00:00Good morning business, parole de patron.
00:04Bonjour Moussa Kamara, vous êtes donc président fondateur de l'association Les Déterminés.
00:09Vous aidez les talents issus des quartiers ou des territoires ruraux à développer leurs projets.
00:14Il y a plus de 200 formateurs dans votre association.
00:17Alors depuis sa création en 2015, vous avez accompagné 3500 entrepreneurs des quartiers.
00:22Un peu plus maintenant.
00:23Un peu plus aujourd'hui. Quelques exemples de réussite ?
00:26Il y en a pas mal. En tout cas, c'est plus de 4000 personnes qu'on a accompagné avec
00:30Les Déterminés en 11 ans.
00:33Aujourd'hui, quelques exemples de réussite, il y en a pas mal.
00:36Donc je pourrais parler d'Amadou Banlezard Nouveau qui a créé un média qui impacte des profils et des talents
00:45tous les jours de manière différente.
00:48Je pourrais parler aussi de Goodia avec Mohamed qui a créé une entreprise autour de l'IA
00:54qui accompagne toutes les startups à la transformation.
00:57Et aussi, je pourrais aussi parler de Marina qui a créé une entreprise autour de la céramique.
01:03Elle crée des objets autour de la céramique.
01:05Elle renouvelle ça.
01:07On était en Chine avec elle il n'y a pas longtemps pour qu'elle aille développer aussi de nouveaux
01:12clients là-bas.
01:13Et aujourd'hui, des projets dans le textile, dans l'agroalimentaire, dans le commerce de proximité, dans le service, dans
01:22la santé, dans la tech, dans la fintech.
01:24Il y en a énormément qu'on a pu accompagner et pas mal qui sont passés aussi chez vous aussi
01:29à BFM Business.
01:30On va en reparler dans un petit instant de la Chine.
01:34Il y a 60% de femmes que vous avez accompagnées.
01:37Ça veut dire quoi ? Qu'il y a plus de femmes qui entreprennent que d'hommes ?
01:39En fait, il y a plus de 64% de femmes qu'on a pu accompagner dans les programmes entrepreneurials
01:45des déterminés.
01:46Et en fait, c'est qu'il y a une vraie volonté.
01:48Et l'objectif, c'est de montrer qu'elles peuvent réussir autant mieux que les hommes.
01:53Et c'est ça qui a créé cette dynamique.
01:55C'est pour ça qu'on a toujours eu un taux au-dessus de la moyenne chez les déterminés.
02:02Parce qu'il y a une vraie volonté.
02:03Et en plus, parfois, elles entreprennent dans différents secteurs.
02:07Que ce soit dans les métiers du transport, de la livraison, dans l'industrialisation des produits, etc.
02:17Et du coup, tout ça permet de montrer que des femmes réussissent dans différents secteurs.
02:22Même si aujourd'hui, on sait que dans la moyenne nationale, il y a de moins en moins de femmes
02:26qui entreprennent.
02:28Parce qu'il y a des freins périphériques qui existent.
02:31Et nous, c'est ça qu'on essaie de lever.
02:32Vous avez donc été en Chine.
02:34Vous en revenez avec un programme d'immersion entrepreneuriale de 10 à 15 jours.
02:40Après 4 ans aux Etats-Unis, vous avez donc choisi la Chine.
02:43Pourquoi la Chine ? Et quelles leçons vous en avez tirées ?
02:46Le programme Two User Data qu'on a lancé il y a 5 ans, c'était de prendre les start
02:50-up qu'on accompagne,
02:52celles qui ont de l'ambition internationale et qui souhaiteraient se développer en dehors du territoire français,
03:01et c'est de les prendre et c'est de leur faire connaître et découvrir un marché international.
03:06Donc on a fait ça pendant 4 ans aux US, à Washington, à New York, à Los Angeles et à
03:11San Francisco.
03:12On s'est rendu compte que ça crée des opportunités.
03:14Et surtout, les entrepreneurs, quand ils reviennent après ces deux semaines aux Etats-Unis,
03:21ils revenaient un peu plus boostés.
