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Cours du vendredi par Charlotte Blum (journaliste, autrice et réalisatrice de documentaires).

De David Lynch, on retient la chambre rouge de Twin Peaks, les femmes aux lèvres d’un rouge écarlate, la cabane en feu de Lost Highway et l'onirisme discret d'un câble électrique. Mais son message politique, sa façon de déjouer les mensonges du monde, d'une Amérique au vernis qui s'écaille, d'un Hollywood qui brise les rêves, sont passés à la trappe. Injustement.

Partout, Lynch a pratiqué la loi des fourmis rouges, comme celles qui grouillent sur l'oreille trouvée dans l'herbe verdoyante de Blue Velvet, à quelques mètres de pavillons de banlieue propres et rassurants. Partout où on l'on croit trouver la sécurité et le calme se cachent l'horreur, la peur, le bruit. C'est ce grand mensonge que David Lynch dézingue dans son œuvre, malgré ses airs de grand rêveur perché, coupé de la réalité. Les pieds bien ancrés et la conscience en alerte, il n'a fait que clamer la vérité, sa vérité, nous sommes juste passé·es à côté.

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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.

Un lieu, toutes vos envies.

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Transcription
00:00:03La parole est à toi.
00:00:05Merci, c'est gentil.
00:00:06Si seulement c'était vrai.
00:00:08Il va falloir s'habituer à ce que des femmes puissent parler de lynch, je ne sais pas comment on
00:00:12va faire.
00:00:14Alors, avant de commencer, deux infos.
00:00:16La première, c'est que je vais m'évertuer au maximum que je peux de ne pas spoiler quoi que
00:00:20ce soit.
00:00:21Ça va, c'est pas facile, mais vraiment, je fais mon max.
00:00:24La deuxième info, c'est que je suis douée en lynch, mais je suis nulle en PowerPoint.
00:00:32Donc, j'ai un support, mais franchement, il est moche et je suis désolée.
00:00:36Voilà, donc, en plus, sur un immense écran, c'est vraiment la honte, mais c'est pas ma formation première.
00:00:43Donc, que raconte ce titre ?
00:00:45David Lynch ou l'art de dézinguer le mensonge avec élégance, au-delà du fait de juste vouloir s'inscrire
00:00:49dans la thématique du forum
00:00:51pour pouvoir être là aujourd'hui et le faire rentrer au chausse-pied.
00:00:55Moi, ce que j'ai envie de raconter, c'est une nuance du mensonge, c'est une façon de mentir
00:01:00qui est d'illusionner son monde.
00:01:03Et ce que Lynch a fait pendant toute sa carrière, c'est détruire les illusions sur lesquelles il a grandi.
00:01:09Donc, à chaque fois qu'on va parler de ce qu'il raconte dans ses films, revenir sur son passé,
00:01:14revenir sur son éducation,
00:01:15son rapport à sa famille et son rapport à son pays, et montrer comment il a décidé, une fois qu
00:01:20'il avait la parole, le libre-arbitre et sa propre expérience,
00:01:24de raconter sa vérité de ces mondes-là.
00:01:26Donc, j'ai séparé le cours, enfin cours, conférences, sectes, comme vous voulez, en trois parties.
00:01:36Donc, on va parler de la famille, puis de l'Amérique, puis d'Hollywood,
00:01:39et de la façon dont il a détruit tous les mythes et toutes les illusions qui accompagnent ces trois thématiques
00:01:44-là.
00:01:46J'ai mis une petite révision avant de commencer, pour se rappeler dans quel ordre est sorti quoi,
00:01:52parce que c'est normal de ne pas s'en souvenir.
00:01:55Donc, on rappelle très rapidement qu'Irez Orette, c'est 77,
00:02:00qu'Elephant Man a eu huit nominations aux Oscars et en a gagné zéro,
00:02:04que Dune est un échec,
00:02:07que Blue Velvet, que vous verrez tout à l'heure à 21h, a une importance cruciale,
00:02:11et je vous expliquerai après pourquoi,
00:02:13que 90 et Twin Peaks, c'est la première fois que vraiment un cinéaste fait de la télé avec respect,
00:02:20et y amène tout son talent, tout son savoir-faire, et aussi toute son obstination.
00:02:25C'est Laure et Lula, c'est La Palme à Cannes,
00:02:28qu'il a reçue pendant qu'il a abandonné la saison de Twin Peaks.
00:02:32Firewalk With Me, le préquel de Twin Peaks en 92, qui se fait défoncer à Cannes.
00:02:38Lost I Way en 97, son film le plus étrange, Une Histoire Vraie en 99,
00:02:44et enfin Mulholland Drive et Inland Empire,
00:02:46qui fonctionne plus ou moins comme un diptyque autour d'Hollywood,
00:02:50pour finir avec la saison 3 de Twin Peaks,
00:02:53qui aura 10 ans l'année prochaine, alors qu'elle paraît si fraîche, si nouvelle,
00:02:58et bien non, elle est déjà vieille.
00:03:00Pour parler de la façon dont Lynch se réapproprie la vérité et la réalité en permanence,
00:03:05il y a un point de départ qui est hyper évident et hyper simple,
00:03:08qui s'appelle l'espace du rêve, qui est son autobiographie.
00:03:12Pour ceux qui ne l'ont pas lue, elle a un concept très lynchien,
00:03:17c'est qu'elle est écrite à deux têtes et quatre mains,
00:03:20Lynch d'un côté et une journaliste qui s'appelle Christine McKina de l'autre.
00:03:24Ils parlent exactement des mêmes choses, dans le même ordre, avec le même chapitrage.
00:03:28La différence, c'est que Christine McKina a fait plus de 100 interviews pour connaître la réalité,
00:03:34et que Lynch reprend toutes ses vérités et donne sa propre version,
00:03:38qui est toujours différente, comme s'il n'avait pas vécu sa propre vie.
00:03:43Si vous ne l'avez pas encore lue, je vous conseille plutôt que de le lire, de l'écouter,
00:03:47parce qu'on a une grande chance, c'est qu'il a eu le temps de l'enregistrer en audiobook
00:03:50avant de nous quitter.
00:03:52Donc vous pouvez écouter David Lynch vous raconter sa vie,
00:03:55c'est mon ASMR personnel, c'est ce que j'écoute avant de dormir.
00:04:00Je vous parlais de trois environnements que Lynch détruit.
00:04:03La famille comme lieu de confiance et d'épanouissement, il ne racontera jamais ça dans ses œuvres.
00:04:10L'Amérique comme terre de liberté, qui va devenir une terre d'enfer absolue.
00:04:14Et enfin, Hollywood comme royaume de la création et de la passion,
00:04:18où il va se retrouver à être un peu le seul à être aussi passionné par son métier
00:04:22et à être toujours à contre-courant de ce qu'on lui demande.
00:04:26Sauf pour Dune. Il l'a regretté, et nous aussi.
00:04:30C'est comme ça, c'est la vie.
00:04:32Donc le passé de Lynch est très important, et le connaître un petit peu,
00:04:36c'est important pour comprendre comment il a créé ses œuvres par la suite.
00:04:40Et dans un merveilleux documentaire qui s'appelle The Art Life,
00:04:43dont on va regarder un extrait, il explique justement comment son passé a infusé dans son œuvre.
00:04:49Donc je crois qu'il n'y a qu'un seul extrait de The Art Life.
00:04:53Non, il y en a deux, c'est le premier.
00:05:11Je pense que chaque fois que tu fais quelque chose comme un painting ou un autre,
00:05:31c'est vraiment la plus belle personne du monde.
00:05:37Comment on va faire ? Comment on va survivre à ça ?
00:05:39Bon, donc, on va commencer par la famille.
00:05:41On va d'abord faire un petit tour dans le passé.
00:05:43Donc c'est quoi l'enfance de David Lynch ?
00:05:47C'est une enfance joyeuse, super douce, avec des parents qui s'aiment, qui ne s'engueulent jamais.
00:05:53Il n'y a pas d'argument dans la famille.
00:05:55Les enfants font ce qu'ils veulent, c'est la fête, ils passent leur journée dans des flaques de boue
00:05:59ou à faire des dessins.
00:06:00Il a un frère qui s'appelle John, une sœur qui s'appelle Martha, et il a un soutien de
00:06:05ses parents parfait pour développer sa créativité, en tout cas à l'enfance.
00:06:12Par exemple, sa mère, pour l'encourager à créer, elle voit un truc spécial en lui, un truc artistique, et
00:06:18elle lui interdit de faire des coloriages.
00:06:20Donc elle donne des coloriages à son frère et à sa sœur, mais elle dit à David Lynch, elle dit
00:06:25à David,
00:06:26« Toi, tu ne fais pas de coloriages, d'abord tu fais des dessins et après tu les colorieras, mais
00:06:30tu ne vas pas colorier un truc qui est déjà fait. »
00:06:32Elle est dans un encouragement très beau, d'une mère à son fils, son père aussi, jusqu'au moment où
00:06:38les parents comprennent qu'à 20 ans, à 18, 19, 20 ans,
00:06:41Lynch ne rigole pas du tout avec l'art plastique, avec la peinture, avec le dessin, et qu'il va
00:06:47y consacrer sa vie.
