00:00En fait, à l'actualité, la plus brûlante est la trêve qui semble plus fragile que jamais au Moyen-Orient.
00:05Les incidents se sont multipliés hier entre les Etats-Unis et l'Iran jusqu'aux Émirats Arabes Unis.
00:10On va tenter de comprendre ce regain de violence avec vous, Anthony Bélanger. Bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Vous êtes éditorialiste spécialiste des questions internationales à France Info.
00:18Les émissaires négocient d'un côté, les militaires frappent de l'autre.
00:22On assiste, c'est vrai, à ce va-et-vient depuis plusieurs semaines maintenant.
00:24Est-ce que ce regain de violence hier s'inscrit toujours dans cette dynamique-là ou c'est autre chose
00:30?
00:30Alors, c'est compliqué à comprendre, d'autant plus que c'est effectivement, quand on suit l'actualité au jour
00:34le jour,
00:35on a à la fois Donald Trump qui dit en même temps, dans le même message,
00:38les discussions avec l'Iran sont impeccables, tout va bien, on pourrait arriver à un bon accord,
00:43et en même temps, je force les Trois-Dormouze avec mes bateaux de guerre d'une part,
00:47avec mes navires de guerre, et je tire à droit sur tous ceux qui voudraient,
00:51enfin, je menace de tirer sur tous ceux.
00:52En fait, je pense que c'est le même mouvement.
00:54Je pense que, comme beaucoup d'ailleurs d'observateurs, que Donald Trump a toujours fait un peu comme ça.
00:59C'est-à-dire, il a toujours commencé par, grosso modo, c'est « retenez-moi, je fais un malheur
01:03».
01:03C'est-à-dire, je menace, je vitupère, j'essaye d'enlever à l'Iran son avantage majeur,
01:09qui est en fait le fait qu'elle bloque le Détroit d'Hormouze,
01:11et ce qui fait vraiment la différence avec ce qui se passait avant.
01:14Avant, le Détroit d'Hormouze, je le rappelle toujours, n'était pas bloqué, on pouvait circuler.
01:18Donc, il essaye d'obtenir, d'une certaine manière, il essaye de montrer au monde et à Téhéran
01:24qu'il pourrait, avec la force, la puissance de l'armée américaine, le réouvrir,
01:28simplement en y mettant des bateaux, des navires et en tirant à droite et à gauche.
01:33Mais la réalité, je pense que c'est qu'on est en train de, petit à petit, s'acheminer vers
01:38un cessez-le-feu,
01:39d'abord, qui va être prolongé, et ensuite, vers une période de 30 jours,
01:43c'est ce que disent tous les diplomates, pendant lequel on assisterait à une désescalade.
01:47Parce que là, ça continue de parler, les négociations, le canal de discussion n'est pas rompu.
01:54Ça se passe par téléphone, c'est-à-dire qu'on n'envoie plus tic et tac, comme j'en
01:57ai habitué de les appeler,
01:57c'est-à-dire M. Kouchner et M. Wittkopf, ceux qui sont toujours les oiseaux de malheur de la diplomatie
02:04américaine,
02:05tout simplement parce que les Iraniens ont assez de se faire avoir à chaque fois,
02:08à chaque fois qu'ils arrivent, ceux-là, ça se termine toujours par des tirs ou par un début de
02:12guerre.
02:13Je dois préciser que je suis d'une manière générale un peu optimiste, un peu trop optimiste dans mes analyses.
02:18Mais en fait, là, on sait en plus ce qu'il y a à l'intérieur de ce qu'il
02:21y a en train de discuter.
02:22On sait que les Iraniens ont proposé, et les Américains ont plus ou moins accepté,
02:25une période de 30 jours pour la désescalade.
02:27On sait qu'ils ont accepté de geler leur programme d'enrichissement d'uranium pendant 15 ans.
02:33On sait qu'ils sont d'accord pour, pendant un mois aussi, essayer de retrouver la fameuse poussière nucléaire,
02:40ce fameux stock d'uranium enrichi qui serait enfoui sous Isparan, enfoui sous Fordo,
02:46et que les Américains pourraient commencer à vouloir récupérer.
02:48Donc ce sont des pas qui sont très importants.
02:50Le seul problème qui se pose, c'est que ce n'est pas mieux que ce qu'avait obtenu Obama.
02:54C'est-à-dire que...
02:55Ah, c'est ça !
02:56Mais oui, c'est ça le problème.
02:57Le problème, c'est que ce n'est pas mieux, c'est même pire.
02:59Parce que ce qu'avait obtenu Obama en 2015, c'est grosso modo ce que les Iraniens proposent aujourd'hui.
03:04Mais sauf qu'en plus, il y a le détroit d'Hormuz et les problèmes de réparation de guerre qu
03:11'il faut négocier.
03:12Et effectivement, pardon, ce regain de violence-là des dernières heures, il est lié à ce détroit d'Hormuz
03:17et au projet Liberté lancé par Donald Trump, qui veut déverrouiller ce détroit d'Hormuz.
03:22Qui veut montrer qu'il peut le faire.
03:23C'est ça.
03:24Et à qui veut-il le montrer ?
03:26Parce que ça arrive à un moment où le Washington Post vient de sortir un sondage sur Donald Trump,
03:31plus impopulaire que jamais, 62% d'opinions défavorables.
03:34On est à six mois des élections de mi-mandat.
03:36Est-ce qu'il faut qu'il en finisse ?