03:23On s'est dit, finalement, on a fait le tour et il fallait voir ailleurs.
03:26Et donc, on a décidé d'aller en Asie.
03:28C'est facile d'aller intégrer la Chine.
03:31Le marché chinois, il est accessible pour nous ?
03:33Le marché chinois, ce qu'on a pu constater, c'est qu'aux Etats-Unis,
03:38il fallait vraiment avoir des entreprises qui sont déjà bien robustes, bien structurées,
03:43avec une ambition de développement forte au niveau international.
03:47Par contre, en Chine, ce qu'on s'est rendu compte, c'est qu'un entrepreneur qui développe son business,
03:52comme un entrepreneur qui a une grosse ambition de développement international,
03:55chacun a ses opportunités.
03:57On peut rencontrer des fournisseurs.
03:58On va rencontrer aussi toute la tech, l'innovation, l'IA,
04:05comment ils sont assez avancés sur ces sujets-là.
04:07Et donc, en réalité, il y a à boire et à manger pour tout le monde.
04:10C'est ce qu'on s'est rendu compte.
04:11C'est aussi un pays qu'on ne connaissait pas du tout,
04:14où il y a des possibilités.
04:16Et derrière, en plus, on a rencontré tout un écosystème français
04:19qui est bien installé là-bas.
04:21On a été reçu par le consul général à Shanghai.
04:24Ça veut dire qu'il y a des startups qui vont aller se développer là-bas
04:27et que vous accompagnez ?
04:28L'objectif de ce voyage, c'est d'ouvrir les portes, d'ouvrir les barrières.
04:32Parfois, en tant qu'entrepreneur français, et surtout issu de la banlieue,
04:35on a parfois tendance à se mettre des barrières en montrant que ce n'est pas possible.
04:40Et nous, l'objectif, c'est quand on ramène ces startups avec nous en Chine,
04:44ce n'est pas qu'ils créent des business ou qu'ils développent une entreprise en Chine,
04:47mais c'est qu'ils s'inspirent aussi des modèles
04:50qui comparent entre ce qui se passe là-bas, ce qui se passe ici,
04:54de voir ce qui est bon à prendre, les relations qu'ils peuvent créer.
04:58Et c'est surtout qu'ils reviennent ici avec un autre état d'esprit,
05:01un état d'esprit où les possibles sont ouverts et qu'ils arrivent à créer des...
05:04Et s'il y en a certains d'entre eux qui arrivent à créer des ponts et des liens
05:08avec des entrepreneurs chinois et français là-bas, pourquoi pas ?
05:14Vous êtes aussi à l'origine d'un fonds d'amorce à H-Time,
05:16foire avec 50 millions d'euros à la clé pour financer des startups des quartiers populaires
05:20en partenariat avec HEC, la société capitale risque d'AFNI.
05:24Ça a été lancé en mars, vous avez déjà accompagné combien de sociétés ?
05:28Oui, on a lancé ça en mars très récemment.
05:30On s'est rendu compte que nous, après plus de 11 ans,
05:33on accompagnait, on faisait émerger des entrepreneurs,
05:36on les aidait aussi à avoir un marché, des clients,
05:40à se développer un bon produit et à faire du chiffre d'affaires.
05:43On s'est rendu compte que quand ils voulaient passer à l'étape supérieure,
05:46l'accès au capitaux était très difficile.
05:49Quand on sait que seulement 1% des entrepreneurs ici des quartiers
05:53arrivent à lever des fonds, on s'est dit, bon, il y a un trou,
05:55il y a vraiment un trou dans la raquette.
05:56Donc là, c'est pour les aider à se développer ?
05:58C'est les aider à lever des fonds,
06:00à les préparer à la levée de fonds.
06:02C'est pour ça qu'on a lancé un pré-programme avant la levée de fonds.
06:05Et après, derrière, quand on voit qu'il y a des entreprises,
06:07quand on voit que dans notre poule, il y a des entreprises qui sont assez robustes
06:11et qui veulent lever des fonds,
06:12au moins, il y a un véhicule qui est disponible
06:15où ils peuvent présenter leurs projets.