00:06:48Et là, tout de suite, on n'est plus sur le même rapport.
00:06:52C'est un trauma chez Lynch, il va, mais je n'ai même pas mis mon truc, alors c'est
00:06:56moche, mais bon, je l'ai fait, donc je vais vous le montrer.
00:06:59Donc ça, c'est mon chapitre, et ça, c'est les photos de sa jeunesse.
00:07:03Oh, c'est beau ! Voilà, donc vous voyez la famille, tout ça, en bas avec son papa, en train
00:07:08de chercher du bois, après à côté avec son papy, et avec son frère et sa sœur.
00:07:13Donc, la famille retire son soutien dès lors que ça va devenir sa vie, et ils lui disent qu'il
00:07:18ne s'en sortira pas comme ça.
00:07:21Lynch, évidemment, s'en fout, et d'ailleurs, il s'en foutra jusqu'à la fin de sa vie, de
00:07:25la vie des autres, et il a bien raison,
00:07:27et il va continuer, poursuivre son rêve, et un jour, il va décider de prouver à son père que cette
00:07:34direction est la bonne,
00:07:35et il va l'inviter dans son atelier.
00:07:38Ça ne va pas se passer comme prévu, et donc nous allons regarder l'extrait de The Art Life, l
00:07:42'extrait numéro 3,
00:07:44et il n'y a pas de numéro 2, parce que je ne suis pas organisée.
00:07:49Et j'ai appelé à mon père, j'ai dû faire un voyage de Californie,
00:07:56pour, say, D.C. ou quelque chose, et il voulait venir et visiter en Philadelphie.
00:08:04Donc j'ai dit, oh my God.
00:08:06Donc, j'ai dû faire un arrangissement.
00:08:10Peggy had to move out, not move out, but not be there,
00:08:15and I picked up my dad and brought him back to 2429 Aspen Street,
00:08:23and we had a visit.
00:08:25And just near the end of the visit, I said, oh, I gotta show you some stuff.
00:08:31And I took him down to the basement, which was like earthen floor,
00:08:41really old cobwebs and stuff all around the ceiling level,
00:08:46and dirty basement windows.
00:08:49But I'd set up these little tables, little, like, platforms out of wood and stuff,
00:08:56and I had all these experiments going.
00:09:00Like, I wanted to see what fruit would do after a long period,
00:09:04different stages of fruit, how it would decay.
00:09:08And I had some dead birds, and I had my mouse in plastic,
00:09:14and I had, you know, a bunch of stuff I'd collected.
00:09:18So I wanted to share this with my father,
00:09:20so I took him down to the basement.
00:09:22And it's pretty dim light.
00:09:25And looking at these things, I'm sharing with him, right?
00:09:29And he's looking at him.
00:09:31So then we went back up, and we were on the stairway,
00:09:35and I was ahead of him.
00:09:37And I was smiling to myself.
00:09:41It was great that he got to see this.
00:09:43And I kind of turned with a smile.
00:09:46As we were going up the stairs, I turned back toward him,
00:09:50and I see this pained expression on my father's face,
00:09:57which he was hiding from me.
00:10:00Then I got back in the truck, and we were driving back to the railroad station,
00:10:06and it was in that truck driving back to the station that he said to me,
00:10:16Dave, I said, yeah, I don't think you should ever have children.
00:10:24I'm sorry.
00:10:26I'm sorry.
00:10:26So, the father of Lynch,
00:10:29he seems to know,
00:10:30he's a grain in the head of his son.
00:10:33And to the end, Lynch has fear of being a father.
00:10:36So, the joke is that he has four children,
00:10:38with four different women.
00:10:40So, he is a father.
00:10:42but he is persuaded
00:10:44that being a father
00:10:46will prevent you from being an artist.
00:10:54Or in all, the artist who he wants to be.
00:10:56This documentary,
00:10:57which you have seen an extra,
00:10:58it's called The Art Life,
00:10:59and it's like that he calls his life.
00:11:00His life is a life,
00:11:02an artist, point.
00:11:03It's not a family,
00:11:04it's not a family,
00:11:04it's not a family,
00:11:05it's not a family,
00:11:06it's a life,
00:11:06and it's an artist,
00:11:07and it's an artist.
00:11:07And being a father,
00:11:09it's going to prevent you from doing that.
00:11:11Donc, il devient père,
00:11:12pour la première fois,
00:11:13en 1968.
00:11:14Sa fille Jennifer,
00:11:16née avec un pied beau,
00:11:18un détail pour vous,
00:11:19mais vous allez voir
00:11:20que ça veut dire beaucoup.
00:11:22Donc, sa fille née en 68,
00:11:24et lui, il travaille
00:11:25sur son premier court-métrage.
00:11:27Et son premier court-métrage
00:11:29va s'appeler The Grandmother.
00:11:31C'est fait exprès
00:11:32que la photo ne prend
00:11:33que la moitié de l'écran,
00:11:34je tiens à le dire.
00:11:35Je sais mettre une photo au milieu.
00:11:37Dans The Grandmother,
00:11:38on a ce petit garçon
00:11:40qui est le fils
00:11:41de ses voisins à Philadelphie,
00:11:42qui est battu par ses parents,
00:11:44parce qu'il fait pipi au lit,
00:11:45et il va semer une graine
00:11:47et faire pousser une grand-mère
00:11:49qui va le protéger
00:11:50contre ses parents.
00:11:52Donc là,
00:11:52ce qu'on voit,
00:11:53c'est la peur de Lynch
00:11:54d'être père,
00:11:55mais surtout la peur de Lynch
00:11:56d'être un mauvais père.
00:11:57Et ce qu'il exprime
00:11:58quand il parle de la famille,
00:11:59Lynch,
00:12:00il raconte jamais son rapport
00:12:01à ses parents à lui.
00:12:02Il raconte son propre rapport
00:12:03à lui-même en tant que père
00:12:04et la peur d'échouer.
00:12:06Cela dit,
00:12:07Peggy,
00:12:08sa première femme
00:12:09et la mère de sa fille Jennifer,
00:12:10a dit que parfois,
00:12:11c'est un bon père,
00:12:12notamment quand il fabriquait
00:12:13des jouets.
00:12:14Bon,
00:12:15et bien c'est mieux
00:12:16que la plupart de nos pères,
00:12:17donc pourquoi pas.
00:12:19Donc il travaille
00:12:20sur son premier court-métrage,
00:12:21The Grandmother,
00:12:22où on commence à comprendre
00:12:23son rapport à la famille,
00:12:24et ensuite,
00:12:25il travaille sur son premier
00:12:26long-métrage,
00:12:27d'où la moitié de la photo.
00:12:37Hop,
00:12:37il est dégoûté,
00:12:38et en plus,
00:12:39son enfant est bizarre.
00:12:41Et là,
00:12:41on se souvient que Jennifer
00:12:42est née avec un pied beau.
00:12:44Donc on voit le trauma total
00:12:46de Lynch face à l'idée
00:12:48d'être père.
00:12:49On va regarder,
00:12:50évidemment,
00:12:51un petit extrait
00:12:52d'Irasher Head,
00:12:52et c'est l'extrait 1.
00:13:21Sous-titrage Société Radio-Canada
00:13:24et c'est l'exécuté.
00:13:27I...
00:13:29Mary ?
00:13:31Father Herc !
00:13:34Answer me.
00:13:37I'm too nervous.
00:13:39There's a baby.
00:13:40It's at the hospital.
00:13:42Mom !
00:13:43And you're the father.
00:13:45That's impossible.
00:13:46It's only been...
00:13:47They're still not sure
00:13:48it is a baby.
00:13:50It's premature,
00:13:51but there's a baby.
00:13:52After the two of you
00:13:53are married,
00:13:54which should be very soon,
00:13:55you can pick the baby up.
00:13:57Mom !
00:13:59Mom !
00:14:00Hey !
00:14:03Oh !
00:14:05Oh !
00:14:07Oh !
00:14:11Oh !
00:14:12he's got a nosebleed !
00:14:15Oh !
00:14:17Oh !
00:14:17Oh !
00:14:42Henry apprend qu'il va être père.
00:14:44Il rejette tellement cette idée
00:14:45par tous les porcs
00:14:46qui saignent du nez.
00:14:47Et je fais une petite parenthèse
00:14:48pour la régie,
00:14:49on a des trous de son
00:14:50par moment.
00:14:51Voilà.
00:14:52Je ne sais pas si c'est l'extrait
00:14:53ou le son,
00:14:53mais on a des petits trous de son.
00:14:55David Lynch,
00:14:56pendant le tournage
00:14:56d'Irez The Red,
00:14:57se sépare de Peggy,
00:14:59donc s'éloigne de sa fille,
00:15:01Jennifer.
00:15:02Elle est parfois sur le tournage,
00:15:05elle sera coupée au montage.
00:15:06Si ça,
00:15:07ce n'est pas un truc psychologique,
00:15:09enfin,
00:15:09je ne suis pas psy,
00:15:10mais enfin,
00:15:10je veux dire,
00:15:10il a coupé sa fille au montage
00:15:12et il l'a recoupée au montage
00:15:14dans Blue Velvet.
