproche de la belle endormie,
00:14:05couchée dans le lit cette fois-ci.
00:14:07A quelques centimètres de ses lèvres, la distance est respectée,
00:14:12il lui intime de se souvenir de lui comme d'un être ayant habité ses songes.
00:14:17Ce passage explique pourquoi Lucie, conformément à ce qu'elle exprimera plus tard dans le film,
00:14:22apparente la visite masculine à un rêve,
00:14:25sans abandonner totalement la croyance en un possible rentour du fantôme.
00:14:29L'on peut toujours se demander si le mensonge raconté par le fantôme du film n'est pas la vérité,
00:14:37dans la mesure où l'héroïne, dans le film aussi,
00:14:42se serait réellement glissée avec une audace insoupçonnée
00:14:45à la fin de l'époque victorienne, dans la peau d'un vieux loup de mer,
00:14:50pour écrire des prétendues mémoires.
00:14:53Alors il m'intéresse dès à présent de me tourner vers les personnages féminins
00:14:58qui s'autorisent à mentir et ce pour de bonnes raisons.
00:15:01Leur objectif ? Remettre les protagonistes mâles à leur place
00:15:05et reprendre le contrôle de la relation sentimentale.
00:15:09Leur stratégie ? Prétendre être une autre que soi-même.
00:15:12Cette situation narrative favorise de nouvelles associations d'idées
00:15:17entre fiction, création et réception.
00:15:21Quand une héroïne joue à ne pas être soi,
00:15:24il est difficile de ne pas songer au travail d'interprétation de la comédienne
00:15:29avec ce que ce travail comporte de mystérieux et de paradoxal.
00:15:34La nécessité de se dédoubler ou la tentation de s'effacer,
00:15:37le désir de convoquer ses propres souvenirs ou de s'inventer une vie fictive,
00:15:41le souci d'être ou de ne pas être dans la peau d'une image.
00:15:46Quant à l'autre personnage, supposé être mu par un sentiment amoureux,
00:15:50qui accepte de ne pas reconnaître le subterfuge,
00:15:54c'est une projection du spectateur dans un état structurel de double conscience.
00:16:00Le terme vient du sociologue et anthropologue, l'éternel Edgar Morin,
00:16:07qui a employé cette jolie expression dans son essai de 1956,
00:16:13le cinéma ou l'homme imaginaire,
00:16:15pour commenter à sa manière que l'illusion de réalité est inséparable de la conscience,
00:16:21qu'elle est réellement une illusion.
00:16:22Sans doute est-ce une histoire d'amour pour la fiction en image
00:16:27qui explique le phénomène de savoir et de ne pas savoir qu'on est au cinéma
00:16:33et, au demeurant, d'y croire quand même.
00:16:37La vertu du mensonge consiste à apprendre aux personnages à savoir mieux aimer,
00:16:42en reconnaissant leurs erreurs,
00:16:44mais aussi à faire prendre conscience aux spectateurs ou à la spectatrice
00:16:50à mieux croire en établissant le lien entre vie et fiction.
00:16:55Si les protagonistes prennent conscience d'être bernés par les mensonges des autres
00:16:59ou par leurs propres illusions,
00:17:01peut-être apprendront-ils plus aisément à écarter les principes rigides
00:17:06qui font obstacle à l'ancrage de leurs sentiments dans la réalité.
00:17:12Alors, notre première menteuse est interprétée par l'irrésistible Barbara Stanwyck
00:17:19dans Un cœur pris au piège, un titre original The Lady Eve,
00:17:24un film écrit et réalisé par Preston Sturges en 1941.
00:17:29L'arnaqueuse Jean Harrington se fait passer pour la respectable Lady Eve Sidwich
00:17:36car elle souhaite se venger du riche héritier Charles Pike, surnommé Hopsey.
00:17:43Afin de mieux faire connaissance, je vous propose de regarder deux courts extraits.
00:17:48Le premier extrait met en scène la première rencontre entre la voleuse
00:17:53et le spécialiste de serpents, l'ophiologiste,
00:17:56au bord du paquebot SS Southern Queen,
00:18:01avec pour complice privilégié le père de Jean, l'escroc en chef.
00:18:05Pour des raisons que je dévoilerai en temps voulu,
00:18:08Jean et Charles, surnommés Hopsey, dans l'intimité,
00:18:11se séparent après être tombés amoureux de l'un de l'autre.
00:18:14Le second extrait expose leur retrouvaille faussée
00:18:18du fait de l'usurpation d'identité
00:18:20dans la maison des Pike, située dans le Connecticut,
00:18:24sous les yeux du père de Charles.
00:18:26Merci à cet effet de projeter à la chaîne
00:18:30les extraits 2 et 3, un peu plus de 2 minutes.
00:18:34Merci.
00:18:57Sous-titrage Société Radio-Canada
00:18:59Sous-titrage Société Radio-Canada
00:19:35Sous-titrage Société Radio-Canada
00:20:26Sous-titrage Société Radio
00:20:29Sous-titrage Société Radio
00:21:27Merci.
00:21:29« Adam et Ève chassés du paradis, car ils ont bravé l'interdit
00:21:33en mangeant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal »,
00:21:36cet épisode bien connu de la chute que l'on trouve dans le troisième chapitre de la Genèse.
00:21:41« Les indices iconographiques sont irréfutables, le graphisme du générique, le départ de la forêt amazonienne en raffio avec la
00:21:53capture d'un serpent,
00:21:54le lâchage de la pomme sur la tête de la pomme sur la tête de la tête de l'homme,
00:21:56l'échappée du serpent visqueux de la capine et les chutes burlesques à répétition, une, deux, trois, quatre, de l
00:22:06'homme au pied de la femme.
00:22:08Les vols planés et les trébuchements les plus drôles, les auto-chutes, donc une et deux, ont lieu précisément durant
00:22:15la réception où Jean en Lady Eve s'est invitée dans la maison familiale.
00:22:19Le deuxième extrait que nous avons vu. Très vite, elle parvient à se faire épouser par Charles, tombée de nouveau
00:22:27sous le charme, et c'est là qu'elle se venge.