03:39Il veut un trophée.
03:41Il veut, comme les empereurs romains, retourner à Rome avec un trophée, en disant que j'ai gagné.
03:46Donc il commence par faire monter la tension, il commence par menacer, vituperer et tirer à droite à gauche.
03:52Et d'ailleurs, si on regarde attentivement ce qu'il a fait hier, effectivement, il y a eu des tirs.
03:57Effectivement, les Iraniens ont montré qu'ils en avaient encore, j'allais dire sous la pédale, c'est un peu
04:00ça.
04:01C'est-à-dire qu'ils pouvaient tirer sur leurs voisins.
04:03Mais Donald Trump n'a pas dénoncé le cessez-le-feu, n'a pas dit que ces tirs dénonçaient le
04:06cessez-le-feu.
04:07Ce qu'objectivement, il le faisait.
04:10Ce qui signifie, en fait, qu'on est vraiment dans cette période de négociation.
04:13Un peu compliqué, mais vraiment.
04:15Donc il veut revenir à la maison en disant, j'ai obtenu un truc bien mieux qu'Obama.
04:19Et vite !
04:20Il y a urgence pour Donald Trump, quand même.
04:22Il y a urgence.
04:23Parce que les Américains s'impatientent, quand même.
04:24Les Américains, c'est très complexe.
04:26Parce que les Américains s'impatientent, si vous regardez les sondages en général.
04:28Par rapport à l'essence ?
04:29Oui, par rapport à l'essence, par rapport au coût de la vie.
04:31Et plus ça va, plus les sondages sont défavorables, en général.
04:36Mais quand on regarde en particulier les électeurs républicains, en fait, non.
04:40Il y a encore 85% d'électeurs républicains, ce qui est quand même la chose qui l'intéresse,
04:46qui pensent que ça va, ils gèrent plutôt bien et l'affaire iranienne et le coût de la vie et
04:50le reste.
04:51Ce qui veut dire qu'en fait, on approche de la catastrophe, qui pourrait lui coûter très cher en novembre,
04:58mais on n'y est pas encore. Il arrive encore à convaincre, et 85% des républicains,
05:03et plus encore de la base MAGA, c'est-à-dire les die-hards, ceux qui sont vraiment à fond
05:08pour lui.
05:08C'est dur.
05:09Un mot, hier, les pays du Golfe ont de nouveau été visés par des frappes,
05:14ce qui n'était pas arrivé depuis plus d'un mois maintenant.
05:17Maintenant, on sait que des armes ont été...
05:20Les Etats-Unis ont validé l'achat d'armes par Israël, par les pays du Golfe.
05:24Israël est en état d'alerte élevé.
05:27Donc les pays de la région, quand même, eux, s'attendent à un regain de violence peut-être plus durable.
05:32Ça veut dire, grosso modo, ce que dit l'Iran, c'est que vous allez devoir passer à la caisse.
05:36Tout ce qui se négocie en ce moment, le détroit d'Ormou, c'est une histoire d'argent.
05:40Les Iraniens expliquent qu'ils vont avoir besoin de 260 milliards pour reconstruire l'Iran
05:44après l'aventurisme américain.
05:47Ça va leur coûter 260 milliards.
05:50Et ils regardent du côté de ceux qui sont riches.
05:52Et ils leur disent, on a les moyens de vous frapper,
05:55de vous empêcher de passer par l'étroit d'Ormou,
05:57on a les moyens de vous nuire maintenant, demain, après-demain,
06:00et donc passer à la caisse.
06:01Ça tombe bien.
06:02Vous avez de l'argent.
06:03Vous avez des fonds souverains bourrés de centaines de milliards de dollars.
06:06Donc vous savez que faire.
06:07On va vous expliquer ce que vous allez en faire.
06:09Donc en fait, grosso modo, ce qui se joue en ce moment,
06:11c'est soit on ferme le détroit d'Ormou et on fait payer les bateaux,
06:14et à ce moment-là, on se paye sur la bête,
06:16soit gentiment, vous passez la queue le leu,
06:18vous passez devant Madame Berthe et vous payez le péage vous-même,
06:22avant même qu'on ouvre le détroit d'Ormou.
06:25Et l'Europe dans tout ça, d'un mot, Anthony ?
06:27Ah, l'Europe.
06:28Ce que par contre dit Donald Trump à l'Europe,
06:30c'est que si moi, je peux ouvrir le détroit d'Ormou,
06:32même pendant deux jours, même en faisant passer quelques bateaux,
06:35vous pouvez le faire.
06:36Grosso modo, il y aura des perdants dans l'affaire,
06:38et les perdants seront probablement les pays européens,
06:41qui seront à la fois punis par Donald Trump,
06:44juste parce qu'il ne sera pas content,
06:45on le voit avec l'OTAN, on le voit avec l'Allemagne,
06:47on le voit avec d'autres,
06:48et qui en même temps devront imaginer en coalition,
06:51mais ils y pensent déjà,
06:53un moyen d'escorter les bateaux dans un premier temps
06:55ou d'assurer la sécurité dans le détroit d'Ormou.
06:57Et il y a un deuxième perdant,
06:59et à mon avis, je contrerai ses abatis,
07:00c'est Cuba.
07:01S'il doit ramener un trophée,
07:03ce ne sera pas l'Iran, ce sera Cuba.
07:05– Sous-titrage Société Radio-Canada
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