00:15:15Donc,
00:15:15elle a joué deux fois dans ses films,
00:15:16mais elle n'est jamais apparue à l'écran.
00:15:18Et il s'identifie tellement à Henry
00:15:20qu'après sa séparation
00:15:22avec Jennifer,
00:15:23il dort dans le lit du personnage
00:15:24sur le plateau de tournage.
00:15:26Donc,
00:15:27c'est dire à quel point
00:15:27il raconte sa vie
00:15:29avec ce film-là.
00:15:31Quand le film sort,
00:15:33il adresse un petit mot
00:15:35à ses parents
00:15:36que voici,
00:15:37« Chère maman et papa,
00:15:39ne regardez pas
00:15:40Yrez The Red
00:15:41et ne dites à personne
00:15:42que c'est moi
00:15:43qui l'ai fait. »
00:15:45Bon,
00:15:45derrière ce trait d'humour,
00:15:47on sent quand même
00:15:47la petite tension.
00:15:49Il a désobéi à son père
00:15:50qui lui avait dit
00:15:51de ne pas devenir père lui-même
00:15:54et il a fait ce qu'il a voulu
00:15:55et voilà.
00:15:57Cette difficulté d'être père,
00:15:58on va beaucoup parler
00:15:59de son cinéma,
00:16:00mais elle apparaît aussi
00:16:00dans sa peinture,
00:16:01donc on va faire quand même
00:16:01un petit détour.
00:16:03Hop.
00:16:04Donc là,
00:16:05on a Suzy
00:16:06qui fugue
00:16:07à l'âge de 14 ans
00:16:09et à côté,
00:16:10on a un enfant
00:16:11qui fout le feu
00:16:12absolument partout
00:16:13et on voit que
00:16:14dans la maison
00:16:15soi-disant familiale
00:16:16en bas,
00:16:17on a un petit personnage
00:16:18avec un pistolet
00:16:19dans la main.
00:16:20Fun.
00:16:21Très fun.
00:16:22La famille,
00:16:22ça c'est l'image
00:16:23de la famille
00:16:24chez Lynch.
00:16:25Donc quand on parle
00:16:25de casser un mensonge,
00:16:27c'est le mensonge
00:16:28de sa propre famille idéale
00:16:29qu'il casse
00:16:30en créant uniquement
00:16:31des familles dysfonctionnelles.
00:16:34Dans Elephant Man,
00:16:35par exemple,
00:16:36la mère est morte
00:16:38et les deux figures
00:16:39paternelles
00:16:40sont des ordures.
00:16:41A leur façon,
00:16:42on a d'un côté
00:16:43la personne
00:16:43qui pense posséder
00:16:46Elephant Man,
00:16:46un homme de cirque
00:16:47qui en fait
00:16:48un animal de foire
00:16:49et on a ensuite
00:16:49un médecin
00:16:50qui, sous couvert
00:16:51de vouloir l'aider,
00:16:52l'exploite
00:16:53toute sa vie
00:16:54et se sert
00:16:55de la découverte
00:16:57et du soin
00:16:58d'Elephant Man
00:16:58pour faire sa renommée
00:16:59en tant que médecin.
00:17:00Donc on a deux figures
00:17:01paternelles
00:17:02qui l'exploitent.
00:17:03Dans Blue Velvet,
00:17:04encore une fois,
00:17:05je ne vais pas spoiler,
00:17:06des fois,
00:17:07ça va paraître flou
00:17:08ce que je dis,
00:17:08mais si vous savez,
00:17:09vous savez.
00:17:09Et si vous ne savez pas,
00:17:10on passe les films.
00:17:12Dans Blue Velvet,
00:17:13on a un enfant kidnappé
00:17:15et une mère martyrisée
00:17:16pour pouvoir
00:17:17ne serait-ce que
00:17:17lui parler au téléphone.
00:17:19Dans Twin Peaks
00:17:20et C'est Laure et Lula,
00:17:21on nous parle d'inceste
00:17:22qui est un sujet
00:17:23extrêmement rare,
00:17:24tout écran confondu
00:17:25à l'époque.
00:17:26Donc sans spoiler,
00:17:28c'est très important
00:17:29de se dire
00:17:29qu'un cinéaste
00:17:30c'est en homme,
00:17:31en plus,
00:17:31c'est emparé
00:17:32de ce sujet-là.
00:17:33À nouveau,
00:17:34dans C'est Laure et Lula,
00:17:35l'ennemi juré de Lula,
00:17:36c'est sa mère.
00:17:38Et puis,
00:17:38d'un seul coup,
00:17:39la famille disparaît.
00:17:40Donc en fait,
00:17:40le traitement,
00:17:41la filiation
00:17:42et le noyau familial
00:17:43n'existent plus
00:17:44dans les œuvres de Lynch
00:17:45et on se concentre
00:17:47et on se concentre
00:17:47sur le couple
00:17:47et on se concentre sur le couple.
00:17:47Mais franchement,
00:17:48ce n'est pas beaucoup mieux.
00:17:49Dans Lost Highway,
00:17:50on a un féminicide
00:17:51et dans
00:17:52Inland Empire
00:17:53et Twin Peaks
00:17:54et le retour de Twin Peaks,
00:17:56on a des violences conjugales.
00:17:57Et Lynch est aussi
00:17:58un des premiers cinéastes
00:17:59à s'être emparé
00:18:00des violences conjugales
00:18:01dans ses films
00:18:01et c'est important de le dire
00:18:02parce qu'on a tendance
00:18:04à penser
00:18:05que c'était quelqu'un
00:18:06d'extrêmement déconnecté
00:18:07de la société,
00:18:08pas du tout
00:18:09un observateur du monde
00:18:10alors que non seulement
00:18:11il observait,
00:18:11mais en plus,
00:18:12il dénonçait.
00:18:12mais la forme
00:18:13n'a pas forcément aidé
00:18:15à ce que le fond passe.
00:18:16Donc,
00:18:16ça sert à ça
00:18:17de faire ce genre de truc,
00:18:18c'est de remettre
00:18:19un peu les choses
00:18:19dans l'ordre.
00:18:20Ce qui est important
00:18:21chez Lynch
00:18:22et on le verra aussi
00:18:22quand on parlera de l'Amérique,
00:18:24c'est que la violence,
00:18:24elle ne vient jamais
00:18:25de l'extérieur.
00:18:26Elle vient toujours
00:18:26de l'intérieur.
00:18:27Là, elle vient de la famille,
00:18:28après, elle viendra du pays
00:18:29mais Lynch n'a pas exploré
00:18:31le monde dans son cinéma.
00:18:33Il a exploré
00:18:33ce qui était proche de lui
00:18:34parce que ses souvenirs
00:18:35et son environnement
00:18:36sont tellement forts chez lui
00:18:38qu'il n'a jamais réussi
00:18:39à en sortir
00:18:39sauf une fois
00:18:40c'était pour Dune
00:18:41et on sait
00:18:42ce que ça a donné.
00:18:44Même si, vous allez voir,
00:18:44quand on parlera de l'Amérique,
00:18:45ça a quand même aidé
00:18:46à faire quelque chose.
00:18:47Donc, la violence
00:18:48vient de l'intérieur,
00:18:50le danger vient de l'intérieur,
00:18:51vient de la famille
00:18:52mais néanmoins,
00:18:53il y a une exception.
00:18:55Ah oui,
00:18:56j'avais mis un très beau
00:18:58patchwork de violence conjugale.
00:19:00Voilà,
00:19:01c'est magnifique.
00:19:02Il y a une exception
00:19:03dans le cinéma de Lynch
00:19:04et c'est son film
00:19:05le plus étrange.
00:19:06C'est une histoire vraie,
00:19:07donc l'histoire d'un frère
00:19:09qui traverse
00:19:10une partie des Etats-Unis
00:19:11en tondeuse à gazon
00:19:12pour retrouver son frère
00:19:14avec qui il est brouillé
00:19:15depuis des années
00:19:15mais dont il a appris
00:19:17qu'il était malade.
00:19:18Donc là,
00:19:19on est sur
00:19:19les deux frères
00:19:20sont le lien,
00:19:22le socle narratif du film.
00:19:24Néanmoins,
00:19:25on ne va jamais en parler
00:19:26dans le film.
00:19:26Et quand ils vont se retrouver,
00:19:28le film finit.
00:19:29Donc ça n'intéresse pas du tout
00:19:30Lynch
00:19:31d'explorer leurs liens.
00:19:33Il aurait pu faire des flashbacks,
00:19:34il aurait pu nous raconter,
00:19:35il aurait pu faire raconter
00:19:36à son personnage,
00:19:37à Alvin.
00:19:38Il s'en fout totalement.
00:19:40Lui, ce qui l'intéresse,
00:19:41c'est de traverser l'Amérique
00:19:42et on verra après pourquoi.
00:19:44Pour moi,
00:19:45la raison pour laquelle
00:19:46il accepte de faire
00:19:47un film familial,
00:19:48c'est parce qu'une histoire vraie,
00:19:49c'est un film Disney
00:19:51et que Disney,
00:19:52c'est l'autorisation
00:19:53d'un truc
00:19:54qu'il ne traite jamais
00:19:55qui est les fins heureuses,
00:19:57qui est la joie,
00:19:58qui est les retrouvailles,
00:20:00la simplicité
00:20:01et justement
00:20:02ce lien fraternel.