00:22:29Lors de la nuit de noces, elle lui fera croire, toujours avec notre complicité amusée, qu'elle a enchaîné moules
00:22:37aventures sentimentales au point que l'homme soucieux des convenances
00:22:41prenne ses jambes à son cou et demande le divorce. Il est en temps de percevoir une variation sur les
00:22:48deux épouses d'Adam.
00:22:49Lilis et Ève, selon les légendes. Jean n'est pas sans évoquer l'intégrité de Lilis, n'est l'égal
00:22:57du premier homme, tandis que son rôle de composition s'approche du côté prétendument déviant et inférieur, incarné par Ève.
00:23:06Bâti sur un mensonge complet, le changement de personnalité amène la jolie brune à prendre conscience du danger auquel ses
00:23:14talents artistiques d'ingénieuse manipulatrice l'exposent.
00:23:18Dès le départ, Jean fait figure d'alter ego féminin du réalisateur, Sturgis, connu pour être un fin dialoguiste et
00:23:27adepte de la voix off dans ses constructions scénaristiques, naviguant entre présent et passé.
00:23:35Avant de précipiter la rencontre avec Charles, on l'a vu en lui faisant un croche-pied, Jean l'a
00:23:40observée à l'aide de son miroir de poche.
00:23:43Vive d'esprit, elle ne peut s'empêcher de commenter les vaines approches des autres passagers en improvisant des répliques
00:23:50savoureuses,
00:23:51imaginant notamment qu'une autre femme brune s'adresse à Charles en prétendant l'avoir déjà rencontrée auparavant.
00:23:59La comparaison entre les images spéculaires et les vues réelles montre sans équivoque que le miroir fonctionne à l'instar
00:24:11d'une caméra miniature
00:24:13ou d'un smartphone en mode enregistrement vidéo.
00:24:17Comme vous le constatez, il n'y a pas d'inversion symétrique droite-gauche.
00:24:23Jean apparaît bel et bien comme la metteuse en scène déléguée qui tient fermement le film dans sa main.
00:24:32Stanley Cavell a consacré au film de Sturgis le premier chapitre de son ouvrage de référence,
00:24:37« In the pursuit of happiness » datant de 1981 et traduit en 2017 en français
00:24:42comme il se doit par la recherche du bonheur avec une préface de Sandra Logier.
00:24:48« The Lady Eve » se conforme à la trame classique des comédies de remariage hollywoodienne
00:24:54et à son enchaînement implacable.
00:24:57Séduction, union, séparation et réunion, grâce au pardon réciproque qu'a prodigué l'art de la conversation.
00:25:07Logier l'explique avec clarté, comme vous pouvez le lire avec moi,
00:25:11« La conversation est l'instrument de la reconnaissance et du pardon,
00:25:14mais aussi le lieu où s'invente la relation d'égalité,
00:25:18où se constituent l'éducation et la reconnaissance de l'autre. »
00:25:23La condition nécessaire pour assurer un happy end
00:25:26implique donc la reconnaissance et le pardon réciproques
00:25:29entre les protagonistes à la fin de « The Lady Eve ».
00:25:33Jean retrouve Charles, dit Hopsey,
00:25:36qui repart en expédition en Amérique du Sud sur le paquebot où il s'était rencontré.
00:25:41La réunion finale à la dernière séquence introduit néanmoins un autre élément.
00:25:46Comme vous allez le voir sous peu,
00:25:48Charles Pike, cet explorateur avide de connaissances,
00:25:52ce puritain bien-pensant condamnant le mensonge,
00:25:56choisit finalement de fermer les yeux et de ne pas chercher la vérité.
00:26:01Merci de projeter l'extrait numéro 4.
00:26:31Why, Hopsey?
00:26:33Hopsey ?
00:26:38Hopsey ?
00:26:40Hopsey ?
00:26:41Julie ?
00:26:53Hopsey ?
00:26:56Hopsey ?
00:26:57Hopsey ?
00:26:57Hopsey ?
00:26:58Hopsey ?
00:27:02Hopsey ?
00:27:15Hopsey ?
00:27:18Hopsey ?
00:27:19Hopsey ?
00:27:27Hopsey ?
00:28:58Comme je l'ai explicité, cette disposition sentimentale renvoie à la crédulité paradoxale du spectateur ou de la spectatrice, se
00:29:06laisser avoir en connaissance de cause par le factice au fondement de la fiction.
00:29:11Cet état d'esprit semi-lucide, flirtant avec l'inconscience et l'idiotie, accroît le ravissement garanti.
00:29:22Par amour, le spécialiste des serpents, l'ophiologiste, se détourne de la connaissance vérité.
00:29:30Il préfère ignorer l'imposture salutaire à laquelle Jean, en Lady Eve, s'est livré pour le punir d'avoir
00:29:36sacrifié leur idylle réelle sur l'autel d'idéaux de convention.
00:29:41Par cette attitude d'aveuglement quasi consenti ou pseudo-conscient, l'éthique sentimentale de Charles est libre de s'exprimer,
00:29:51de s'éprouver et de grandir.
00:29:53En fin de compte, il importe de révéler pourquoi Jean et Opsi se sont séparés après leur idylle passagère sur
00:30:00le bateau.
00:30:01Stanley Cavell a intitulé son chapitre consacré à The Lady Eve « Artist et voleur ».
00:30:06Il aurait pu choisir « artiste et menteur ».
00:30:09Jean a de qui tenir, puisqu'elle prétend être une princesse yankee du pétrole, et que son père prétend être
00:30:17un colonel,
00:30:18et ce pour faciliter les échanges avec les héritiers de la brasserie Pike.
00:30:22Mais très vite, la voici attirée par ce gogo, mug, dans les dialogues en anglais, qu'elle escomptait voler.
00:30:30La proposition de mariage ne tarde pas à venir, si bien que l'idyle s'achève aussi vite qu'elle
00:30:35a commencé.
00:30:36Dommage que Charles rejette la belle arnaqueuse sans sourciller, après avoir découvert le mensonge qu'elle allait lui avouer.