06:18Après, on les accompagne.
06:19Ce n'est pas que du financement.
06:20Il y a aussi tout un empoignement.
06:21On n'a pas voulu le faire seul.
06:22C'est pour ça qu'on s'est entouré de Daphné,
06:24on s'est entouré de HEC Entrepreneurs.
06:26Avec une autre organisation comme la nôtre, qui est Live for Good,
06:30finalement, on s'est alliés à quatre pour pouvoir donner le maximum de chances
06:34aux entrepreneurs et les entreprises sur lesquelles on va investir.
06:37Vous avez aussi lancé C'est Possible.
06:39C'est un dispositif pour remobiliser les décrocheurs des quartiers.
06:42Ça consiste en quoi ?
06:43Il faut savoir qu'il y a quand même 90 000 jeunes décrocheurs en Ile-de-France en 2022.
06:48Nous, en fait, on essaie de travailler toute la chaîne de valeur.
06:50Parce qu'aujourd'hui, ça fait 11 ans qu'on développe l'entrepreneuriat.
06:55C'est plus de 4 000 personnes, je le rappelle, qu'on a accompagnées.
06:58Mais avant d'arriver à l'entrepreneuriat ou dans des programmes professionnels vers l'employabilité,
07:03il faut préparer ces jeunes.
07:05Et quand, nous, on se rend compte qu'il y a énormément de jeunes qui se retrouvent sans solution,
07:10sans emploi, sans formation, on s'est dit qu'à un moment donné, on ne pouvait pas laisser ça.
07:15Donc, on a lancé un programme où on accompagne plus d'une centaine de décrocheurs.
07:20Ce qu'on appelle les décrocheurs.
07:21Mais nous, on les appelle les éloignés parce qu'ils sont éloignés des opportunités.
07:25Les entreprises sont éloignées d'elles.
07:27Et du coup, l'objectif, c'est de leur faire découvrir par l'immersion au sein des entreprises
07:33avec des parcours de réussite pour pouvoir faire le lien.
07:36Et in fine, au bout d'un an, soit ils reprennent les chemins de l'école,
07:41soit ils rentrent dans un programme qu'on propose,
07:44ou soit certains arrivent à trouver un emploi.
07:46Qu'est-ce que vous pensez de la mobilisation lycéenne qui a lieu depuis à peu près trois semaines en
07:53France ?
07:53Moi, je suis en soutien total avec les lycéens parce que je pense que c'est important de soutenir notre
07:58jeunesse.
07:59Aujourd'hui, il y a un vrai sujet sur le lycée et généralement le lycée professionnel.
08:05Moi, je viens du lycée professionnel.
08:06Et personne ne me disait que quand je faisais le lycée professionnel,
08:10c'était une voie de tremplin vers un projet professionnel.
08:16Malheureusement, c'est vu comme une voie de garage
08:18et que malheureusement, il n'y a pas assez de pistes de décollage
08:21pour ces jeunes qui sont en lycée professionnel.
08:23Donc, ils ont raison de se mobiliser.
08:25Ils ont raison aussi de dénoncer les conditions de travail dans lesquelles on est.
08:29On est quand même en France.
08:30Et parfois, moi, je parle avec des lycéens ou j'interviens parfois dans les lycées.
08:33Et je vois parfois l'état de certains lycées qui est assez compliqué et difficile.
08:38Donc, ce que demandent ces jeunes, c'est déjà de travailler dans des bonnes conditions,
08:44d'avoir des preuves qui sont là, de pouvoir aussi...
08:47Parce qu'en fait, si on n'investit pas sur ces jeunes, à l'arrivée, c'est l'échec.
08:54Et donc, du coup, pour moi, c'est nécessaire, c'est l'avenir.
08:58Et on doit tous soutenir ce mouvement.
09:00Et je pense que tout le monde soutient ce mouvement.
09:02Merci Moussa Kamara d'avoir été notre invité ce matin dans Good Morning Business,
09:05président fondateur de l'association Les Déterminés.