00:20:03Et la seule fois
00:20:04où il va s'autoriser
00:20:05à vraiment explorer
00:20:06ce lien-là,
00:20:07c'est un film Disney.
00:20:08Donc c'est presque
00:20:09quelque chose
00:20:09d'imaginaire.
00:20:11C'est comme si ça n'existait pas.
00:20:12Je te vois, Renan.
00:20:15Si seulement vous aviez
00:20:16un meilleur ami
00:20:17qui à chaque fois
00:20:17que vous parliez fait.
00:20:20Oui, c'est ça.
00:20:21C'est ça, Charlotte.
00:20:22Continue.
00:20:23J'adore.
00:20:25Donc ça, c'était
00:20:25pour boucler
00:20:26sur une histoire vraie
00:20:28et l'espèce d'utopie humaniste
00:20:31que ce film représente
00:20:32dans la filmographie de Lynch
00:20:33et aussi peut-être
00:20:34une des raisons
00:20:35pour lesquelles
00:20:35on ne l'aime pas,
00:20:36ce film.
00:20:37Parce que d'une,
00:20:38on sait pourquoi
00:20:38on ne l'aime pas,
00:20:38ce n'est pas la peine
00:20:39de chercher pendant trois plombes,
00:20:40une histoire vraie,
00:20:41après tout, pourquoi pas ?
00:20:42Mais on ne l'aime pas
00:20:42parce qu'il ne raconte pas
00:20:43ce que Lynch raconte d'habitude
00:20:45et il ne le raconte pas
00:20:46en plus avec un ton
00:20:47qui est un peu mièvre
00:20:50et je crois foncièrement
00:20:51que Lynch nous a habitués
00:20:52à la violence.
00:20:53Est-ce que c'est bien ?
00:20:54Je ne sais pas,
00:20:55mais en tout cas,
00:20:56quand une histoire vraie est arrivée,
00:20:57on était dans un rejet absolu.
00:21:00Et ça, c'était la famille.
00:21:03Deuxième chapitre,
00:21:05accompagné par son image,
00:21:07l'Amérique.
00:21:08Ce n'est pas que c'est moche,
00:21:10c'est que ce n'est pas terrible.
00:21:12Ce n'est pas à la hauteur,
00:21:13on va dire.
00:21:14Donc, où a grandi David Lynch ?
00:21:16Il a grandi dans des maisons
00:21:17de ce genre-là,
00:21:19dans des toutes petites villes
00:21:20sa famille a beaucoup déménagé,
00:21:22mais il a habité dans l'Aïdao,
00:21:23dans le Montana,
00:21:24dans des régions
00:21:25où la nature avait
00:21:26beaucoup plus de place
00:21:27que l'urbain,
00:21:28où il pouvait jouer dehors,
00:21:29où il pouvait parler aux arbres,
00:21:30manger des vers de terre,
00:21:31enfin, faire sa vie, quoi,
00:21:32jouer dans la gadoue.
00:21:34Et il avait cette impression
00:21:36que l'Amérique
00:21:37de son pâté de maison,
00:21:39il le dit d'ailleurs,
00:21:40à cette époque,
00:21:41mon monde ne dépassait pas
00:21:42quelques pâtés de maison
00:21:43et pourtant,
00:21:43ces deux pâtés de maison
00:21:44renfermaient un monde immense.
00:21:46Donc, pour lui,
00:21:46ce pâté de maison-là,
00:21:48c'est la réalité de l'Amérique.
00:21:50L'Amérique,
00:21:51c'est des jolies petites maisons
00:21:52où tout le monde s'adore,
00:21:54où on s'appelle par son prénom,
00:21:55où tout va bien,
00:21:56où il n'y a pas de violence,
00:21:57où les enfants peuvent faire
00:21:58du vélo dehors, etc.
00:22:00Évidemment, c'est faux.
00:22:02Ce qui nous amène
00:22:03au mensonge numéro 2,
00:22:05au moment où Lynch
00:22:06quitte à la fois
00:22:07le cocon familial
00:22:08et le côté nature super joli
00:22:11de ces petites villes
00:22:12où il a grandi,
00:22:13pour partir à Philadelphie.
00:22:15Et là est le deuxième mensonge,
00:22:17parce que Philadelphie
00:22:19le traumatise complètement.
00:22:22Alors,
00:22:23voilà ce qu'il dit de Philadelphie.
00:22:25Donc bon,
00:22:25vous savez lire,
00:22:26vous vous débrouillez.
00:22:27Moi, ce que j'aime beaucoup,
00:22:28c'est la ville
00:22:29la plus malsaine,
00:22:30la plus corrompue,
00:22:31la plus décadente
00:22:32et la plus rongée
00:22:33par la peur
00:22:34qu'on puisse imaginer.
00:22:35Donc là, vraiment,
00:22:36on est à l'opposé
00:22:37des jolies petites maisons
00:22:38où il a grandi.
00:22:39On l'a trahi,
00:22:41on s'est moqué de lui
00:22:42et c'est extrêmement désagréable.
00:22:44Et c'est tellement désagréable
00:22:45que quand il va partir
00:22:47à Los Angeles
00:22:48faire son premier film,
00:22:50Irés Ared,
00:22:50il va y amener
00:22:51l'esthétique de Philadelphie.
00:22:53Donc voilà le quartier
00:22:55où il a grandi.
00:22:56Bon,
00:22:57je ne sais pas.
00:22:58Voilà.
00:22:59Effectivement,
00:23:00ce n'est pas
00:23:00la petite maison
00:23:00dans la prairie.
00:23:01Remake sur Netflix.
00:23:04Et voilà,
00:23:05Irés Ared.
00:23:06Donc on est sur quelqu'un
00:23:07qui est arrivé
00:23:08à Los Angeles,
00:23:09qui a fui
00:23:10d'une certaine manière
00:23:11Philadelphie,
00:23:12qui a expliqué
00:23:13maintes fois
00:23:13que ce qu'il émet
00:23:14de Los Angeles
00:23:14c'était sa lumière
00:23:15et qu'il va faire
00:23:17un film de Los Angeles
00:23:18qui ressemble
00:23:19à Philadelphie.
00:23:21C'est une sorte
00:23:22d'exutoire.
00:23:23Il va essayer
00:23:23de sortir cette ville
00:23:25de Cévennes.
00:23:27Il va en mettre
00:23:28partout.
00:23:28Il va en mettre
00:23:29dans des photos,
00:23:29il va en mettre
00:23:30dans des dessins,
00:23:31il va avoir
00:23:31une fixette absolue
00:23:33sur les usines
00:23:33notamment.
00:23:34Donc ça,
00:23:35c'est un paysage
00:23:35qui était très proche
00:23:37de lui à Philadelphie.
00:23:39Et il va raconter
00:23:40que malgré
00:23:41ce côté crade
00:23:43un peu flippant
00:23:43de Philadelphie,
00:23:44sa passion
00:23:45pour les usines
00:23:45fait qu'il aurait
00:23:46adoré passer
00:23:47des après-midi
00:23:47à pique-niquer
00:23:48au pied d'une usine.
00:23:51Ensuite,
00:23:52il fait
00:23:52Elephant Man
00:23:53et on retrouve
00:23:54à nouveau
00:23:55l'esthétique
00:23:55de Philadelphie
00:23:56dans l'Angleterre
00:23:57victorienne.
00:23:58Il considère
00:23:59et il va le dire
00:24:00que les humains
00:24:01fonctionnent
00:24:02comme des usines.
00:24:03Donc l'hôpital
00:24:04dans lequel
00:24:05Elephant Man
00:24:06Merrick
00:24:07est recueillie
00:24:07fonctionne comme une usine.
00:24:09Il va passer
00:24:10beaucoup de temps
00:24:10d'ailleurs
00:24:10à filmer
00:24:11les sous-sols,
00:24:12les tuyaux,
00:24:13la fumée,
00:24:14le bruit.
00:24:15On va retrouver
00:24:15quasiment la bande sonore
00:24:16d'Irez Orede
00:24:17alors qu'on est
00:24:17sur une ville,
00:24:18un pays différent
00:24:20et sur une esthétique
00:24:21qui n'a absolument
00:24:21aucune raison
00:24:22de ressembler
00:24:23à Irez Orede.
00:24:24On va rester
00:24:25dans le noir et blanc
00:24:26également.
00:24:27Donc on voit
00:24:27que le trauma
00:24:28le suit de film
00:24:29en film.
00:24:32Jusqu'à Dune.
00:24:33C'est pour ça
00:24:34que je vous disais
00:24:34que Dune
00:24:35quand même
00:24:35c'est bien
00:24:35parce qu'après Dune
00:24:37le trauma
00:24:37Philadelphie
00:24:38a été évacué
00:24:40et Dune
00:24:41lui permet
00:24:41de passer
00:24:42à une autre période
00:24:44de son passé
00:24:44qui est avant
00:24:45Philadelphie.