00:30:45Sous le coup de la vexation, plus gravement encore, par attachement aux bonnes mœurs,
00:30:50il n'accorde aucun crédit à la sincérité des sentiments d'une tricheuse,
00:30:55qui l'a pourtant prévenu à demi-mot, les apparences sont souvent trompeuses sur un paquebot.
00:31:01Son attitude atteste une étroitesse d'esprit par son inaptitude à distinguer les cruelles trahisons des mensonges inoffensifs.
00:31:11Pour preuve, Charles déclare avoir perçu d'emblée à qui il avait affaire,
00:31:17laissant croire que c'est elle et non lui qui a été le dindon de la farce,
00:31:21ou plutôt le pigeon, sucker, dans les dialogues de la romance.
00:31:26Le film de Sturges développe ainsi une réflexion sur le potentiel créatif des protagonistes.
00:31:33Hopsey fait cher payer à la femme qu'il aime d'avoir mis en scène leur rencontre et de lui
00:31:38avoir joué la comédie,
00:31:40à croire que le rejet sentimental dont Jean fait les frais autorise cette dernière
00:31:45à déployer ses talents artistiques de dramaturge et de comédienne en Lady Eve
00:31:51afin de l'entraîner à créer un rôle à la mesure de son envergure.
00:31:56Désormais, tous les faux-semblants sont permis.
00:32:00Cette comédie hollywoodienne, du remariage, où l'héroïne se fait passer pour une autre,
00:32:07annonce un autre cas, peut-être encore plus complexe, de feintises salutaires,
00:32:14quelques soixante années plus tard, avec un changement de cap de Hollywood à la Corée du Sud.
00:32:22Je me réfère au film qui est programmé ce soir,
00:32:26Yourself and Yours, écrit et réalisé par le coréen Hong Sang-soo en 2016.
00:32:32Cette comédie contemporaine de la reprise est sans doute moins pétulante,
00:32:37mais elle recèle peut-être davantage de subtilité.
00:32:40Alors, si je propose l'appellation de comédie de la reprise,
00:32:46même plutôt de fable de la reprise, c'est bien en clin d'œil à la fiction Essay,
00:32:51écrite en 1843 par le philosophe Soren Kierkegaard
00:32:55et traduite du danois par Nelly Villenex en 2007,
00:32:59sous le nouveau titre de la reprise à la place de la répétition.
00:33:04Soren Kierkegaard a pu affirmer que l'amour selon la reprise
00:33:09est le seul heureux.
00:33:11Mais cette formule ne prend sens qu'à partir de l'opposition établie
00:33:16par ce philosophe et romancier entre la reprise en arrière,
00:33:21tournée vers la réminiscence du passé,
00:33:24et la reprise proprement dite, qualifiée de ressouvenir en avant.
00:33:30L'amour selon la reprise prétend retrouver et non pas conserver
00:33:35ce qui a été perdu sous une forme nouvelle, réelle, concrète,
00:33:40en se dirigeant vers l'avenir.
00:33:42Comme le recommencement effectif comporte le risque de retomber
00:33:46dans les mêmes travers érotiques,
00:33:47la reprise s'apparente en définitive chez Kierkegaard
00:33:51à une expérience éthico-religieuse singulière et solitaire.
00:33:56Il s'agit d'atteindre l'éternel dans le temporel
00:33:59à travers un mouvement intérieur d'acceptation de la souffrance.
00:34:04Les films étudiés ce soir ne suivent pas le même chemin de croix,
00:34:08c'est la foi en l'autre,
00:34:10scellée par l'acceptation du mensonge
00:34:13qui permet le retour durable et définitif de l'être aimé.
00:34:16Je reprends ici ce joli titre au roman d'Olivier Cadiot
00:34:21publié chez P.O.L. en 2002.
00:34:24Voyons d'emblée comment le jeune homme Yong-Soo
00:34:27et la jeune femme Mi-Dion,
00:34:30un couple de jeunes gens dans la trentaine également
00:34:33qui se séparent au début du film,
00:34:35finit par se retrouver.
00:34:38Merci de projeter l'extrait numéro 5
00:34:42d'environ 4 minutes.
00:34:52Sous-titrage Société Radio-Canada
00:35:18Sous-titrage Société Radio-Canada
00:35:23Arrondit
00:35:44Je ne sais pas comment ça.
00:35:48Je vais aller.
00:35:50Je suis très triste.
00:35:57Je suis très triste.
00:36:02Vous avez besoin de l'arrivée?
00:36:06Je suis très triste.
00:36:11Je suis quand même un peu de danger.
00:36:12Je suis vraiment un peu...
00:36:13Non, c'est pas...
00:36:16Vous avez appelé un tel appelé?
00:36:20Non, c'est pas...
00:36:23Vous avez appelé un tel appelé?
00:36:27Vous avez appelé un tel appelé...
00:36:31Il était réveillé avec une personne.
00:36:40oui ça va
00:36:41mais j'ai pas vu les gens?
00:36:50mais c'est bien
00:36:51je te dis, tu me donnes la puissance
00:36:56vous voyez que j'ai remarqué
00:36:57tu me dis, tu te dis pas pour la plus chante ?
00:37:03Ah ?
00:37:06Oui ?
00:37:08Vous vous êtes en train de se sentir ?
00:37:15Est-ce que vous êtes en train de se sentir ?
00:37:17Oui ?
00:37:19Un peu ?
00:37:25Je ne me souviens pas.
00:37:33Je me souviens que je ne t'aime pas.
00:37:35Je ne me souviens pas.
00:37:37Je ne sais pas.
00:37:37Mais je ne t'aime pas.
00:37:38Je ne t'aime pas.
00:37:40Je ne suis plus en train de ne pas.
00:37:41Je ne pense pas.
00:37:41Alors ?
00:37:42Je t'ai plus besoin de faire.
00:37:46Mince, tu te vas profiter ?
00:37:48Mince, tu ne pas.
00:37:49C'est-ce que tu n'est pas.
00:37:51Tu veux pas avoir envie ?
00:37:53J'ai envie quelque chose de moi !
00:37:57Tu ne me souhaites pas avoir envie ?
