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  • il y a 10 heures
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Télématin reçoit Amy Greene, politologue spécialiste des États-Unis, experte associée à l'Institut Montaigne.

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Transcription
00:00L'actualité de ce mercredi, ce sont bien sûr les élections de mi-mandat aux Etats-Unis
00:05qui vont forcément avoir des conséquences sur la politique intérieure,
00:09mais peut-être aussi à l'international.
00:10Et de ces enjeux, on va en parler avec Amy Green ce matin.
00:13Bonjour !
00:14Bonjour !
00:14Vous êtes politologue spécialiste des Etats-Unis.
00:16Je présente votre livre « De la virilité en Amérique »
00:20qui est publié aux éditions Talendier.
00:22Est-ce que là, les résultats vraiment s'affinent,
00:25mais je crois qu'on peut dire qu'on se dirige vers une raclée pour Donald Trump ?
00:30Je pense que votre qualification à l'écran des fêtes cinglantes,
00:33je pense que c'est une bonne qualification, une raclée.
00:36Oui, je pense qu'on ne peut pas dire autrement,
00:37d'autant plus qu'avec encore des courses sénatoriales à compter,
00:42les démocrates ont déjà dépassé les 52 sièges.
00:45Et donc, ça veut dire qu'en fait, ils ont définitivement la majorité du Sénat,
00:49parce que sachant que le Sénat a 100 places,
00:51et le vice-président qui départage, vice-président républicain.
00:54Donc aujourd'hui, on voit que les démocrates s'annoncent en situation extrêmement favorable
00:58pour prendre les deux chambres du Congrès,
01:00et puis on va voir pour les courses du gouverneur dans les États.
01:03De toute façon, Donald Trump a déjà dit qu'il allait travailler avec les démocrates.
01:07A priori, il ne prendra pas la parole à la Maison Blanche ce soir.
01:10Il a aussi dit, si mon nom avait été sur les bulletins, nous aurions largement gagné.
01:13C'est quoi ? C'est du déni ou de la provoque ?
01:17En fait, c'est une façon toujours de renvoyer la responsabilité aux autres,
01:21parce que, rappelons-nous que Donald Trump faisait campagne, y compris jusqu'à ce week-end,
01:26en disant à ses militants de voter comme si c'était son nom.
01:28Ils auraient pu tenir compte de la consigne.
01:30Force est de constater que même dans son électorat, les Américains sont épuisés,
01:35ils attendent les résultats du changement.
01:37Et effectivement, Donald Trump ne va pas s'exprimer ce soir,
01:39mais on a cette habitude avec lui de trouver toujours le coupable
01:43qui n'est jamais lui, ni la responsabilité politique ne revienne jamais à lui.
01:48Ce qu'on peut quand même dire à celles et ceux qui ne sont pas forcément familiers de la politique
01:51américaine,
01:52c'est que ce n'est pas tellement une surprise qu'un président en exercice perde les élections de mi
01:56-mandat.
01:57Oui, absolument.
01:58En fait, c'est une échéance électorale qui est historiquement défavorable au parti au pouvoir,
02:02notamment quand ce même parti contrôle à la fois la Maison-Blanche et les deux chambres du Congrès.
02:08Donc typiquement, oui, le fait pour les Américains de vouloir remettre un petit peu de tension,
02:12un peu de friction, d'inciter les dirigeants de chercher un peu de compromis,
02:16parce que le compromis dans la politique américaine a une valeur, en fait.
02:20C'est vrai que c'est assez habituel.
02:21Et avec un président si impopulaire, avec un taux de popularité entre, je dirais, 33 et 37 %,
02:28ce n'était pas du tout une surprise.
02:30La seule question qui se pose encore, d'ailleurs, c'est à quel point les Américains ont voulu l'alternance.
02:35Est-ce que, d'ailleurs, c'est en vote de sanction contre Donald Trump,
02:39en vote d'adhésion aux démocrates ?
02:41C'est un petit peu les deux. C'est-à-dire qu'à la fois, ceux qui se sont mobilisés,
02:45se sont mobilisés à la fois, effectivement, pour changer de cap politique,
02:49mais en même temps, il faut aussi donner crédit où ça appartient.
02:53Et typiquement, il y a des candidats démocrates qui ont fait des choses très intéressantes,
02:57à savoir, ils ont fait des propositions vraiment locales.
03:00Rappelons-nous également que c'est des élections surtout locales, avec des portées nationales.