00:24:47Donc en fait
00:24:47Dune dans la catastrophe
00:24:49qu'a été
00:24:49cette oeuvre
00:24:50est une forme
00:24:51de thérapie
00:24:51et lui permet
00:24:52de se décoller
00:24:53du noir et blanc
00:24:54de la fumée
00:24:55et des usines.
00:24:56Et donc
00:24:57il enchaîne
00:24:57sur Blue Velvet.
00:25:00Blue Velvet
00:25:01va lui permettre
00:25:01de reconnecter
00:25:02avec l'enfance
00:25:03des jolies maisons
00:25:04mais néanmoins
00:25:05il apporte
00:25:05une lucidité
00:25:06où il va expliquer
00:25:08qu'au-delà
00:25:08de l'illusion
00:25:10de ces jolies maisons
00:25:11des arbres
00:25:12des cabanes
00:25:12du ciel bleu
00:25:13tout ça
00:25:14tout est beau
00:25:14tout est joli
00:25:15il parle des cerisiers
00:25:16il va expliquer
00:25:17que sur les cerisiers
00:25:18il y a de la sève
00:25:19qui suinte
00:25:20et des millions
00:25:21de fourmis rouges
00:25:22qui grouillent.
00:25:23Et à partir de là
00:25:24à partir de ce moment
00:25:25dans sa carrière
00:25:25ce qui va l'intéresser
00:25:27c'est plus la maison
00:25:27c'est les fourmis rouges
00:25:29qui grouillent.
00:25:29Et il va passer
00:25:30toute sa carrière
00:25:31à placer des histoires
00:25:32de fourmis rouges
00:25:33qui grouillent
00:25:34donc métaphore
00:25:35pour violence
00:25:36agressivité
00:25:37violence conjugale
00:25:38meurtre
00:25:39film noir
00:25:40ça c'est les fourmis
00:25:41dans un milieu
00:25:42très joli
00:25:43qui est le décorum
00:25:44de l'Amérique
00:25:45mais qui va accueillir
00:25:46des histoires sordides
00:25:47et donc le devenir
00:25:48par la force des choses.
00:25:51Donc il va traverser
00:25:53l'Amérique
00:25:53il va aller en Caroline du Nord
00:25:55il va inventer une ville
00:25:56Twin Peaks
00:25:57il va raconter
00:25:58évidemment Los Angeles
00:25:59dans une trilogie
00:26:00dont on parlera
00:26:01dans la troisième partie
00:26:03mais en tout cas
00:26:04ce qu'il essaye de faire
00:26:05c'est de casser
00:26:06la douceur
00:26:07et de montrer
00:26:08la violence
00:26:08qui se cache
00:26:09derrière la douceur
00:26:11donc on retrouve
00:26:12la maison
00:26:12que je vous ai montrée
00:26:13tout à l'heure
00:26:14en dessous
00:26:14la maison de Blue Velvet
00:26:16bon
00:26:16on peut voir
00:26:17on peut voir
00:26:18qu'il est passé
00:26:18à un autre moment
00:26:20de sa propre biographie
00:26:21donc il va placer
00:26:22son récit
00:26:23dans une maison
00:26:23qui ressemble
00:26:24à celle de son enfance
00:26:25mais il va y installer
00:26:27de la violence
00:26:28en résumé
00:26:30une femme
00:26:31est séquestrée
00:26:31forcée à chanter
00:26:32dans un club
00:26:33son enfant
00:26:34a été kidnappé
00:26:35et cette femme
00:26:36est régulièrement
00:26:37battue
00:26:38violée
00:26:38agressée
00:26:39et n'a pas la possibilité
00:26:41de retrouver son enfant
00:26:41et tout ça se passe
00:26:43dans une magnifique
00:26:44petite banlieue
00:26:46et son acteur fétiche
00:26:48autre avantage
00:26:49de Dune
00:26:49quand même
00:26:50c'est la rencontre
00:26:50avec Kyle MacLachlan
00:26:51ça valait le coup
00:26:52de faire un film de merde
00:26:53on retrouve
00:26:54Kyle MacLachlan
00:26:56ah bah oui
00:26:56on retrouve
00:26:57Kyle MacLachlan
00:26:58dans Blue Velvet
00:26:58qui va s'improviser
00:27:00enquêteur
00:27:01et qui va parler
00:27:02avec sa jolie
00:27:02petite voisine Sandy
00:27:04Sandy incarnée
00:27:05par Laura Dern
00:27:06une autre muse
00:27:07de David Lynch
00:27:08et ensemble
00:27:09ils vont essayer
00:27:10d'aider
00:27:11Dorothy Valen
00:27:11c'est la femme
00:27:12qui est séquestrée
00:27:13et dans l'extrait
00:27:14qu'on va regarder
00:27:15de Blue Velvet
00:27:15qui est l'extrait
00:27:16numéro 1
00:27:17on va comprendre
00:27:18de quelle manière
00:27:19Lynch mixe
00:27:20l'horreur et la beauté
00:27:21c'est la femme
00:27:47C'est un grand monde, n'est-ce pas ?
00:27:49Oui.
00:27:50Tu sais où cette maison d'apartement est ?
00:27:51Oui, c'est très près, c'est ce qui est trop drôle.
00:27:54Ils ont été sous surveillance pour quelques mois,
00:27:56except que je ne sais pas ce qu'ils ont trouvé,
00:27:58ce n'est pas mon père.
00:28:01Donc...
00:28:02Je pense que vous devriez retourner très vite, hein ?
00:28:05Pas vraiment, pourquoi ?
00:28:08Alors...
00:28:09Tu veux voir le bâtement ?
00:28:11Oui.
00:28:13Viens, je vais vous montrer.
00:28:17Hey baby !
00:28:19Hey babe !
00:28:23That's a building right there.
00:28:26Donc ils y sont allés à pied.
00:28:30Ouais.
00:28:31Ah, d'ailleurs...
00:28:33L'oreille, j'ai oublié de vous la montrer.
00:28:35L'oreille de Blue Velvet,
00:28:37tout commence par la découverte d'une oreille dans l'herbe,
00:28:39et si vous avez de bons yeux,
00:28:41on voit qu'il y a les fourmis rouges qui grouillent dessus.
00:28:44Voilà, d'où part cette histoire de fourmis rouges.
00:28:47Ce que raconte Sandy,
00:28:49c'est que l'enfer est au bout de la rue,
00:28:51on voit qu'ils y vont à pied,
00:28:52on voit d'ailleurs que sur ce très court trajet,
00:28:54il y a quand même deux blaireaux dans une voiture
00:28:56qui arrivent à la siffler et à l'emmerder.
00:28:58Donc on est vraiment sur Lynch,
00:29:00qui est conscient de la réalité du monde.
00:29:02Mais ce qui est important dans cet extrait-là,
00:29:04c'est vraiment de se dire qu'où qu'on soit,
00:29:07l'ADN de l'Amérique,
00:29:08même si on vit dans une jolie petite maison
00:29:10avec des jolies petites barrières,
00:29:11la violence elle est là quand même.
00:29:13Et l'illusion et le mensonge de cette beauté,
00:29:15de cette propreté, de cette douceur,
00:29:17ne tient pas la route.
00:29:18La preuve, l'immeuble est au bout de la rue de Sandy.
00:29:25Denis Sopper, qui joue le méchant dans ce film,
00:29:28a une façon de l'expliquer.
00:29:30Il dit que Blue Velvet est une radiographie
00:29:32de la schizophrénie de l'Amérique,
00:29:34une sorte de cauchemar collectif.
00:29:36On va se souvenir du mot schizophrène,
00:29:38parce qu'on va y revenir dans pas longtemps.
00:29:41Donc, Lynch, à travers ses films,
00:29:43il va s'amuser, enfin s'amuser,
00:29:45il va s'évertuer à briser
00:29:48tous les symboles de l'Américana,
00:29:50toute l'aura de l'Américana,
00:29:52à travers des paysages,
00:29:54mais aussi des symboles.
00:29:55Et un des symboles auxquels on pense de l'Amérique
00:29:59quand on pense David Lynch,
00:30:00c'est évidemment le diner,
00:30:02qui est censé être un endroit super chouette
00:30:04où on peut venir manger des pancakes 24h sur 24,
00:30:06où la serveuse est super sympa,
00:30:08elle vous appelle Honey,
00:30:09vous lui en voulez pas parce que c'est l'Amérique,
00:30:11tout ça, tout ça.
00:30:12Mais il y a quand même Irène,
00:30:14ah oui donc, pardon,
00:30:16la violence, les flingues,
00:30:17l'Amérique est violente, ok.
00:30:20Irène, ma serveuse préférée,
00:30:22Irène dans Fire Walk With Me,
00:30:24au Habs Diner,
00:30:25qui fume des clopes pendant qu'elle vous sert
00:30:27derrière son comptoir,
00:30:28et qui vous dit,
00:30:29tu veux savoir c'est quoi les specials d'aujourd'hui,
00:30:31ben on en a pas.
00:30:33Et ça c'est dès 92.
00:30:35Donc Lynch est la mythique du diner,
00:30:38qui va répéter dans l'extrait qui a été spoilé.
00:30:42C'est une façon de détruire l'Amérique,
00:30:44d'ailleurs il y a le petit drapeau américain à l'arrière.