00:38:01Tu te Excuseb stitches !
00:38:03Tu ne l'as pas explain.
00:38:07Tu l'as en fait !
00:38:08Je ne suis pas oui..
00:38:11Je ne suis pas de bah voir que tu veux essayer ?
00:38:16Tu as en fait ?
00:38:19Alors, n'oubliez pas de nommer à l'injong.
00:38:25Dissez-moi.
00:38:28Et je ne sais pas, mais il faut qu'il faut qu'il n'y ait pas d'injong.
00:38:36Oui, ok.
00:38:49le film pour connaître la suite.
00:38:53Alors, dans le film, justement,
00:38:57la scène nocturne prend une dimension encore plus vibrante
00:39:00car Jung-soo, le héros en béquille
00:39:03qui s'est cassé la jambe après la rupture,
00:39:07a essayé par deux fois de revoir Min-jong
00:39:10en claudiquant jusqu'à chez elle.
00:39:12À ces deux occasions, le film n'hésite pas à nous tromper
00:39:16en glissant sans les annoncer
00:39:18une hallucination miraculeuse la première fois
00:39:21ou une douce rêverie la seconde fois.
00:39:25Et à chaque fois, le jeune homme décide se faire pardonner
00:39:28comme un enfant par une figure de petite amie maternante.
00:39:35Quand Jung-soo retrouve sa dulcinée pour de vrai en pleurs dans la rue,
00:39:40la scène s'ancre dans une réalité irréfutable
00:39:43car il voit la vulnérabilité de Min-jong en face
00:39:47et s'y adapte.
00:39:49Il faut bien consentir que Min-jong ne soit pas elle-même
00:39:53et joue à être une autre, privée de prénom.
00:39:56D'ailleurs, vous l'aurez remarqué.
00:39:59Et dernier renoncement,
00:40:01Jung-soo accepte de ne plus appeler Min-jong sa chérie.
00:40:06La scène finale de réconciliation rejoint alors le même lieu intime
00:40:11et douillet où la dispute a éclaté au début du film.
00:40:14La chambre du jeune homme.
00:40:16Chaque fois, les protagonistes assis dans le lit
00:40:18sont cadrés de plus en plus serrés à coups de zoom.
00:40:22À travers la répétition, des variations de place,
00:40:25plus que de taille, sont immiscées.
00:40:27La composition connaît, comme vous le voyez,
00:40:30une différence notable entre, à gauche,
00:40:32les plans prélevés au plan-séquence de la dispute,
00:40:35étalés sur huit minutes et à droite,
00:40:37les images issues du plan-séquence de la réconciliation
00:40:40qui dure deux minutes de moins.
00:40:43L'inversion des positions respectives sur le lit
00:40:46nous indique que le couple a dû passer
00:40:48de l'autre côté du miroir pour se reformer.
00:40:51Cette réalité falsifiée qui sert de cadre à la reprise
00:40:55consiste à prétendre ne pas se connaître
00:40:58et à parler de soi et de l'autre
00:41:00comme s'ils étaient des tierces personnes.
00:41:04La reconnaissance repose sur l'acceptation
00:41:06de la non-connaissance de l'autre.
00:41:08Min Jung mentionne cet autre garçon
00:41:11qui lui a fait du mal
00:41:12et l'on comprend qu'elle se réfère à l'homme près d'elle.
00:41:16C'est à la fois un mensonge et une vérité
00:41:18car son compagnon, en fin de compte,
00:41:20renie ses principes moralisateurs
00:41:22et tente d'aimer la jeune femme
00:41:24telle qu'elle est réellement
00:41:25et non pas telle qu'il voudrait
00:41:28idéalement qu'elle soit.
00:41:29À rebours, je vous dévoile la raison
00:41:31pour laquelle Min Jung a quitté Jung Soo.
00:41:34C'est parce qu'il a préféré croire la rumeur
00:41:37plutôt que sa compagne.
00:41:38De fait, le film s'ouvre par une conversation
00:41:41entre le héros et un de ses amis
00:41:44lui en rapportait que sa petite amie
00:41:47avec laquelle il envisageait de se marier,
00:41:50le héros, pas l'ami du héros,
00:41:52a été vu s'enivrer et se chamailler
00:41:55avec un type dans un bar.
00:41:56Voilà pourquoi, lors de la première scène
00:41:59entre les protagonistes,
00:42:01la dispute va bon train.
00:42:03Jung Soo accuse sa future femme
00:42:05d'avoir rompu sa promesse,
00:42:06celle de boire avec modération,
00:42:08et l'insulte la prétend de menteuse,
00:42:11d'alcoolique et de cinglée
00:42:13quand elle nie ses accusations.
00:42:15Comme il lui demande de choisir
00:42:17entre lui et son mode de vie,
00:42:19l'héroïne, bien inspirée,
00:42:22lui impose une pause
00:42:23et quitte l'appartement.
00:42:25La saveur du film,
00:42:27vous le verrez ou vous le reverrez ce soir,
00:42:29consiste à introduire
00:42:31le personnage féminin
00:42:33comme une menteuse,
00:42:34si bien que le doute s'empare de nous
00:42:37pendant la scène de rupture commentée.
00:42:40Avant sa querelle en chambre
00:42:43avec Jung Soo,
00:42:44l'héroïne est vue pour la première fois
00:42:46seule dans un café,
00:42:49plongée dans la lecture
00:42:50de la métamorphose de Kafka,
00:42:52avant qu'un séducteur sur le retour
00:42:55ne l'aborde.
00:42:56Ce que les gens de ma génération
00:42:58appellent un vieux beau.
00:42:59Une autre précision avant la projection,
00:43:05j'ai coupé le passage
00:43:07où l'homme d'âge mûr,
00:43:09joué par un habitué
00:43:10chez Jung Soo,
00:43:13va fumer dehors
00:43:15avant de revenir à la charge.
00:43:17Cette précaution étant énoncée,
00:43:20merci de projeter à la suite
00:43:22donc les deux extraits
00:43:246 et 7
00:43:25de près de 4 minutes.