03:05Alors, ce sont des candidats qui ont trouvé les arguments locaux pour pouvoir apporter des solutions,
03:10tout en disant, mais en même temps, vous avez aussi, électeur, la chance de renvoyer la politique de Trump
03:16et cette responsabilité au président.
03:18Et donc, en effet, on va voir qu'il y a aussi une forme d'adhésion à la vision,
03:23notamment économique, du Parti démocrate.
03:24Il y a un nom qui ressort beaucoup ici en France, qui est celui de James Talarico,
03:29nouveau sénateur démocrate au Texas.
03:31Et c'est vrai que c'est symbolique, parce que c'est une première depuis 1988, je crois.
03:36Et c'est peut-être le symbole, finalement, de ces élections de mi-mandat ?
03:38Je pense que c'est très intéressant, effectivement,
03:40parce que cette candidature historique participe au projet démocrate
03:45de faire basculer l'État de Texas extrêmement multiculturel,
03:48très vif, très en croissance à la gauche.
03:52Et effectivement, ce qui change avec le candidat de Talarico,
03:55c'est que c'est un séminariste qui évoque ouvertement la religion
03:59et les valeurs chrétiennes.
04:01Et il dit qu'en fait, finalement, ce n'est pas la droite conservatrice
04:04qui a le monopole sur ces valeurs-là.
04:05Et donc, il va utiliser ce discours.
04:07Évidemment, la religion aux États-Unis n'est pas quelque chose de tabou en politique.
04:11Au contraire, ce n'est pas tout à fait laïque à la française.
04:14Mais en tout cas, de retrouver ce registre-là,
04:16d'avoir un candidat démocrate qui vienne sur des arguments de moralité,
04:20de respect, de dignité,
04:21c'est quelque chose qui manque à la politique, en tout cas américaine,
04:24depuis une dizaine d'années.
04:25Ce qu'on a envie de savoir, c'est ce qui va se passer maintenant.
04:27Non, on n'est pas une de boule de cristal, mais dans les prochains mois,
04:30Donald Trump, il a signé près de 300 décrets depuis janvier 2025.
04:33C'est plus que sur tout son premier mandat.
04:35Est-ce que ça veut dire qu'il va continuer,
04:37et finalement, continuer d'ignorer le Congrès ?
04:40Il peut tout à fait faire ça.
04:41Évidemment, les décrets, je pense que c'est un outil auquel le président est très habitué.
04:46Donc, il n'y a aucune raison qu'il abandonne justement ce recours
04:50qui est parfaitement constitutionnel pour aller rapidement
04:52et pour aller droit au but dans sa vision politique.
04:56Mais après, quand on a un niveau de défaite à ce point important,
05:02effectivement, ignorer, faire preuve de mépris pour le Congrès,
05:05ça va aux antipodes de ce qu'a demandé le peuple américain cette nuit.
05:09Et donc, effectivement, s'il veut positionner son parti
05:12ou des successeurs potentiels,
05:14de pouvoir avoir même un petit espoir en 2028,
05:18il faut absolument qu'il tienne compte des résultats ce soir.
05:20Donc, ça ne va pas nécessairement changer qui est fondamentalement en politique,
05:25mais ça réduit en tout cas la prime pour l'impasse, pour le blocage, pour l'aigreur.
05:29Parce qu'il a posté une photo avec sa casquette Maga, avec écrit « veto » dessus.
05:33Donc, est-ce qu'on peut imaginer que finalement, le pays va être bloqué,
05:36ça va être des shutdowns et qu'on va avoir des mois qui vont être compliqués ?
05:39Il peut y avoir des complications parce qu'effectivement,
05:42désormais, le Parti démocrate a un avis extrêmement important,
05:45voire structurant, sur des questions budgétaires,
05:48sur des questions des nominations, des postes de ministres et autres.
05:51Donc, effectivement, c'est une vraie possibilité, c'est une stratégie,
05:54mais en effet, qui va dans le mur ?
05:56Parce que ce que les Américaines disent ce soir,
05:58c'est que cette stratégie de l'obstacle, cette stratégie du rejet,
06:01on ne veut pas ça, on veut un projet vers l'avenir.
06:03Et en un mot, est-ce que ça le décrypidilise
06:06ou lui donne moins de pouvoir à l'international, Donald Trump, ce résultat ?
06:10Ça lui laisse toujours sa marge de manœuvre
06:12avec un pouvoir de contrainte considérable,
06:14ne serait-ce symbolique et médiatique aux États-Unis en le Parti démocrate.
06:17Merci beaucoup, Amy Gwene, d'avoir décrypté avec nous ces premiers résultats.

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