00:30:46Donc non seulement il va nous montrer
00:30:48que l'Amérique est violente partout,
00:30:49mais en plus les endroits où on pourrait se réfugier,
00:30:51le sont aussi.
00:30:53Et c'est ce qu'on va voir là,
00:30:56dans l'extrait du diner de Mulholland Drive,
00:30:58dont on a vu...
00:30:59tu es dans les deux rêves,
00:31:02et tu es peur.
00:31:05tu es peur.
00:31:08Tu es peur.
00:31:09et...
00:31:12tu es peur.
00:31:13tu es peur.
00:31:24tu es peur.
00:31:31tu es peur.
00:31:32tu es peur.
00:31:33tu es peur.
00:31:34je peux voir son face.
00:31:41je souhaite que je n'ai jamais vu ce face
00:31:44ever outside de un rêve.
00:32:02bah grâce,
00:32:14ce n'est rien pour voir.
00:32:17...
00:32:17...
00:32:45Sous-titrage MFP.
00:32:48...
00:33:19...
00:33:36...
00:33:38...
00:33:38...
00:33:38...
00:33:51Alors, non seulement on est dans un diner,
00:33:53mais en plus on est dans un diner à Los Angeles.
00:33:55Or, s'il y a un endroit
00:33:57où la misère ne doit pas se voir,
00:33:59c'est bien à Hollywood.
00:34:01Donc, à partir du moment où, dans Mulholland Drive,
00:34:04Lynch décide de montrer
00:34:05la misère hollywoodienne,
00:34:07on sait que là, il n'y a plus de porte de sortie.
00:34:10Et c'est vraiment un moment
00:34:11pivot en 2001, dans sa filmographie,
00:34:14de montrer une misère
00:34:15qui n'est plus scénarisée, c'est-à-dire qu'on n'a pas
00:34:17besoin d'un ressort scénaristique,
00:34:20on n'a pas besoin de la mettre en contexte,
00:34:22elle est juste cachée derrière le diner,
00:34:23à côté de la poubelle. On est sur un rapport
00:34:25très frontal, très quotidien,
00:34:28avec la violence, ça veut dire
00:34:29qu'on ne peut pas lui échapper. Et ça, c'est vraiment
00:34:31un travail que fait Lynch de, progressivement,
00:34:34film après film, être
00:34:35de plus en plus frontal et radical avec
00:34:37ce qu'il dénonce, ce qui ne l'empêche pas
00:34:39de continuer à rêver, comme il dit,
00:34:41mais en tout cas, ce qu'il dénonce, il le dénonce
00:34:43vraiment. Et cette scène du diner, elle est vraiment
00:34:45importante. Ce qu'il nous montre
00:34:47en fait, au fur et à mesure de ces films,
00:34:49c'est que, pour reprendre l'histoire de la
00:34:52schizophrénie de Denis Sopper,
00:34:53l'Amérique est complètement schizophrène
00:34:55et complètement double. Elle vous accueille
00:34:58et elle vous envoie chier dans la même
00:34:59phrase et de la même façon. Donc,
00:35:01« Welcome to Twin Peaks », c'est super.
00:35:03Puis dans « Sailor et Lula », « Fuck you ».
00:35:06Bon. Ça, c'est deux
00:35:07façons d'accueillir les gens
00:35:09en Amérique. Et ce que va faire
00:35:11Lynch, au fur et à mesure qu'il va raconter
00:35:13l'Amérique, c'est qu'il va raconter
00:35:15l'effet double et schizophrène
00:35:17de l'Amérique dans ses personnages.
00:35:19Et on va avoir énormément de personnages
00:35:21eux-mêmes doubles et schizophrènes.
00:35:23Alors, je vous ai fait un
00:35:25petit panorama.
00:35:27Donc, le travail sur le doppelganger,
00:35:29le travail sur le double dans Lynch, ça
00:35:31mériterait un cours à lui tout seul.
00:35:33Mais en tout cas, on a toujours des personnages
00:35:35qui se dédoublent, des personnages qui se perdent
00:35:37en eux-mêmes, des personnages qui disparaissent
00:35:39et réapparaissent autrement.
00:35:41Donc, dans « Lost Highway », la première photo,
00:35:45ça a un nom que je vais vous retrouver
00:35:47immédiatement tout de suite.
00:35:48une fugue dissociative,
00:35:50c'est ce que subit Fred quand il devient
00:35:52Pete.
00:35:52Donc là, on est sur quelque chose
00:35:54de médical.
00:35:56Mais de toute façon, vous voyez Laura et Maddy,
00:35:58vous voyez les deux femmes de
00:36:00Mulholland Drive, également Laura Dern
00:36:02qui se dédouble, se détriple
00:36:03dans « Inland Empire ».
00:36:05Les personnages ne peuvent pas être stables
00:36:07si l'endroit où ils résident n'est pas stable.
00:36:09Et comme l'Amérique est instable,
00:36:10les personnages le sont aussi.
00:36:12Et donc, tout est double dans cette Amérique.
00:36:14L'autre solution pour s'en sortir dans le pays,
00:36:16c'est de le traverser en mouvement.
00:36:19Donc, la façon dont Lynch filme la route,
00:36:22c'est quelque chose qui vient très vite en tête
00:36:24quand on pense à lui.
00:36:25Les images de « Lost Highway »,
00:36:26mais pas seulement.
00:36:27Il filme les déplacements dans « Twin Peaks ».
00:36:29Et évidemment, le cœur de « Sailor et Lula »,
00:36:32qui est une forme de road trip hallucinée
00:36:36où on fuit l'enfer pour finalement
00:36:38retourner dans un autre enfer
00:36:39et à l'abri de leur voiture.
00:36:42Donc, dans un endroit où normalement
00:36:43personne ne peut nous toucher,
00:36:45où on est peinard,
00:36:46on est sur la route,
00:36:47on est en voiture,
00:36:47on est avec son amoureux, son amoureuse,
00:36:49ça roule, on écoute la radio.
00:36:51Et là encore,
00:36:52la violence va venir ramener sa fraise.
00:36:54Donc, c'est l'extrait de « Sailor et Lula »,
00:36:56le deuxième.
00:36:57« Le deuxième. »
00:37:27John Roy, but was dismayed to learn that Roy had had sex with the corpse.
00:37:33What?
00:37:33Roy's lawyer was quoted as saying...
00:37:35...State authorities last October released 500 turtles into the Ganges
00:37:40to try to reduce human pollution
00:37:41and now plan to put in the crocodiles to devour floating corpses...
00:37:45Holy shit, it's not a living fucking day!
00:37:51What's up, Nina?
00:37:52I can't take no more of this radio.
00:38:00On ne peut pas être tranquille.
00:38:02On ne peut pas être tranquille dans sa voiture.
00:38:04J'ai coupé un peu trop tôt l'extrait.
00:38:06Juste derrière, elle dit à Célor, j'en peux plus de cette radio, mais moi de la musique.
00:38:11Alors la musique chez Lynch, c'est aussi le sujet d'un autre cours.
00:38:14Mais c'est souvent l'échappatoire à la réalité, la musique.
00:38:19La phrase de Twin Peaks, there's always music in the air.
00:38:22Donc il y aurait un truc à tirer là-dessus, mais on n'a pas le temps.
00:38:25Mais je voulais quand même finir mon petit dialogue.
00:38:27À nouveau, l'exception de cette Amérique horrible et douloureuse, c'est une histoire vraie.
00:38:34Donc Alvin rejoint son frère, il traverse l'Amérique en tondeuse.
00:38:37Il doit s'arrêter souvent parce qu'il est plutôt jeune.
00:38:40Et au fur et à mesure de ses arrêts, il rencontre toute l'Amérique et tous les maux de l
00:38:45'Amérique.
00:38:46Une jeune fille qui vient de fuguer, qui n'ose pas dire à ses parents qu'elle est enceinte.
00:38:50Une bande de jeunes qui fêtent je ne sais quoi en jouant au rugby.
00:38:54Un pasteur, un vétéran qui va lui expliquer comment il se sent invisible dans cette société.
00:39:00Et d'ailleurs, il y a une scène très très belle, mais on n'a pas le temps de montrer
00:39:03tous les extraits de la terre malheureusement.
00:39:04Mais il y a une scène très belle où Alvin parle avec le vieux monsieur qui est à côté de
00:39:08lui.
00:39:08Et tous les deux sont vétérans et tous les deux se sont reconnus juste en se regardant et ont compris
00:39:13tous les deux en se regardant qu'ils avaient vécu la même chose.
00:39:16Et ils se disent, quand ils partent parler dans un bar, que vraiment cette Amérique s'en fout et est
00:39:21prête à tout pour les oublier et à oublier qu'ils existent.
00:39:24Donc le parcours d'une histoire vraie, c'est finalement à nouveau la seule fois où on va s'intéresser
00:39:30à l'Amérique d'une manière plus douce, où on va écouter le malheur des gens.
00:39:35Alvin a une qualité d'écoute que je souhaite à tout le monde, c'est merveilleux, c'est merveilleux, il
00:39:41a toujours le temps de vous écouter.