00:43:32li Eva
00:43:34et
00:43:36visبة
00:43:37Rust
00:43:37d' históricard
00:43:38se passera
00:43:40l'égard
00:43:4072
00:43:40am tak
00:43:42nom
00:43:48par
00:43:48s'il
00:43:50le
00:43:50à
00:43:51quand
00:43:52la
00:43:52les
00:43:56독00
00:43:56c
00:43:56mam
00:43:57c
00:51:27Le voyage passager ne va pas, me semble-t-il, jusqu'à saper le fondement de la réalité fictionnelle comme
00:51:34dans le dernier film dont j'aimerais vous parler.
00:51:37Ce film est copie conforme. La première œuvre d'Abbas Kiarostami tournée hors d'Iran et plus précisément en Italie
00:51:46en 2010.
00:51:47Pour le théoricien du cinéma moderne, Youssef Ichakpour, auteur de deux monographies sur le cinéaste, le polyglotisme en trois langues
00:51:57a été la condition de possibilité d'un film non iranien de Kiarostami.
00:52:03Comme le réalisateur ne maîtrise ni le français, ni l'italien, ni l'anglais, au lieu de s'intéresser à
00:52:10un contexte national européen, il prend le parti pris de l'étranger en visite.
00:52:17Avant de montrer en quoi Copie conforme propose un régime radical de faux-semblants, il faut entrer dans le film.
00:52:24Je vous propose un extrait prélevé à la scène d'ouverture qui met à l'honneur, semble-t-il, le
00:52:31protagoniste masculin, un essayiste britannique venu présenter son livre à Florence.
00:52:37Néanmoins, si l'on prête attention à ce qui se trame dans le fond de la salle, je vous invite
00:52:43à regarder de près,
00:52:46ou plutôt de loin, pardon, une rencontre avec le personnage, joué par Juliette Binoche, se déroule ni vu ni connu.
00:52:55Merci de projeter l'extrait numéro 8 qui dure 3 minutes 30.
00:53:00Comme sapete, siamo qui per presentare l'ultimo lavoro di James, Copia conforme,
00:53:07che ha ricevuto riconoscimento come miglior saggio straniero dell'anno.
00:53:12Et niente, vi ho detto tutto, speriamo che...
00:53:15Ecco, è arrivato James.
00:53:29Scusate, scusate per favore, se volete prendere posto le dediche dopo, alla fine della conferenza, per favore, prendersi.
00:53:48Commedia, prego.
00:53:49Prego.
00:53:49Avez-le, voi venite due parole per presentare James, ma chi meglio di lui stesso vuole farlo,
00:53:55per cui lascio a te il lavoro.
00:53:58Buongiorno.
00:54:00Buongiorno.
00:54:01È un mal Ganzi, scusate che sono tardi.
00:54:03Lo foboare, ma vado qui.
00:54:08Well, thank you all for coming on such a lovely day
00:54:11I think probably I would prefer to be out in the sunshine
00:54:17But I am grateful for the amount of attention that you've been giving to my book
00:54:22And frankly I would have appreciated such a warm welcome back in England
00:54:27But having my work acknowledged by the compatriots of Michelangelo and Leonardo da Vinci
00:54:33Is really something of a compliment
00:54:35And I'm very grateful for it
00:54:40Some of you may know that the original idea for my book came to me when I was in Florence
00:54:45In the Piazza della Signoria
00:54:48And here I am after quite a lot of hard work
00:54:51Back here in Tuscany with the opportunity to show you the fruits of my labors
00:54:58I suppose it goes without saying that art is not an easy subject to write about
00:55:02There are no fixed points of reference
00:55:05There are no immutable truths to fall back on
00:55:09And my decision to explore the psychological and philosophical aspects of the subject
00:55:15Made my task rather more difficult than I originally expected
00:55:20But I do have a few words that I would like to say
00:55:23With your indulgence that I've prepared especially for this morning
00:55:29I would like to thank you very much for my colleague and friend Marco Lenzi
00:55:35Che ha fatto una traduzione impeccabile
00:55:42E' riuscito a dimostrare il vero spirito del mio libro
00:55:48Il suo lavoro ha fatto possibile questa edizione italiana
00:55:52E' nostra riunione qui
00:55:56Bravo
00:55:56E' ancora la volta di riuscito a siano
00:56:00Vai, vai
00:56:12Next time you write the book
00:56:15I'll do the translation
00:56:18I'm rather afraid that the alternative title to my book
00:56:21Forget the original, just get a good copy
00:56:25Is likely to offend the artistically sensibly
00:56:28I apologize
00:56:32Sincerely
00:56:33Merci
00:56:34Alors dès le départ
00:56:36L'essayiste James, James Miller
00:56:39Impeccablement interprété par le chanteur lyrique William Schimmel
00:56:44Se montre assez antipathique
00:56:46Par sa désinvolture et son arrogance
00:56:48Et nous reparlerons de ce personnage odieux
00:56:51Il m'intéresse au préalable
00:56:55De rappeler les coordonnées formelles du cinéma de Carostami
00:56:59Avant que la fiction ne commence
00:57:01Avec l'intervention du traducteur
00:57:03S'excusant du retard de son invité
00:57:05A sa propre conférence
00:57:07Il faut le faire quand même
00:57:08Le cadrage fixe et vide
00:57:10Impose la prééminence du cadre cinématographique sur la narration
00:57:15Un autre choix l'atteste
00:57:18Alors que le montage reposé sur un changement d'axe à 180 degrés
00:57:23Par l'alternance géométrique opérée entre la scène et la salle
00:57:27Vu de manière frontale et centrée
00:57:29L'insertion d'un plan rapproché en légère oblique
00:57:34Sur le personnage féminin de profil
00:57:37Vous a peut-être surpris
00:57:38Surtout qu'il se produit avant le déplacement du fils
00:57:41Le personnage féminin est arrivé en retard avec son fils
00:57:46Perçu au fond de la pièce
00:57:47Faisant dédicacer son livre à l'auteur
00:57:49Et elle s'installe, la première, sur une des chaises réservées au premier rang
00:57:53Ce n'est peut-être qu'un détail pour vous
00:57:56Mais ce choix filmique de cadrage
00:57:58Installe, l'on pourrait dire même conditionne
00:58:01L'emplacement de son gamin
00:58:03Qui dans un second temps
00:58:05Donc se déplace
00:58:06Et refuse de s'asseoir au premier rang
00:58:08Il se tient à l'écart
00:58:10Un peu en biais
00:58:11De sorte à épouser le point de vue du cadrage
00:58:15Qui a été préinstallé
00:58:17La manipulation du réel
00:58:20Par Carostami n'entre pas en contradiction
00:58:22Loin sans faux
00:58:23Avec un attachement au réel
00:58:26C'est ce que la suite de copies conformes va développer
00:58:29Après la conférence de l'intellectuel anglais
00:58:32Nous faisons mieux connaissance avec le personnage féminin
00:58:36Qui restera sans prénom
00:58:38Donc je l'appellerai elle
00:58:39Lors d'une conversation très drôle
00:58:41Avec son ado de fils
00:58:43Qui la taquine pour l'attention particulière
00:58:45Qu'elle porte au conférencier
00:58:47L'antiquaire française installée à Florence
00:58:49Répond que son intérêt est avant tout professionnel
00:58:52Sans plus attendre
00:58:54A la troisième scène du film
00:58:55Les deux protagonistes adultes
00:58:57Se retrouvent en ville
00:58:59Et prennent la route pour le village musée
00:59:02De Lucignano
00:59:03Pendant leur trajet en voiture
00:59:06Et ou lors de la visite
00:59:08Donc du musée municipal
00:59:11Ils discutent et se disputent
00:59:13En anglais
00:59:14Concernant les relations
00:59:15Entre la copie et l'original
00:59:17Le faux et le vrai
00:59:19Les références vont bon train
00:59:21Le Coca-Cola de Jasper Jones
00:59:23Les cinq Coca-Cola d'Henri Rahul
00:59:25La joconde de Toscane, etc.
00:59:27Le film mobilise ainsi
00:59:29Une réflexion assez riche
00:59:31Sur le jugement esthétique
00:59:33Des œuvres d'art
00:59:34Et commente à demi-mot
00:59:36La perte de l'aura
00:59:37Liée à la reproductibilité technique
00:59:39Le génie de l'économie sérielle
00:59:42Du pop art
00:59:43Ou la valeur du regard
00:59:44Par rapport à celle de l'objet
00:59:46Pour ce soir
00:59:47Il convient de se concentrer
00:59:49Sur la question de la copie
00:59:51Et de l'original
00:59:52Dans l'écriture même
00:59:54De la fiction
00:59:55Car l'histoire connaît
00:59:57Un redéploiement
00:59:58Dans une direction
00:59:59Qui dément
01:00:01Ce qui s'est passé
01:00:02Antérieurement
01:00:04Alain Bergala
01:00:05Dans son article
01:00:07Sur le film
01:00:08Que vous pouvez trouver
01:00:09Dans son ouvrage
01:00:10La création cinéma
01:00:11Évoque un film
01:00:14Et un couple
01:00:15En palimpseste
01:00:16Dans la mesure
01:00:17Où elle et James
01:00:19Ce seraient en même temps
01:00:20Ceux qui se sont rencontrés
01:00:23Il y a 15 ans
01:00:24Et ceux
01:00:25Qu'ils sont devenus
01:00:26Aujourd'hui
01:00:27Pour cela
01:00:29Écrit-il
01:00:30Il fallait réussir
01:00:31Un coup de force
01:00:32Cinématographique
01:00:33Les faire basculer
01:00:34Entre le jeune couple
01:00:36Qui vient de se former
01:00:39De se rencontrer
01:00:40Et celui
01:00:41Qu'ils sont devenus
01:00:42Après des années
01:00:43De mariage
01:00:44C'est normal
01:00:45Que ça ne soit pas clair
01:00:46Pour ceux qui n'ont pas vu
01:00:47Le film
01:00:47Rassurez-vous
01:00:48Le coup de force
01:00:50Cinématographique
01:00:51Est d'autant plus impressionnant
01:00:53Que le basculement
01:00:54On va le voir
01:00:55Est occupé
01:00:56Est opéré
01:00:57Pardon
01:00:58En douceur
01:00:59De manière
01:01:00Quasi imperceptible
01:01:01A travers une série
01:01:03De décrochages
01:01:04Dont nous prenons conscience
01:01:06Une fois que le glissement
01:01:07A été effectué
01:01:08Et que nous acceptons
01:01:10Sans trop y réfléchir
01:01:11Le nouveau régime
01:01:12De représentation
01:01:14Même si
01:01:15Ce nouveau régime
01:01:16Contredit la vérité
01:01:17Des faits
01:01:18Jusqu'alors
01:01:19Exposé
01:01:20Alors j'aimerais
01:01:21Vous montrer
01:01:22Pour que ça soit plus clair
01:01:23Cet art du glissement
01:01:25Qui s'effectue
01:01:26Étape par étape
01:01:27Dans la scène du café
01:01:29Vous allez voir
01:01:30Un premier passage
01:01:31Après caler lui
01:01:32Assis face à face
01:01:33Tout sourire
01:01:34Et change de manière
01:01:36Beaucoup plus aimable
01:01:37Toujours au sujet
01:01:39Pardon
01:01:39Du livre de James
01:01:40Mais aussi
01:01:41De la vie
01:01:42Parce que la vie
01:01:43Et l'amour
01:01:44S'emmêlent
01:01:45Merci de projeter
01:01:47L'extrait neuf
01:01:48Qui va durer
01:01:48Quatre minutes
01:02:18Sous-titrage
01:02:19Sous-titrage
01:02:46Sous-titrage
01:03:15Sous-titrage