00:39:43Et à nouveau, c'est dans un film Disney que ça arrive tout ça.
00:39:47Donc vraiment pour moi, ce film, il a quelque chose d'utopique et il est presque ce que Lynch aimerait
00:39:51que le monde soit, tout en sachant que c'est impossible.
00:39:54Et donc c'est vraiment pour ça que pour moi, c'est une parenthèse dans l'œuvre de Lynch, ce
00:39:57film-là.
00:39:58Mais en tout cas, sa vision idéalisée, donc le mensonge de l'Amérique, il est dans une histoire vraie et
00:40:05tout le reste de sa carrière, c'est sa vérité à lui et son regard à lui.
00:40:09Il y a un travail qu'a fait Lynch en 2009, dont on parle très peu, qui s'appelle le
00:40:14Interview Project.
00:40:16Donc en 2009, on est deux ans après le début des subprimes aux Etats-Unis.
00:40:20Et Lynch, avec un de ses fils, décide de créer des petits documentaires, des petites pastilles.
00:40:27et il envoie son fils, Austin, traverser l'Amérique, rencontrer des gens par hasard dans les bars, dans les supermarchés,
00:40:34sur le Porsche, devant chez eux, et raconter leur vie.
00:40:37Et ils ont le droit de raconter ce qu'ils veulent.
00:40:40Donc on a des... Alors le site Interview Project n'existe plus, mais néanmoins, il y a beaucoup d'interviews
00:40:45qui sont sur YouTube, si jamais vous voulez les regarder.
00:40:47Donc Lynch ne part pas tourner, il envoie son fils, il envoie la nouvelle génération,
00:40:51mais il crée des petits textes introductifs, d'introduction, dans son atelier à Los Angeles,
00:41:01où il fait un très court portrait de chaque personne qui va raconter sa vie.
00:41:05Donc ça, c'est presque une histoire vraie en vrai.
00:41:10La date est importante, comme je le disais tout à l'heure, on est en 2009.
00:41:13À nouveau, on est sur un réalisateur absolument pas déconnecté de la réalité,
00:41:18parce qu'on juge toujours la forme, jamais le fond.
00:41:20Donc on va essayer de faire remonter le fond au maximum.
00:41:24Et donc il crée ce projet-là.
00:41:25Ça, c'est en 2009.
00:41:26Huit ans plus tard, Twin Peaks revient, dans une Amérique catastrophique, dirigée par Trump.
00:41:35Il y a eu tout un micmac autour du rapport de Lynch à Trump.
00:41:40Donc je fais une micro-parenthèse, parce qu'on a entendu tout et n'importe quoi.
00:41:45Donc Lynch avait déclaré dans une interview que Trump pourrait être remémoré comme un des plus grands présidents américains,
00:41:53parce qu'il a bouleversé l'ordre établi aux États-Unis et qu'il a mis le gouvernement face à
00:42:00ses faiblesses.
00:42:03Et de ça, on est devenu à Lynch soutient Donald Trump.
00:42:08Il y a eu une petite catastrophe à un moment.
00:42:10Ce n'est évidemment absolument pas le cas.
00:42:13Il soutenait d'ailleurs Sanders pendant les élections à cette époque-là.
00:42:17Et par la suite, il a précisé sa pensée.
00:42:20Donc je vais le lire comme ça, j'invente rien.
00:42:23Il s'adresse à Trump en disant « Si vous continuez comme vous l'avez fait jusqu'à présent,
00:42:27vous n'aurez aucune chance d'entrer dans l'histoire comme un grand président.
00:42:29Vous provoquez de la souffrance et de la division. »
00:42:33Donc ça, c'est pour, un, remettre un petit peu les pendules à l'heure sur l'histoire de Trump,
00:42:37et deux, expliquer pourquoi la saison 3 de Twin Peaks est-ce qu'elle est.
00:42:43Parce qu'on est tous pareils, en tout cas ceux qui ont vu Twin Peaks il y a longtemps,
00:42:46on l'attendait comme le messie cette saison 3,
00:42:49et on ne s'attendait pas du tout à ce qu'on a vu.
00:42:52Pour plusieurs raisons.
00:42:53La première, c'est les villes.
00:42:57Où est Twin Peaks ? Dans Twin Peaks.
00:43:00Elle n'est quasiment plus là.
00:43:01La raison pour laquelle elle n'est plus là, c'est parce que c'est Lynch qui détruit son propre
00:43:06mensonge.
00:43:06Il détruit sa propre mythologie,
00:43:08et il accepte qu'une ville comme Twin Peaks ne peut plus exister.
00:43:12L'Amérique n'est plus prête à accueillir ce genre de petite ville qu'il a pourtant tellement fait rêver.
00:43:18Donc on part à New York, on part à Vegas, on part à Buckhorn, dans le Dakota du Sud,
00:43:23et il va traverser l'Amérique.
00:43:25Donc on voit une vision qui s'élargit, parce qu'il ne peut plus rester fermé dans son petit monde
00:43:30doré.
00:43:32Il ne savait pas, nous ne savions pas que ce serait sa dernière œuvre,
00:43:36mais c'est très symbolique que sa dernière œuvre soit une œuvre globale, de l'Amérique globale,
00:43:41diffusée pendant le premier mandat de Trump.
00:43:44Et je rebouclerai presque en rappelant qu'il est mort au moment du deuxième mandat de Trump.
00:43:50Et moi je me dis, peut-être pour me consoler,
00:43:54qu'il s'est dit, non mais là, entre les incendies à LA et Trump, moi je me casse,
00:43:58et qu'il ne regrettait pas de partir.
00:44:01Moi je me le dis comme ça, parce que sinon c'est vraiment trop dur.
00:44:04Donc Twin Peaks commence, on a explosé la ville de Twin Peaks,
00:44:07on y retourne parfois, mais quand on y retourne, nos personnages adorés ont souffert le martyr.
00:44:13Donc Audrey, bon, elle sort d'HP, ça ne va pas du tout.
00:44:16Jerry Horn, c'est un clodo qui vit dans la forêt et qui parle à son pied.
00:44:21Madame Palmer, elle est devenue complètement alcoolique et elle ne regarde que des documentaires animaliers.
00:44:26Et notre cher et tendre femme à la bûche a un cancer et en fin de vie.
00:44:30Donc quand il nous offre ce qu'on voulait,
00:44:34il le montre tel que seraient ses personnages dans l'Amérique d'aujourd'hui.
00:44:38Et partout dans cette saison 3 de Twin Peaks,
00:44:40on va voir la pauvreté, l'addiction, l'addiction à la drogue, l'addiction aux jeux.
00:44:44On va voir la mafia, on va voir des meurtres immondes, des corps coupés en morceaux.
00:44:50On va, je ne vais pas spoiler, vous verrez demain, mais on verra un Del Cooper différent.
00:44:56On va dire ça comme ça.
00:44:59Mais le fait que Lynch accepte lui-même de détruire son propre chef-d'œuvre
00:45:04montre à quel point son regard sur l'Amérique a changé.
00:45:06Ça ne rentre plus dans les cases.
00:45:08Comme dirait Agnès Brunet, on ne fait pas rentrer des ronds dans des carrés.
00:45:13Un personnage passionnant de la saison 3 de Twin Peaks,
00:45:16vous avez rigolé quand on l'a vu, c'est le docteur Jacobi,
00:45:18ancien psy de Laura Palmer, qui est devenu le docteur Emp.
00:45:22J'avais mis un extrait, mais je n'arrive pas à le faire démarrer.
00:45:23Voilà, la vérité, elle est là.
00:45:25C'est le seul que j'ai mis moi-même et il ne marche pas.
00:45:28Donc le docteur Jacobi, maintenant, il habite dans la forêt.
00:45:30Il est devenu militant slash lanceur d'alerte avec un podcast
00:45:35où il déchire l'Amérique jour après jour devant les yeux,
00:45:39enamouré de Nadine, qui est devenue complètement amoureuse de lui.
00:45:42Et pour sauver les gens, pour sauver les Américains,
00:45:45il commercialise des pelles en or.
00:45:48Donc il se fait livrer des pelles par Amazon dans sa cabane au milieu de la forêt,
00:45:52pas super écolo.
00:45:53Il laisse prêt en or et il fait des petites pubs
00:45:56et il les vend 29,99 dollars pour se sortir de la merde américaine.
00:46:02Donc nous devons notre salut, l'Amérique doit son salut au docteur Jacobi.
00:46:07Et quand on voit ce qu'est devenu Laura Palmer,
00:46:09on se dit que ce n'est peut-être pas une bonne idée.
00:46:11Et ça, c'était la partie sur l'Amérique.
00:46:16Et enfin, nous allons parler d'Hollywood.
00:46:20La passion de Lynch pour le cinéma,
00:46:22elle est fondée sur sa propre cinéphilie.
00:46:24Il a beaucoup raconté que ce n'était pas un grand cinéphile
00:46:27qui ne dévorait pas le cinéma comme un vorace.
00:46:29En revanche, peut-être un peu comme nous avec Twin Peaks,
00:46:32il regardait en boucle les mêmes films,
00:46:35dont deux films importants pour sa carrière,
00:46:38Sunset Boulevard et Oz.