01:03:18Sous-titrage
01:03:24Sous-titrage
01:03:27Sous-titrage
01:03:49Sous-titrage
01:03:54Sous-titrage
01:03:58Sous-titrage
01:04:00Sous-titrage
01:04:19Sous-titrage
01:05:16Sous-titrage
01:05:24Sous-titrage
01:05:25Sous-titrage
01:05:29Sous-titrage
01:05:32Sous-titrage
01:06:16Sous-titrage
01:06:19Que d'un dérèglement
01:06:20Des fondements
01:06:20Même de la conversation
01:06:22Alors que l'homme
01:06:23Hors-champ
01:06:24Raconte ce qu'il a observé
01:06:25Il y a cinq ans
01:06:26La réaction de Trouble
01:06:28S'emparant de la femme
01:06:29Laisse à penser
01:06:30Qu'elle s'identifie
01:06:32A l'héroïne du récit
01:06:33Qui a un fils
01:06:34Du même âge
01:06:35Que le sien
01:06:36Ou qu'elle la connaît
01:06:37Ou qu'elle devient
01:06:38Cette autre
01:06:39Elle-même
01:06:40Peut-être
01:06:41Ce sont les sous-titres
01:06:42Qui emploient
01:06:43Le terme déjà vu
01:06:44Le dialogue
01:06:45Sounds familiar
01:06:46Mentionne davantage
01:06:47Une familiarité
01:06:49Visiblement bouleversante
01:06:50Qui renvoie
01:06:51A l'inquiétant familier
01:06:52Dont Sigmund Freud
01:06:53A dessiné les contours
01:06:54Théoriques
01:06:55Dans son texte
01:06:56De 1919
01:06:58En parlant notamment
01:06:59De son voyage en Italie
01:07:00Pour en revenir
01:07:02A copie conforme
01:07:03Après l'échange
01:07:03Sur la copie
01:07:04Et l'original
01:07:05De la statue
01:07:05De Michel-Ange
01:07:07L'homme sort
01:07:07Pour répondre
01:07:08A un appel téléphonique
01:07:09Et une discussion
01:07:10Une discussion même
01:07:12Anodine
01:07:13Se déroule en italien
01:07:14Entre l'héroïne
01:07:15Et la tenancière
01:07:16Du bistrot
01:07:17Qui prend son interlocuteur
01:07:19Pour son mari
01:07:21Elle
01:07:23Ne rectifie pas
01:07:24Et une fois
01:07:25James revenu
01:07:26Il se comporte
01:07:27Comme un couple marié
01:07:28Devant la patronne
01:07:29Interrogé
01:07:30L'homme explique ainsi
01:07:31Qu'il ne parle pas
01:07:32Couramment italien
01:07:33Contrairement à sa femme
01:07:34Car sa famille vit sa vie
01:07:36Et lui la sienne
01:07:37Voyons comment
01:07:39Elle et lui
01:07:40Prolongent le mensonge
01:07:41Après que la femme
01:07:43Sort à son tour
01:07:44Pour répondre
01:07:45A l'appel téléphonique
01:07:47De son fils
01:07:48Merci
01:07:48De projeter
01:07:49Le dernier extrait
01:07:51L'extrait 10
01:07:52De 4 minutes
01:08:20Sous-titrage
01:08:23He might be living his own life, but you're both ruining my...
01:08:28Oui, t'es devant le bureau, là? Bon, alors, maintenant...
01:08:34Tire le tiroir au milieu, celui du milieu à partir de la gauche,
01:08:39tu comptes trois tiroirs et c'est celui... Voilà.
01:08:43Tire! Idiot! Tire dans le fond et tu...
01:08:49Si je rentre et que je le trouve, je te tue.
01:08:55Of course, our presence can give comfort and pleasure...
01:08:59Non, non, non, c'est dans le fond, cherche dans le fond, enfin, tu peux quand même le trouver.
01:09:06Of course, our presence can give comfort and pleasure to those around us.
01:09:10Lucas talking about presence.
01:09:13When was the last time the three of us had breakfast together? When?
01:09:16When?
01:09:17When?
01:09:18Oui.
01:09:19Oui, tu trouves là, c'est dans le fond.
01:09:22Can you remember?
01:09:23I certainly can't remember the last time you came down to Brett, you see a good move.
01:09:26Ah, ben voilà! Tu viens notre...
01:09:29Oh ben, travaille maintenant, d'accord?
01:09:32T'arrête de m'en b... Non, tu ne me téléphones...
01:09:34Et tu ne téléphones pas non plus à Marie?
01:09:38Ne...
01:09:39Je ne sais pas, je vais arrêter, je n'en sais.
01:09:41Travaille là! Allez, allez, allez, travaille! Tra...
01:09:44Adieu!
01:09:45Quand il conforme de son père, non, mais il n'y a rien à faire, il ne veut rien comprendre,
01:09:49il n'en fait qu'à sa tête.
01:09:50Avec les enfants, il y a toujours une solution.
01:09:52Oui, ben moi, je ne la trouve pas et toi, tu n'es jamais là.
01:09:56Allez, allez, allez, allez, allez!
01:09:58Non, il faut qu'il y en a qui soit sévère, pour que l'autre soit doux, un bon, un
01:10:03méchant.
01:10:03Mais si une personne joue les deux, c'est... c'est insupportable.
01:10:08Donc c'était moi qui jouais le rôle de méchant, c'est ça?
01:10:10Ah ben, tu n'as pas besoin de jouer.
01:10:12Non, la patronne de café, elle disait que ce qu'il compte dans la vie, c'est d'avoir un
01:10:16mari.
01:10:16Bon ou mauvais, fais l'affaire, mais toi, en tant que mauvais mari, il faut être là que tu l
01:10:20'entends, hein?
01:10:21Oh, wait, it's not really fair of you to give me this role of absent parent.
01:10:26Besides, there are about to be certain times when one parent or the other has to be away, for whatever
01:10:30reason.
01:10:30And you can't blame me for that, can you?
01:10:32Of course not, but you said sometimes.
01:10:34And in your case, it's constant.
01:10:37When have you been here? When?
01:10:39Monsieur.
01:10:42Alors, selon mon intime conviction, de nouveau, les protagonistes,
01:10:45censés à peine se connaître, se prêtent au jeu des conjoints après quinze années de mariage.
01:10:52Le glissement est opéré par le dialogue à travers plusieurs passages,
01:10:56que vous avez dû remarquer, le passage de l'anglais au français,
01:11:00le passage du vouvoiement au tutoiement à mon chéri.
01:11:04Par la suite, la conviction avec laquelle les personnages, et particulièrement l'héroïne à la recherche de la vraisemblance perdue,
01:11:14rendent vraisemblables ces retrouvailles conjugales, qui n'en sont pas vraiment,
01:11:18et graine des moments d'hésitation entre ce qui relève du réel et ce qui tient lieu de copie,
01:11:25entre ce qui relève de la vérité et ce qui tient lieu de mensonge.
01:11:29L'accumulation a pour effet, à la longue, j'espère que vous le verrez,
01:11:35de perdre de vue la pertinence d'un tel questionnement.
01:11:38Nous croyons à la feintise ludique partagée, parce qu'elle éclaire les conditions d'existence d'un couple marié dans
01:11:46le temps.
01:11:47Alors, comme l'écrit Youssef Ishakpour dans son texte sur le film Reproduction sans original,
01:11:54que vous pouvez trouver dans le second volume qu'il a consacré au cinéma d'Abbas Kiarostami,
01:11:59c'est ce fond universel, ce qu'un homme et une femme peuvent se dire après 15 ans de mariage,
01:12:04qui permet à des adultes de jouer aux maris et femmes, de faire comme s'ils se connaissaient de longue
01:12:11date,
01:12:11de ne pas s'étonner de ce qu'ils disent, de ce qu'ils répliquent, on pourrait même dire.
01:12:16Ainsi, pendant leur visite de la ville, le couple fictif rencontre tour à tour trois couples secondaires
01:12:26correspondant de manière paradigmatique aux trois autres étapes d'une relation qui dure.
01:12:31Avant, un jeune couple de mariés du même âge que les protagonistes de The Lady Eve et de Youself and
01:12:37Yours.
01:12:37Après eux, un couple de retraités et puis, dernière étape, un couple de vieillards.
01:12:45Cette mise en relation allégorique dans la fiction commence à la fin de l'extrait,
01:12:51le dernier extrait qui a été projeté, au moment où elle reproche à son mari de s'être absentée trop
01:12:59souvent.
01:13:00Vous aurez peut-être remarqué la juxtaposition forgée par la composition entre le faux vrai couple et le couple de
01:13:09trentenaire, donc tout à gauche.
01:13:12Quand la jeune femme pouffe de rire, l'on peut avoir l'impression qu'elle interagit avec le couple principal
01:13:20en se moquant des propos de James,
01:13:22mais c'est peut-être donc ma projection. Il n'est pas anodin que l'homme retraité soit interprété par
01:13:30Jean-Claude Carrière.
01:13:31Il donne comme conseil à James de mettre sa main sur l'épaule de sa prétendue épouse en signe de
01:13:39réconciliation, d'accalmie et de protection.
01:13:42Un conseil peut être un peu vieux jeu, cela se discute, qui pose la question de l'universalité du fantasme
01:13:52de l'homme protecteur et de la femme à protéger.
01:13:55Car copie conforme notamment à travers la présence d'une statue, mais pas seulement, est hantée par voyage en Italie,
01:14:031955, de Robert Rossellini.
01:14:05Reste à voir, le dimanche 17 mai à 19h30, oui je l'ai marqué, c'est le moment de la
01:14:12projection dans le cycle L'art du mensonge,
01:14:15si le mensonge aboutit au même miracle rossellinien dans la scène finale du film d'Abbas Kiarostami.
01:14:24Alors il est temps de conclure cette défense et illustration des menteuses au cinéma par un résumé aussi rapide que
01:14:35vertueux, je l'espère.
01:14:36Dans The Lady Eve, une comédie classique hollywoodienne du remariage, le mensonge de l'héroïne, qui prétend être une aristocrate
01:14:45britannique, nymphomane,
01:14:47mène au pardon et à la reconnaissance réciproque après que le héros a mis de côté ses idées reçues puritaines
01:14:54sur la bienséance.
01:14:56Dans Yourself and Yours, une fable moderne de la reprise amoureuse, le mensonge de l'héroïne, qui affirme ne pas
01:15:03être elle-même,
01:15:04permet au héros de reconnaître ses erreurs moralo-idéalistes et de s'aventurer dans l'inconnu, la réalité de l
01:15:13'autre.
01:15:14Dans Copie conforme, film parangon du comme-si post-moderne, la faculté de l'héroïne à croire et à s
01:15:20'engager dans une histoire qui n'a pas eu lieu,
01:15:23conduit, en douceur, à redéfinir le réel dans un rapport complexe à la fiction et à la vérité.
01:15:29Comme Abbas Kiarostami l'a confié à Stéphane Delorme dans les cahiers du cinéma,
01:15:35le réel n'est pas nécessairement ce qui se passe, c'est ce qui peut se passer.
01:15:40Pour ouvrir une éventuelle discussion, il faut relever que ces trois films associent le personnage féminin de la menteuse
01:15:48à l'instance de création à travers le dispositif du miroir.
01:15:53Dans The Lady Eve, on l'a vu, la voleuse en artiste crée un film dans le film avec son
01:15:59miroir caméra et sa langue bien pendue.
01:16:03Dans Yourself and Yours, la menteuse en monteuse et en scénographe se place toujours du bon côté pour forger des
01:16:12rimes plastiques.
01:16:13Dans Copie conforme, les deux personnages sont dévisagés à des moments clés quand ils se mirent devant la glace.
01:16:22De fait, nous savons que le miroir n'existe pas et que la caméra a été placée face à eux
01:16:28pour tourner la prise de vue.
01:16:30Aussi, peut-on soulever l'hypothèse finale d'un autoportrait à deux faces confrontant la face lumineuse et la face
01:16:39odieuse dans la création ?
01:16:41J'espère vous avoir convaincu que le mensonge féminin était du côté de la lumière.
01:16:48Je vous remercie pour votre attention.
01:16:50Applaudissements
01:16:55Applaudissements
01:16:56Applaudissements
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01:17:00Applaudissements
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01:17:00Sous-titrage FR ?
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