00:46:41Je n'ai pas mis ça dans l'ordre, ce n'est pas grave.
00:46:43Donc Sunset Boulevard, en résumé,
00:46:46une actrice qui aimerait retourner au cinéma,
00:46:49donc une actrice qu'on a mis de côté
00:46:51est prête à tout, pour revenir sur le grand écran,
00:46:54jusqu'à la mort.
00:46:56Pas la sienne, mais en tout cas,
00:46:58elle est prête à tout.
00:46:59Et je ne vous raconterai pas le contexte de cet extrait,
00:47:03mais je peux vous dire
00:47:05qu'il n'y a pas de close-up
00:47:06dans cette scène.
00:47:07Elle est complètement, comme on dirait,
00:47:10Delulu.
00:47:12Le pendant,
00:47:12l'in-chien de Sunset Boulevard,
00:47:15ça va être Inland Empire,
00:47:16où Laura Dern va incarner Nikki,
00:47:18une actrice en fin de carrière
00:47:19qui aimerait bien retrouver un hit
00:47:21avant de décrocher,
00:47:23et à qui on dit
00:47:25franchement, tu as tout ce qu'il faut,
00:47:27tu vas y arriver,
00:47:28on lui bourre le crâne,
00:47:29et on lui fait croire
00:47:30qu'à tout prix,
00:47:32et je vous montrerai après
00:47:33ce que ça veut dire à tout prix,
00:47:34elle va pouvoir redevenir la star qu'elle était.
00:47:36Donc ça, c'est son Sunset Boulevard.
00:47:40Oz, il y a tellement de trucs à dire
00:47:41qu'il y a un documentaire qui existe,
00:47:43donc je vous invite à regarder plutôt
00:47:44le documentaire Lynch-Oz.
00:47:46Moi, je vais juste me concentrer
00:47:48sur la symbolique des chaussures rouges,
00:47:50donc celle-ci, c'est celle de Dorothy,
00:47:52et celle-ci, c'est une sélection
00:47:55parmi les héroïnes de David Lynch.
00:47:58Donc des chaussures rouges,
00:47:59il y en a tout le temps, partout,
00:48:01et elles sont toujours portées par des femmes
00:48:03qui, soit ont besoin de s'échapper
00:48:05de quelque part,
00:48:06donc comme du monde d'Oz,
00:48:08on rentre dans un monde différent,
00:48:10codifié, et on essaye d'en sortir,
00:48:12et on va pouvoir en sortir
00:48:13en tapant ses chaussures.
00:48:14La première photo que vous voyez en haut
00:48:16sur cette magnifique moquette rayée,
00:48:18c'est les pieds de Lula,
00:48:20dans C'est l'or et l'oula,
00:48:21où elle fait carrément le mouvement
00:48:23de taper ses chaussures.
00:48:24Donc on est vraiment dans une citation frontale,
00:48:26et d'ailleurs, on verra une version
00:48:28de la fée Glinda
00:48:30à la fin de C'est l'or et l'oula.
00:48:31À côté, vous avez Audrey Horne
00:48:33qui change ses chaussures
00:48:35quand elle arrive à l'école,
00:48:37au lycée, collège, j'en sais rien,
00:48:38au lycée, je crois,
00:48:39et qui donc devient quelqu'un d'autre.
00:48:42À côté, vous avez,
00:48:43je ne dirai pas qui c'est,
00:48:44parce qu'il y en a qui n'ont pas encore fini,
00:48:46Twin Peaks.
00:48:48En dessous, la première,
00:48:49je ne dirai pas non plus qui c'est,
00:48:50parce qu'il y en a qui n'ont pas fini,
00:48:51Twin Peaks.
00:48:52Celle du milieu,
00:48:53c'est dans Fire Walk With Me,
00:48:54où on a un personnage de femme
00:48:55un peu loufoque
00:48:56qui va donner des codes
00:48:59à des inspecteurs du FBI
00:49:00pour essayer d'élucider un mystère.
00:49:03Et enfin, la dernière,
00:49:04vous reconnaissez de toute façon
00:49:05le bleu de Blue Velvet,
00:49:07avec les chaussures de la chanteuse,
00:49:09donc quand on devient quelqu'un d'autre,
00:49:11négligemment jetée sur le côté.
00:49:13Il y a tout un truc à faire
00:49:14sur les chaussures rouges,
00:49:15mais on n'a pas le temps.
00:49:16Mais ce serait vraiment chouette
00:49:17de le faire.
00:49:19Le rapport de Lynch
00:49:23à Hollywood est très particulier.
00:49:25C'est aussi pour ça
00:49:25que je vous ai mis un petit rappel
00:49:27de sa filmographie au début,
00:49:28parce qu'il est vraiment passé
00:49:30des applaudissements à l'humiliation
00:49:31en permanence dans sa carrière.
00:49:34Donc, il fait Elephant Man,
00:49:35huit nominations.
00:49:36Derrière, il fait Dune,
00:49:37il se fait la minée.
00:49:38Il fait Sailor et Lula,
00:49:39il a une palme.
00:49:40Derrière, il fait Fire Walk With Me,
00:49:41il se fait la minée.
00:49:42Et donc, ce déséquilibre,
00:49:44cette schizophrénie américaine,
00:49:45c'est aussi la schizophrénie hollywoodienne
00:49:48et il est tellement ambivalent
00:49:50par rapport à son amour
00:49:51pour Los Angeles,
00:49:52parce que c'est une ville
00:49:52qu'il adore par ailleurs,
00:49:54qu'il va créer une trilogie,
00:49:55donc avec Lost Highway,
00:49:57Mulholland Drive
00:49:57et Inland Empire,
00:49:58qui va raconter Los Angeles
00:50:01et l'industrie du cinéma.
00:50:03Alors, dans Lost Highway,
00:50:04on est moins dans l'industrie du cinéma
00:50:06que dans l'industrie de la pornographie,
00:50:07donc on ne va pas en parler
00:50:08de la même façon,
00:50:09mais on va s'attarder évidemment
00:50:10sur Mulholland Drive
00:50:11et sur Inland Empire.
00:50:14Il a énormément aussi de frustration
00:50:16dans sa façon de mener sa carrière
00:50:19parce qu'il a un rêve
00:50:21qu'il n'a jamais plus exaucé,
00:50:22c'est de créer une oeuvre,
00:50:24a priori un film,
00:50:25autour de Marilyn Monroe.
00:50:27Et pour lui,
00:50:28la façon dont Marilyn Monroe
00:50:29a été traitée,
00:50:30c'est le plus grand mensonge d'Hollywood.
00:50:32C'est qu'on a porté une femme au nu
00:50:34juste pour mieux la détruire.
00:50:36Et cet amour qu'il a pour Marilyn Monroe,
00:50:38il va le mettre
00:50:39dans toutes ses héroïnes blondes,
00:50:42toutes ses blondes sacrifiées.
00:50:44C'est sa façon de dire à Hollywood
00:50:45« je n'ai pas pu faire mon film,
00:50:47du coup Marilyn Monroe
00:50:48sera dans chacun de mes films ».
00:50:49Donc ça, pour lui,
00:50:50c'est un mensonge d'Hollywood.
00:50:54Pour concentrer, cristalliser
00:50:56ce qu'est le cinéma,
00:50:57il y a une scène très belle
00:50:58dans Mulholland Drive
00:50:59qui se passe au Silencio.
00:51:01C'est l'extrait numéro 3
00:51:02qu'on va regarder.
00:51:36ils s'est battu.
00:51:41Il n'est pas de l'orchestre.
00:51:49C'est tout un tape recording.
00:51:54Il n'y a pas de l'orchestre.
00:51:56Et encore, nous entendons une band.
00:52:01Si nous voulons entendre un clarinet, écoutez.
00:52:11Un trombone à coulisses.
00:52:19Un trombone qu'en sordine.
00:52:24J'aime le son, du trombone en sordine.
00:52:33Je le son.
00:52:36Un trombone.
00:52:38Un trombone.
00:52:41Un trombone.
00:52:44Sous-titrage Société Radio-Canada
00:53:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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01:04:22Et s'il y a un mot qui peut coller à la carrière de Lynch, c'est bien le mot
01:04:27risque.
01:04:27Je pense que là, il nous apprend quelque chose.
01:04:29Il nous l'apprenait dès 1986 avec Blue Velvet.
01:04:32Et notre rôle à nous aujourd'hui, c'est ce que fait le forum là cette semaine,
01:04:37c'est de continuer à parler de lui, de continuer à l'aimer, de continuer à partager son travail
01:04:44et de faire en sorte qu'il ne disparaisse jamais vraiment parce que nous sommes tous, je pense, des enfants
01:04:50de David Lynch.
01:04:51Voilà, en parlant de Blue Velvet, vous pourrez le voir à 21h tout à l'heure.
01:04:55Et je sais que Charles l'a déjà dit, mais je vais le répéter, demain, on pourra voir Twin Peaks
01:05:00sur grand écran.
01:05:01Twin Peaks saison 1 sur grand écran. Et ça, c'est merveilleux.
01:05:04On va tout simplement remercier Charlotte pour ce cours.
01:05:08Merci beaucoup.
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